‹ Histoire du Canada, sous la domination française [microforme]Chapitre 15 sur 19 · ER EU EPS PT · texte numérisé non relu

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Deschaillons, Dessorpis, DE SABREVOIS et DE LIGNERIS. Les Iroquois chrétiens, sous la conduite de Joneaire, faisaient l’arrière-garde. Des Algonquins et des Outaouais étaient sur les ailes. On fit, dans cet ordre, quarante lieues, en trois jours, ét il est indubitable, dit Charlevoix, que si l’on fût allé jusqu'aux ennemis, campés à la Æivière au Chicot, près du lac Champlain, oneneût eu bon marché, Le défaut de subordination dans les troupes, et de faux avis donnés à M. de Ramsay, firent échouer une entreprise dont le succès paraissait immanquable. Après qu'n eut mis en déroute un détachement de cent et quelques hommes, qui s'était trop avancé, le bruit s'étant répandu qu’une armée de 5,000 hommes n’était pas éloignée, et s'était bien retranchée, les Sauvages déclarèrent qu’ils n'étaient pas d'avis qu'onallât plusloin. Le conseil de guerre fut assemblé, et il y fut résolu qu'on se retirerait.

Les Anglais, qui ne profitèrent pas de la retraite de M. de Ramsay, pour s’avancer, furent aussi abandonnés des Sauvages dont ils s'étaient fait joindre,* puis décimés par une espèce d’épidémie, et contraints de se retirer ; et les vaisseaux destinés à faire le siège de Québec ne parurent pas.

Pendant l'hiver, les Onnontagués envoyèrent des députés à M. de Vaudreuil, pour le prier de les recevoir en ses bonnes grâces. Dans l’audience que ce général leur donna, après que celui qui portait la parole eut témoigné son chagrin de ce que deux peuples qu’il estimait, disait-il, étaient presque toujours occupés à

* Dans un conseil, qui fut tenu à Onnontagué, un des anciens se leva, et dit: “Ne vous souvenez-vous pas que nous nous trouvons placés entre deux nations puissantes, capables de nous exterminer, et intéressés à le faire, quand elles n'auront plus besvin de notre secours ? Nous devons donc faire en sorte de les mettre toujours dans l'obligation de nous ménager, et par conséquent, empêcher que l’une ne prévale sur l’autre.”

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s'entre-détruire, il ajouta, avec la franchise particulière aux Sauvages: “ Etes-vous donc ivres, les uns et les autres, ou est-ce moi qui n’ai point d’esprit ?”

À peine les Onnontagués étaient-ils partis, qu'on vit arriver des Agniers, qui parlèrent sur le même ton, et protestèrent que leur canton ne lèverait jamais la hache contre les Français.

Vers la fin du printems, on apprit, à Québec, que l’Acadie était menacée de nouveau, et qu'on faisait de grands préparatifs, à Boston, pour attaquer le Port Royal. En effet, au mois d'août de cette même année, (1710) un vaisseau anglais de 60 canons et une goëlette s’approchèrent de cette ville, et la tinrent bloquée, de manière qu'il n'y put entrer aucun secours ; et le 10 octobre, cinquante.bâtimens anglais entrèrent dans le bassin, et jettèrent les ancres vis-à-vis du fort. Il y avait dant cette flotte, quatre vaisseaux de 60 canons, deux de 40, un de 36, et deux galiottes à bombes: le reste se composait de bâtimens de charge et de transport; le tout sous les ordres du général NicoLsoN, commandant en chef de toutes les forces de la reine d’Angicterre, en Amérique. Les troupes qu'il commandait se montaient à 3,500 hommes, sans compter les matelots.. Subercase, qui n'avait à leur opposer que trois cents hommes, assez mal affectionnés,* ne chercha point à empêcher le débarquement, et n'eut en vue que de sortir avec honneur d’une place, dans laquelle il prévoyait ne pouvoir pas tenir bien long'ems. Il se défendit, pendant quelques jours, contre les attaques des assiégeans, avec assez de vigueur pour leur tuer beau-

* Depuis trois ou quatre ans, malgré les représentations du gowverneur au ministre des colonies, le gouvernement de France laissait les habitans et les soldats mêmes, dans un dénuement presque absolu.

coup de monde; mais la désertion d'une partie de ses gens, et le mécontentement qui se manifesta parmi les autres, l’obligèrent à demander à capituler, plutôt qu'il ne l'aurait voulu faire. Sa garnison, qui ne consistait plus qu’en cent-cinquante hommes tout délabrés, sortit avec armes et bagages. L’artillerie, qui aurait pu être emportée, fut vendue au général anglais, pour l'acquit des dettes publiques. ,

Subercase envoya le baron de Saint-Castin au marquis de Vaudreuil, pour lui faire connaître les articles dont il était convenu avec le général Nicolson. Ce dernier lui députa aussi M. Livingston, avec une lettre, dans laquelle il déclarait qu’il userait de représailles contre les Acadiens, si les Français et leurs alliés continuaient leurs hostilités contre la Nouvelle Angleterre, et proposait un échange de prisonniers, avec menace, en cas de refus, de livrer aux Sauvages alliés de l’Angleterre autant de Français qu’il y avait d’'Anglais prisonniers en Canada.

M. de Vaudreuil lui écrivit, en réponse, que les lois de la guerre ne lui permettaient pas de traiter en ennemis des gens qui s'étaient rendus à lui par capitulation ; qu’il consentirait volontiers à un échange de prisonniers ; mais qu’il n’était pas tout-à-fait le maître de ceux qui étaient entre les mains de ses alliés, et qu: si la menace de livrer des Français ou des Acadiens aux Sauvages de la Nouvelle Angleterre s’exécutait, il serait contraint d’user dereprésailles. Les sieurs de Rouville et Dupuys furent chargés de porter sa lettre au général anglais. Il nomma, en même temps, Saint-Castin son lieutenant en Acadie, et lui donna ses instructions, pour maintenir les Français restés en ce pays sous l’obéissance du roi de France.

La garnison que le général Nicolson laissa au Port

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Royal, souffrit beaucoup de la maladie, pendant l'hiver, et fut tenue comme bloquée, jusqu’au printems, par un partie d’Acadiens et de Sauvages. M. de Vaudreuil se disposait à envoyer au baron de Saint-Castin, un renfort de deux cents hommes choi le marquis d'ALOGNIES, commandant des trou : apprit qu'une partie de la flotte anglaise faire le siège de Québec, était arrivée à Bosto > le reste n'en était pas éloigné. Après avoir donné ses ordres, pour mettre la ville en état de défense, le gouverneur se rendit à Mont-réal, pour y rencontrer les députés des tribus du Nord et de l'Ouest et des cantons iroquois. Il obtint des premières la promesse de prendre les armes pour la défense de la colonie, et des derniers, celle de demeurer neutres. A son retour à Québec, il fut accompagné des Abénaquis domiciliés et de M. de Ramsay, à la tète de six cents hommes de son gouvernement. Il trouva les ordres qu’il avait donnés, en partant pour Mont-réal, parfaitement exécutés. Beaueourt, qui en avait été chargé, non content de fortifier le corps de la place, de manière à la mettre en état de soutenir un long siège, avait pris de bonnes mesures pour empêcher que les envahisseurs ne débarquassent du côté de Beauport, comme ils avaient fait, en 1690; et jamais peut-être, dans aucune ville, observe Charlevoix, on ne remarqua plus de résolution et de confiance, tous, jusqu'aux femmes, étant disposés à contribuer, de leur mieux, à la plus vigoureuse défense. Chacun, dans la ville et qux environs, avait son poste marqué, et toutes les côtes, au-dessous de Québec, étaient si bien gardées, que l'ennemi n'aurait pu y mettre pied à terre, dans aucun endroit habité, sans être obligé de livrer un combat que la situation du terrain lui aurait rendu désavantageux. Enfin, tout paraissait si bien

disposé, qu’on était dans une espèce d’impatience devoir paraître la flotte anglaise, lorsque, le 25 août, à huit heures du soir, un habitant vint donner avis que le 9, il avait vu, de Matane, de quatre-vingt-dix à quatrevingt-quinze voiles, portant le pavillon d'Angleterre ; sur quoi, chacun se rendit à son poste. Quelques jours après, des pêcheurs de Gaspé rapportèrent qu’ils avaient compté quatre-vingt-quatre vaisseaux qui descendaient le fleuve, et faisaient route, comme pour aller à Gaspé même.

Le 7 octobre, M. DE BEAUMONT, qui commandait le vaisseau le Héros, mouilla devant Québec, et dit qu’il n'avait rencontré aucun bâtiment, dans la partie nord du fleuve, qu'il avait presque toujours suivie; et un autre navire, qui arriva, peu de jours après, ct qui avait tenu la route du sud, assura qu’il n'avait rien apperçu.

Ces avis firent résoudre le gouverneur général à renvoyer, sur-le-champ, M. de Ramsay à Mon-réal, avec les six cents hommes qu’il en avait amenés: il le suivit lui-même, de près, avec six cents soldats; ce qui, joint au corps de troupes qui était resté sous les ordres du baron de LoNGUEIL, pour garder la tête de la colonie, faisait une armée de 3,000 hommes. M. de Vaudreuil la fit camper à Chambly, son dessein étant d'y attendre le général Nicolson, qu’il savait être en marche, de ce côté-là; mais il apprit bientôt que son armée avait rebroussé chemin, et Rouville fut détaché, avec deux cents hommes, pour en avoir des nouvelles plus exactes.

Cet officier apprit, en route, que la flotte anglaise avait fait naufrage, dans le fleuve Saint-Laurent, vis-à-vis des Sept-lles. Dès que M. de Vaudreuil fut instruit du fait, il envoya sur les lieux quelques barques, qui trou-

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vèrent les carcasses de huit gros vaisseaux, et près de trois mille cadavres étendus sur le rivage.

Le général Hizr, ou l'amiral WALKER, commandant de cette flotte, ne dut qu’à lui-même, suivant Charlevoix, le malheur qui lui arriva. Il avait sur son bord, un prisonnier français, nommé PARADIS, ancien navigateur, qui connaissait parfaitement le fleuve Saint- Laurent. Cet homme l’avertit, lorsqu'il fut par le travers des Sept-Iles, qu’il ne fallait pas s'approcher trop de terre ; et comme le vent n'était pas favorable, et qu’on ne pouvait aller qu’à la bouline, l'amiral se lassa, à la fin, de cette manœuvre, et soupçonna même peut-être le Français de vouloir fatiguer son équipage. Il ne voulut pas revirer, et s’approcha de si près d’une petite île, appellée l’Zle aux Œuÿs, qu’y ayant été surpris par un coup de vent du sud-est, il s’y brisa, avec sept autres de ses plus gros vaisseaux, dont il ne se sauva que très peu de monde. Le reste de la flotte redescendit le fleuve, après être restée quelques jours à l'ancre, pour enlever la charge des vaisseaux brisés.*

Au commencement de 1712, le bruit ayant couru que les Anglais se disposaient à mettre en mer une nouvelle flotte, pour assiéger Québec, le gouverneur trouva, dans la bourse des marchands de cette ville, une somme de cinquante mille écus, pour y ajouter des fortifications. ‘ Voilà, dit l'auteur des Beautés de l'Histoire du Canada, ce que fait un pays pauvre, tandis que de grandes

* Dans leur manifeste, dont plusieurs exemplaires furent trouvés sur les bâtiments naufragés, les commandans auglais reprochaient, entre autres choses, au gouvernement du Canada, de donner quarante francs à ses alliés sauvages, pour chaque chevelure apportée au bureau de la guerre ; mais à des plaintes peut-être fondées, ils ajoutaient des prétentions ridicules, en disant, que toute l’Amérique du Nord appartenait, de droit, à l'Angleterre, en vertu de la priorité de découverte, et que la France ne possédait le Canada que par usurpation.

nations florissantes ont peine À se priver de quelques jouissances de luxe,, pour subvenir aux besoins de la patrie.”

