CHAPITRE XXIII
Le Gouverneur de Mésy et l’'Evèque Laval.
116. Lorsque l’évêque Laval porta plainte contre le ouvernour d Avaugour, il obtint du roi la permission den recommander un autre: c'était M. de Mésy. L'évèque cet de Mésy étaient très bien ensemble à Paris et pendant la traversée de France à Québec, car tous deux voyâgèrent à bord du même navire. Mais bientôt après leur arrivée, le digne évêque eut des raisons d'être moins satisfait encore de M. de Mésy u'il no l'avait été des deux gouverneurs précédents. u fait, la desunion se mit entre eux au sujet de bien des questions. D'un côté, le gouverneur ne voulait pas agir comme l'évêque le désirait; de l’autre, l'évèque ne voulait pas accéder aux désirs du gouverneur. Les colons prirent parti, les uns pour Laval, les autres pour de Mézy.
117. Enfin le gouverneur devint très violent dans sa conduite. Il donna ordre de quitter le Canada à plusieurs personnes haut placées dans la colonie, entre autres à M. de Maisonneuve, gouverneur de l'Ile de Montréal.
Un jour, afin de faire parade de son autorité, de Mésy, à la tète d’un détachement de soldats, et au bruit retentisssant des tambours et des trompettes, pour que tout le monde en coût connaissance, se pré-
senta à la maison de l’évêque, comme s’il eût voulu s'emparer de sa personne. L'état parut à la porte; mais les soldats, loin de mettre la main sur lui, se contentèrent de lui présenter les armes et de lui faire un salut respectueux. Bref, de Mésy ne laissait échapper aucune occasion de faire acte d’irrévérence envers Laval. L’évèque, au contraire, se montrait calme et digne. Il fit adresser à la Cour de France un rapport dans lequel il exposait ce qui paraissait être répréhensible.
En conséquence, le roi envoya au Canada un autre gouverneur, M. de Courcelle, pour prendre la place de de Mésy. Des ordres furent même donnés pour que de Mésy fût traduit devant un tribunal.
118. Sur ces entrefaites, il arriva un grand changement à Québec. De Mésy tomba malade, et sentant sa fin approcher, il exprima le désir de se réconcilier avec son ancien ami Laval. Il se fit dont placer sur une litière et porter à la résidence de l’évêque. Aussitôt que les vœux du mourant lui furent connus, le prélat eut la générosité de lui pardonner toutes ses offenses passées, et le soigna jusqu'à sa mort.
De Mésy expira le 5 Mai 1665. Bientôt après, arrivèrent ceux qui avaient été nommés pour lui faire subir son procès; mais il était trop tard, et l’on ne s'occupa plus davantage des disputes de l’évèqne.et du gouverneur qui venait de mourir.