CHAPITRE VIII
Incursions des Iroquois.— Guillaume et Eméric de Caen.— Compagnie des Cent Associés.
‘ Au commencement de l’anné 1621, les Iroquois parurent en armes inisque dans le centre de la colonie. Ces barbares, craignant que si les Français se multipliaient dans le pays, leur alliance ne fit reprendre aux Algonquins et aux Hurons leur ancienne supériorité sur eux, résolurent de s’en délivrer avant qu’ils eusent eu le temps de se fortifier. davantage. Ils levèrent deux grands partis de guerre, pour attaquer les Français et leurs alliés en même temps. Le premier marcha vers le Sault Saint-Louis, et y trouva des Français, qui, quoiqu’en petit nombre, les repoussèrent, avec le secours de leurs alliés. Le second parti s’embarqua sur trente canots, et alla investir le couvent des récollets, sur la rivière Saint-Charles, où il y avait un peüt fort. N’osant attaquer cette place, les Iroquois se jettèrent sur des Hurons, qui se trouvaient aux environs ; en prirent quelques uns, et les brulérent. Ils ravagèrent ensuite tous les environs du couvent, puisse retirérent.
Il sen fallait de beaucoup que M. DE CHAMPLAIN eût des forces suffisantes pour DRE ces barbares :
aussi crut-il devoir représenter au roi ct au duc de MonTMorEncy la nécessité de secourir la colonie, et le peu de cas que la compagnie avait fait jusque-là de ses instances réitérées, Le P. LEBAILLIr, qui fut député au roi, du consentement des principaux habitans, fut très bien reçu, et obtint tout ce que M. px CHAMPLAIN désirait. La compagnie fut supprimée, et deux particuliers, GuiLzAUME et Emeric de CAEN, oncle et neveu, entrèrent dans tous ses droits. CHAM- PLAIN en apprit la nouvelle par une lettre du vice-roi, qui lui enjoignait de prêter main-forte à ces negocians. Excepté CHAMPLAIN, tout le monde s'était si peu occupé de l’établissement du Canada, qu’on ne comptait à Québec, en 1622, que cinquante-deux habitans, y compris les femmes et les enfans.
En 1624, CHAMPLAIN fit bâtir en pierre le fort de Québec. Il paraissait par-là vouloir se livrer tout entier au soin de sa colonie ; mais à peine le fort fut-il achevé, qu’il repassa en France, avec sa famille. Il trouva le maréchal de MonTMorEncCY traitant de sa vice-royauté avec le duc de VENTADOUR, son neveu. Ce dernier ne se chargeait des affaires de la Nouvelle France, que pour y procurer la conversion des Sauvages ; aussi son premier soin fut-il d’y faire passer des jésuites comme missionnaires, ÆEn 1625, GUILLAUME DE CAEN amena à Québec les PP.
Masse, de BREBEUF, et CHARLES LALLEMANT.
Ces religieux se logèrent chez les récollets, en attendant qu’ils eussent une maison à eux. L’année suivante, d’autres jésuites arrivèrent sur un petit bâtiment qu’ils avaient frété, et sur lequel ils avaient embarqué plusieurs ouvriers.
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Cependant les Sauvages causaient toujours de grandes inquiétudes : ils avaient encore assassiné quelques Français, et comme on ne s’était pas trouvé assez fort pour en tirer raison, l’impunité les avait rendus plus insolents ; de sorte qu’on ne pouvait s#’écarter des habitations sans courir risque de la vie. M. DE CHAMPLAIN, de retour à Québec, crut devoir se plaindre au roi de l’état de faiblesse où il avait trouvé la colonie, principalement par la faute des associés des sieurs DE CAEN: qui ne s’occupaient que de la traite des pelleteries. Le cardinal de RicHeztœu, alors premier ministre, gouta la proposition qui lui fut faite, de mettre le commerce du Canada entre les mains d’une nouvelle compagnie. D’après le mémoire qui lui fut présenté, les associés devaient faire passer en Canada deux ou trois cents ouvriers de tous métiers ; ils promettaient de porter Je nombre des habitans à 16,000 avant l’année 1643 ; de les loger, nourir et entretenir de toutes choses pendant trois ans ; de leur assigner ensuite des terres défrichées, autant qu’il serait nécessaire pour leur subsistance, et de leur fournir des grains pour les ensemencer. Tous les nouveaux colons devaient être français et catholiques, et il devait y avoir dans chaque habitation des prêtres que la compagnie s’engageait à défrayer de tout pendant quinze ans, après quoi ils pourraient subsister au moyen des terres qu’elle leur aurait assignées. Pour dédommager les associés de tant de frais, le roi leur cédait, ainsi qu’à leurs successeurs, à perpétuité, le fort de Québec et tout le pays de la Nouvelle France, tout le cours du fleuve Saint-Laurent et des rivières qui s'y déchargent, ou se rendent à la mer, avec les îles, ports, hâvres, mines, pêches, etc., sa majesté ne se ré-
servant que le ressort de la foi et hommage, avec une couronne d’or du poids de huit marcs, à chaque mutation de roi, et la nomination des officiers de justice souveraine, qui seraient présentés par les associés, lorsqu’il serait jugé à propros d’y en établir. Le roi leur accordait le droit de concéder des terres à tels titres qu’ils voudraient, et à telles charges et conditions qu’il leur plairait ; celui de construire des places fortes, de fondre ües canons et de fabriquer des armes de toutes sortes ; le commerce des pelleteries pour toujours, et et pour quinze ans tout autre commerce. Il leur permettait d’embarquer sur des vaisseaux qu’il leur donnait, les capitaines, soldats et matelots qu’il leur semblerait bon, à condition qu’à leur recommandation, les capitaines prendraient leurs commissions de Jui; ainsi que les commandans des forteresses déja construites, ou à construire, dans l'étendue des pays coneédés. Il exemptait de tout droit, pendant quinze ans, les marchandises qui viendraient du Canada, ainsi que les vivres, munitions de guerre, etc. qui y seraient envoyés. Il était permis à tautes personnes, de quelque état et qualité qu’elles fussent, d'entrer dans la compagnie, sans déroger aux privilèges accordés à leurs ordres ; et s’il se trouvait parmi les associés. des roturiers, sa majesté promettait d’en ennoblir jusqu’à douze, sur la recommandation de la compagnie. Enfin, il-était déclaré que les descendans des Français établis dans le pays, et même les Sauvages qui auraient embrassé le christianisme, seraient réputés français, sans être obligés de prendre des lettres de naturalité.
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