‹ Histoire du Canada, sous la domination française [microforme] (volume 2)Chapitre 44 sur 76 · DE 2 LIT PIE · texte numérisé non relu

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la paix se fit sans son aveu, ni à d’autres conditions que celles qui lui plairaient. De leur côté, les Iroquois paraissaient craindre, 6’ils se reconciliaient de bonne foi avec les Français, de s’attirer le mécontentement, sinon les armes, de leurs anciens amis. Ils montrèrent pourtant quelque fermeté, en cette occasion, comme ils avaient déjà fait précédemment, en donnant à entendre aux Anglais, qu’ils voulaient bien être leurs alliés, mais non leurs sujets, et ils envoyèrent des députés à Montréal, pour y parler de paix, Après l’audiencé que leur donna le gouverneur, ces députés repartirent, accompagnés de trois Français, le P. BruYAS, jésuite, et MM. 2e Maxicourr et JoNcAIRE, qui devaient travailler à disposer les Cantons à une paix prochaine et sincère. Ces envoyés furent reçus à Onnontagué, avec de grandes démonstrations de joie. Du lac de Gannentaha, où l’on était venu à leur rencontre, on les conduisit, comme en triomphe, jusqu’à la principale bourgade du canton. Ils y entrèrent, au bruit de plusieurs décharges de mousqueterie, et furent régalés ensuite avec profusion.

Quelques jours après, ils furent introduits dans la cabane du conseil, où ils trouvèrent les députés de tous les cantons supérieurs. Le P. Bruyas, qui était chargé de porter la parole, commença un discours qui roula principalement sur trois points, qu’il appuya de trois colliers: par le premier, il exhortait les [roquois à se souvenir qu'OxonTHI0 était leur père, et que leur devoir et leur intérêt les engageaient également à lui demeurer obéissants, comme il convenait à des enfans, soit qu'ils fussent en bonne intelligence avec ConLAR, qui n’était que leur frère, soit qu’ils eussent quelque chose

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à déméler ave lui : par le second, il témoignait son regret de la perte que la nation iroquoise avait faite de plusieurs chefs et d’un grand nombre de guerriers: par le troisième, il leur déclarait que le nouveau gouverneur général était sincèrement porté à la paix, et qu’il la leur accorderait volontiers, pourvu que, de leur côté, ils la voulussent aussi de bonne foi; et il leur exposa les conditions auxquelles le gouverneur était disposé à traiter avec eux.

M. pe Manicourr fit aussi un discours, où il n’oublia rien pour faire comprendre aux Iroquois tout ce qu’ils avaient à craindre du ressentimen: de leur père, s'ils n’acceptaient pas la paix qu’il leur offrait, à des conditions aussi raisonnables que celles qu’on venait de leur expliquer, et ce qu’ils pouvaient espérer de lui et de tous les Français, s’ils ouvraient, une bonne fois, les yeux sur leurs véritables intérêts.

Le lendemain, comme ils délibéraient entr’eux, sur ce qu’ils répondraient aux Français, un viel Onnontagué et un jeune Anglais arrivèren: Orange, et leur dirent, de la part du chevalier de BELLAMONT, qu'ils se donnassent bien de garde d’écouter les Français, et qu’il les attendait, dans dix ou douze jours, à Orange, où il leur ferait savoir ses volontés. Cette manière impérieuse de parler choqua le conseil : “ Je ne comprends pas, dit TEGANISSORENS, comment mon frère l'entend, de ne vouloir pas que nous écoutions la voix de notre père, et de chanter la guerre, dans un temps où tout nous invite à la paix.”

Le P. Bruvas profita de cette disposition, pour faire observer à l’assemblée que le général anglais traitait les froquois en sujets, et ce qu’ils auraient à souffrir d’une

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domination si haute et si dure, quand, une fois, ils s’y seraient soumis ; Ce qui ne manquerait pas d'arriver prochainement, ils laissaient échapper l’occ:sion qu'ils avaient entre les mains de se reconcilier, d’une manière durable, avec ONoONTHI0. M. JOXCAIRE ajouta que les Anglais, en s’opposant à cette reconciliation, ne pouvaient avoir d'autre vue que de laisser les froquois se consumer, peu à peu, par la guerre, ou du moins s’affaiblir de manière à n’être plus en état de refuser de subir un joug dont ils reconnaitraient peut-être trop tard la pesanteur.

Un conseil général de toute la nation iroquoise fut assemblé à Onnontagué : l’envoyé anglais y fut admis, et TEGANISSORENS y parla, au nom de tous les cantons. Il adressa d’abord la parole aux députés français, et commença par les assurer que toute la nation était disposée à écouter la voix de son père, c’est-à-dire, à lui obéir. Îl ajouta que chacun des cantons allait lui envoyer des députés, pour savoir ses volontés. Puis, se tournant vers l’Anglais : “Je ne fais rien en cachette, Jui dit-il ; je suis bien aise que tu connaisses la disposition où je suis. Tu diras à mon frère CoRLAR, qui t’a envoyé ici, que je vais descendre à Québec, pour me rendre à l’invitation de mon père ONONTHIO, qui a planté l’arbre dela paix: j’irai ensuite à Orange, pour savoir ce que mon frère me veut.’ En achevant ces mots, il mit cinq colliers aux pieds des députés français. Le P. Bruvas les releva, pour signifier qu'il les acceptait, au nom d’'ONONTHIO. :

Rien n’arrêtant plus les envoyés français à Onnontagué, ils en repartirent, accompagnés des députés dd ce canton et de celui de Goyogouin, Ils furent re:

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conduits jusqu’à Gannentaha, avec les mêmes honneurs qu’on leur avait faits, à leur arrivée. Ils s’y arrétérent, quelque temps, pour attendre les députés des autres cantons. Pendant qu’ils y étaient, on annonça que le gouverneur de la Nouvelle York avait levé le pavillon rouge, et saisi toutes les pelleteries qui se trouvaient à Orange appartenant aux Troquois, pour leur faire entendre qu’il était déterminé à leur déclarer la guerre, s’ils ne respectaient pas ses volontés. Ces menaces n’empèchèrent pas les députés des Cantons de s’'embarquer, au nombre de dix-neuf, avec les envoyés de M. DE CALLIERES. À leur arrivée à Montréal, on les reçut, au bruit d’une décharge de boîtes ; ce qui causa quelque jalousie aux alliés de la colonie. On entendit quelques uns d’eux demander si c’était là la manière dont les Français recevaient leurs ennemis. On les laissa dire, sans réfléchir assez, peut-être, comme le remarque CHARLEVOIx, qu’on sexposait à perdre des amis, en voulant regagner des ennemis, par une conduite qui pouvait les rendre encore plus fiers et plus difficiles. Il n’en fut rien pourtant: dans l’audience que le gouverneur leur donna, leur orateur parla de manière à être applaudi de tous ceux qui l’écoutalent.

La réponse que leur fit M. ne CALLIERES les satisfit de même, au point de leur faire dire que jamais on ne leur avait mieux parlé raison.

Les députés des tribus alliées parlèrent aussi, mais en peu de mots. KonNDiARoNK, qu avait été député par les Hurons, dit : % J’ai toujours écouté la voix de mon père, et Je jette ma hache à ses pieds ; je ne doute point que les gens d'en haut n’en fassent de mêm e

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