Cette même année, les gouverneurs généraux du Canada et des colonies anglaises reçurent de leurs souverains des ordres précis de faire cesser tout acte d’hostilité entre les sujets des deux nations et leurs alliés. Par le traité conclu entre Louis XIV et lareine ANNE, l'anné suivante, la France cédait à l'Angleterre l’Acadie, avec la ville de Port-Royal, appellée depuis Annapolis, et tout ce que les Français avaient possédé, jusqu'alors, dans l’île de Terre-Neuve et à la Baie d'Hudson. Le roi Très-Chrétien renonçait aussi aux droits qu'il prétendait avoir sur le pays des Iroquois; sans beaucoup de perte pour la France ni de gain pour l'Angleterre, puisque ces Sauvages s'étaient maintenus jusqu'alors, et se maintinrent encore, par la suite, dans leur indépendance.

En cédant la presqu’ile de l’Acadie, appellée ‘ uis Nouvelle Ecosse, la France s'était réservé le cc ont voisin, et possédait encore l’Ile Royale, ou du Cap- Breton, et celle de Saint-Jean, Dès l'an 1706 M. Rodot avait envoyé à la cour de France un mémoire, où il recommandait fortement la colonisation du Cap- Breton, comme devant être du plus grand avantage à la France et au Canada, particulièrement sous le rapport du commerce ; après la perte de l’Acadie et de Plaisance, on pensa sérieusement, non seulement à peupler cette île, mais encore à la fortifier. Après avoir délibéré, pendant quelque temps, sur le choix du lieu où il convenait de former le principal établissement, et hésité entre le port de Sainte-Anne, et le Hävre à l'Anglais, on se décida pour ce dernier, et l’on commença à y bâtir une ville, à laquelle on donna le nom de Louisbourg. Costebelle,

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qui avait perdu le gouvernement de Plaisance, fut chargé de celui de la nouvelle colonie.

On s'était d’abord attendu à pouvoir transporter dans l'Ile Royale tous les Français établis en Acadie, et même tous les Sauvages compris sous le nom d’Abénaquis ; et quelques uns de ces derniers y formèrent, en effet, une bourgade ; mais les Acadiens, n’y trouvant pas de quoi se dédommager de ce qu'ils possédaient dans leur pays, ne voulurent pas consentir à la transmigration. Les habitans de Plaisance, au contraire, passèrent tous à Louisbourg, et s’y trouvèrent bientôt beaucoup plus à leur aise qu’ils n’avaient jamais été en Terre-Neuve,

Tandis qu’on se donnait ces mouvemens, au sujet de l'Ile Royale, le marquis de Vaudreuil, de concert avec M. BEeaon, successeur de M. Rodot, dans l’intendance du Canada, s’occupait du soin de fortifier et de peupler cette colonie. ‘%“ Le Canada, dit-il, dans une lettre qu'il écrivit à M. de Pontchartrain, en 1714, n'a que 4484 habitans en état de porter les armes, depuis l’âge de seize

jusqu'à soixante, et les vingt-huit compagnies des troupes de la marine, que le roi y entretient, ne font, en tout, que six-cent-vingt-huit hommes. Les colonies anglaises ont 60,000 hommes en état de porter les armes, et l'on ne peut douter qu’à la première rupture, elles ne fassent un grand effort pour s'emparer du Canada.”

11 demandait, en conséquence, qu'il lui fût envoyé un renfort de troupes, et qu’il fût pris des moyens pour augmenter le nombre des habitans.

Le Canada ‘se trouvait, dit RArNAL, à l’époque de la pacification d’Utrecht, dans un état de faiblesse et de misère inconcevable. C'était la faute des premiers Français, qu’on avait vus s’y jetter plutôt que s’y établir. La plupart s'étaient contentés de courir les bois, Les plus raisonnables avaient essayé quelques cultures, mais

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sans choix et sans suite. Un terrain où l’on avait bâti et semé à la hâte, était aussi légèrement abandonné que défriché. Cependant, les dépenses que faisait la métropole dans cet établissement, et le commerce des pelleteries, donnèrent, par intervalle, quelque aisance aux habitans. Mais ils la perdirent bientôt, dans une suite de guerres malheureuses. En 1714, les exportations du Canada ne passaient pas cent mille écus. Cette somme, jointe à celle de trois cent-cinquante mille livres, que le gouvernement y versait, chaque année, était toute la ressource de la colonie pour payer les marchandises qui lui venaient d'Europe. Aussi en reccvait-elle si peu, qu’on était généralement réduit à se couvrir de. peaux, à la manière des Sauvages. Telle était la situation des vingt mille Français qu’on comptait dans ces régions immenses.”

Pendant qu’on jouissait des avantages de la paix, sur les bords du Saint-Laurent, les contrées de l'Ouest étaient troublées par de nouvelles hostilités. Les Iroquois n’avaient pas repris les armes, depuis leurs dernières députations, mais ils avaient suscité à la colonie française un nouvel ennemi, moins politique qu'eux, mais aussi brave et plus féroce. (C’étaient les Outagamis, plus connus des Canadiens, sous le nom de ÆRenards. Par l'entremise des Tsonnonthouans, ces barbares avaient fait alliance avec les Anglais, au commencement de l’année 1712, et avaient projetté de brûler le fort du Détroit, et de faire main-basse sur tous les Français qu'ils y rencontreraient. Les Mascoutins et les Xïkapous étaient entrés dans leur complot. Ils étaient venus s'établir, en assez grand nombre, près du Détroit, et ils n’attendaient, pour exécuter leur dessein, qu’un renfort de guerriers, lorsqu'ils apprirent que des Outaouais et des Pouteouatamis avaient tué environ cent-cinquanta

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Mascoutins, tant hommes que femmes et enfans. A cette nouvelle, ils se mirent en marche, la fureur dans le cœur, et résolus de ne faire aucun quartier. :

Heureusement, le commandant du fort, nommé Du- BUISSON, fut averti à temps du danger qui le menaçait. Il n’avait avec lui que vingt Français, ou Canadiens; toute sa ressource était dans les Sauvages amis; mais ces derniers étaient alors à la chasse. Il les envoya avertir en diligence de se rendre auprès de lui: il fit ensuite abattre les maisons qui étaient hors de l’enceinte de son fort, et prit toutes les autres mesures qu'il crut nécessaires pour soutenir les premiers efforts de l’ennemi. Ses alliés arrivèrent bientôt, et en bon ordre. Il y avait parmi eux des Hurons, des Outaouais, des Sakis, des Illinois, des Malhomines, des Osages et des Missouris, ou Missourites, et chaque tribu avait un pavillon particulier.

Les Outagamis avaient construit un fort à une portée de mousquet de celui des Français. Ils répondirent bravement à la première attaque ; mais le feu continuel qu'on faisait sur eux les força bientôt à creuser de grands trous en terre, pour se mettre à l'abri. Alors, les assiégeans dressèrent deux espèces d’échafauds de vingtcinq pieds de haut, d’où il battirent les assiégés avec succès. Ceux-ci n'osèrent plus sortir pour avoir de l’eau, et leurs vivres se consommèrent., Dans cette extrémité, tirant des forces de leur désespoir, ils combattirent avec une valeur qui rendit longtems la victoire douteuse : ils s’avisèrent même d’arborer, sur leurs palissades, des couvertures rouges, en guise de drapeaux, et crièrent, de toutes leurs forces: ‘“CorLAR est notre père; son drapeau flotte sur nos têtes ; il protège notre bras: ou il viendra nous secourir, ou il vengera notre mort,”

Les confédérés leur répondirent : ‘“ Vous aviez perdu l'esprit, lorsque vous vous êtes liés avec CoRLAR: si la terre doit être teinte de sang, comme vous le voulez faire entendre par ce drapeau, elle le sera du vôtre.”

Pressés de plus en plus, les Outagamis remplacèrent leurs drapeaux rouges par un pavillon blanc, et leur grand chef, PEMOUSSA, accompagné de deux guerriers, se présenta, et fut introduit dans le camp des alliés. Il remit les captifs et présenta des colliers au commandant français et aux chefs sauvages, dans la vue de les apaiser, et d'en obtenir la permission de se retirer; mais Dubuisson ayant laissé la décisior de la chose à ses alliés, ceux-ci se montrèrent inexorables, ne voulant recevoir les Outagamis qu'à discrétion. Réduits à la dernière extrémité, ces derniers se battirent en désespérés : ils décochaient à la fois jusqu'à trois cents flèches, au bout desquelles il y avait du tondre* allumé, et à quelques unes des fusées de poudre, pour mettre le feu au fort des Français. Ils y brûlèrent, en effet, plusieurs maisons, qui n'étaient couvertes que de paille; et pour empêcher que l'incendie ne gagnât plus loin, il fallut couvrir tout ce qui restait, de peaux d’ours et de chevreuils, et les arroser à chaque instant.

Lassés d’une si opiniâtre résistance, les conférés parurent désespérer du succès, et Dubuisson eut lieu de craindre qu'ils ne se retirassent, et ne le missent à la merci d'un ennemi, envers lequel ils venaient de se montrer impitoyables. Il fallut, pour les retenir auprès de lui, qu’il les comblât de présens, et employât tout ce que la raison et l’éloquence ont de plus persuasif.

Les assiégés furent bientôt aux abois ; ils demandè-

* Nous ne trouvons dans aycun dictionnaire ce mot, que Charlevoix emploie ici, et dont la signification est bien connue en Canada.

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rent, de nouveau, à parlementer; mais les Sauvages furent aussi inexorables que la première fois. No voyant plus de ressource que dans la fuite, les Outagamis s'évadèrent, de nuit, à la faveur d'un orage, qui avait écarté les assiégeans.

On se mit, dès le matin, à leurs trousses, et on les

rcuva retranchés, à quatre lieues du Détroit, dans une anse du lac Suinte-Claire. Il fallut commencer un nouveau siège qui dura quatre jours, et qui eût même été plus long, si Dubuisson n'y eût fait venir deux pièces de campagne. Le premier en avait duré dixneuf. Les Outagamis se rendirent enfin à discrétion. La plupart furent impitoyablement massacrés, sur-lechamp: les autres furent faits esclaves et distribués entre les tribus confédérés, qui ne les gardèrent pas longtems, mais les massacrèrent presque tous, avant de se séparer.

