CHAPITRE XLWVII
Le Haut et le Bas-Canada.—La grande guerre d'Amérique.
214. On a déjà dit q'après 1763, le Canada tout enticr avait reçu le nom de Province de Québec. Précisément à l’époque où lo prince Edouard se trouvait dans le pays, on le divisa en deux parties, savoir : le Haut et le Bas-Canada.
Les deux nouvelles provinces étaient séparées l'une de l’autre par la rivière Ottawa.
Il y eut d’autres changements à cette même époque, 1791, changements faits par le roi et le parlement d'Angleterre qui voulaient que les Canadiens fussent contents et heureux.
Quand on eut ainsi fait deux provinces de la Province de Québec, certains colons qui ne pouvaient pas g’accorder en matière de religion ni sur d’autres points, furent à même de vivre séparés autant qu’il leur plaisait.
215. Vingt ans environ après le partage du pays en deux provinces, son accroissement, au double point do vuo de la population et des richesses, so trouva arrêté quelque temps par la guerre. Les Américains dos États-Unis, qui constituaient dès lors une grando nation, entrèrent en querelle avec l'Angleterre, ot commo ils ne pouvaiont pas aller combattre l'Angletorro chez elle, ils vinrent l’attaquer au Canada. La gucrre dura do 1812 à 1815. Les détails historiques qu y ont trait suffiraiont à remplir un gros volumo.
08 jeunes lecteurs so écntiront fiers de leur pays quaud ils seront en âgo de lire tous ces détails. Ils verront alors quo la conduite des habitants du Hsut ot du Bas-Canuda fut au-dessus do tout éloge pour la
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manière dont ils défendirent leurs foyers et leurs autels. Les Américains tenaient à vaincre et à prondre le Canada. Ils firent de grands eflorts pour parvenir, mais le courage des Canadiens les en empécha, ct ils échouèrent complètement.
Dans un petit livre comme celui-ci, nous ne pouvons que mentionner quelques-uns des événements les plus remarquables ct les plus intéressants de la guerre.
216. En 1812, le général Brock, Lieutenant-Gouverneur du Haut-Cunada, livra bataille au général Hull, à Détroit. Hull fut battu et fait prisonnier avec son armée. Brock prit ensuite part à la bataille de Queenston, le 15 octobre. Malheureusement il y fut tué, mais les Américains furent défaits. Son corps fut
. enseveli sur les hauteurs et un monument érigé au dessus de sa tombe.
217. L'année suivante, 1813, il y eut une foule d'engagements sur terre et sur les eaux des lacs Erié, Ontario et Champlain. Les Anglais et les Canadiens furent battus plusieurs fois, notamment sur les lacs. Il y eut peut-être jusqu'à 20 batailles cette année-là, et ils en pordiront à peu près la moitié; mais ils gagnèrent des victoires fort importantes à Chateauguay et à un endroit nommé Chrysler's farm, sur la rive nord du St. Laurent. Si nous ne savions que c’est la vérité, nous anrions peine à croire ce que nous lisons sur la bataillo de Chateauguay. Une armée américaine de pere milliers d'hommes, sous les ordres du général
ampton, y fut- battue par un corps d'environ 300 hommes que commandait le colonel Salaberry.
Hampton, paraît-il venait du lac Champlain avec, l'intention de conduire son armée à Montréal, où il devait être rejoint par le général Wilkinson qui du lac Ontario amenait une autre armée par la voio du St, Laurent. Salaberry posta ses hommos parmi les buissons et derrière des abattis d'arbres, sur le bord do larivière Châteauguay. Il savait qu'IHampton passerait par là, et quo lo terrain était trop raboteux et trop inégal pour que ce général püt ou le traverser ou le prendra,
I donna aussi aux Américains lieu de croire qu’il avait avec lui des corps de troupes vonsidérables, en plaçant hors de vue, sur cinq ou six points différents, et à quelque distanco les uns des autres, des trompottes à qui il avait recommandé de sonner de leurs instruments.
