‹ Histoire du Canada, sous la domination française [microforme] (volume 2)Chapitre 65 sur 76 · CHAPITRE XLII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLII

Reddition de Louisbourg.—Bataille de Curillon.— Prise des forts Frontenac et Duquesne.

Il ny eut aucun évènement militaire remarquable, depuis la prise du fort George jusqu’au siège de Louisbourg. Cette place, qui avait été bloquée, en 1747, par une escadre anglaise, aux ordres de l’amiral Lou- DOUN, fut attaquée et prise, dans l’été de l’année suivante, Ce fut le 2 juin 1758, dit RAYNAL, à qui nous empruntons, en grando partie, ce récit, qu’une flotte composée de vingt-trois vaisseaux de ligne et de dixhuit frégates, qui portaient 16,000 hommes de troupes agguerries, jctta l’ancre dans la baie de Gabarus, à une demi-lieue de Louisbourg. Comme il était démontré qu'un débarquement fait à une plus grande distance ne pouvait servir de rien, parce qu’il aurait été impossible de transporter l'artillerie et les autres choses nécessaires pour un grand siège, on s’était attaché à le rendre impraticable, au voisinage de la place. L’assaillant vit la sagesse des mesures qui lui annonçaient des difficultés et des périls : il crut alors devoir appeller la ruse à son secours, et pendant que, par une ligne prolongée, il menaçait et couvrait toute la côte, il descendit en force sur le rivage de l’anse au Cormoran.

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Cet endroit était faible de sa nature ; mais les Français l’avaient étayé d’un bon parapet, fortifié par des canons, dont le feu se soutenait, et par des pierriers d’un gros calibre. Derrière ce rampait étaient 2,000 bon: soldats et quelques Sauvages. En avant, il y avait un abattis d’arbres si serré, qu'on eût eu bien de la peine à y passer, quand même il n’aurait pas été défendu. Cette espèce de palissade, qui cachait tous les préparatifs de défense, ne paraissait, dans l'éloignement, qu’une plaine verdoyante.

C'était le salut de la colonie, si l’on eût laissé à l’assaillant le temps d’achever son débarquement, et de s’avancer, dans la confiance de ne trouver que peu d'obstacles à forcer. Alors, accablé, tout-à-coup, par le feu de l’artillerie et de la mousquetcrie, il eût infaillibloment péri sur le rivage, ou dans la précipitation du rembarquement. Cette perte inopinée aurait pu rompre le fil de tous ses projets: mais l’impétuosité française fit échouer ivutes les précautions de la prudenec : à peine les Anglais eurent fait quelques mouvemens, pour s'approcher du rivage, qu’on se hâta de découvrir le piège où ils devaient être pris. Au feu brusque et précipité qu’on fit sur leurs chaloupes, et plus encore à l’empressement qu’on eut de déranger les branches d’arbres qui masquaient les forces qu’on avait tant d'intérêt à cacher, ils devinèrent le péril où ils allaient se jetter. Dès ce moment, revenant sur leurs pas, ils ne virent

plus d’endroit pour descendre, qu’un seul rocher, qui

même avait paru jusqu'alors inaccessible. Le brigadier Wor£, quoique fortement occupé du soin de faire rembarquer ses troupes, fit signe au major SCOTT de s’y rendre,

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Cet officier s’y porta aussitôt, avec les soldats qu’il commandait. Sa chaloupe étant arrivée la première et s'étant enfoncée, au moment où il mettait piod à torre, il grmpa tout seul sur le rocher. Il espérait y trouver cent des siens, qu’on y avait envoyés, depuis quelques heures ; il n’y en avait que dix. Avec ce petit nombre d’hommes, il ne laissa pas de gagner le haut du rocher. Les Français lui tuent deux hommes et lui en blesseut trois mortellement ; mais malgré sa faiblesse, il se soutient, dans ce poste important, à la faveur d’un épais taillis. Enfin, ses intrépides compagnons bravant, pour le joindre, etle courroux de la mer et le feu du canon, achèvent de le rendre maître de la seule position qui pouvait leur assurer la descente.

Dès que les Français virent l’assaillant solidement établi sur le rivage, ils prirent l’unique parti qui leur restait, celui de s’enfermer dans les murs de la ville Les fortifications de Louisbourg manquaient de solidité les revêtemens des différentes courtines étaient entière ment écroulés. Il n’y avait qu’une casemate et un peit magasin à l’abri des bombes. La garnison qui : vait défoadre la place n’était que d’environ 3 000 hommes, non compris les soldats de marine. as

Malgré ces désavantages, les assiégés se étennirè ent à la plus opiniâtre résistance. Pendant qu'ils se défendaient avec cette fermeté, les grands secours qu’on leur faisait espérer pouvaient arriver, et à tout évènement, ils présorvaient le Canada de toute invasion pour le reste de la campagne. Qui croirait que tant Es résolution fut soutenue par le courage d’une femme Madame ve Drucourr, continuellement sur les ram-

parts, la. bourse à la main, tirant elle-même trois coups AB

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