Quoique les Outagamis et leurs alliés eussent perdu plus de 2,000 personnes, il ne se passa pas deux années entières, sans qu’ils recommençassent leurs incursions. Ils infestaient de leurs brigandages, non seulement les environs de la Baie, leur pays natal, mais presque toutes les routes qui faisaient la communication des postes éloignés avec la colonie, et celles qui conduisaient du Canada à la Louisiane, où depuis quelques années, comme on l'a vu plus haut, les Français avaient construit des forts, et formé des établissemens. Toutes les tribus qui commercçaient avé® les Français se trouvaient beaucoup incommodées par ces hostilités: craignant qu’elles ne s'en trouvassent fatiguées au point de s’aocommoder avec ces barbares, M. de Vaudreuil leur fit proposer de se réunir à lui, pour ics exterminer. Elles y consentirent toutes, et ce général leva un parti de Français, dont il confia le commandement à M. de

Louvigny. Cet officier fut joint, sur Ja route, par un grand nombre de Sauvages, et se trouva bientôt à la tête de huit cents hommes.

Les Outagamis, au nombre de cinq cents guerriers, s'étaient enfermés, avec leurs femmes et leurs enfans, dans une espèce de fort, entourré d’un bon fossé, et de trois rangs de palissades, en-dedans. Louvigny les attaqua dans les formes: il ouvrit la tranchée, à trente toises du retranchement, avec deux pièces de campagne et un mortier à grenades, et dès le troisième jour, il n'en était plus éloigné que de douze, quoique les assiégés fissent un très grand feu. Il se disposa ensuite à faire jouer des mines sous leurs courtines; mais dès qu'ils s’en apperçurent, ils demandèrent à capituler, et proposèrent des conditions qui furent rejettées. Ils en proposèrent ensuite d’autres, que le commandant communiqua aux chefs des Sauvages, et qui furent acceptées. Elles portaient, lo. Que les Outagamis feraient la paix avec les Français et leurs alliés: 20. Qu'ils rendraient tous les prisonniers qu’ils avaient faits ; 80. Qu'ils remplaceraient les morts par les prisonniers qu’ils feraient sur les tribus éloignées avec lesquelles ils étaient en guerre; 40. Qu'ils paieraient les frais de la guerre, du produit de leur chasse.

Ce traité fut ratifié par le gouverneur général, mais assez mal exécuté, de la part des Outagamis, bien qu’ils eussent donné six otages, tous chefs, ou fils de chefs, pour la sûreté de son exécütion.

En 1717, sur les représentations de M. de Vaudreuil, il fut émané un édit, ou une ordonnance royale, pour rc ler l'office de notaire.

Cette même année 1717, M. de VINCENNES, officier canadien, commença, sur la rivière Ouabache, un établissement qui fut appellé, de son nom, Poste Vincennes.

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o Vincennes.

M. Crozar, qui, en 1712, avait obtenu le commerce dela Louisiane, fit l'abandon de son privilège en 1717 ;et alors se forma la compagnie d'Occident, à qui le roi accorda le droit de faire, pendant vingt-cinq ans, le commerce de la Louisiane, et de recevoir du Canada toutes les peaux de castor qui proviendraient de la traite des pelleterics.

Ce fut aussi en 1717 que les plans de ville de la Nouvelle-Orléans furent tracés par DE BIENVILLE, Canadien, et frère d’Iberville.

L'année suivante 1718, le P. Larrrau,t jésuite, découvrit, dans les forêts du Canada, le ginseng, plante qu’on avait cru appartenir exclusivement à la Corée, et à lu Tartarie Chinoise. Le ginseng était très estimé à la Chine, et s’y vendait très cher : il devint, en Canada, un article d'exportation, et se vendit, à Québec, jusqu'à ving-cinq francs, la livre. Malheureusement, ce haut prix excita la cupidité, et l’on perdit tout, pour vouloir gagner trop, ou trop promptement : au lieu d'attendre quela racine fût parvenue à sa grosseur et à sa maturité, c’est-à-dire, au mois de septembre, on la cueillit, au mois de mai: on employa les Sauvages, pour parcourir les bois, et arracher la plante, partit où elle pouvait se trouver; et à la faute de la cueillir trop tôt, on ajouta celle de la faire sécher trop promptement, dans des fours. La détérioration du ginseng du Canada en fit diminuer le prix, à la Chine, et il devint, à la fin, si rare, qu’il cessa presque entièrement d’être un article de commerce.

*“Glorieux-et noble établissement, que sa situation destinait à devenir un des plus florissants entrepots du commerce.”—M, Roux DE ROCHELLE.

f Outre son ‘“ Mémoire concernant la précieuse plante du Ging-Seng de Tartarie, découverte en Canada,” le P. LariTau a publié les “ Mœurs des Sauvages Américains comparées aux mœurs des premiers temps.” k

Jusqu'au temps dont nous parlons, les Françuis n'avaient fait nulle attention à l'ile Saint-Jean, quoiqu'elle fût voisine de l’Acadie, et on ne peut mieux située pour la pêche de la morue ; mais en 1719, il se forma, en France, une compagnie, pour peupler cette ile, ou du moins y faire un établissement, Le comte de SAINT-PIERRE, premier écuyer de la duchesse d'Or- LEANS, 8e mit à la tête de l’entreprise, et le roi, (Louis XV), par ses lettres-patentes, datées du mois d'août de cette même année, lui concéda les îles de Saint-Jean et de Aiscou, ‘“ en franc-aleu noble, sans justice, qye sa majesté se réservait, à la charge de porter foi et hommage au château de Louisbourg, dont il devait relever, sans redevance.”

Au mois de janvier de l’année suivante, le méme seigneur obtint de nouvelles patentes de concession, aux mêmes titres et conditions, “ pour les îles de la Madeleine, Botou ou Ramées, îles et îlots adjacents, tant pour la culture des terres, exploitation des mines, que pour les pêches des morues,loups-marins et vachesmarines.”

Cette même année 1720, les fortifications commencées à Québec, par MM. de Beaucourt et Levasseur, ct ensuite discontinuées, furent reprises, d’après le plan de M. CuausseGros DE LERY, lequel avait été envoyé en France, et jugé préférable à celui des deux premiers ingénieurs. La population de Québec était alors d'environ 7,000 personnes, et celle de Mont-réal de 3,000. Les ouvrages en bois, qui avaient été érigés pour mettre cette dernière ville à l'abri d'un coup de main, ou d'une surprise, de la part des Sauvages, étaient tellementtombés en ruine, que le gouvernement ordonna, par un arrêt daté de cette même année, qu’ils fussent démolis, et remplacés par un mur de pierre, avec bastions,

Françuis an, quoiut mieux 719, il se pler cette Le comte 886 d'OrRi, (Louis d'août de it-Jean et re, qye Sa oi et homit relever,

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cte. Ces ouvrages furent commencés, deux ans après, et les frais en furent répartis entre le gouvernement, le séminaire de Saint-Sulpice et les habitans,

Il y avait déjà quelque temps que le gouvernement de la métropole s’occupait du soin de régler les limites des paroisses établies dans la colonie: la considération de ce sujet fut remise au gouverneur, à l'intendant et à l'évèque de Québec. Ces messieurs dressèrent un projet de règlement, qui fut soumis à la cour. Après mûre délibération, ce projet fut approuvé par le duc d'ORLEANS, alors régent de France, qui par une ordonnance datée de 1722, en enjoignit la mise à exécution, d'après sa forme et teneur.

Quand les divers évènemens de la guerre r’occupent pas les esprits, ils s'arrêtent volontiers sur des objets moins grands, aux yeux du vulgaire: nous remarquerons donc qu’en 1722, deux vaisseaux de guerre et six bâtimens marchands, construits à Québec, firent voile pour la France, vers l’automne. Dix-neuf vaisseaux partirent de Québec, cette mème année, chargés de productions du pays. Ces productions consistaient en pelleteries, bois de merrain, goudron, tabac, farine, pois et porc salé. Les pelleteries se portaient en France, et les provisions de bouche aux Antilles. Ce commerce &’exportation, florissant pour le temps, était dû à la tranquillité dont le Canada jouissait, depuis quelques années.

Ce pays se trouvait, suivant Charlevoix, dans la situation la plus heureuse, peut-être, où il eût jamais été,* lorsqu'un accident déplorable vint lui causer une perte dont il se ressentit ns

* Le passage 5 suiv ant de Rars AL était alors, en apparence, applicableau Canada : ‘ La nature elle-mêmedirigeait les travaux du cultivateur : elle lui avait appris à dédaigner les terres aquati-

Dans la nuit du 25 août, 1725, le Chameau, vaisseau du roi, qui venait à Québec, avec environ deux centcinquante passagers, se brisa sur la côte de l'Ile Royale, près de Louisbourg. M. DE CHAZEL, qui devait relever M. Bégon, dans l’intendance ; M. de Louvigny, nommé gouverneur des Trois-Rivières ; plusieursautres officiers de la colonie, des prêtres séculiers, des jésuites, des récollets, périrent avec l'équipage; et la côte parut, le lendemain, toute couverte de cadavres.

M. de Vaudreuil mourut, le 10 octobre de la même année, après avoir gouverné le Canada pendant vingt et un ans. Le marquis de BEAUHARNOIS, capitaine de vaisseaux, lui succéda, au printemps de l’année suivante, M. Bégon s’embarqua pour la France, cette même année 1726, laissant la place d’intendant à M. Dupuy, nommé en remplacement de M. de Chazel.

Pendant que le Canada jouissait de la paix et de la tranquillité intérieure et extérieure, quelques centaines de Canadiens se distinguaient, par leur bravoure et leur activité, vers l'embouchure du Micissipi, et sur les côtes de la Floride, dans la petite guerre que les Français et les Espagnols se faisaient, dans ces quartiers, principalement au sujet des bornes de la Louisiane. Quoique les détails de cette petite guerre, ainsi que ceux des démèêlés que les Français eurent avec les diverses tribus sauvages du pays, et particulièrement avec les Natchez,

ques, sablonneuses ; celles où le pin, le sapin, le cèdre cherchaient un asile isolé. Mais quand il voyait un sol couvert d’érables, de chênes, de hôûtres, de charmes et de merisiers, il pouvait lui demander d’abondantes récoltes de froment, de seigle, de maïs, d'orge, de lin, de chanvre, de tabac, de légumes et d’herbes potagères de toutes les espèces. La plupart des habitans avaient une vingtaine de moutons, dont la toison leur était précieuse; dix ou douze vaches qui leur donnaient du lait; cinq ou six bœufs consacrés au labourage. Tous ces animaux étaient petits, mais d’une chair exquise. Ils faisaient portion d’une aisance inconnue, en Europe, aux gens de la campagne.”

