PREFACE DE L'EDITION ANGLAISE
Ce petit livre contient une esquisse de l'histoire du Canada depuis l'époque de la découverte du pays jusqu'à nos jours. Il a été expressément préparé pour dea commençants et de jeunes lecteurs, comme premier cours. Conséquemment, il ne comprend que les faits les plus remarquables et les plus importants. L'ouvrage consistant sui-tout en récits intéressants sui* les caract»'Mos cl les incidenis historiques, récits convenablement arrangés suivant l'ordre dos temps, pourra aisément, H l'aide de la carte générale qui se trouve au commenment, de la table chronologique et du questionnaire qui se trouvent à la fin, permettre à l'instituteur judicieux de donner une connaissance du sujet suffisante pour que l'écolier soit en état de passer au second volume de la série, plus considérable et qui a pour titre : " Histoire du Canada à l'usage des écoles."
Québec, avril 1870.
* Sur les fréquentes demandes qui leur ont été faitei d'une traduotion de ce petit ourrage, l'autour et les éditeurs ont eafiu décidé de publier une traduction de cette édiUnD en Français.
Cartier à Miramichi.
CHAPITEE I.
Premier voyage de Jacques Cartier au Canada.— -Les Sauvages.
1. Jacques Cartier était un fameux navigateur de St. 'Mixlo, eu France, et vivait sous le règne de François 1er.
François était jaloux du roi d'Espagne dont les sujets gagnaient richesses et renom dans les régions nouvellement découvertes au-delà de l'Océan Atlantique. Il envoya donc Cartier avec deux navires et 120 hommes, avec ordre de chercher du côté de Touest, quelque passage conduisant au Japon, à la Chine et aux Indes Orientales.
2. Cartier fit voile de St. Malo en Avril 1534. Après im voyage de trois semaines, il atteignit Terre-Xeuve dont il fit le tour poiu- passer, en suivant le détroit de Belle-Isle, dans le Golfe St. Laui'ent qu'il traversa pom* gagner le continent de l'Amérique du Nord. En route, il visita les îles connues maintenant sous le nom d'Iles de la Magdeleine. L'une d'elles nommée l'Ile de Bryon lui parut valoir mieux que Terre-Xeuve
tout entière. Il y avait de grands arbres, des prairies où croissait le blé sauvage, des pois en fleur, et des vignes, des fraises, des roses rouges, du tliym et autres plantes aux fortes senteurs. Ses gens débarquèrent sur une autre de ces îles et y tuèrent plus de mille oiseaux. Ces volatiles étaient en telle abondance que dans l'espace d'une heure on aurait pu en avoir assez pour remplir 30 grands bateaux.
On pense que la partie continentale aperçue d'abord jDar Cartier est celle qui porte aujourd'hui le nom de Nouveau-Brunswick, près de l'embouchure de la rivière Miramichi.
Cartier vint ensuite à Gaspé où il débarqua. On était au mois de Juillet, et vu la grande chaleur qu'il faisait, il donna à cette partie du pays le nom de Baie des Chaleurs.
3. Il consacra quelque tem^s à chercher un^passage par où il pût continuer sa route vers l'ouest.
Wqyl trouvant aucun, il fit ses préparatifs de départ.
4. Le 26 Juillet, Cartier fit planter une croix de bois de 30 pieds de haut pour indiquer que le roi de France était dès lors maître de cette région. Le nom du prince fut gravé sur la croix. Il y avait près de là quelques Sauvages qui regardaient; Cartier leur dit par signes de ne pas toucher à la croix. Afin d'exciter en eux des sentiments de crainte et d'étonnement, et pour leur donner une idée de la puissance des Français, il fit tirer le canon.
Il leur donna en présents des verroteries, des chapelets, des croix, des hachettes et de petits miroirs. Les Sauvages, pour montrer leur joie, se mirent à danser une ronde, les hommes d'un côté, et les femmes de l'autre.
