HISTOIRE DU C.A^'ADA POUK LES ENFANTS
66 mirent à manifester lem-s sentiments par des hurlements et de grands cris.
13. Deux jours après, Caiiier choisit environ 50 de ses compagnons poui* aller avec lui dans l'Emérillon. Il voulait visiter une autre boui'gade indienne nommée Hochelaga. On lui dit qu'il y avait du danger à remonter si haut la rivière, et que ceux qui le feraient
"PlanKie la bourgade indienne à Hochelaga.
trouveraient la mort. Au fait, Donnacona essaya d'empêcher Cartier de partir, mais le pieux capitaine français, loin de céder à ses conseils, dit que '• Dieu garderait tous véritables croyants de tout danger."
Cependant, Taigui-agny et Domagaya firent semblant d'avoir peur, et dirent qu'ils préféraient rester avec Donnacona plutôt que d'aller avec Cartier à Hoche-
laga. Ces deux jeunes hommes étaient loin d'être sincèrement dévoués aux Français.
14. Le 19 Sei)tembre, Cartier se mit en route pour Hoclielaga. Comme l'EmérilIon suivi de deux barques remontait la rivière, on vit un grand nombre de Sauvages sur les deux rives. Ces Sauvages n'avaient pas l'air hostile.
Parvenu à cette partie du fleuve qu'on nomme maintenant le Lac St. Pierre, l'EmérilIon s'ensabla plusieurs fois. Cartier et ses compagnons finirent donc leur voyage dans les deux barques. On mit environ quinze jours pour se rendre à Ilochelaga.
15. On trouva que cette bourgade avait environ un millier d'habitants. Elle était près du site où se trouve la moderne cité de Montréal.
CHAPITEE m.
Jacques Cartier h Hoclielaga.
16. Le Dimanche, 2 Octobre, Cartier arriva à Hochelaga. Il fut très amicalement reçu par les naturels qui sortirent presque tous à sa rencontre avec des présents de poisson et de maïs. Vêtus de leurs plus beaux habits, Cartier et ses compagnons mirent pied à terre et furent conduits dans le village. On trouva qu'il contenait environ cinquante cabanes, chacune longue de cinquante pas et large de douze ou quinze pieds. Elles étaient couvertes d'écorce. Autour du village, il y avait une haute clôture ou palissade formée de trois rangées de poteaux. La palissade était solidement entrelacée de racines et de branches d'arbres. Il n'y avait qu'une ouverture servant de porte pour entrer dans le village. L'intérieur de chaque cabane était divisé en plusieurs pièces dont chacune était occupée par une famille. Il 3^ avait des plates-formes ou galeries en différents endroits à l'extérieur do la palissade. Près de ces galeries étaient
des tas de pierres destinées à défendre la place contre les attaques du dehors.
Suivant sa coutume, Cartier fit des présents aux Indiens. Leur chef, qui était perclus, fut apjDorté et assis i^rès du capitaine français. Il n'avait pour indiquer son rang, qu'une bande coloriée de peau de porcépi€ autoui* des tempes. Il l'ôta et la mit sur la tête de Cartier, comme marque de déférence.
Lorsque Cartier se leva pour partir, les bons Sauvages l'entoui'èrent en foule et s'efforcèrent de le fairerester. Mais il était inquiet sur le sort de l'Emérillon, qu'il avait laissé plus bas dans la rivière, et au sujet de ses gens dont il s'était séparé à Stadacona. Ainsi^ il avait décidé d'abréger sa visite.
17. Avant de quitter Hoehelaga, Cartier gravit un lieu élevé sur la colline, tout près de la boui-gade. Le ce lieu, on avait une vue magnifique des forêts, et des eaux du fleuve. Il en fut tellement enchanté qu'il choisit pour cette colline le nom de " 3Iont-Eoyal,'" Qom qui depuis s'est changé en Montréal.
Il tenta aussi, aveo l'aide des Indiens, de remonter .es rapides au-dessus d'Hochelaga, mais il ne le put.
Ayant découvert, au moyen de signes, que la rivière prenait sa source de bien loin, dans l'intérieur des terres, et qu'il y avait de grands lacs, Cartier et ses compagnons prirent congé des Sauvages.
