‹ Histoire du Canada pour les enfants [microforme]Chapitre 33 sur 88 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

“Les Indiens et le commerce de l’eau-de-vie.—Mgr, l’évêque Laval,

112. En échange des fourrures et des peaux qu’ils livraient, les Indiens recevaient des traitants, toutes sortes de choses utiles apportées d'Europe, telles que des armes à feu, de la poudre et du plomb, du drap, des vases de cuisine et des outils. Mais de tous les articles que pouvaient fournir les commerçants, il n’y avait rien dont les Sauvages faisaient cas comme do & l'eau-de-feu.”" C'est le nom qu'ils donnaient au brandy ou boisson que les Français appelaient ‘eau-de-vie.” Les malheureux en vinrent à aimer l'eau-de-feu si passionnément qu’ils se défaisaient de tout co qu'ils avaient pour s’en procurer. Quand il no leur restait

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us rien autre chose, ils offraient leurs hardes et jusqu’à leurs enfants pour payer la boisson.

Les trafiquants Français établis le long du St. Laurent, les commerçants Hollandais ct Anglais sur les rives de l’Hudson, et les Espagnols dans les régions

lus méridionales firent connaître l'usage de l’eau-defeu à toutes les tribus Sauvages de l'Amérique du Nord.

Les effets de cette boisson sur les pauvres Sauvages étaient bien tristes. Tous leurs autres défauts ou vices trouvaient dans l’ivrognerie le plus funeste des aliments. À Québec, et près des autres stations où il y avait des Indiens convertis, l'amour de la boisson mettait un terme à tout souci de leur part pour la religion. Quelques-uns des missionnaires se plaignaient d’avoir ainsi vu perdre le fruit de 30 ans de labeurs.

113. Pour arrêter le mal, on passa des lois sévères, en vertu desquelles il était défendu de vendre des boissons enivrantes aux Sauvages; mais les traitants ne faisaient nul cas de ces lois, car l’eau de feu les aidait à faire d'excellents marchés.

Quelquefois les gouverneurs se montraient assez peu rigides à l’égard de ceux qui enfreignaient la loi. Les commerçants disaient que, s'ils ne donnaient pas de boisson du tout, les chasseurs Indiens ne reviendraient pas, mais s’en iraient faire la traite avec les Ifollandais et les Anglais. Bien des gens, à Québec et aux stations, partageaient cette manière de voir. Aussi y avait-il grande divergence d'opinion et même s’élevait-il des disputes à propos de ce que l’on appelait “la traite de l’eau-de-vie.” Les uns n’en voulaient point du tout. D'autres demandaient où qu'on n’allât pas si

loin, ou qu’on laissät les choses suivre leur cours.

114. Les membres du clergé étaient tous de la même opinion à ce sujet. Ils désiraient qu'on renonçât entièrement à l’usage de l’eau-de-vie dans le commerce, À leur tête était l’'évèque Laval, généralement connu sous le nom de premier évêque de Québec. Laval se plaignit au roi de France des gouverneurs d'Argenson

d’Avaugour qu'il accusait de n'avoir pasété assez sévères à l'égard de la traite de l’eau-de-vie. L'un ct l’autre urent successivement rappelés du Canada. D’autres gouverneurs après eux, M. de Mésy et le Comte de frontenac, furent l’objet des plaintes de Mgr. Laval pour la même raison.

115. L’évèque Laval vint au Canada en 1659. Il était d’une noble famille de France. II n’est guère vraisemblable qu’il eût jamais vu Champlain; mais sans aucun doute il avait lu ses écrits, ainsi que les

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