5. Lorsque tout fut disposé pour le départ, Cartier attira le chef des Sauvages près de ses bateaux. Alors d>eux des fils du vieillard furent saisis à l'improviste et emmenés à bord ; puis les deux navires s'éloigna reïit avec les deux captifs.
Nous ne pouvons pas louer Cartier de cette action.
bien que ses intentions fussent bonnes, et que de pareils actes ne fussent pas rares dans ces temps-là. Il avait en vue de faire aj^prendre la langue française à ces jeunes gens pour s'en servir ensuite comme d'interprètes entre lui et les Sauvages.
En quittant la côte de Gaspé, Cartier fit comprendre aux indigènes réunis sur le rivage qu'il reviendrait rendre les deux fils du chef.
6. En cinglant vers le nord jusqu'à l'île d'Anticosti, il aperçut l'embouchure du fleuve St. Laui'cnt, mais il pensa que ce n'était qu'une grande baie.
La saison était avancée, et le temps devenait mauvais. Cartier se consulta avec ses officiers et les pilotes et il fut convenu qu'on retournerait en France.
Vers la mi-août, on mit à ta voile et l'on se dirigea sui' l'Est pour regagner la Bretagne. Le 5 Se2:)tembre Cartier rentrait heui'eusement avec ses hommes et ses vaisseaux dans le port qui l'avait vu naître, St. Malo.
Ainsi finit le premier voyage au Canada.
CHAPITEE IL
Second voyage de Cartier. — Le St. Laurent.—
Stadacona. — Hochelaga.
Cartier, ayant débarqué à St. Malo, alla sans tarder à Paris jDour rendre comj^te de son voyage au roi. A la coiu', il montra ses deux captifs dont les noms étaient Taiguragny et Domagaya. Il parla aussi des bonnes terres qu'il avait ^^ues dans l'ouest, ainsi que des beaux arbres et des flem^s qui y croissaient. Il dit qu'il devait y avoir d'autres terres à trouver, peut-être avec de l'or et de l'argent dont les Espagnols trouvaient alors une si grande quantité au Mexique et au Pérou. Il exprima l'espoir de prouver, par un autre voyage, qu'il existait un passage jusqu'à Cathay, nom qu'on donnait alors à la Chine et au Japon.
Le roi François et ses courtisans furent bien satisfaits du rapport de Cartier, et des ordres furent donnés pour faire les préparatifs d'un second voyage.
'7. Pendant l'hiver, tout fut tenu prêt pour le second voyage dans l'ouest. Cette fois on équipa trois navires, la Grande Hermine, la Petite Hermine et VEmérillon. Des vivres en abondance, des canons, et d'autres articles de nécessité furent emmagasinés à bord. Outre les équipages de matelots et les pilotes dont on avait besoin pour les bâtiments, un certain nombre déjeunes seigneurs obtinrent la permission de s'embarquer. L'espoir de ces derniers était d'avoir la bonne fortune, comme les Espagnols, de se faire un nom, aussi bien que gagner de l'or, de l'argent et des pierres précieuses. Lorsque les préparatifs furent terminés, Cartier et ceux qui devaient faire voile avec lui, se rendirent ensemble à l'église do St. Malo pour y implorer les bénédictions du ciel. Le mercredi suivant, 19 mai 1535, ils partirent pour leur voyage, par un vent favorable.
Taiguragny et Domagaya étaient à bord de la G-rande-ïIermine avec Cartier. Ils avaient fait quelques progrès dans la langue française, de manière qu'ils étaient en état de rendre service comme interprètes ou autrement.
8. Après une traversée orageuse de près de 10 semaines, les navires arrivèrent sans encombre au Blanc-Sahlon, havre situé sur la côte du Labrador, audelà de l'entrée du détroit de Belle-Isle dans le golfv. St. Laurent.