18. L'Emérillon fut reti'ouvé sain sauf, à l'endroit, où on l'avait laissé au lac St. Pierre. Après avoir planté une croix de bois sur l'une des îles du lac, et reconnu les bouckes de la rivière St. Maurice, Cartier, avec l'Emérillon et ses barques, arriva à la hauteur de Btadacona, le 11 Octobre.
CHAPITEE lY.
Hîrèr terrible à Stadacona. — Capture de Donnacona.— Eetour en France.
19. Pendant l'absence de Cartier, lors de son excursion à Hochelaga, ses gens restés à Stadacona avaient fait une sorte de forteresse de la station qu'ils s'étaient choisie à l'embouchure de la rivière Ste. Croix. Une haute clôture avait été élevée devant les vaisseaux, de manière qu'avec l'aide des canons, ceux qui étaient à bord pouvaient empêcher toute approche quand ils le voulaient.
Quoique les naturels ne montrassent pas une hostilité ouverte, il s'éleva dès le commencement de l'hiver suivant, de légères querelles qui auraient pu devenir sérieuses, si les Français n'avaient pas pris la peine de se mettre à l'abri d'une attaque.
20. Les gens de Cartier à Ste. Croix avaient des vivres en abondance, tels que biscuit, viande salée et autres provisions dont on a «outume de se poïirvoir à bord d'un navire. Il est bien probable qu'ils avaient pu en outre obtenir des naturels du poisson séché, des anguilles, du maïs et des fèves. Mais pour un «limât comme celui du Canada, ils n'avaient pas, à beaucoup près apporté de vêtements sufS.samment chauds. Il leur avait fallu travailler fort pour entretenir leui approvisionnement de combustible.
Aussi, la fatigue, le froid, le manque de vêtements convenables, de ^sfiande et de légumes frais engendrèrent une maladie terrible nommée scorbut. Les personnes qui ont cette maladie souffrent beaucoup. Leurs jambes s'enflent et deviennent noires ou couvertes de petites taches de sang, ainsi que leurs épaules, leur cou et leurs bras. Les gencives se gâtent et tombent de la bouche avec les dents. Bref, les malades perdent leurs forces au point de ne pouvoir remuer ; puis vient la mort. Tel était l'état des gens de Cartier dans l'hiver dç, 1535. On dit que sur cent dix hommes dont se
composaient les équipages des trois navires, tous, à l'exception de dix devinrent invalides. Il en moui'ut vingt-cinq. On eut de la peine, faute de force, à enlever les cadavres et à les cacher sous la neige. Pas un n'espérait revoir jamais la France. Il était de toute nécessité d'empêcher que les naturels connussent leur ti'iste état, de peur qu'ils ne fussent tentés de faire iiTuption et de les massacrer tous. Pour cette raison, Cartier refusa de permettre â aucun Sauvage de pénétrer en deçà de la palissade. Xatm-ellement, cette mesure vexa les Sauvages, et peut-être se seraient-ils frayé une route jusque dans les navires, s'ils avaient su l'état réel des choses.
Bientôt Cartier lui-même fut atteint au point d'être à peine capable de se mouvoir. Néanmoins, bien qu'il dût alors avoir perdu tout courage, il essayait de donner du cœur à ses gens. Il leui' disait d'invoquer l'assistance divine. Il fit aussi vœu d'entreprendre un pèlerinage, dans le cas où Dieu daignerait l'épargner et lui permettre de revoir la France.
Justement à cette époque. Cartier aperçut par hasard Domagaya qui s'acheminait vers les navires avec une bande de naturels. Domagaya avait été bien malade du scorbut ; mais il avait l'air d'êti'e rétabli. Cartier lui demanda donc, comment cela s'était fait, et il aj)prit, en réponse, qu'avec une infusion de feuilles et d'écorce d'épinette, on pouvait faire un remède pour guérir du scorbut.
C'est ainsi que, par accident, le capitaine frauvrais découvi'it un moyen de guérir ses gens. Dans l'espace de huit jours la plupart des malades se rétablirent, et, à l'approche du printemps, tous, an nombre de 84 hommes, étaient en état de reprendre leur service.