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+ les Anglais, Oswego.

nous paraissent étrangers à l’histoire du Canada, nous croyons devoir nommer au moins ceux de nos compatriotes qui s’y distinguèrent davantage. Ce sont: MM. Juchereau de Saint-Denis, qui agit, pendant plusieurs années, dans ces contrées, et comme négociateur et comme guerrier ; de Bienville, qui eut pendant quelque temps, le gouvernement général de la Louisiane; Serigny et CHATEAUGUAY, ses frères ; Dugué de Boisbriand, déjà renommé, ainsi que Serigny, par plusieurs actes de bravoure et d'habileté dans les combats; DE VIENNE, CouLonGEs. La guerre avec les Espagnols se termina en 1722; mais celle que les premiers colons de la Louisiane eurent à soutenir contre les indigènes se prolongea au-delà de 1730, et fut accompagnée de beaucoup de trahisons, de dévastations et de massacres, de la part de ces barbares.

Pour revenir au Canada, M. BURNET, gouverneur général de la Nouvelle York, ayant fait construire un fort et un comptoir, ou maison de commerce, à l’entrée de la rivière d'Onnontagué, ou d'Ochouégo,* afin d’induire les Iroquois à porter leurs pelleteries à Albany, M. de Beauharnois crut qu'il était de son devoir de contrecarrer l'effet de cette mesure. Il envoya le baron de LonGuEIL chez les Onnontagués, avec ordre de faire tous ses efforts pour obtenir de ces Sauvages la permission de construire aussi un fort et un comptoir à Niagara. Les Onnontagués ne parurent pas goûter d’abord la propeñition de Longueil ; mais à la fin, il parvint à leur fairë comprendre qu'il était de leur intérêt que les Français eussent aussi un fort dans leur pays, afin que la partie fut égale, entre les deux nations qui les avoisinaïient, et que les Anglais ne pussent tenter impuné-

* La même que les Français appellaient aussi Chouaguen, et

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ment de les asservir, ou de les opprimer, s'ils en avaient le dessein.

La permission demandée ayant été accordée, les Français mirent aussitôt la main à l'ouvrage. Mais les autres cantons n'avaient pas été consultés ; aussi déclarèrent-ils, dès qu'ils eurent appris ce qui s'était passé, que le territoire où le fort devait se bâtir appartenant aux Tsonnonthouans, la permission donnée par les Onnontagués devait être regardée comme nulle; et ils envoyèrent incontinent aux Français une députation, pour leur enjoindre de discontinuer les ouvrages commencés. Sur cela, Longueil, Joncaire, qui était comme l'ambassadeur du gouverneur général du Canada dans les Cantons, et les missionnaires, mirent tout en œuvre pour apaiser les craintes, ou détruire les soupçons des Sauvages ; ils y réussirent, à la fin, et les ouvrages furent continués.

M. Burnet, voyant qu'il ne pouvait empêcher les Français de se fortifier à Niagara, se hâta d'achever son fort d'Ochouégo, et y envoya une forte garnison. M. de Beauharnois fit alors ce qu’il aurait eu meilleuro grâce à faire, avant l’entreprise de Niagara, ou si cette entreprise n'avait pas été formée; il envoya sommer l'officier anglais qui commandait à Ochouégo de se retirer, et fit partir, en même temps, M. de la Chassaigne pour New-York, avec une lettre pour M, Burnet, dans laqnelle il se plaignait, en termes énergiques, de la conduite de ce gouverneur. Celui-ci lui répondit sur le même ton, c’est-à-dire, en lui reprochant la construction, ou le rétablissement du fort de Niagara. Le général français répliqua, en envoyant au commandant d’Ochouégo une nouvelle sommation de se retirer, et À M. Burnet, une note, où il le menaçait d'employer la force des armes, si le fort n’était pas abandonné. Cette

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menace n'eut d'autre effet que d’induire le gouverneur de la Nouvelle York à renforcer la garnison d'Ochouégo. Ceci se passa dans l'été et l'automne de 1726.

L'année suivante, M. DE Mornay fut nommé, par lettres-patentes, évêque de Québec, en remplacement de M. de Saint-Vallier, démissionnaire. Ce dernier d’une piété éminente, d’une charité exemplaire, et d’un zèle infatigable, avait été le bienfaiteur de la colonie, sous le le rapport de la religion. Deux communautés de religieuses, qui ont toujours été depuis, de la plus grande utilité dans ce pays, lui durent leur fondation, et une partie, au moins, de leur dotation.* M. de Mornay, son successeur, ne vint point en Canada: en son absence, les fonctions épiscopales y furent remplies par M. Dos- QUET, son coadjuteur, sous le titre d'évêque de Samos.

Cependant, les Outagamis, oubliant les terribles leçons de 1712 et de 1714, ou animés de l'esprit de vengeance, avaient recommencé leurs pillages et leurs assassinats: M. de Beauharnoiïs prit la résolution de les exterminer, et pour cet effet, il forma, sous le commandement de M. de Ligneris, une expédition composée de quatre cent-cinquante Français, ou Canadiens, et de sept à huit cents Sauvages, Hurons et Iroquois domiciliés, Outaouais et Mippissingues.

Cette petite armée partit de Mont-réal, en canots, le 5 juin 1728, et fit route par la rivière des Outaouais, le lac Nipissing et la rivière des Français, d'où elle entra dans le lac Huron. Les premiers arrivés attendirent les autres, en un endroit appellé la Prairie. ‘Toute l'expédition s’y trouva réunie, le 26 juillet, et le lendemain, elle se remit ea route pour Michillimakinac, où elle arriva, après six jours de navigation, Elle en

* L'Hôpital-général de Québec, en 1693, et les Ursulines des Trois-Rivières, en 1697,

repartit, le 10 août, traversa, en partie, le lac Michigan, et arriva, le 14, au détour de Chicagou. Le lendemain, les Mulhomines, ou Folles- Avoines,* s'avancèrent, pour s'opposer à la descente des Français, et furent entièrement défaits.

Après cet exploit, l’armée continua sa route, et arriva, le 17 au soir, près du village des Sakis, alliés des Outagamis: le commandant fit cerner le village par les Sauvages, et ordonna au reste de l’armée d’y entrer. Mais quelles que précautions que les Français eussent prises, pour cacher leur arrivée, les Sakis et leurs alliés en avaient eu connaissance, et s'étaient sauvés, à l'exception de quatre, que les Sauvages mirent à mort.

On remonta ensuite la rivière des Outagamis, ou des Renards, et le 24, on arriva au village des Puants, dans la disposition d’exterminer tout ce qu'on y trouverait d’habitans ; mais leur fuite avait prévenu l’arrivée des Français, et ils en furent quittes pour la perte de leurs cabanes, et de leur blé-d’inde, qui faisait leur principale nourriture. On les poursuivit néanmoins, dans leur

* Ou Menomenis, gens du riz, ou mangeurs de l’espèce de riz

pellé par les Sauvages menomen, et par les Canadiens folle-avoine. C'est particulièrement au sud du lac Supérieur, et à l’ouest du lac Michigan, que ce grain précieux croît avec une abondance presque inépuisable, sur les bords des étangs et des ruisseaux, et sur les fonds bourbeux des petits lacs et des rivières où les eaux sont basses et coulent lentement. Il croît là où l'eau a de quatre à six pieds de profondeur, et où le fond n’est ni dur ni sablonneux. Il s'élève de quatre à six pieds au-dessus de la surface de l’eau, et il est quelquefois si fort que les canots n’y peuvent passer. Les Sauvages entrent à force de rames, ou d’avirons, dans ces champs de riz, un peu avant que le grain soit mûr, et le lient en grosses bottes, pour empêcher que les oies et les canards ne l’abattent et ne le détruisent. Lorsqu'il est mûr, ils y passent de nouveau, et étendant leurs couvertures de laine dans l'intérieur de leurs canots, ils inclinent au-dessus les bottes, ou gerbes, qu’ils ont liées, et y battent le grain avec des bâtons. Ils le font ensuite sécher au soleil, et le conservent dans des outres. La farine faite de ce grain est, dit-on, substantielle et de bon goût,

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retraite : l'armée traversa le petit lac des Renards, et le lendemain, on arriva près de la principale bourgade de ceux qu’on cherchait: elle avait aussi été abandonnée. On s’avança jusqu’au dernier fort des Outagamis, situé sur une petite rivière qui tombe dans l’Ouisconsin, à trente lieues de l’entrée de cette dernière rivière dans le Micissipi. On le trouva désert comme les précédents et il fallut se contenter de le détruire, et de ravager la campagne d’alentour, afin d’ôter à l'ennemi le moyen d'y subsister.

Ce fut là à quoi se borna l’excursion contre les Outagamis; car, comme il aurait été à peu-près inutile d'aller plus loin, M. de Ligneris donna l'ordre du retour. Il fit démolir, en passant, le fort de la Baie, parce qu'étant trop voisin des ennemis, il n'aurait pas été une retraite sûre pour les Français qu’on y aurait laissés en garnison.

Dans l'été de 1731, on vit une nouvelle forteresse s'élever dans les forêts du Canada, ou de ce qu’on appellait alors de ce nom. Le gouverneur de la Nouvelle France, voyant qu’il ne pouvait contraindre celui de la Nouvelle York à abandonner son fort d'Ochouégo, et ne croyant pas, apparemment, l'entreprise de ce dernier assez contrebalancée par la construction du fort de Niagara, résolut d’en ériger un autre, à la Pointe à la Chevelure, ou Pointe de la Couronne (en anglais Crown Point,) sur le lac Champlain.* On ne pouvait guère choisir, pour ce dessein, une situation plus convenable ; car, outre qu’une forteresse érigée en cet endroit donnait au gouverneur du Canada le commandement des eaux

* Le marquis de BEAUHARNOIS avait envoyé à la cour de France une espèce de mémoire, accompagné de la carte du territoire contesté entre la France et l'Angleterre, et en avait obtenu l’autorisation de fortifier ce qu’on regardait comme la frontière des possessions françaises,

du lac Champlain, elle servait encore de poste avancé, pour tenir en échec les établissemens anglais situés sur les rivières d'Hudson et de Connecticut. C'est ce que l'on comprit parfaitement, dans les colonies anglaises voisines du Canada. Mais, quoique la Nouvelle York eût plus à appréhender de l’entreprise de M. de Beauharnois que la Nouvelle Angleterre, cette dernière province fut la première à prendre l'alarme. On n’eut pas plutôt appris, à Boston, que la nouvelle forteresse, à laquelle on donna le nom de Fort Frédéric, avait été commencée, que le gouverneur BELCHER envoya une lettre à M. VAn-DA, le nouveau gouverneur de la Nouvelle York, pour l’informer que l'assemblée générale de sa province s'était engagée, par un vote, à encourir sa quote-part des frais d’une députation au Canada, à l'effet d'empêcher la continuation des ouvrages commencés à la Pointe à la Chevelure, et pour le prier de faire en sorte que les cantons iroquois s’opposassent aussi à l’entreprise des Français. M. Van-Dam mit la lettre du gouverneur de la Nouvelle Angleterre devant son conseil, dans l'hiver de 1732; mais ces démarches n’eurent pas de suite, et M. de Beauharnoïis acheva tranquillement son fort, et y mit une garnison.

