‹ Histoire du Canada, sous la domination française [microforme] (volume 2)Chapitre 73 sur 76 · J48 HISTOIRE · texte numérisé non relu

J48 HISTOIRE

faire un débarquement entre le Cap Rouge et Québec. Il fut donc résolu qu’on gagnerait l’intérieur des terres, et qu’on traverserait la rivière du Cap Rouge, à deux lieues de son embouchure, pour, après avoir passé par la Vieille Lorette, retomber dans le grand chemin, et s’emparer des hauteurs de Sainte-F-y.

On descenäit, le 26, jusque vis-à-vis de Saint-Augustin, duns les bateaux, qu’on traina sur la glace, et qu’on laissa dans lendroit, avec une garde ; et les troupes s’acheminèrent, avec une partie des vivres et des munitions, et trois pièces de canon. M. pe Bour- LAMAQUE fut envoyé en avant, avec un détachement de lartillerie, les grenadiers et les Sauvages, pour construire des ponts sur la rivière du Cap Rouge, et avertir quand il serait temps que :’armée se mît en mouvement.

Vers deux heures de l’après-midi, sur l'avis que reçut le général, qu’il y avait deux ponts de jettés sur la rivière du Cap Rouge, l’armée avanca, et M. DE Bour- LAMAQUE eut ordre de traverser ïa rivière, et de s’emparer des maisons qui couvraient le passage. La partie de l’arméé qui arriva la dernière, ne put traverser la rivière que durant la nuit, et elle le fit, à la lueur des éclairs, qui se succédaient, à courts intervalles,

Ayant appris que les Anglais s’étaient retirés de l’Ancienne Lorette à Sainte-Foy, le chevalier de Levis envoya au général BOURLAMAQUE l’ordre de se porter en avant, autant qu’il le pourrait faire, sans se compromettre, et fit avancer les brigades, à mesure qu’elles avaient traversé ; mais l’artill2rie n’ayant pu passer, durant la nuit, il fut forcé d’attendre jusqu’à 10

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heures du matin, pour la faire marcher, en même temps, aux Anglais, qu’il se proposait d’attaquer incessamment. Ayant reconnu leur position, il ordonna à M. DE LA Pause de faire avancer l’armée, pour qu’elle pût se former ; mais voyant les Anglais se renforcer, et occuper tous les endroits accessibles, et ne pouvant faire déboucher son armée qu’à travers des bois marécageur, ni la former ensuite que sous le feu de leur artillerie et de leur mousquetenie, il résolut d’attendre la nuit, pour avancer, et les tourner, par leur gauche,

Le détachement anglais de Sainte-Foy eût été tourné, en effet, et très probablement taillé en pièces, sans un incident des plus singuliers. Un canonnier français étant tombé à l’eau, en voulant sortir de sa chaloupe, vis-àvis de Saint-Augustin, un glaçon se rencontra sous sa main : il y grimpa, et se laissa aïler au gré duflot. I! fut porté ainsi jusqu’auprès de l’île d'Orléans, et ramené devant Québec par le reflux. La sentinelle ayant apperçu un homme sur un glaçon, cria au secours. On court au malheureux, et on le trouve sans mouvement. Son uniforme l’ayant fait reconnaître pour un soldat français, on se détermine à le porter chez le gouverneur, où la force des liqueurs spiritueuses le rappelle, un moment, à la vie ; et il recouvre assez de voix pour dire que l’armée du chevalier de Levis est aux portes de la ville. Le général Murray expédia à {a garde avancée l’ordre de rentrer dans la place, en toute diligence ; ce qu’elle fit, après avoir brûlé l’église de Sainte-Foy, où il y avait un dépôt d’armes.

Dès que le feu fut apperçu, les gardes avancées, les #renadiers et la cavalerie eurent ordre de marcher en avant, Le corps d'armée si les avant-gardes, mais

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Le général français se proposait d’aller prendre position de suite à l’anse du Foulon ; mais, le 28 au matin, ayant vu les Anglais, sortis de la place, s’avancer en force, pour reprendre les redoutes qu’ils avaient abandonnées pendant la nuit, et n’ayant pas de troupes à portée de soutenir les piquets qu’il y avait placés, il leur fit donner l’ordre de la retraite. Il avait, précédemmeut, donné à l’armée l’ordre de se resserrer, en avançant. Les ordres pour les positions sur le champ de bataille furent donnés avec une promptitude et une présence d’esprit remarquables.