21. Cartier se mit alors à faire les préparatifs nécessaires pour s'en retourner en France. On dégagea deux des navires de la glace qui les entom^ait et on les fit avancer dans le St.'Laurent. Le troisième avait peut-être été déti-uit pour servir de combustible. Dans tous les cas, on n'en avait pas besoin ; car il y avait
maintenant moins d'hommes à porter, et une quantité bien moins considérable de provisions et d'autres choses.
22. Mais avant de mettre à la voile, Cartier avait formé un dessein pour lequel, ainsi que dans une occasion précédente, il ne sam-ait échapper au blâme ; c'était de saisir et d'emmener en France le chef Donnacona, et avec lui plusieurs de ses guerriers.
Donnacona était devenu méfiant. Tout le monde savait l'histoire des deux jeunes Sauvages dont Cartier s'était emparé à Gaspé, l'année précédente. Donnacona craignait d'être liai-même victime d'un semblable outrage ; aussi, se tenait-il, autant que possible, hors de la portée de Cartier. Il arriva néanmoins qu'il ne ]Dut éviter le malheur qu'il redoutait.
Le 3 mai 1536, Cartier fit élever au bord de la rivière Ste. Croix une croix de bois, haute de 35 pieds avec cette inscription : François 1er, par la grâce de Dieu, roi des Français, règne."
Donnacona, accompagné d'im grand nombre de ses sujets, vint faire visite au capitaine français. Cartier avait aposté des hommes, avec ordre de le saisir, ainsi que plusieurs de ses guerriers. Les malheureux furent appréhendés et mis à bord. Le reste des Sauvages prit la fuite. Quelques historiens disent que Taiguragnyet Domagaya se trouvaient au nombre de ceux dont on s'empara. On a aussi prétendu, pour justifier l'action de Cartier, que Donnacona lui-même étoit sur le point d'attaquer les Français avec un grand nombre de guerriers qu'il avait rassemblés à Stadacona.
On ne sait pas positivement si toutes ces assertions sont fondées, mais ce que l'on sait bien, dans tous les cas, c'est que Cartier voulait capturer Donnacona et d'autres Lidigènes afin de les présenter à la cour de France. Il pensait qu'ils serviraient à inspirer au roi François plus de souei à l'égard des nouveaux pays. Il y eut environ dix personnes saisies de cette manière.
Les gens de Donnacona furent profondément consternés de la perte de leurs chefs. Toute la nuit, on
n'entendit le long de la rive du fleuve que leurs cris plaintifs. Le jour suivant, sur l'invitation de Cartier, Donnacona se montra sur le pont du navire et dit à son peuple qu'il allait seulement visiter le roi de France, mais qu'il sei-ait de retoui' l'année prochaine.
Bientôt après, le 6 Mai, la Grande Hermine et l'autre navire mirent à la voile. Les pauvi'es Sauvages de Stadacona perdirent de vue leur chef et leurs compatriotes, et ne les revirent plus jamais. Tout en ne pouvant nous empêcher de blâmer Jacques Cartier d'une action qui nous semble si cruelle, il n'est que juste de dire que beaucoup d'autres capitaines de marine ont fait la même chose.
23. La traversée, pour retom'ner en France, dui'a plus de deux mois. Cartier débarqua à St. Malo le 16 juillet, et de là se rendit à Paris pour faire son rapport au roi.
Fi-ançois le reçut avec faveur et vit les chefs. Il donna ordre d'en ^^rendre soin et de les instruire dans la religion. Peut-être aui'ait-il envoyé Cartier foire un autre voyage l'année suivante ; mais il était alors en guerre avec l'empereur d'Allemagne et roi d'Espagne, ce qui absorbait toute son attention. On oublia non-seulement les captifs Indiens, mais Cartier luimême. Les Indiens moururent. Cartier resta chez lui en attendant des temps meilleiu's.
CHAPITEE Y.
Jacques Cartier et Koberval.
24. Après quatre ans de délai, l'état des affaires en France permit au roi François de songer de nouveau au Canada. Cette fois, il fut proposé d'y envo^'er des gens pour s'y établir, et de fonder pour la Fi'ance un autre empire dans les régions do l'ouest.
Un seigneui' français, nommé Eoberval, fut choisi par le roi poui* être le chef de la nouvelle coJ''^»^*, Il