Dans le printems et l'été de 1733, la petite-vérole fit de grands ravages dans ce pays, tant parmi les Françaïs que parmi les Sauvages. Des familles entières furent enlevées par cette épidémie, contre laquelle on ne connaissait pas alors de préservatif. Vers l'automne, il y eut un tremblement de terre des plus violents, ou plutôt, une suite de tremblemens de terre, dont les secousses 8e firent sentir dans toutes les parties alors habitées dans la colonie.

Cette même année, le même sujet qui avait déjà été une occasion de dissention entre le premier évêque de

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Québec et différents gouverneurs, revint encore sur le tapis. Sur les plaintes qui r'urent portées au pied du trône, sinon par le marquis de Beauharnoiïis, du moins par quelques officiers ou notables du pays, M. DE Mau- REPAS, alors ministre de la marine et des colonies, écrivit, par ordre du roi, à l’évêque de Samos, qui avait fait un cas réservé à lui seul de la vente des liqueurs fortes aux Sauvages, une lettre, où il lui mandait, que le roi regardait une telle restriction comme impolitique, par son extrême rigueur ; que sa majesté avait appris avec regret, que quelques uns de ses officiers avaient été obligés de descendre du fort de Frontenac à Québec, pour obtenir l’absolution, et qu’elle ordonnait, en conséquence, qu'aussitôt après la réception de sa lettre, cette restriction fût levée, ou du moins, modifiée de manière à ne plus donner lieu à des plaintes bien fondées.

La restriction ne fut pas entièrement levée, mais suffisamment mitigée, pour faire cesser les plaintes et les murmures, ou les empêcher de se faire entendre au-delà de l’Atlantique.

Vers la fin de cette même année 1733, M. Dosquet devint, de droit, évêque de Québec, par la démission de M. de Mornay.

Depuis l’année 1733, ou 1734, jusqu'au premier siège de Louisbourg, en 1745, le Canada se trouve dans un état à peu près nul pour l’histoire: il ne s'y passe presque aucun évènement digne d’entrer dans les annales de la colonie, ou pour mieux dire, il n'y a pas, dans cet espace de temps, d’annales canadiennes: tous les regards sont tournés du côté de la Louisiane ; tous les voyageurs se portent vers l'embouchure du Micissipi, et les relations, naguère en si grand nombre, cessent pour le Canada, dont on semble ne plus s'occuper, dans la métropole. Ce fut dans cet intervalle de silence et de

repos, que le marquis de Beauharnois entreprit de faire pénétrer un de ses officiers, bien accompagné, jusqu’a la mer du Sud. Charlevoix, -qui fait mention de cette entreprise, sans nommer la personne qui en fut chargée, n’a pu parler de son résultat, parce qu’on ne le connaissait pas, lorsqu'il achevait d'écrire son histoire ; mais il paraît qu’elle ne réussit point, ou qu’elle n’aboutit à rien d’utile, soit pour la France, soit pour le Canada.

Cependant, le pays se peuplait de plus en plus, tant par l'accroissement naturel de la population indigène que par l’émigration de France, et assez rapidement, s’il en faut juger par le nombre des nouvelles concessions: il ne fut pas concédé moins de trente espaces de terre, plus ou moins considérables, en fief et seigneurie, dans l'intervalle de 1732 à 1742, par le marquis de Beauharnois et M. Hocquarr, successeur de M. Dupuy, dans l’intendance. La colonie faisait aussi des progrès, du côté de l'industrie: en 1733, on commença à exploiter les mines de fer de Saint-Maurice et de Batiscan, découvertes en 1667, mais entièrement négligées, durant l’espace de soixante-dix ans. Le minerai fut d’abord mis en œuvre avec assez peu d’habileté ; mais en 1739, on fit venir de France un artisan qui réunissait la connaissance des différentes branches de manufactures de fer fondu et travaillé à une connaissance suffisante de l’art d'exploiter les mines; et la compagnie qui avait entrepris cette exploitation, put s’y livrer, avec profit pour elle-même et avantage pour le pays.

Cette même année 1739, M. Dosquet ayant donné sa démission, M. PouroY DE L’'AUBERIVIERE fut nommé pour le remplacer. Il s'embarqua, le printems suivant, pour ce pays; mais il mourut, quelques jours après son arrivée à Québec, d’une fièvre putride, contractée dans le vaisseau sur lequel il avait fait la traversée. Ce prélat

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eut pour successeur M. DUBREUIL DE PONTBRIAND, qui gouverna l'église du Canada jusqu’à 1760, année de sa mort. ;

Le Canada était quelquefois visité, ou habité temporairement, par des savans. Il paraît certain que Cor- NUTI, qui publia vers 1635, une Histoire des Plantes du Canada,* n'était pas venu dans ce pays ; mais de 1742 à 1743, M. GAUTHIER, médecin du roi, faisait, à Québec, des Observations botaniques, météorologiques et médicales. Il avait fait la découverte, ou reconnu les propriétés de la plante qui a été appellée de son nom, galtheria, et que nous nommons vulgairement ‘thé du Canada.” Quelques années auparavant, M. SARRAZIN, autre médecin habile, avait découvert la plante curieuse qui a été appellée de son nom, sarrazine, et publié une “ Lettre au sujet des eaux du Cap de la Madeleine.” A peu près dans le même temps, le sieur C. LEBEAU, avocat, faisait un ‘“ Voyage curieux et nouveau” au Canada, et “parmi les Sauvages de l'Amérique Septentrionale.”

Dès l’année 1703, il avait été émané un édit royal, par lequel il était défendu aux communautés religieuses d'acquérir des biens-fonds au-delà d’une certaine valeur: par un édit subséquent, toute acquisition de ce genre fut interdite aux gens de main-morte, à moins qu'ils n’en eussent préalablement demandé et obtenu la permission par écrit. Enfin, en 1743, il fut émané un troisième édit royal, prohibant strictement tout achat, mutation, et aliénation en main-morte, sans une autorisation du roi ou de la justice.

Un ordre du conseil supérieur de la même année, défend aux curés de marier les mineurs, et leur enjoint

* Canadensium Plantarum, aliarumque nondum editarum Historia. b B

de se conformer, en tout, aux règles canoniques, concernant la publication des bans de mariage. :

L'année suivante, le roi de France, persuadé à juste titre, que les lois et ordonnances du royaume n'étaient pas toutes convenables aux colonies, écrivit au gouverneur et à l’intendant de la Nouvelle France, une lettre portant que sa majesté entendait qu’à l’avenir, les ordonnances et édits royaux, auxquels elle voulait que ses sujets du Canada obéissent, fussent enrégistrés au conseil supérieur de Québec, et que conséquemment, aucun édit, arrêt, déclaration, lettres-patentes, etc., ne fussent enrégistrés au dit conseil, sans un ordre exprès de sa part, signifié par le ministre de la marine et des colonies.

La même année 1744, en conséquence d’une lettre écrite à l'évêque de Québec par M. de Maurepas, d’après des représentations envoyées en France par les autorités civiles de la colonie, ce prélat supprima, ou abolit plusieurs des fêtes qui se célébraient dans son diocèse.

Les Français établis dans la presqu'ile de l’Acadie, devenue la Nouvelle Ecosse, avaient obtenu, par capitulation, le privilege de n’être pas obligés de porter les armes contre leur ancienne métropole: c'était à ce prix qu’ils avaient consenti à rester dans les cantons qu'ils avaient défrichés, et à ne pas passer dans l’Ile Royale, comme avaient fait les Français de Terre-Neuve; et le gouvernement britannique avait mieux aimé garder dans sa nouvelle colonie ces cultivateurs paisibles et inoffensifs, que de la priver de leur travail et de leur industrie. L’Angleterre avait quelque intérêt à retenir dans la Nouvelle Ecosse les Acadiens, ou “Français neutres,” comme on les appellait; ils lui épargnaient au moins les frais d'une nouvelle colonisation, qui n'aurait pas pu se faire aisément et sans danger, durant la guerre, à

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cause du voisinage des Français et des Abénaquis, leurs alliés.

Pendant la paix pourtant, les établissemens anglais commencèrent à se multiplier dans la Nouvelle Ecosse : des troupes y furent envoyées ; des forts y furent érigés ; Halifax fut fondé, en 1743,* près de la baie de Chibouctou, et devint la capitale de la province, au préjudice d’Annapolis.

Mais l'acquisition et la possession paisible de la péninsule acadienne ne remplissaient pas toutes les vues d’aggrandissement colonial de l'Angleterre ; les avantages de cette possession se trouvaient limités, d'un côté, par les établissemens que la France avait conservés au nord de la baie Française, ou de Fundy, et de l’autre, par ceux de l’Ile Royale, qui n’est séparée de la péninsule que par un détroit de peu de largeur. La position de cette île, à l’entrée du golfe Saint-Laurent, l'avait fait regarder par la France, comme un entrepôt commode, où les Canadiens pouvaient apporter les produits de leur sol, et prendre une partie des marchandises qui leur venaient d'Europe. La pêche était abondante dans les environs ; la préparation du poisson et celle des huiles devenaient l’objet d’un commerce important, auquel se pouvait joindre celui des bois de construction, des résines, des charbons de terre, et des autres productions territoriales, qu’un système de culture bien dirigé pouvait encore multiplier. Les ports de cette île étaient des lieux de relâche commodes pour les vaisseaux qui, en temps de guerre, avaient à protéger les avenues du Canada, et les pêcheurs français ou canadiens.

La réunion de tant d’avantages différents ne pouvait manquer d’exciter la jalousie de l'Angleterre, et de lui

* Suivant M. Roux de Rochelle, Suivant M. HALIBURTON, et autres, Halifax ne fut réellement fondé qu'en 1749.

inspirer le désir d'en dépouiller sa rivale, La France l'avait senti ; elle n'avait pas épargné les dépenses pour faire de Louisbourg une place forte, en état de soutenir un long siège, et elle y entretenait, depuis plusieurs années, une garnison nombreuse,

La guerre ayant éclaté entre la France et l'Angleterre, en 1744, M. Duvivier, commandant à Louisbourg, sous M. DuquEsnaL, n'eut pas plutôt été informé de ce nouvel état de choses, qu'il arma quelques vaisseaux de guerre, qui se trouvaient dans le port, y fit embarquer environ neuf cents homm:s, tant troupes réglées que miliciens, et se dirigea sur le poste de Campseau, dans la Nouvelle Ecosse, dont ilse rendit maitre, sans coup-férir. Après en avoir transporté la garnison et les habitans à Louisbourg, M. Duvivier retourna sur les côtes de l’Acadie, et tint le Port Royal bloqué, pendant plusieurs semaines. Mais ayant appris qu'il y venait du secours de la Nouvelle Angleterre, il se retira aux Mines, autre poste peuplé de Français, dont il se rendit maitre, mais qu'il abandonna ensuite, comme intenable,. pour retourner à Louisbourg, où sa présence devenait nécessaire.