Puis, on fit voile entre Anticosti et la terre-ferme, vers l'embouchure de la grande rivière que Cartiei avait crue n'être qu'une baie. Quand on eut doublé Anticosti, Taiguragny et Domagaya reconnui^ent où ils étaient. Ils dirent à Cartier qu'il se trouvait près de l'embouchure de la rivière d'Hochelaga dont pas UH homme ne connaissait l'étendue, et qu'elle menait à travers le royaume de Saguenay. Cette nouvelle fit plaisir à Cartier. Continuant hardiment sa route, il remonta la rivière que nous connaissons tous aujourd'hui sous le nom de St. Laurent. Il se sentait plus que jamais assuré d'avoir trouvé un passage qui conduirait à Cathay. On voyait des Sauvages glisser
HISTOIRE DU C-IXADA POUR LES EXFAXTS. 5
en canots le long des rives et au large. Ils contemplaient avec ébahissement les vaisseaux français qu'ils prenaient pour de très-grands canots pourvus d'ailes. 9. Le 1er septembre, on atteignit l'embouchure de la rivière Saguenay. Là, Taiguragny et Domagaya, qui étaient à bord du navire de Cartier, eurent une conversation avec des Sauvages qui s'étaient approchés.
Jacques Cartier débarquant à rHe d'Orléans.
Le 6 septembre, on jeta l'ancre dans le chenal qui sépare l'ile d'Orléans de la rive nord du St. Laurent. Le jour suivant, après que les Sauvages eurent apporté des présents de maïs, de melons et de poissons, il arriva des canots remplis de monde. C'était le chef du pays, Donnacona qui venait faire visite à Cartier.
10. Donnacona iit un long discours dont l'objet, au dire do Taiguragny et de Domagaja était de souhaiter
la bienvenue à Cartier, et de le remercier du bon accueil fait en France à ses deux captifs.
On fit de petits présents aux Sauvages de la suite de Donnacona. Au chef lui-même et à ceux qui montaient son canot, on donna du pain et du vin. Ainsi la première entrevue des Français et des principaux personnages du pays fut des plus amicales assurément.
11. Cartier jugea qu'il lui fallait, lui et ses compagnons, passer l'kiver non loin du lieu où il avait rencontré Donnacona. Il amena donc ses navires à l'extrémité supérieure de l'Ile d'Orléans à laquelle il donna le nom d^île de Bacchus, à cause du raisin sauvage qu'on y voyait croître. Puis, il se rapprocha du Cap Diamant et trouva un bon endroit à l'intérieur de l'embouchure d'une petite rivière qui ee jetait dans le St. Laurent. La rivière maintenant appelée St. Charles, reçut de Cartier le nom de Ste. Croix. Les deux plus gros bâtiments forent mouillés en lieu sûr, et les équipages se mirent à l'œuvre pour les garantir de toute attaque, dans le cas où les naturels deviendraient hostiles. I^ous verrons que Cartier avait raison de prendre ses précautions.
Le plus petit navire, l'Emérillon, fut tenu au large, parce qu'on avait l'intention de s'en servir, pour remonter plus haut le fleuve St. Laurent.
12. La principale bourgade des Sauvages était située près de la rivière Ste. Croix. On l'appelait Stadacona.
Le 19 Septembre, les naturels de Stadacona, Donnacona en tète, descendirent sur la rive, près du bâtiment de Cartier. Le chef prononça de nouveau une longue harangue, et fit au capitaine français présent de trois jeunes Sauvages. De son côté, Cartier lui donna deux épées et quelques vases d'airain. Les Indiens se mirent à danser une ronde, et à chanter à leur façon, puis on tira 12 coups de canon.
Nous jDOuvons croire sans peine ce qu'on nous rapporte de l'effet produit par cette décharge sur l'esprit de Donnacona et de ses guerriers. Ils s'imaginèrent que la voûte même du ciel allait tomber sm' eux, et ils