CHAPITRE XLVI
Opérations et rencontres diverses. — Bataille de Sainte-Foy.
Le Canada eût probablement passé sous la domination anglaise, dès l’automne de 1759, si l’armée du général AMHERST eût pu pénétrer dans le pays. Ce général fitem” arquer ses troupes, dans des bateaux, sur | le lac Champlain, le 11 octobre ; mais une tempête furieuse le contraignit de relâcher dans une baie, et dy faire débarquer ses troupes. Dans l'intervalle, le capitaine LORING, qui commandait une flotille de brigantins, donna la chasse à une corvette et à deux xebecs, que le marquis de MonrcaLM avait fait lancer sur le lac, au commencement de l’été. La goëlette se sauva; les xebees, à la veille d’être pris, s’échouèrent sur des bas-fonds, et les équipages s’échappèrent à travers les bois. AMHERST ft rembarquer ses troupes, au bout de quelques jours ; mais assailli, de nonveau, par une tempête, et voyant la saison trop avancée pour commencer une campagne, il prit le parti de reconduire ses troupes à la Pointe à la Chevelure. Il laissa de grosses garnisons aux forts de Crown-Point et de Ticonderoga, | et alla passer l’hiver à New-York.
Le général TownsEnp était parti pour l’ Angleterre, AD
avec la flotte, presque aussitôt après la capitulation de Québec, Le général Murray ‘fut laissé dans cette ville, avec une garnison de 5 à 6,000 hommes.
Aussitôt que la nouvelle officielle de la reddifion de Québec fut parvenue en Angleterre, la ville de Londres et plusieurs autres corporations du royaume présentèrent au roi (GEORGES IT) des adresses de congratula. tion; et dès que le parlement fut assemblé, il résolut, unanimement, qu’il serait présenté au roi une adresse pour le prier d’ordonner qu’il fût érigé un monument à la mémoire du général WozrE, dans l’abbaye de Westminster. Il fut voté, en même temps, des remercimens aux généraux et aux amiraux employés dans l’expédition contre Québec. Enfin, il fut ordonné, par une proclamation royale, qu’il serait célébré un jour d’actions de grâces générales, dans tous les domcines de la Grande- Bretagne.
Le mois de novembre fut principalement employé, du côté des Français, à mettre les troupes en quartiers d'hiver. Une partie des soldats de la colonie fut envoyée à Montréal ; le reste demeura dans les environs de Québec. Le régiment de Languednc fut cantonné dans le gouvernement des Trois-Rivières, et les autres, dans celui de Montréal, de la manière suivante : le régiment de Béarn, dans l’île de Montréal ; celui de la Sarre, dans l’Ile Jésus ; celui de Guienne, à Sorel et à Vurennes ; le royal Roussillon, à Boucherville et à Laprairie ; et les deux bataillons de Berry à Terrebonne et à Berlhier. Deux frégates et autres vaisseaux furent envoyés à Sorel, pous y passer l’hiver.
Avant la clôture de la navigation, le gouverneur et l’intendant préparèrent leurs dépêches pour le ministre
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Deux jours après le naufrage, les Anglais envoyèrent une quarantaine d'hommes, sous le commandement d’un capitaine et d’un lieutenant, dans une goëlette armée, pour piller les bâtimens échoués. Le capitaine ayant fait allumer une bougie, sur l’un des navires pour en examiner l’intérieur, quelques étincelles dot bèrent sur de la poudre, qui y avait été laissée par hasard, ou à dessein ; le navire sauta, et le capitaine (Mizcer), son lieutenant, et une trentaine d’hommes y périrent.
Dans la cours de décembre, les Acadiens de Miramichi, de Richibouctou, et autres lieux, le long du golfe de Saint-Laurent, envoyèrent des députés au colonel FRYE, qui commandait au fort Cumberland, pour lui annoncer qu’ils se mettaient sous la protection de l’Angleterre.
Au mois de janvier, le capitaine SAINT-MARTIN, de la marine, fut envoyé, avec quatre cents hommes, Fe les paroisses situées au sud du fleuve, au-dessus de Québec, afin d’en faire passer dans les gouvernemens supérieurs le plus qu’il pourrait de bêtes à cornes. Ce: officier s’avança jusqu’à la Pointe Lévy, afin d'empé-
cher les Anglais de traverser, en bateaux, sur la rive du sud, et de le troubler dans ses opérations. [ls ne le troublèrent pas, en effet, tant qu’il ne fut pas possible de traverser le fleuve autremeut qu’en bateaux, et il eut le temps d’assembler et d'envoyer sur la rive du nord, une grande quantité de gros et de menu bétail. Mais au commencement de février, la glace ayant pris devant Québec, le général MurRAY fit marcher un gros détachement à la Pointe Lévy, afin d’en déloger les Français. Après quelques escarmouches, S4inT- Marin, se retira à travers les bois, et passa la rivière de la Chaudière. M. Dumas, qui commandait, sur cette frontière, lui envoya un renfort, avec l’ordre de demeurer sur les bords de cette rivière, pour en défendre le passage. Quelques jours après, un parti de cinquante Anglais s’étant avancé, pour reconnaitre la p sition de SAINT-MARTIN, cet officier traversa la rivière, les attaqua, en ambuscade, fit quelques prisonniers, et tua ou dispersa le reste.
