CARTIER
30. ^^ssitôt que la glace eut disparu, et que la rivière fut libre, au printemps de 1542, Cartier et tout son monde s'embarquèrent pour retourner en France. A Terreneuve Cartier rencontra Eoberval avec cinq navires, dont trois grands et deux petits, chargés do 200 émigrés, tant hommes que femmes. Cartier dit à bOn sujîérieur qu'il n'avait pu rester plus longtemps au Cap-Eouge, à cause des désagréments que lui causaient sans cesse les Indiens. Eoberval lui enjoignit de retourner au St. Laurent, mais Cartier, loin de tenir compte de cette injonction, leva l'ancre pendant la
nuit et continua sa route pour St. Malo où il arriva fiain et sauf. Il rendit au roi compte de sa conduite, du mieux qu'il put.
31. Roberval aborda au Cajo-Rouge en juillet, avec ses cinq vaisseaux. Il y passa misérablement deux hivers. Un grand nombre des gens qu'il avait amenés étaient des repris de justice qu'on avait fait sortir de prisons publiques pour aller s'établir comme colons sur les rives du St. Laurent. Pour maintenir l'ordre parmi de pareilles gens, Eoberval avait recom-s à des punitions sévères, telles que le fouet et V emprisonnement ; il allait même jusqu'à les faire pendre.
Avec le temps, on se vit à court de provisions et d'autres choses nécessaires. Roberval envoya en France demander des secoui's au roi. Mais François ne put ou ne voulut rien envoyer.
En somme, l'entreprise de Eoberval fut une affaire tout-à-fait manqué e.
32. Au printemps de 1544, Roberval attendait avec anxiété l'arrivée des secours de Finance qu'il avait demandés. Il avait fait quelques pauvres essais do culture. Il avait aussi visité Hochelaga et le pays de Saguenay ; mais ces voyages furent peu profitables ou inutiles, et coûtèrent la vie à beaucoup de monde.
Finalement, le roi de France envoya des vaisseaux pour ramener Roberval et tous ceux de ses compagnons que la mort avait épargnés. Quelques écrivains disent que Cartier fut employé à sauver ainsi son ancien chef Quoiqu'il en soit, nous pouvons être certain que Roberval et ses gens fui-ent bien contents de retourner dans leur pays natal.
33. On voit, d'après ce qui a été dit, que Jacques Cartier fit trois, sinon quatre voyages au Canada. Il était âgé d'environ cinquante ans lorsqu'il fit la dernière traversée en 1544, pour ramener Roberval. On ne nous dit pas ce qui lui arriva ultérieurement. On pense toutefois qu'il vécut quelques années, au sein du repos, à St. Malo, sa ville natale. Les ruines de sa résidence s'y voyaient encore en 1865.
C'était un brave et habile marin, un sage commandant et un homme pieux. Ce ne fut pas sa faute si, de son temps, on ne fit que peu de chose pour rendre ses services utiles à la Fi-ance et au monde. Son nom sera toujours fameux dans l'histoire, comme celui du grand navigateur qui le premier fit connaître le Canada.
34. L'enterprise de Eoberval est la première qui ait jamais été faite pour fonder une colonie au Canada. Cinq ans après son insuccès, c'est-à-dire en 1549, Eoberval périt en mer, ainsi que son frère, en essayant de faire parvenir jusqu'au St. Laurent une autre flotte et d'autres colone.
CHAPITEE YI.
Le Canada oublié. — Le trafic des pelleteries. — ^Le marquis
de la Roche. — L'île-au-Sable.
35. A partir du temps de Jacques Cartier et de Eoberval, l'histoire du Canada franchit une période de 60 ans. Le roi Fi^ançois et quatre rois de Finance après lui mom'urent dans cet intervalle. Le soin des atïaires intérieures les absorba tellement qu'ils oublièrent le Canada.^ Au fait, le St. Lam^ent et les vastes forêts
* Note pour V Instituteur. Nous nous servons ici du mot Canada pour indiquer seulement une partie de la région que traverse le cours du St. Laurent depuis les grands lacs, à l'ouest, jusqu'à Gaspé. Mais ce n'était pas le nom généralement usité en France, lorsqu'on parlait des territeires da roi en Amérique. On disait " la Nouvelle- France." Ce nom fut d'abord donné par Verrazzani, du temps de François 1er, vers 1523. Verrazzani avait été envoyé explorer la côte américaine. C'est à cette côte depuis les rivages de la Nouvelle- Angleterre jusqu'au Labrador, et aux régions inconnues situées au-delà qu'il donna ce titre de Nouvelle-France. Ainsi, le Canada, était une partie de cette Nouvelle-France, et ne commença à être connu sous le nom qu'il porte aujourd'hui que vers la dernière moitié du règne de François. Il va sans dire que la Nouvelle-France n'avait pas de bornes connues. Les Français prétendaient qu'elle comprenait une bonne partie de ce que les Anglais appelèrent Nouvelle-Angleterre. Elle comprenait encore la Nouvelle-Ecoss»
de la Nouvelle-France furent abandonnés aux naturels et aux bêtes sauvages.
Bien que le Canada fût ainsi oublié des rois, les commerçants français ne cessèrent pas pour cela de visiter le St. Laurent. Ils allaient y acheter aux chasseurs indiens les peaux des animaux sauvages. Les rendez-vous pour ce trafic avaient lieu, à Tadoussac et autres places sur le fleuve. Dans ces temps là, les fourrures se vendaient fort cher en Europe. Les commerçants français donnaient aux Indiens, en échange des peaux des animaux sauvages, des hachettes, des couteaux, du drap et divers vases de fer et de cuivre. On pense aussi que ce fut de cette manière que les Indiens commencèrent à avoir connaissance de ce que les Français appelaient " eau-de-vie " et que les pauvres Sauvages apprirent à aimer passionnément.
Ainsi, il arriva qu'il ne se fit rien de plus en faveur de la colonisation du Canada pendant un long espace de temps après la dernière entreprise de Eoberval.
36. En l'année 1589, le trône fut occupé par Henri IV, connu dans l'histoire de France sous le nom de Henri-le-Grand. Sous son règne qui dura jusqu'en 1610, les esprits se tournèrent de nouveau vers le Canada ou ISTouvelle-France.
37. Le marquis de la Eoche avait été créé vice-roi de la ISTouvelle-France par Henri III. Sa nomination n'était guère que l'équivalent d'un vain titre. Cependant il ne laissa pas que de faire quelques efforts pour en tirer parti. Cet incident ne vaudrait guère la peine d > être mentionné ici, sans une curieuse histoire qu'on r apporte d'un certain nombre d'hommes qu'il laissa dans une île déserte.
(ou Acadie) ainsi que ces vastes régions à l'intérieur de l'Amérique du Nord qui s'étendent au sud des grands lacs et forment aujourd'hui les parties des Etats-Unis les plus avancées, dans les terres. Bref, le mot Nouvelle-France, bien qu'employé surtout pour désignei le Canada, s'appliquait à une grande partie de l'Amérique du Nord, qu'on prétendait appartenir au roi de France et dont on parlait aveo orgueuil comme du territoire destiné à former un grand empir» français dans l'ouest.