‹ Histoire du Canada, sous la domination française [microforme] (volume 2)Chapitre 17 sur 76 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Restitution de Québec.—Mort de Champlain.— Commencement de la guerre des Hurons et des Iroquois.— Fondations.

Cependant on avait négocié, à la cour de France, pour retirer des mains des Anglais le fort de Québec et le Canada; t afin de donner plus de poids aux négociations, on avait armé six vaisseaux, qui devaient être sous les ordres du commandeur DE Raziccr; mais l'Angleterre rendit de bonne grâce ce qu’on se préparait à lui enlever de force. Le traité en fut signé à Saint- Germain en Laye, le 20 octobre 1632, et l’Acadie y fut comprise, ainsi que le Cap-Breton. Un des articles du traité portait que tous les effets qui seraient trouvés à Québec seraient restitués, ainsi que les vaisseaux pris de part et d'autre, avec leurs cargaisons ; et comme les sieurs DE CAEN avaient le jrincipal intérêt dans cette restitution, Emeric fut envoyé en Amérique, pour porter à Louis Kerrx le traité, et en sclliciter l’exécution. Le roi jugea même à propos de lui abandonner le commerce des pelleteries pour un an, afin de le dédommager des pertes qu’il avait faites pendant la guerre. Il partit pour Québec, au mois d'avril de cette même année 1632, et

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à son arrivée, le gouverneur anglais lui remit la place, avec tous les effets qui lui appartenaient.

En 1633, la compagnie des Cent Associés rentra dans tous ses droits, et l’Acadie fut concédée au commandeur DE Razirzt, à condition qu’il y ferait un établissement. Il en fit un, en effet, mais peu considérable, à la Haive. La même année, M. DE CHAM- PLAIN fut nommé de nouveau gouverneur, ou commandant en Canada, et y vint, avec une escadre qui portait beaucoup plus que ne valait alors toute cette colonie. Sa première vue fut de s’attacher la nation huronne, et de tècher de la soumettre au joug de l’évangile. ; Des missionnaires, récollets et jésuites, l’avaient déjà visitée, avant la prise de Québec, et il arriva ensuite un assez grand nombre des derniers, dont plusieurs partirent pour cette mission. Le P. CHARLEVOIx remarque qu’en moins de trois ans, après la restitution du Canada, il y eut quinze jésuites dans le pays. Bientôt aussi, dit-il, i n’y eut plus un seul calviniste dans la colonie. Cette exclusion, qu’on pourrait regarder comme le fruit de l'intolérance, qui était l'esprit du temps, et non moins chez les protestans que chez les catholiques, était aussi une mesure de politique: on était persuadé, à la cour de France, que l’entreprise et le succès des Anglais contre le Canada étaient principalement dûs aux intrigues de quelques protestans de France, et à la connivence de ceux de la colonie ; et l’on crut qu’il était de la prudence de ne pas trop approcher les réformés des Anglais, dans un pays où l’on n’avait pas assez de forces pour les contenir dans le devoir et la soumission aux autorités légit mes.

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On avait, d’ailleurs, apporté une grande attention au choix de ceux qui s’étaient présentés pour venir s'établir en Canada. On n’y voulait point de mauvais garnemens, comme #exprime un historien du temps. On avait soin surtout de s’assurer de la conduite et de la réputation des femmes et des filles, avant de leur permettre de s’embarquer. Les missionnaires, soit chez les Français, soit chez les Sauvages, se distinguaient par une piété, un zèle, une résignation et un dévouement, qu’on pouvait regarder, même alors, comme extraordinaires.

Un établissement pour l’instruction des enfans des Français et des Sauvages, auquel on donna le nom de collège, fut commencé en 1635, particulièrement par les soins du jésuite ReN&’ RoxauLr, fils du marquis de GAMACHE.