La troisième des brigades, qui devait former la droite, débouchait encore, lorsque les Anglais, qui étaient formés, se mirent en mouvement, pour charger les Francais, avec vingt-quatre pièces d'artillerie. M. De Levis fit aussitôt reculer les deux premières brigades, à l’entrée du bois qui était derrière, pour attendre que les autres fussent formées, et pussent les soutenir; ce qui s’exécuta, dans le plus grand ordre, quoique sous le feu du canon et de la mousquetcrie des Anglais.

Pendant que la dernière brigade se formait, les Anglais marchèrent à la droite des Français, où les grenadiers occupaient une des redoutes dont il vient d’être parlé. Ces derniers furent forcés d’abandonner leur position : la brigade se retira un peu, pour achever de se former, et remarcha aussitôt en avant, pour soutenir les grenadiers, qui se remparérent de la redoute. à

En arrivant à l’aîle gauche, où il devait commander, le brigadier BourLAMAQUE fut blessé, et eut un cheval

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tué sous lui. Le général en chef passa à cette aîle, pour y donner ses ordres, et repassa ensuite à l’aîle droite, entre les deux armées. Il s’était proposé de charger les Anglais en flanc, avec les brigades de la Reine et de Roussillon, qui débordaient les hauteurs dont ils s'étaient emparés ; mais en conséquence d’un ordre mal rendu par un officier, la brigade de la Reine alla se poster derrière la gauche, où elle devenait inac tive. Il prit, sur le champ, la résolution d'exécuter son mouvement avec le seul régiment de Roussillon ; et il le fit si à propos, et si vigoureusement, quo l’afle gauche des Anglais fut enfoncée, en un instant. Le désordre se communiqua promptement à l’aîle droite, et toute l’armée de Murray fut forcée de retraiter précipitamment, laissant, sur le champ de bataille, ses morts, ses blessés et toute son artillerie.

La bataille de Sainte-Foy dura environ deux heures. Les Français et les Anglais y montrèrent une bravoure et une ardeur à peu près égales : la perte des premiers, en tués et blessés, fut d'environ huit cents hommes, et celle des Anglais de 12 à 1,500," sans compter un nombre assez considérable de prisonniers. Cette perte aurait sans doute été plus grande encore, si les troupes françaises n’eussent pas été excédées de fatigues, au point de ne pouvoir suivre les fuyards. Le nombre des combattans était d’environ 4,000, du côté des Anglais, et d’environ

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* RayNaL exagère, sans doute, en disant que les Anglais laissèrent 1,800 des leurs sur le champ de bataille ; mais M. SMITH exagère encore plus, et d’une manière Lien plus improbable, lorsqu’en portant la perte du général MurRAY à 1,000 hommes, il dit que les Français avouaient en

6,000, de celui des Français* ; mais environ 1,400 de ces derniers n’eurent point de part à l’action, entr’autres, le régiment de la Reine et la cavalerie. Quant aux Sauvages, ils s’étaient retirés, avant le combat.f Les blessés des deux armées furent portés à l’hôpital-général.

* Pour une raison, ou pour une autre, M. SuiTH diminue d’un quart l’armée de M. Murray, et augmente du double celle du chevalier de Levis.

f Ce fait prouve la fausseté de l’assertion de M. SmiTx, qui ose dire que la plupart des blessés anglais laissés sur le champ de bataille, furent abandonnés par les Français, comme des victimes, pour assouvir la rage de leurs barbares alliés. Les Sauvages n’eurent, en cetie occasion, ni rage ni vengeance à assouvir, puisque, par leur lâchrté, leur défiance, ou leur prudence, ils s’étaient mis dans ke cas de ne pas perdre un seul homme.

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