Le 5 février 1745, il fut arrêté, dans l’assemblée générale du Massachusetts, qu’il convenait de faire un armement contre Louisbourg, afin d’ôter aux Français, par la prise de cette forteresse, les moyens faciles qu’elle leur fournissait d’incommoder la Nouvelle Angleterre, et de faire des incursions dans la Nouvelle Ecos::. M, SEIRLEY, homme actif autant qu’habile, qui était «! gouverneur de la Nouvelle Angleterre, entra av: eur dans les vues de l'assemblée générale : les enrôlemens commencèrent aussitôt: et au bout de deux mois, le timbre es volontaires fut de plus de 4,000. Ces tre 1i.°3 fureut mises sous les ordres de M. P&PPERAL, corarandr:, en chii des milices de la colonie, et embar-

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quées sur une escadre commandée par le commodore Warren. Cette escadre se rendit d’abord à Campseau, où elle resta trois semaines, pour attendre que les rivages de l'Ile Royale fussent débarassés des glaces qui les rendaieht inabordables, Elle remit à lu voile, le 10 mai, :: | tt: l'ancre, le lendemain, dans la baie de Gabori ou Gavarus.

Les Français voulurent s'y opposer au débarquement des troupes de terre; mais ils y perdirent quelques hommes tués ou faits prisonniers, et furent repoussés. Le méme jour, un détachement des troupes débarquées brûla l'établissement de Saint-Pierre. Le lendemain, elles érigèrent une batterie de petits canons et quelques mortiers, sur une colline, à sept-cent-cinquante toises d’un des bastions.

Le 13, 4,000 hommes marchèrent, à l'abri des hauteurs, au hâvre du nord-est, et y brûlèrent les magasins ; sur quoi les troupes françaises qui étaient stationnées à une grande batterie érigée en-dehors des murs, enclouèrent leurs canons, et se retirèrent dans la ville, (Ces canons furent presque aussitôt décloués, et tournés contre la place. Les assiégeans furent obligés d'amener les plus gros des leurs sur des trainaux, par des marais impénétrables pour les bœufs et les chevaux, Ils ne firent point d’approches régulières, par des tranchées en parallèles et en æigzags, mais se contentèrent de canonner et de bombarder la ville au hazard ; ce quine laissa pas de causer beaucoup de dommages aux murs et aux bâtimens intérieurs, mais sans qu'il en résultat aucune brèthe praticable.

Du 18 mai, jour où la ville fut, pour la première fois, sommée de se rendre, jusqu’au 23 juin, les assiégeans érigèrent plusieurs nouvelles batteries; les assiégésfirent quelques sorties, et il y eut des escarmouches assez Bb 2

chaudes, mais sans résultat important. Dans cet intervalle, un vaisseau de 64 canons, qui amenait un renfort de troupes à Louisbourg, fut pris par Warren, qui couvrait le siége avec son escadre.

Le 23 juin, les commandans anglais décidèrent que le lendemain on donnerait l’assaut à la place, par mer, tandis que les troupes du camp feraient une attaque, du côté de terre, par voie de diversion. Quoique les murs de Louisbourg fussent dequatre-vingts pieds de hauteur, et que le fossé en eût autant de largeur; qu’il y eût soixante canons de gros calibre en batterie dans la ville, et que la place fût abondamment pourvue de munitions et de vivres, la garnison, forte de neuf cents hommes, fut effrayée des préparatifs des assiégeans, et M. Du- CHAMBON, successeur de Duquesnal, se détermina, peutêtre trop tôt, à capituler.

Comme les échelles se trouvaient trop courtes de dix pieds, il est probable que l’assaut n’aurait pas réussi, et que les assiégéans auraient été découragés par le manque de succès. Quoiqu'il en soit, il fut convenu que la garnison sortirait de la place, avec les honneurs de la guerre, et serait transportée en France, aux frais de l'Angleterre, à la condition de ne pas servir contre cette puissance, durant l’espace d’une année. La population de l’île était d'environ 2,000 âmes: elle fut déportée tout entière en France sur des vaisseaux anglais*

La reddition de Louisbourg et du Cap-Breton ne fut pas plutôt connue en France, que le gouvernement fit préparer un armement considérable, dans le port de Rochefort. La flotte fut prête à mettre en mer, dès le

* « Les usages de la guerre et le droit des gens, que les hostilités ne doivent pas interrompre, ont toujours prescrit de laisser aux habitans des villes dont on s’est emparé, la liberté d’y rester, en se soumettant aux lois : expatrier la p Ron c'était excéder

twutes les prérogatives de la victoire.” —M. Roux pe RocnsLs.

et interrenfort en, qui

nt que le Jar mer, aque, du les murs hauteur, il y eût s la ville, nunitions hommes, M. Duna, peut-

es de dix réussi, et e manque u que la urs de la frais de

tait excéder RocHSELLE.

commencement de mai 1746; muis elle fut retenue par des vents contraires, et ce ne fut que le 22 juin, qu’elle sortit du port, sous les ordres du duc d’ANVILLE, officier de mer, dans le courage et l’habileté duquel on avait la plus grande confiance. Elle consistait alors en onze vaisseaux de ligne, trente vaisseaux de 30 à 10 canons, et bâtimens de transport, et portait 3,000 hommes de débarquement, sous M. DE PoMMERILz, maréchal-decamp. Cette flotte devait être renforcée de quatre vaisseaux des Antilles, commandés par M. DE CONFLANS, et l’on s'attendait que l'armement serait joint par les Acadiens, ou habitans français de l'Acadie, où M. de Ramsay s'était rendu, avec 1,700 Canadiens et Sauvages, pour attendre l'arrivée de la flotte.

C’en était bien autant qu'il fallait pour enlever le Cap-Breton et l’Acadie aux Anglais, sans l’espèce de fatalité qui sembla s'attacher alors, comme plus tard, à toutes les entreprises des Français, en Amérique. A peine la flotte avait-elle perdu de vue les côtes de France, qu’elle fut assaillie par une tempête qui sépara les vaisseaux les uns des autres; de sorte qu’il n'en arriva qu’un petit nombre, avec celui de l'amiral, à Chédabouctou, le 12 septembre, c’est-à-dire, plus de deux mois après le départ de Rochefort.

Pour comble d’infortune, M. d'Anville tomba malade, le jour même de son arrivée à Chédabouctou, et mourut quatre jours après.

Le 18, il fut assemblé un conseil de guerre: le viceamiral, DESTOURNELLES, y proposa de retourner en France, attendu qu’il ne restait plus que sept vaisseaux, et que la plus grande partie des troupes se trouvaient sur ceux qui manquaient. M. DE LA JONQUIERE, qui le 15 mars précédent, avait été ncmmé gouverneur du Canada, en remplacement du marquis de Beauharnoïis, et le

nr een aan ns rats D

none etapes mem mme

plus grand nombre, combattirent la proposition du vice-amiral; pensant qu’il n'était pas à propos de s’en retourner, sans avoir fait, au moins, quelques tentatives contre les établissemens anglais de l’Acadie, et particulièrement contre le Port Royal. M. Destournelles, qui était indisposé depuis quelques jours, voyant que son avis ne prévalait pas, tomba dans une espèce de délire, et se passa son épée au travers du corps.

Cet évènement fit passer le commandement à M. de La Jonquière, qui, quoiqu’âgé de plus de soixante ans, se montra plus actif et plus résolu que son prédécesseur, et releva, par-là, le courage de la flotte et de l’armée. 11 fut donc décidé qu'on attaquerait le Port Royal; mais tandis qu’on s’y préparait, on eut nouvelle qu’une escadre, commandée par l'amiral LEesrock, avait fait voile d'Angleterre pour l'Amérique. Dans la crainte

’être attaqué, M. de La Jonquière se hâta de mettre à la voile: une tempête, qui l’accueillit, près du Cap de Sable, dispersa encore le peu des vaisseaux qu’il avait sous son commandement, et le contraignit de s’en retourner, sans avoir rempli aucune des vues que son gouvernement s'était proposées, en faisant cet armement,

Dans l'hiver, il y eut, près du poste des Mines, un combat meurtrier, entre M. de Ramsay, resté en Acadie, avec environ six cents hommes, Canadiens et Sauvages, et le colonel Nogce, à la tête de sept à huit cents miliciens, fournis par les provinces de la Nouvelle Angleterre. Pris comme à l’improviste, le 31 janvier, à trois heures du matin, et durant une violente tempête de neige, les Anglais éprouvèrent une défaite signalée. Ils eurent soixante-quinze hommes de tués, y compris leur commandant et plusieurs officiers ; une trentaine de blessés, et une centaine de faits prisonniers. Le

tion du reste capitula, à la condition de pouvoir se retirer au

de s’en Port Royal, avec armes et bagage. L’historien qui

ntatives rapporte ce fait d'armes, observe que les raquettes que

particu- les Canadiens avaient aux pieds, leur donnèrent un grand

elles, qui avantage sur les Anglais, qui avaient négligé, ou ! que son dédaigné de se chausser de la même manière. <

le délire, Loin d’être découragé par le mauvais succès de son

entreprise, le gouvernement de France résolut de faire

* % red ram mmrmntaténtiemmnenenrentmte cnoitimetitlhntinint -

qu'il avait t de s’en es que son cet arme-

Le ministère anglais, qui avait été informé, de bonne heure, des préparatifs de la France, et qui savait que les deux escadres devaient, pendant quelque temps, faire route de compagnie, comprit qu'il n'avait rien de mieux à faire que d'essayer à les faire attaquer, avant qu'elles se fussent séparées. En etfet, à peu près dans | le même temps que les escadres françaises sortaient du port de Brest, l'amiral ANsoN et le contre-amiral Warren firent voile de Plymouth, avec une escadre supérieure à celle qu’ils avaient ordre de chercher. Cette dernière se composait de six vaisseaux de ligne, d'autant de frégates, et de quatre vaisseaux armés de la

à M. do incontinent de nouveaux efforts, pour reprendre Louisante ans, bourg, et même tout ce qu’il avait perdu en Acadie, lécesseur, Il fit appareiller, dans le port de Brest, une escadre l'armée. dont le commandement fut donné à M. de La Jonrt Royal ; quière, qui joignait la commission de vice-amiral à celle ; | Ile qu'une de gouverneur général de la Nouvelle France. Cette nu avait fait escadre, mit à la voile, au mois d'avril 1747, de con- | || la crainte serve avec une autre, qui était commandée par M. px | e mettre à SAINT-GEoRGES, et qui devait agir contre les établisse- | du Cap de mens anglais des Indes Orientales. Al Î

Mines, un en Acadie, Sauvages, cents mililie Angleier, à trois empête de e signalée.

y compris trentaine

* On marche bien plus vite avec ces machines sur la neige, qu'on ne ferait avec des souliers sur le chemin battu. Elles sont si | nécessaires, qu’il serait impossible, non seulement de chasser et d'aller dans Àes bois, mais même d'aller aux églises, pour peu | qu’elles soient élvignées des habitations.”—-LAHONTAN.

compagnie des Indes, ayant sous convoi une trentaine de navires chargés de marchandises. Elle fut rencontrée par les Anglais, sur les côtes de la Galice, au commencement de mai. Les amiraux français ne refusèrent pas le combat; mais ayant fait la faute de laisser toutes leurs frégates s'éloigner d’eux, pour protéger les bâtimens marchands, ils se trouvèrent bien inférieurs en forces à leurs adversaires, et furent, à la fin, obligés d’abaisser leurs pavillons.