Les Anglais n’ayant laissé qu’un détachement peu considérable à la Pointe Lévy, on crut qu’il serait possible de les en chasser. Afin de rendre plus faciie l’exécution de ce dessein, M. pe BOURLAMAQUE, qui arrivait de Montréal, devait exécuter divers mouvemens autour de Québec. Mais au lieu de marcher lui-même de suite, ou de faire marcher le capitaine SaINT-Mar- TIN, droit au poste anglais, M. Dumas envoya d’abord cet officier, avec un gros détachement, se poster à la Pointe des Pères, vis-à-vis de la ville, afin de couper la communication entre la garnison et le poste de la Pointe Lévy. Les Anglais firent une sortie considérable, et SAINT-MaRTIN fut contraint de se retirer à son poste,
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sur la rivière de la Chaudière. M. pe BourLAmaA- QUE voyant qu’il était impossible de rien tenter avec succès contre les postes anglais, s’en retourna à Montréal.
Vers le milieu de mars, les Anglais envoyèrent des partis vers la rivière du Cap-Rouge, et jusqu’à Saint- Augustin, où ils brulèrent des moulins, et enlevérent la garde-avancée des Français, forte de soixante hommes. Ces derniers, craignant que leurs postes de la Pointe aux Trembles et de Jacques-Cartier ne fussent attaqués, y firent descendre un corps de miliciens des Trois-Rivières et deux cent-vingt-cinq hommes du régiment de Languedoc. Vers la fin du même mois, le colonel DE BOUGAINVILLE partit, accompagné de M. DE LOTBINIERE, ingénieur, pour aller prendre le comman-
ement, à l’Ile aux Noix.
Le dessein de reprendre Québec, au moyen dun siège, avait été formé, dans le camp des Français, dès le mois de novembre, et une partie du mois suivant avait été employée à en faire les préparatifs. Ces préparatifs, discontinués, pendant quelque temps, à cause des grands froids qu’il fit, et de la difficulté des communications, qui ne permit pas d’amasser les provisions de bouche nécessaires, avaient été recommencés, dans le mois de janvier. On avait compté pouvoir mettre le siège devant Québec, à la fin de ce mois, ou au commencement du suivant ; mais de nouveaux obstacles, dont le principal était toujours le manque de vivres pour la subsistance des troupes, firent qu’il ne fut pas possible de ten ter l'expédition avant le départ des glaces; ce qui conduisit jusque vers le milieu d’avril.
Avant que les troupes se missent en marche, M. »E
VAUDREUIL adressa aux capitaines de milices du gouvernement de Québec, une circulaire, dans laquelle il leur disait :
“Que depuis le commencement de la dernière campagne, il avait toujours déploré la situation où les malheurs de la guerre avaient mis les habitans du gouvernement de Québec ; que le mauvais traitement qu’ils avaient éprouvé, de la part des commandans anglais, et en particulier, du général Murray, joint à leur zèle pour le service du roi, et à leur attachement pour leur pays natal, avait augmenté le désir qu’il avait toujours eu de reprendre Québec ; que c'était dans cette vue, qu’il avait préparé toutes les choses nécessaires à un siège, et assemblé une puissante armée, composée de troupes réglées, de miliciens et de Sauvages, dont le zèle et l’ardeur lui promettaient un succès presque éertain ; que pour le bien du service, qui exigait sa pré sence à Montréal, il avait remis le commandement en chef au chevalier de Levis, dont le zèle et l’habileté leur étaient bien connus ; qu’enfin, il avait reçu l’assurance d’un prompt et puissant secours de France.”
Cette puissante armée, dont parlait le gouverneur, ne se composait que d'environ 7,000 hommes, moitié troupes réglées, et moitié Canadiens et Sauvages, et elle était très peu munie d’artillerie de siége. Malgré cela, l’entreprise contre Québec était peut-être pour les Français ce qu’il y uvait de mieux à faire, dans les conjonctures où ils se trouvaient. En reprenant la capitale, ils redevenaient maîtres de tout le gouvernement de Québec, et mettaient les Anglais dans la nécessité d’assiéger, de nouveau, cette place, en supposant qu’ils fussent entrés, les premiers, dans le Saint-Laurent: dans le cas con-
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traire, les renforts de France trouvaient, à leur arrivée, où se loger et se poster avantageusement, ou des troupes prêtes à les aider à se renare maîtres de Québec, supposé que le siège eût trainé en longueur, ou eût été converti en blocus.
Vers le milieu d'avril (1760), le fleuve s'étant débarrassé des glaces, dans les environs de Montréal, on fit venir les frégates, les navires et les autn.a bâtimens, qui avaient hiverné à Sorel et ailleurs, afin d'y embarquer les troupes, l'artillerie, les munitions et les vivres. Le 17, le chevalier de Levis fit partir M. DE LA Pause, aide-maréchal des logis, pour aller reconnaître les endroits propres au débarquement des troupes, et faire préparer, à Jacques-Cartier, et aux environs, tout ce qui était nécessaire pour que l’armée fût en état de marcher sans délai en avant. Les bateaux qui portaient des troupes furent mis à l'eau, le 20 et le 21: les frégates et lex bâtimens de transport les suivirent de près. Les bateaux arrivèrent à la Pointe aux Trembles le 24, et les plus gros vaisseaux, le lendemain,
En arrivant à l’entrée du gouvernement de Québec, on trouva le fleuve encore plein de glaces ; ce qui, joint au grand froid qu’il faisait, semblait devoir arrêter armée ; mais, sentant combien il était était important d’arriver devant Québec, avant que les Anglais fussent inetruits de sa marche, le général fit surmonter tous ces obstacles. M. DE LA PAUSE fut encore envoyé en avant, pour voir jusqu'où l’on pourrait aller en bateaux, et reconnaître la position des Anglais, qu’on savait avoir établi des postes, depuis la ville jusqu’à la rivière du Cap- Rouge, dont ils gardaient le passage. Il ne parut pas possible de tenter de traverser, au bas de cette rivière, ni de
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