PREFACE
péens dans les deux Indes," ne rapporte que quelques traits isolés de l'histoii'e du Canada, et Tauteur des Beautés" de cette histoire, qui s'est principalement attaché à décrire les mœurs et les usages des Sauvages, n'ajoute rien à ce qu'on en lit dans l'ouvrage volumineux du P. Charlevoix. Une Histoire suivie, uniforme et complète du Canada, sous la Domination Française, manquait donc aux lecteurs Canadiens, et nous avons eu l'intention, au moins, de bien mériter de nos compatriotes, en leur donnant cette histoire."
Ainsi nous exprimions-nous dans la Préface de notre première édition. Depuis lors, il nous est tombé sous la main des documens qui nous mettent en état de corriger plusieurs erreurs, dans lesquelles nous étions tombé, en suivant Charlevoix, particulièrement à l'égard de Quartier et de Roberyal, et de nous étendre davantage sur les deux époques les plus intéressantes des annales du Canada, celle de la découverte de ce pays, et celle de la guerre qui l'a fait passer de la domination de la France sous celle de l'Angleterre.
AVANT-PROPOS
Si l'on s'en rapportait à la carte géographique publiée par Guillaume PosTEL, vers 1550, Tile de Terre-Neuve, et les côtes voisines du continent américain, auraient été connues et fréquentées par des pêcheurs Français, de temps immémorial.*
Des écrivains anglais ont soutenu qu'au douzième siècle, un prince du pays de Galles, nommé Madoc, ayant navigué du côté de l'ouest, découvrit le continent américain, vers le 35e. degré de latitude septentrionale, et y fonda une colonie. j" Il paraît plus avéré que même avant l'époque où l'on place l'expédition du prince gallois, les Scandinaves découvrirent, vers l'ouest, une contrée fertile et tempérée, qu'ils nommèrent Vinlande, ( Vinland), ou Terre des Vignes, et y firent un établissement. Il n'est peut-être pas bien prouvé que cette
* Terra hœc, y est-il dit, ob lucratissimam piscationis utilitatem, summâ litterarum memoriâ, à Gallis adiri solita, et antè mille sexcentos annos frequentari solita est ; sed eo qubd sit urhihns inculta et vasta spreta est.
C'est sans doute en partie d'après cette autorité, que Lescar- BOT avance que les "Dieppois, les Malouins, les Kochelois, et autres mariniers français, fréquentaient déjà depuis plusieurs siècles, le grand banc et les côtes de Terre-Neuve." Il ajoute qu'encore de son temps une grande partie des noms des îles, caps, havres, &c, de ces parages, étaient bretons ou basques.
f " Madoc, prince de Galles, fatigué des troubles qui régnaient dans son pays, équippa quelques vaisseaux, sur lesquels il s'embarqua en 1171, dans le dessein de trouver un pays où il pourrait s'établir et vivre tranquillement. Ayant découvert, vers l'ouest, une contrée fertile, il y laissa une partie de ses compagnons, et •revint dans son pays natal, afin de prendre assez de monde pour fonder une colonie. Il remit à la voile avec dix vaisseaux chargés de gens de bonne volonté, tant hommes que femmes, et ne reparut plus." Telle est la substance de la légende.
AVANT-PKOPOS.
contrée soit celle qui porte aujourd'hui les noms de Massachusetts et de Rhodelsland; mais un fait qui parait maintenant certain, c'est que la partie méridionale du Groenlande ( Greenland), de la Terre- Verte, fut non seulement découverte, mais encore colonisée par des hommes du Nord, Danois, Norwégiens ou Islandais, entre le 10e. et le lie. siècle.
Des écrivains ont avancé, suivant Charlevoix, qu'en 1477, un Polonais, nommé Jean Scalve, étant entré dans le bras de mer qui a été appellé depuis Détroit à^Hiidson, découvrit le pays que d'anciens géographes ont nommé JEstotilande, (ou Statesland,) et auquel les Anglais ont donné le nom à'East-Main, ou de Terre- Ferme de l'Est, par opposition à celle qui est située de l'autre côté de la baie d'Hudson.
Quoiqu'il en soit de ces découvertes, vraies ou imaginaires, avant Christophe Colomb (Christoforo Colombo,) on ne parlait en Europe ni d'un nouveau Monde, ni d'un Continent occidental ; ce grand homme eut le premier l'idée, fut le premier persuadé de l'existence de ce continent ; et pourtant, dans son premier voyage de 1492, et dans celui de l'année suivante, il se contenta de la découverte de quelques unes des îles nommées ensuite Lucayes et Antilles, et laissa à Americ-Yespuce (Amerigo Ves- FUCCi) la gloire de découvrir le premier le continent, ou la Ter re- Fer me de V Amérique, comme fut appellée la région dont cet illustre navigateur rangea les côtes en 1497.
La même année 1497, Sébastien Cabot, ou Gaboto, fils de Jean Gaboto, marchand vénitien établi à Bristol en Angleterre, ayant armé aux frais, ou sous les auspices de Henhy YII, cingla vers l'ouest, passa au nord de l'Ile de Terre-Neuve, qu'il se contenta de voir de loin, découvrit les côtes d'une partie de la région à laquelle ses gens donnèrent le nom de Labrador, s'éleva au nord
AVANT-PROPOS
jusqu'au 56e. degré de latitude, puis redescendit au sud jusque vers le 36e., d'où il repassa en Angleterre.* Il paraît qu'il ne débarqua nulle part, et ne fit aucune prise de possession.
Une partie des côtes de l'ile de Terre-Neuve et quelques unes des îles voisines, furent reconnues et décrites, en 1500, par le navigateur Portugais, Gaspard DE CoRTEREAL. Commo Cabot, il cherchait par le nord un passage aux Indes.
Le géographe Guillaume Delisle, parlant du Canada, dit que ce pays fut découvert par des pêcheurs Français (Normands et Bretons), qui faisaient la pêche de la morue sur les bancs de Terre-Neuve; il ne détermine pas précisément l'époque de cette découverte ; mais elle doit s'être faite avant que Jean Denys, navigateur de Honfleur en Normandie, eut tracé une carte de la Grande- Baie, qu'on a depuis appellée Golfe Saint-Laurent, et suivant Charlevoix, cette carte portait la date de 1505.f
L'auteur d'un Voyage rapporte que vers 1506, un capitaine Espagnol, nommé Yelasco, remonta près de deux cents lieues dans la grande Eivière de Canada, appellée depuis Fleuve Saint-Laurent, Ce fait, regardé jusqu'à dernièrement comme dénué de toute vraisem-
*" Faisant voile, dit-il, en longeant la côte, afin de voir si je trouverais quelque golfe qui la coupât, je vis que la terre se prolongeait toujours jusqu'au 56e. de latitude, et m'appercevant que vers cet endroit, la côte faisait un coude vers l'orient, et désespérant de trouver un passage, je revins sur mes pas, et fis route en côtoyant cette terre, cinglant vers l'équateur. J'arrivai à la partie du continent qu'on nomme aujourd'hui Floride, lorsque venant à manquer de vivres, je mis à la voile pour l'Angleterre."
t " Sous Louis XII, les Français s'occupèrent de chercher la solution du problême du passage aux Indes par le nord- ouest, but de toutes les expéditions et voyages maritimes d'alors. Ils décou^ vrirent le Canada, fréquentèrent l'île de Terre-Neuve en 1504, et y fondèrent l'industrie de la pêche de la morue, dont les autres nations partagèrent plus tard les bénéfices et les avantages." — M,