Cependant, les Américains arrivèrent aux abattis d’arbres, de l’autre côté desquels partit un feu très vif dirigé contre eux. Ils craignaient de s’enfoncer plus avant pour combattre un ennemi qu’ils ne pouvaiont voir. Lo feu dura quatre heures, Salaberry et ses hommes maintinrent leurs positions avec tant de bravoure, qu'enfin le général américain renonça à la lutte et se replia sur le lac Champlain.
Au bout de quelques jours, la nouvelle de la defaite d'Hampton parvint aux Américains placés sous la conduite de Wilkinson. Ce général descendait le St. Laurent dans l'espoir d'opérer sa jonction avec Hampton, à Montréal. Mais, lo 11 novembre, il fut lui-même battu à Chrysler's farm, où il perdit un de ses généraux et 200 hommes. Lui aussi abandonna donc ses desseins sur Montréal, et se mit en marche pour regagner son
ays.
HA Pis -et Morrison furent tous deux remerciés ag he or de leurs victoires. Sans leur courage et eur habileté, Montréal aurait pu succomber. Du moins, ils épargnèrent au pays bien des conflits sanglants et des dépenses.
Une méduille d'or fut frappée en l’honneur de Sala-
berry.
218. La guerre continua pendant toute l’année 1814. Partout les Anglais et les Canadiens se battirent bravement, et les Américains eurent recours à tous les mes va pour 86 rendre maitre du Canada.
Lundy's Lane, près des chûtes de Niagara, le génoral Gordon Drummond, Lieutenant-Gouverneur du ut-Canada, fut victorieux. La bataille dura sept heures, depuis l’après-midi jusqu'au milieu de la nuit, Les deux armées perdirent chacune: plus de 7 hom-
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mes. Ce fut l’action la plus sanglante de toute la guerre. Les soldats anglais et les mnilices du Haut- Canada prouvèrent aux Américains de quoi sont capables des hommes courageux qui se battent pour la défense de tout ce qui leur est cher.
Malheureusement, Drummond essuya ensuite, au Fort Erié, un échec qui lui coûta environ 1000 hommes.
Au mois de septembre de cette année, le gouverneur Général, Sir George Prevost se mit à la tête d’un corps considérable de troupes pour attaquer les Américains à Plattsburg, sur le lac Champlain. L'affaire manqua complètement et fit du tort à la réputation de Prevost. Sans la victoire de Lundy’s Lane, et les succès obtenus sur le lac Ontario, le Canada aurait eu le dessous dans ‘: «#mpagne de 1814. Ses la fin de la guerre x "va. L'Angleterre et les Etats-Unis firent la paix le Z4 «:combre.
219. Avant de clore ce chapitre, il faut que nous disions quelque chose des Indiens qui combattirent du côté du Canada. Les Mohawks alors établis sur des terres du Haut-Canada, étaient sous leur fameux chef Brauldt. A l’exemple de son père, Brauldt se montra l’allié fidèle et l'ami des Anglais. Lui et ses guerriers servirent sous Brock et se battirent bravement à l’affaire des hauteurs de Queenston.
Tecumseh était un autre chef de renom, partisan des Anglais. C'était un Huron, le plus grand depuis Pontiac. Lui et ses guerriers firent preuve de la plus grande bravoure durant la guerre.
Sans doute, les Indiens se livraient quelquefois au pillage et enlevaient les chevelures des morts. Mais il n'y avait plus de ces cruautés envers les prisonniers et les blessés, si communes autrefois Les principaux chefs étaient plus civilisés ; ils portaient même l’uniforme et recevaient la paie comme d’autres officiers. On raconte, à propos des Brauldt, qu’ils tenaient maison, et traitaient leurs visiteurs exactement comme le feraient des Anglais ou des Français bien élevés. Ils avaient des nègres pour servir leurs hôtes, Afin
d’effrayer ses domestiques de couleur et de leur ôter par là toute idée d'évasion, le vieux Brauldt avait coutume de leur dire : si vous tentez de décamper vous ne vous échapperez pas : je me mettrai à votre poursuite avec mon tomahawk, même jusqu’en Georgie.
Brauldt et Tecumseh étaient tous deux grands admirateurs du général Brock. Mais Tecumseh n'avait