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composaient les équipages des trois navires, tous, à l'exception de dix devinrent invalides. Il en mourut vingt-cinq. On eut de la peine, faute de force, à enlever les cadavres ct à les cacher sous la neige. Pas un n'espérait revoir jamais la France. Il était de toute nécessité d'empêcher que les naturels connussent leur triste état, de peur qu'ils ne fussent tentés de faire irruption et de les massacrer tous. Pour cette raison, Cartier refusa de permettre à aucun Sauvage de pénétrer en decà de la palissade. Naturellement, cette mesure vexa les Sauvages, et peut-être so seraicnt-ils frayé une routo jusque dans les navires, s'ils avaicnt su l’état réel des choses.
Bientôt Cartier lui-même fut atteint au point d’être à peine capable de se mouvoir. Néanmoins, bien qu'il dût alors avoir perdu tout courage, il essayait do donner du cœur à ses gens. Il leur disait d’invoquer l'assistance divine. Il fit aussi vœu d'entreprendre un pélerinage, dans le cas où Dieu daignerait l’épargner et lui permettre de revoir la France.
Justement à cette époque, Cartier aperçut par hasard Domagaya qui s’acheminait vers les navires avec une bande de naturels. Domagaya avait été bien malade du scorbut; mais il avait l’air d’être rétabli. Cartier lui demanda donc, comment cela s'était fait, et il apprit, en réponse, qu'avec une infusion de feuilles et d’écorce d’épinette, on pouvait faire un remède pour guérir du scorbut.
C’est ainsi que, par accident, le capitaine français découvrit un moyen de guérir ses gens. Dans l’espace de huit jours la plupart des malades se rétablirent, et, à l'approche du printemps, tous, au nombre de 84 hommes, étaient en état de reprendre leur service.
21. Cartier se mit alors à faire les préparatifs nécesgaires pour s'en retourner en France. On dégagea deux des navires de la glace qui les entourait et on les fit avancer dans le St. Laurent. Le troisième avait peut-être été détruit pour servir de combustible. Dans tous les cas, on n’en avait pas bosoin; car il y avait
maintenant moins d'hommes à porter, et une quantité bion moins considérable de provisions et d'autres choses.
22. Mais avant de mettre à la voile, Cartier avait formé un dessein pour lequel, ainsi que dans une occasion précédente, il ne saurait échapper au blâme; c'était de saisir et d'emmener en France le chef Donnacona, et avec lui plusieurs de ses guerriers.
Donnacona était devenu méfiant. Tout le monde savait l’histoire des deux jeunes Sauvages dont Cartier s'était emparé à Gaspé, l’année précédente. Donnacona craignait d’être lui-mème victime d’un semblable outrage; aussi, se tenait-il, autant que possible, hors de la portée de Cartier. Il arriva néanmoins qu'il ne put éviter le malheur qu’il redoutait.
Lo 3 mai 1536, Cartier fit élever au bord de Ia rivière Ste. Croix une croix de bois, haute de 35 pieds avec cette inscription: François Ier, par la grâce de Dieu, roi des Francais, règne.”
Donnacona, accompagné d’un grand nombre de ses sujets, vint faire visite au capitaine français. (Cartier avait aposté des hommes, avec ordre de le saisir, ainsi
. que plusieurs de ses guerriers. Les malheureux furent
appréhendés et mis à bord. Le reste des Sauvages prié la fuite. Quelques historiens disent que Taiguragny et Domagaya se trouvaient au nombre de ceux dont on s'empara. On a aussi prétendu, pour justifier l’action de Cartier, que Donnacona lui-même é‘ait sur lo point d'attaquer les Français avec ün grand nombre de guerriers qu'il avait rassemblés à Stadacona.
On ne suit pas positivement si toutes ces assertions sont fondéos, mais ce que l’on sait bien, dans tous leg cas, c'est que Cartier voulait capturer Donnacona ob d’autres Indigènes afin de les présenter à la cour do France. Il pensait qu'ils cerviraiont à inspirer au roi Francois plus de souei à l'égard des nouveaux pays. Il y eut environ dix personnes saisies de cette manière.
es gons de Donnacona furent profondément consternés de la perte de leurs chefs. Toute la nuit, on
n'entenait le long de la rive du fleuve que leurs cris laintifs. Le jour suivant, sur l'invitation de Cartier,
onnacona se montra sur le pont du navire et dit à son peuple qu'il allait seulement visiter le roi de France, mais qu'il serait de retour l’année prochaine.
Bientôt après, le 6 Mai, la Grande Hermine et l’autre navire mirent à la voile. Les pauvres Sauvages de Stadacona perdirent de vue leur chef et leurs compatriotes, et ne les revirent plus jamais. Tout en ne pouvant nous empêcher de blâmer Jacques Cartier d’une action qui nous semble si cruelle, il n’est que juste de dire que beaucoup d’autres capitaines de marine ont fait la même chose.