Dans le même temps que la France faisait les armemens dont nous venons de parler, on levait, dans les colonies anglaises, de nouvelles troupes, pour faire partie d’une expédition contre le Canada. Ces troupes furent tenues sur pied pendant l'année 1746, et le printems et l’été de 1747, dans l'attente d’une flotte d’Angleterre; mais au mois d'octobre de cette dernière année, le gouvernement anglais, craignant de ne pas réussir dans l’entreprise, ou prévoyant qu'il serait obligé de restituer, à la paix, qui paraissait alors prochaine, ce qu’il aurait enlevé à la France, en Amérique, envoya aux gouverneurs de la Nouvelle Angleterre et de la Nouvelle York, l'ordre de licencier les troupes et les milices levées pour une expédition contre le Canada.

Le gouvernement de la Nouvelle France étant devenu vacant par la captivité du marquis de La Jonquière, le roi nomma, pour le remplacer ad interim, le comte de LA GALISSONNIERE, dont les provisions sont datées du 10 juin 1747. M. Hocquart, qui avait été rappellé, en même temps que le marquis de Beauharnois, eut pour successeur, dans l’intendance, M. Francois Bicor, par commission du ler janvier 1748. Les pouvoirs de ce dernier, comme intendant, furent augmentés dans la colonie, et s’étendirent à la Louisiane, et à toutes les terres et îles dépendantes de la Nouvelle France.

rentaine renconalice, au içais ne faute de our pro- ‘ent bien rent, à la

les armedans Îles our faire es troupes et le prinotte d'An- >, dernière de ne pas qu'il serait alors pro- Amérique, igleterre et s troupes et le Canada.

étant deve- Jonquière, in, le comte sont datées té rappellé, arnois, eut

à toutes les rance.

M. de La Galissonnière, homme instruit, habile et entreprenant, n’eut pas plutôt pris les rènes de l’administration, qu’il travailla à se procurer des renseignemens exacts sur le pays qu’il avait à gouverner: il s’étudia à en connaître particulièrement le sol, le climat, les productions, la population, le commerce et les ressources. Mais son activité ne lui permit pas de se borner à acquérir ces connaissances, ou d'attendre pour agir, qu’il les eût acquises; persuadé que la paix ne pouvait pas tarder beaucoup à se conclure, et comprenant de quelle importance il était de donner au Canada et à l’Acadie continentale des limites fixes et bien déterminées, il fit partir M. CELERON DE BIENVILLE, accompagné de trois cents hommes, pour le Détroit, avec ordre de traverser de là les contrés du Sud-Ouest, jusqu'aux monts Apalaches ou Alleghanys, qu'il disait être les bornes des possessions de Angleterre, et audelà desquels il soutenait qu’elle ne pouvait avoir aucune prétention. Cet officier avait ordre, non seule-" ment d'engager un certain nombre de Sauvages à l'accompagner, dans son excursion, mais encore de tirer parole de toutes les tribus chez lesquelles il passerait, qu’elles ne permettraient, à l'avenir, à aucun commerçant, ou traitant anglais, de les venir visiter. Il lui fut fourni des plaques de plomb, sur lesquelles étaient gravées les armes de France, et qu'il avait ordre d'enterrer, à des stations particulières ; ce dont il devait être dressé des procès-verbaux, signés de lui, et des officiers qui l’accompagnaient.

Céleron s’acquitta ponctuellement de la commission dont le gouverneur général l’avait chargé ; maïs non sans exciter des soupçons et des craintes dans l'esprit des Sauvages, dont plusieurs ne se génèrent pas de dire tout haut, qu'ONONTHIO, en prenant ainsi posses-

sion de leurs pays, pourrait bien avoir dessein de faire d'eux ses sujets, et peut-être même ses esclaves. La masse des procès-verbaux, qui furent dressés dans le cours de cette expédition, fut apportée à M. de La Galissonnière, et par lui transmise à la cour de France. Deux ans après, M. Céleron fut récompensé des services qu’il avait rendus, en cette occasion, par la place de commandant du Détroit, avec le rang de major.

Dans le même temps que le comte de La Galissonnière faisait partir Céleron pour les contrées du Sud- Ouest, il envoya une lettre à M. HAMILTON, gouverneur de la Pensylvanie, pour l'informer de la démarche qu’il faisait, et le prier de donner ses ordres, pour qu’à l'avenir, les habitans de sa province n’allassent pas commercer au-delà des monts Apalaches, attendu qu’il avait reçu de son gouvernement l’injonction expresse d'arrêter les personnes et de confisquer les effets de

. ceux qui seraient trouvés faisant la traite avec les Sauvages, dans les contrées situées à l’ouest de ces montagnes.

Les Acadiens qui avaient mieux aimé rester sur leurs terres, dans la Nouvelle Ecosse, que de passer dans l’Ile Royale, y étaient demeurés jusqu’à cette époque, sans que les Anglais eussent eu à se plaindre d'eux, ni eux des Anglais. Ceux-ci n’avaient pas d’abord poussé leurs prétentions sur les établissemens français situés hors de la péninsule, le long de la baie de Fundy et de la rivière Saint-Jean; mais, suivant l’auteur des Mémoires sur le Canada, etc., les habitans de ces postes, négligés par la France, s'étant adressés à eux, pour en obtenir des juges ou des magistrats, l’idée leur vint de sen emparer. M. de La Galissonnière comprit qu'il était de son devoir de les empêcher de le faire. Peutêtre eût-il dû s’en tenir là, et ne pas chercher à attirer

a de faire ves. La s dans le M. de La le France.

des serar la place major.

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sur le continent les Acadiens restés dans la presqu'île, sous la domination, ou la protection de l'Angleterre. Mais il vit, ou crut voir, dans cet état de choses, une inconvenance ou une anomalie préjudiciable au bien de son gouvernement ; il pensa qu'il ne convenait pas que des hommes qui étaient français d’origine, de langue, de religion, demeurassent sous un gouvernement étran-

ger, souvent ennemi de la France; tandis qu’à quelques‘

licues de distance, ils pouvaient se trouver sous la domination française, parmi leurs compatriotes, et faire corps, pour ainsi dire, avec les autres habitans du Canada. Pour mieux réussir dans le dessein de faire émigrer les Acadiens de la presqu'’ile sur le continent, il eut recours à leurs prêtres, et particulièrement au P. GERMAIN, curé, ou missionnaire, au Port Royal, et à l'abbé DE LALOUTRE, missionnaire à Beaubassin, au sud de la petite rivière Missagouche, qui, avant la détermination des limites, était censée séparer les possessions des deux couronnes rivales. Le P. Germain ne fit peut-être pas tout ce qu’on aurait exigé de lui; mais, à en croire l'écrivain que nous venons de citer, M. de Laloutre poussa son zèle et son activité bien au-delà des bornes, non seulement de la modération, mais encore de la prudence, de la saine politique et de la charité chrétienne.*

* L'auteuranonyme des Mémoires sur le Canada l’accuse d’avoir mis lui-même le feu à l’église, et de l'avoir fait mettre aux maisons de Beaubassin,* et il ne cherche point à le laver d'une accusation plus grave encore, celle d'avoir complotté l’assassinat d’un pourvoyeur anglais, du nom de How, à qui il avait, dit-il, donné rendez-vous sur le bord de la petite rivière Missagouche, ou de Beaubassin, et qui fut tué d’un coup de fusil tiré (très probablement au hazard,) par un des Sauvages dont il était accompagné

“Les Français (Acadiens) qui possédaient un village au midi de la baie de Chinecto, où les Anglais avaient érigé le fort Beaubassin, furent attaqués (ou inquiétés), en 1745, par le major LAWRENCE; et se voyant réduits à abandonner leurs habitations, qui #avaient aucun moyen de défense, ils aimèrent mieux les brûler que de les laisser à l'ennemi, et ils se retirèrent dans le fort Beauséjour, placé au nord de la même baie."—M. D8 ROCHELLE.

Pour seconder les missionnaires dans leurs efforts, M. de La Galissonnière envoya au nord de la presqu'’ile et sur la rivière Saint-Jean, des détachemens de troupes et de milices, avec ordre aux commandans d'y construire des forts, et de s’y maintenir par la force des armes, s’il était nécessaire. On parvint, pas ces moyens, à induire plusieurs familles acadiennes à sortir de la presqu'’ile, et à venir s'établir au nord de la rivière Missagouche.

Flatté de ce premier succès, et persuadé, qu'avec un peu d’encouragement, un grand nombre d’Acadiens suivraient l'exemple de ces premiers émigrés, et qu’il se formerait, par ce moyen, une nouvelle colonie, qui serait comme une barrière contre les Anglais, de ce côté-là, M. de La Galissonnière s’adressa au ministère français, pour lui demander des fonds qui le missent en état d'exécuter pleinement le plan qu’il s'était proposé, par rapport aux Acadiens. Ce plan fut approuvé en France, et il fut accordé huit cent mille livres, par année, pour le mettre à exécution.

Sur ces entrefaites, le comte de La Galissonnière fut remplacé par M. de La Jonquière, qui ayant recouvré sa liberté, à la paix de 1748, rentra en possession de son gouvernement, en vertu de sa première commission.

Par le traité d’Aix-la-Chapelle, la France recouvrait tout ce que l'Angleterre lui avait enlevé, durant la guerre, et nommément la forteresse de Louisbourg et l'ile du Cap-Breton.

Avant de s’embarquer pour la France, M. de La Galissonnière communiqua à son successeur tous les trenscignemens qu’il s'était procurés, concernant la cotlonie, et lui indiqua les plans qu’il croyait être les ‘plus propres à la faire fleurir et prospérer. Il fut ensuite nommé, conjointement avec M. SILHOUETTE, commis-

urs efforts, a presqu’ile hemens de nandans d'y la force des ces moyens, sortir de la le la rivière

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ce, M. de La

I11 fut ensuite ETTE, COMMIS-

saire de la part de la France;* pour le règlement des limites des possessions anglaises et françaises, et particulièrement de l'Acadie, et ne se montra pas, comme tel, moins actif et moins zélé qu'il ne l'avait été, comme gouverneur de la Nouvelle France. Il dressa un mémoire, où il exposait, d'une manière détaillée, tous les avantages que la France pouvait retirer du Canada; et il proposa un plan, qui, s’il eût été adopté à temps, aurait probablement empêché la conquête de 1760. Ce plan était de prendre possession de l’intérieur du pays, au moyen de forts érigés, de distance en distance, et d'envoyer, en même temps, 10,000 paysans de France, pour peupler les bords des lacs, du Micissipi et des principales rivières qui s’y déchargent. “Si ce plan avait été adopté, dit l’historien anglais du Canada, M. SM1TH, les colonies anglaises auraient été bornées par les monts Alleghanys, et seraient conséquemment restées toujours faibles ; les mesures qui occasionnèrent les hostilités de 1756 n'auraient pas eu lieu, et l’envahissement de 1769 n'aurait pas été entrepris.”

