CHAPITRE XXIK
Expéditions dans l'Ile de Terre-Neuve et à la Baie d’Hudson.— Troubles dans l Ouest.—Mort de M. de F'rontenac.
Pendant que M. DE FRONTENAC ravageait lo pays des Iroquois, M. D’IBERVILLE, après avoir enlevé aux Anglais un vaisseau de 24 canons, sans perdre un seul homme, leur prenait, par capitulation, lc: fort de Pemkuit ; et le chevalier de ViLzLEBON les repoussait de devant celui de Naxoat.
De lAcadie, D'IBERVILLE se rendit à Plaisance, en Terre-Neuve, où cent-vingt Canadiens et quelques volontaires, partis de Québec, le devaient joindre, et le joignirent, en effet, quelques jours après son arrivée. Il devait, conjointement avec M. DE BrouILLAN, gouverneur de Plaisance, enlever aux Anglais les établissemens qu’ils avaient dans l’ile, et particulièrenment
* Vers 1660, la ville, ou le bourg, de Plaisance était devenue le siége d’un gouvernement royal, et l’on y voit commander, successivement, les sieurs GARGOT. DE LA Poype, PARAT et DE BRouILLAN. Au temps dont nous parlons, les Françaiïs avaient encore, en Terre-Neuve, le fort de Saint-Louis, et les établissemens du Chapeau-Rouge et du Petit-Nord, outre ceux des îles de Saint-Pierre et de Miquelon.
le fort et la ville de Saint-Jean. Il y eut queiques altercations entre DE BROUILLAN et D’IBERVILLE, d’abord au sujet du commandement, ensuite par rapport au butin à faire. D’IBERVILLE voulait commander Sa exclusivement les Canadiens ; M. DE BROUILLAN, au |
contraire, prétendait qu’ils devaient être soumis à ses orures, comme ses propres miliciens et ses soldats, ét D’IBERvILLE mécontent parla de se retirer; mais les ne Canadiens déclarèrent unanimement qu’ils ne recon- S naitraient point d’autre chef que lui, et que c’était à la | cette condition qu’ils s’étaient enrôlés." Il falluten 4:
passer par là.
M. pe BRouILLAN voulant qu’on commencât par at- De ji taquer la capitale, il fut réglé qu’on se rendrait séparée-
mor
(fl ment à Saint-Jean, M. D’IBERVILLE avec ses Cana- He
| jte diens, et le gouverneur avec ses troupes et ses milices ; pac: que quand ils seraient réunis, M. ne BroutLLAN au- glais
rait tous les honneurs du commandement ; mais que le pillage ? (c’est l’expression de CHARLEVOIx,) serait partagé de telle sorte, entre les deux troupes, que n’I- BERVILLE, qui faisait la plus grande partie des frais de A l'expédition, aurait aussi la meilleure part du butin.
* 6 D’IserviLLe était Canadien, dit CHARLEVOIx, et personne n’a fait plus d’honneur à sa patrie ; aussi était-il idole de ses compatriotes. En un mot, ces braves Cana- pren: | d'ens étaient la dixième légion, qui ne combattait que sous i 1 LE fl la conduite de Cesar, et à la tête de laquelle Cesar était
JL invincible, D'ailleurs, ajoute-t-il, le gouverneur de ERE,
MI Plaisance avait la réputation d’être dur et haut dans le nière | 1 commandement, et il n°y eut jamais de troupes avec les- M MEN quelles on réussit moins par la hauteur et la dureté, que 1
LU les milices canadiennes, très aisées cependant à conduire, onf pe
Ut | lorsqu’on sait s’y prendre d’une manière tout opposée, et les tra E DE qu’on a su gagner leur estime. ?
ques al- ÆE, d’arapport nmander LAN, au is à ses , soldats.
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çât par atit séparees Canas milices ; LLAN auais que le IX,) serait , que D’Ies frais de y butin.
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avec lesureté, que à conduire, ppposées et
M. ne BRouILLAN s’embarqua avec ses troupes et ses milices, et D'IBERVILLE se mit en route, par terre, le 1er novembre, avec tous les Canadiens et quelques Sauvages. Le tout ne se montait pas à plus de cent trente hommes ; mais avec cette petite troupe, D’IBErviLLE prit, l’un après l’autre, un nombre de petits forts, et fit plusieurs centaines de prisonniers. Arrivé à la vue de Saint-Jean, il lui fallnt agir de concert avec M. DE BROUILLAN, et sous ses ordres ; mais il eut encore la première et la principale part à la prise de cette ville et des forts qui la défendaient. On détruisit ces forts, et l’on brula toutes les maisons du bourg et des environs. De BrouILLAN s’en retourna à Plaisance, avec tout son monde ; ce qui n’empêcha pas D’IBERvVILLE de continuer la petite guerre, avec ses Canadiens. Dans l’espace de deux mois, il prit tout ce qui restait aux Anglais, dans l’île, excepté Bonaviste et Carbonière, places trop fortes pour la poignée de gens qu’il commandait, et fit de six à sept cents prisonniers, tant hommes que femmes et enfans.
