Sir Guy Carleton était à Montréal lorsq^u'Ar
nold arriva pour la première fois à Québec. Informé du fait, il se mit à l'instant en route pour la capitale. Montgomery venait de quitter l'embouchure de la rivière Eichelieu et remontait le cours du St. Laurent ; ainsijle gouverneur aurait pu être fait prisonnier. iNéanmoins, grâce aux ténèbres de la nuit, il réussit à passer sans encombre dans un bateau dont les avirons avaient été garnis de paillets.
A son arrivée à Québec, il donna ordre de quitter la ville à tous ceux qui n'étaient pas disposés à se battre contre les Américains.
Lorsque l'attaque faite par Montgomery, le 31 décembre, eut échoué, ainsi que nous l'avons déjà raconté, le gouverneur fut instamment prié par ses officiers de faire une sortie et de déloger l'ennemi. Mais c'était un homme d'une grande prudence; il savait que s'il était battu, c'en était fait du Canada.
209. Au commencement du printemps, une flotte arriva d'Angleterre avec des troupes. Les Américains se retirèrent alors en toute hâte poursuivis par les Anglais. 11 y eut deux engagements. Un corps de 1800 hommes, sous la conduite d'un Américain nommé Thompson, fut battu après avoir perdu beaucoup de monde. Subséquemment, les envahisseurs furent chassés de la Province. Ainsi se termina le siège de Québec par les Américains dans l'hiver de l'ZYô.
210. La conduite que tint Sir Guy Carleton lors de la défense de la cité lui valut beaucoup d'éloges. Par sa prudence, son habileté et son courage, il avait sauvé Québec. Tous ceux qui l'approchaient l'aimaient beaucouj). Son ennemi, le général Montgomery, était aussi l'objet d'une vive aflection de la part de ses officiers. Nous en avons la preuve dans ce qui arriva aj^rès sa mort. Lorsque son corps fut trouvé dans la neige les officiers anglais ne le reconnurent pas ; l'un d'eux j)rit l'épée du mort et se mit à la porter çà et là dans sa main. Plusieurs officiers américains prisonniers voyant l'épée ne purent retenir leurs larmes. Ils dirent combien ils avaient d'estime pour celui qnî
mSTOLRE DU CANADA POUK LES ENFANTS. 123
l'avait portée, et combien ils étaient affligés de sa mort. Ils ajoutèrent qu'il lem* était bien pénible de la voir enti'e les mains d'mi autre. C'est alors qu'on découvrit qu'elle avait appartenu au générai Montgomery. Celui qui avait 2:>ris l'épée s'en dessaisit généreusement. Il veilla aussi à ce que le corps du général fut enterré décemment dans une fosse creusée près des murs de la cité.
Plus de 40 ans après, la veuve de Montgomery demanda la permission de taire transférer ses restes de Québec en Virginie. La demande fut agréée, et la personne même qui les avait mis en terre, était là pour prouver que ces restes étaient bien ceux de Montgomery, et poui' aider à les reprendre.
CHAPITEE XLYI.
Visites royales au Canada.
211. Dès les premiers temps de l'histoire du Canada, nous apprenons comment chaque gouverneur était reçu aussitôt qu'il mettait pied à terre à Québec. On avait coutume de faire tout ce qui était possible pour l'honorer. Eùt-ce été le roi lui-même arrivant à Paris qu'on n'aurait pu lui témoigner plus de respect. Au fait, aux yeux du peuple, le gouverneiu- était le même que le roi, et on le recevait en conséquence.
Sous la domination française jamais aucun membre do la famille royale ne visita la colonie. S'il en était venu un, nous pouvons avoir une idée de la réception magnifique qu'on lui aurait faite. Sous le gouvernement anglais, il y a eu plusieurs visites.
212. En 1T87, le mardi 14 août, le Prince William Henri vint à Québec. Ce prince était le troisième fils du roi George, et servait alors, comme ofiScier, dans la marine royale, à bord de la frégate le Pégase dont il était capitaine. Il séjoui-na deux mois au Canada.