CHAPITRE XXIV
Le Marquis de Tracy se prépare à châtier les Iroquois.
119. Tandis que les disputes continuaient à Québec au sujet de la traite des boissons fortes, les autres embarras de la colonie ne faisaient que s'aggraver. Quoique la conduite héroïque de Dollard eût, pour le moment, décidé lesffroquois à se retirer, ces farouches ennemis se remirent bientôt à envoyer leurs partis de
erre comme auparavant. La seule question réelle semblait être de savoir quand il leur plairait de faire l'attaque décisive. Du temps de d’Argenson, nous l'avons déjà dit, “on ne pouvait rien voir entre Tadoussac et Montréal, que traces de dévastation et massacres.” |
Le gouverneur qui vint après d’'Argenson, M. d’Avaugour amena avec lui un corps de 400 soldats, dont l'arrivée causa beaucoup de joie. Néanmoins, le mieux que pussent faire les Français, à leurs difiérentes stations, c'était tout simplement de se maintenir sur leur terrain.
La condition de la colonie entière devint de jour en jour plus critique, au point que tout le monde voyait ea ruine imminente.
120. Sur ces entrefaites, en 1662, le roi résolut de prendre des mesures en faveur de la Nouvelle-France. Le pouvoir de la Compagnie des Associés lui fut retiré, et il fut pourvu à une autre sorte de gouvernement.
Il fut aussi nommé un vice-roi, le Marquis de Tracy, pour aller régler toutes les affaires du Canada. Il devait mettre un terme aux disputes qu'engendrait la traite des boissons enivrantes, et surtout délivrer la colonie de ses redoutables ennemis, les Iroquois. De Tracy, cependant, n’arriva au Canada qu’en 1665.
121. Avec lui vinrent le nouveau gouverneur, M. de Courcelle, ainsi que M. Talon. Ce dernier avait le titre et la charge d’Intendant Royal.
Pour délivrer le pays des Iroquois, le roi envoya rès de 1200 hommes de nouvelles troupes. Ces iommes formaient un corps fameux qui se nommait le Régiment de Carignan. Quelques uns arrivèrent et débarquèrent en mème temps que de Tracy ct do Courcelle. Les autres vinrent dans le cours de la belle saison,
122. De Tracy et de Courcelle étaient tous deux des officiers qui avaient servi longtemps dans les armées du roi en Europe. Inutile de dire combien les habitants durent être émerveillés en voyant lo vice-roi, lo gou-
verneur, les officicors et soldats faire leur entrée dans Québec, au son des tambours et des trompettes. On rapporte que plusieurs pages en costumes brillants marchaiïent en avant du vice-roi. Il y avait aussi 12 chevaux.
123. De Tracy ne percit pas de temps à commencer ges préparatifs. Il envoya des officiers et des hommes remonter en bateaux le cours du St. Laurent, avec ordre d'élever des forts sur les r'-es du Richelieu. L'un de ces forts, près de l’emborchure de la rivière, resut le nom de Sorel. Un autre fut appelé le fort Chambly. Plus tard, en remontant la rivière, on en construisit un troisième à l’endroit aujourd’hui désigné sous le nom de St. John. Sorel et Chambly étaient les noms de deux officiers du régiment de Carignan.
Ainsi ces trois places devinrent des postes susceptibles de servir de dépôts d'hommes, de provisions et de toutes choses nécessaires pour entrer immédiatement en campagne contre les Iroquois. Avant l'hiver, la construction des forts était suffisamment achevée pour permettre aux soldats de s’y loger et de s’y défendre contre un ennemi.
124, Déjà trois des six tribus iroquoises commençaient à s’alarmer. Elles envoyèrent des députés à Québec, avec mission de solliciter la paix. De Tracy les reçut avec courtoisie et les renvoya chargés de présents.
Les Mohawks, ou Agniers, et les Oneidas n’envoyèrent pas de dépu'és.