Après D’IBERVILLE, qui donna, dans cette expédition, de grandes preuves de sa capacité, et qui se trouvait partout où il-y avait plus de risques à courir et de fatigues à essuyer, et MonTIGNY, qui ordinairement prenait les devans, et laissait peu à faire à ceux qui le suivaient, MM. Ducue’, DE PLAINE et DE LA PERri- ERE, tous trois Canadiens, se distinguèrent d’une manière particulière. Les détails dans lesquels entrent M. pe LA POTHERIE et le P. DE CHARLEVOIX nous
ont paru trop minutieux pour cette histoire. Au reste, les traits de bravoure et d’habileté compensent à peine
le désir de piller, d’incendier et de détruire, qui semble RB
animer presque uniquement les agresseurs. Ils auraient pu avoir un but utile pour leur nation ; celui de lui transporter le commerce que la possession de la meilleure partie de l’île de Terre-Neuve procurait à l’Angleterre ; mais pour y réussir, il aurait fallu ne pas conquérir uniquement pour ravager, mais pour conserver, et remplacer par des nationaux les anciens habitans, qu’on tuait ou qu’on chassait. Les moyens manquant, le résultat de cette petite guerre fut de faire beaucoup de mal à autrui, sans se procurer à soi-même le moindre avantase réel et positif.
Tel était l’esprit du temps, dans ce pays, que tout particulier se croyait en droit de s’armer, et d’aller tuer, incendier ct piller, partout où sa volonté ou le hazard le conduisait, chez les Anglais et les Sauvages. Dans le même temps que D’IBERVILLE et BROUILLAN étaient occupés à détruire les établissemens anglais de Terre- Neuve, deux ou trois petits partis de dix ou quinze hommes. chacun, se mirent en campagne, pour aller chercher rencontre ou fortune, du côté de la Nouvelle- York. Une de ces petites bandes tomba dans une ambuscade, près d'Orange, et tous ceux qui la composaient furent tués, ou faits prisonniers. Une autre rencontra des Sauvages de la Montagne, qui les prirent pour des Anglais, et fut en partie détruite. Digne récompense de ces téméraires et coupables entreprises.
De lîle de Terre-Neuve D’IBERVILLE passa, encore une fois, à la Baie-d’ Hudson, où, sur un vaisseau de 50 canons, il eut à se battre contre trois vaisseaux anglais, dont un était plus fort que le sien,et les deux autres étaient des frégates de 32 canons. Il coula à fond le premier, s’'empara d’une des frégates, et obligea l’autre à prendre
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la fuite. Après cet expioit naval, il reprit le fort Bourbon, dont les Anglais s’étaient de nouveau rendus maîtres, Il y laissa, comme commandant, M. DE Mar- TIGNY, SOn cousin germain, et M. DE BoiSBRIAND, en qualité de lieutenant de roi.
Il ne se passa rien de bien important, dans le centre de la colonie, depuis l’automne de 1696 jusqu’au prin-
temps de l’année suivante. Mais bientôt, les Iroquois,
s’appercevant qu’on ne songeait plus à les aller inquiéter chez eux, se mirent, de toutes parts, en campagne ; ce qui obligea le gouverneur de Montréal à multiplier les partis, pour rompre leurs mesures. Le comte de FRONTENAC se repentit alors d’avoir ménagé une nation, à laquelle il avait fait trop de mal, pour espérer de la gagner jamais ; et ce qui se passait, en même temps, dans les contrée: de l'Ouest, vint ajouter encore à sa sollicitude.
Un asse:. grand nombre de Miamis, des bords de la rivière Maramek où Merrimak, en étaient partis, sur la fin du mois d’août de l’année précédente, pour s’aller réunir avec leurs frères établis sur la rivière de Saint-Joseph, et avaient été attaqués, en chemin, par des Scioux, qui en avaient tué plusieurs. Les Miamis de Saint-Joseph, instruits de cet acte d’hostilité, allérent chercher 'es Scioux, jusque dans leur pays, pour venger leurs {ères, et les rencontrèrent retranchés dans un fort, avec des Français du nombre de ceux qu’on appellait Coureurs de bois. Ils les attaquèrent, à plusieurs reprises, avec beaucoup de résolution ; mais ils furent toujours 1epoussés, et contraints enfin de se retirer, après avoir perdu plusieurs de leurs gens. Comme ils s’en retournaient chez eux, ils rencontrèrent
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