M. ne CHAMPLAIN mourut, à Québec, vers la fin de décembre de la même année, universellement regretté, et à juste titre. C’était un homme de bien et de mérite: il avait des vues droites et était doué de beaucoup de pénétration. Ce qu’on admirait le plus en ui, c’étaient son activité, sa constance à suivre ses entreprises ; sa fermeté et son courage dansles plus grands dangers ; in zèle ardent et désintéressé pour le bien de l’état; un grand fond d’honneur, de probité et de religion. Au reproche que lui fait LEscARBoT, d’avoir été trop crédule, CHARLEVoOIx répond que c’est le défaut des âmes droites, et que, dans l’impossibilité d’être sans défauts, il est beau de n’avoir que ceux qui æraient des vertus, si tous les hommes étaient ce qu’ils devraient être. M.DE CHAMPLAIN eut pour succes-

seur dans le gouvernement, M. De MoNTMAGNy, chevalier de Malte.

Cependant les missionnaires continuaient leurs travaux évangéliques parmi les Hurons. L’occasion était favorable pour faire dans leur pays un bon établissement ; mais M. pe MonTMAGNy manquait d'hommes et de finances. Les Hurons étaient inquiétés par les [roquois, et l’alliance des Français leur avait donné une confiance et une présomption qui les perdirent, à la fin. Leurs ennemis surent les endormir par des négociations ; mais en même temps qu’ils négociaient, ou feignaient de négocier avec le corps de la nation, ils attaquaient, sous différents prétextes, les

- bourgades les plus éloisnées du centre, en persuadant

aux autres, qu’il ne s’agissait que de quelques querelles particulières, où elles n’avaient aucun intérêt d’entrer. Cependant, au commencement de l’année 1636, les Iroquois cessèrent de feindre, et parurent en armes au milieu du pays des Hurons. Ceux-ci les repoussèrent, cette fois, avec l’aide du peu de Français qu’il y avait parmi eux. Mais la retraite de leurs ennemis les replongea dans leur première sécurité ; et pour comble de mal, une épidémie, qui éclata dans leur pays, leur fit perdre un grand nombre de leurs guerriers. Une partie aussi de ceux qui s’étaient faits chrétiens, ou qui désiraient le devenir, laissèrent leur pays, et vinrent former, auprès de Québec, à 1637, une bourgade qui fut appellée Sylleri, du nom du seigneur qui avait projetté cet établissement.

Deux choses essentielles manquaient encore à la colonie ; une école pour l'instruction des jeunes filles, ct un hôpital pour le soulagement des malades. Les jé-

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suites s'étaient déjà donné de grands mouvemens pour lui procurer ce double avantage: deux dames illustres scondèrent leurs vues, et mirent leurs projets à execution. La duchesse p’A1GuILLON voulut être la fondatrice de l’Hotel-Dieu : elle s’adressa aux hospitalières de Dieppe, qui s’offrirent toutes, mais dont trois seulemont furent acceptées. La fondation des ursulines fut dûe à une jeune veuve de condition, nommée Madame DE LA PELTRIE. Cette illustre fondatrice consacra ses biens et sa personne même à cette œuvre méritoire. Après avoir obtenu trois ursulines, entre lesquelles était la sœur MARIE DE L’INCARNATION, que CHAR- LEvoIx appelle la THERESE de la Nouvelle France, elle s’embarqua à Dieppe, avec elles et avec les trois hospitalières, le 4 mai 1639, sur un vaisseau qui n’arriva à Québec que le 1r. août. Le jour de leur arrivée fut un jour de fête pour toute la ville. Tous les travaux cessérent ; toutes les boutiques furent fermées. Le gouverneur reçut les religieuses, à la tête de ses troupes qui étaient sous les armes, et au bruit du canon. Il les mena, au milieu des acclamations du peuple, à l’église, où le Te Deum fut chanté en actions de grâces. Les hospitalières allèrent s’établir à Sylleri: les ursulines restèrent à Québec. Madame DE LA PELTRIE poussa son zèle et sa charité jusqu’à se dépouiller du peu qu’elle s’était réservé pour son usage ; à se réduire à manquer parfois du nécessaire, et à cultiver même la terre de ses mains, pour avoir de quoi soulager les nécessiteux et les enfans pauvres qu’on lui présentait. Ce zèle peut paraître bien excessif, et même peu éclairé, puisqu’en se réservant un revenu, même modique, elle se fut trouvée en état de subvenir aux besoins des

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