Malheureusement pour la France et pour le Canada, l'administration du comte de La Galissonnière fut de trop courte durée: son successeur immédiat, quoique doué de talens, ne se montra pas animé du même zèle pour le bien public, et il lui était de beaucoup inférieur, du côté des connaissances acquises. f

*Les commissaires, de la part de l'Angleterre, furent MM. SxiRLrey et Mizpmary.

ft‘ Si, sous le gouvernement français, dit M. LAMBERT, dans son voyage au Canada, les Canadiens avaient été disposés à cultiver les arts et les sciences, cette disposition se serait manifestée sous le eomte de LA GALISSONNIERE, qui fut le trs le plus actif et le plus éclairé qu’ait eu le Canada. Il était, à tous égards, un homme d'état accompli; et ses connaissances dans l'histoire naturelle, la philosophie et les mathématiques furent utiles aux vues de son gouvernement. Il se procura des rene

RE EE nn mener

Le marquis de La Jonquière ne crut pas d’abord devoir suivre les plans de son prédécesseur, par rapport à l’Acadie; pensant qu'avant que les limites de cette province eussent été déterminées par les commissaires nommés à cet effet, il ne convenait pas d’y rien entreprendre qui pût donner de l’ombrage à l'Angleterre, et peut-être entrainer la France dans une nouvelle guerre avec cette puissance. Ce plan de conduite, dicté, peut-être, par la prudence, fut taxé, en France, de timidité. M. de La Jonquière fut blâmé de son inactivité, et réprimandé, pour n'avoir pas, de luimême, continué ce que le comte de La Galissonnière avait commencé. Il lui fut envoyé de nouvelles instructions, par lesquelles il lui était ordonné de prendre, sans délai, possession de la terre-ferme de l’Acadie, d'y construire des forts, d'y envoyer des troupes, et de

seignemens des parties les plus éloignées de la Nowveile France,

concernant ses habitans, ses animaux, ses arbres £i ses plantes, ses terres et ses minéraux ; ainsi que sur ses lacs, ses rivières et ses mers. Il s'était même mis en état de donner la description des endroits éloignés qu’il n'avait pas vus, mieux que ceux qui les habitaient. Enfin, M. de La Galissonnière était l’homme

u’il fallait pour réveiller, dans l'esprit des Canadiens, le goût des sciences et des arts, s’il n’y avait été qu'endormi,”

Malheureusement, ce goût n'était pas encore né chez nos ancétres. “On ne leur trouvait, dit l’abbé Raynal, aucune sensibilité pour le spectacle de la nature, ni pour les Die de l'imagination ; nul goût pour les sciences, pour les arts, pour la lecture, pour l'instruction. Les habitans des villes passaient l'hiver, comme l'été, dans une dissipation continuelle. L’amusement était l’unique passion, et la danse faisait les délices de tous les âges.

“ L'oisiveté et la frivolité, continue-t-il, n'auraient pas pris cet ascendant, en Canada, si le gouvernement avait su y occuper les esprits à des objets utiles et solides.” Mais loin de là, ce gouvernement semblait se complaire, ou trouver son intérêt à tenir le peuple dans l'ignorance : l'institution décorée d’abord du nom de collège ne fut jamais tel en réalité ;* il n’y avait pas d’imprimerie dans le pays, et l’on ne pouvait y faire venir des livres de France qu'avec difficulté, et à grands frais.

“4 Les R, R, P, P, jésuites ont un grand bâtiment’ assez superbe, et un college ouvert, ou plutôt une école, qui sert à instruire un petit nombre d'enfans, qui y vont étudier, —LEBEAU,

as d’abord , par raplimites de es commisas d’y rien à l'Anglene nouvelle > conduite, en France, mé de son as, de luialissgonnière uvelles insde prendre, Acadie, d'y upes, et de

uveile France, -+ ses plantes, ses rivières et la description que ceux qui tait l’homme

hez nos ancéine sensibilité ‘imagination ; lecture, pour hiver, comme nt était l’unisâges.

t pas pris cet y occuper les là, ce gouverrêt à tenir le Lrd du nom de as d'imprimedes livres de

superbe, et un n petit nombre

s’aider de l’influence des missionnaires, qu'on lui recommandait de ménager et de traiter avec toutes sortes d'égards, comme gens particulièrement nécessaires, dans les circonstances où l’on se trouvait.

En conséquence de ces instructions, le chevalier de La CoRxe fut envoyé dans l’Acadie continentale, afin d'y choisir un endroit convenable pour l'érection d’un fort, d’où l’on pât facilement donner appui et protection aux familles acadiennes qui voudraient se soustraire à la domination anglaise.

M. de La Corne fit d’abord choix de Chédiac, parce qu'étant près de la mer, on y devait être à portée de recevoir des secours et des approvisionnemens du Canada. Ce choix ne plut ni au gouverneur, ni aux missionnaires : ils trouvèrent que le poste serait trop éloigné des établissemens acadiens, et il fut finalement choisi un autre endroit, entre la Laie Française et la Baie Verte, comme plus capable de remplir les vues du gouvernement.

Ces démarches excitèrent les soupçons et la jalousie des Anglais: le premier bâtiment qui fut envoyé, avec des provisions, pour les forts qu'on bâtissait, fut pris par un croiseur de cette nation, quoiqu'il y eût paix entre l'Angleterre et la France ;* et le major LAWRENCE eut ordre du colonel CORNWALLIS, lieutenant gouverneur de la Nouvelle Ecosse, d'épier les mouvemens du chevalier de La Corne; de l'empêcher de prendre poste sur la territoire anglais, et finalement, de se fortifier, aussi près que possible du fort que ce dernier avait eu ordre de construire. Lawrence trouva M. de La Corne campé à Beauséjour, et eut avec lui un pourparler, au

*“En représaille, M. de La Jonquière ordonna d'arrêter à Louisbourg, les bâtimens marchands qui y commerçaient.”—-Mémoires, ÿc,

cc2

sujet de cet empiètement, comme il l'appellait. La Corne l’assura que ses ordres ne lui permettaient pas de passer au-delà de la rivière de Beaubassin, et qu'il pouvait prendre poste, et se fortifier, de l’autre côté de cette rivière, s'il le jugeait à propos. En effet, Lawrence bâtit un fort vis-à-vis de celui de La Corne, et les deux commandans se maintinrent chacun dans son poste. Celui de La Corne n’était pas tenable : bientôt cet officier fut remplacé par le capitaine DE VaAssaN, accompagné du sieur DE LEry, fils de l'ingénieur de ce nom, avec ordre d'achever le fort de Beauséjour. Le sieur DE BolSHEBERT, militaire habile et homme actif, avait été envoyé précédemment, avec quelques soldats et des Canadiens, à la rivière Saint-Jean, et y avait élevé des fortifications, un peu au-dessus du site de l'ancien fort Latour.

La découverte supposée faite, du côté de la terre, de l'océan Pacifique, ou plutôt d’un grand golfe, ou d'une mer de l'Ouest, communiquant avec cet océan par un détroit, occupait l'attention de M. de La Jonquière, depuis son arrivée en Canada. Il avait approprié de grandes sommes d'argent pour s'assurer d'un fait aussi important, et avait donné commission à M. DE LA VERANDRYE, qui avait dejà fait plusieurs voyages dans les quartiers. de l'Ouest, de pénétrer, par le canal des lacs et des rivières de l'intérieur, jusqu’à cette mer, et de prendre possession, au nom du roi, des contrées qu'il traverserait. Cet officier s’avança à quelques centaines de lieues au-delà du lac Supérieur, et érigea, de distance en distance, des espèces de forts,* au dernier

* Ce sont : le fort de Caministigoia, à l'entrée dans le lac Supérieur de la rivière de même nom : la fort Saint-Pierre, à 100 lieues environ du premier, sur le lac des Pluies; le fort Saint- Charles, 80 lieues au-delà, sur le lac des Bois; le fort Maurepas, à 100 lieues du dernier, et près du lac Ouinipig, ou Ouinipigon ;

ellait, La ettaient pas sin, et qu'il itre côté de effet, Lawa Corne, et in dans son : bientôt cet DE VASSAN, énieur de ce séjour. Le homme actif, ques soldats 1, et y avait s du site de

e la terre, de plfe, ou d'une océan par un a Jonquière, approprié de un fait aussi

voyages dans le canal des cette mer, et des contrées quelques cenet érigea, de L* au dernier

ns le lac Supét-Pierre,, à 100 le fort Saintfort Maurepas, ou Ouinipigon ;

desquels il donna le nom de fort de la Reine, C'était tout ce dont La Vérandrye était capable: il n'avait ni les talens, ni les connaissances nécessaires pour faire des découvertes importantes, ou même des observations utiles: il ne sut pas tracer une carte des immenses contrées qu'il avait parcourues ; son journal n’en contenait point la description; il ne parlait ni de leur climat, ni de leur sol, ni de leurs productions ; il n'était rempli que du récit insignifiant de la marche de chaque jour, et des discours sans importance de quelques chefs sauvages. On le jugea incapable de remplir la tâche qu'on lui avait confiée ; sa commission fut révoquée, et donnée à d’autres. Mais des vues d'intérêt particulier vinrent se mêler au but noble et patriotique qu’on semnblait s'être proposé d’abord: il se forma une espèce de société, composée du gouverneur, de l'intendant, du sieur BREARD, comptrôleur de la marine, et de deux autres officiers, LEGARDEUR DE SAINT-PIERRE" et Main, t lesquels devaient partager entr’eux les profits de l'expédition, s’il y en avait.

Les deux derniers furent chargés de faire les découvertes. Saint-Pierre eut ordre de se rendre au fort la Reine, pour de là gagner en avant, jusqu'à un lieu dont il serait convenu avec son compagnon de voyage, pour leur rencontre. Marin devait remonter le Missouri, et

enfin, le fort de la, Reine, 100 lieues au-delà, sur la rivière des Assiniboils.

Il fut encore construit trois autres forts, savoir : le fort Dauphin, sur le lac des Prairies; le fort Bourbon, sur le lac de même nom, et le fort Paskoyac, sur la rivière de ce nom, dont quelques géographes du temps placent la source à 25 lieues seulement de leur prétendue mer de l'Ouest.

#4 Capitaine, officier recommandable par sa valeur, et une certaine intrépidité, qui le faisait craindre et aimer des nations, et qui joignait à la connaissance parfaite du commerce des Sauvi une grande intégrité.”

+ “Capitaine, décrié par sa cruauté, mais craint des Sauvages.”

de là, s’il trouvait une rivière allant à l’ouest, la suivre jusqu’à ce qu’il fut parvenu à l'océan Pacifique, où Saint-Pierre le devait joindre, si, de son côté, il trou-' vait une rivière qui y conduisit.

Ces messieurs partirent munis, aux frais de la couronne, de tout ce qui était nécessaire pour le voyage ; et ils auraient probablement réussi, non pas à trouver une mer de l’Ouest, comme on se la figurait, mais à atteindre la mer du Sud, s'ils eussent été plus entrepenants, ou s'ils n’eussent pas eu plus à cœur leur intérêt privé que le bien de leur pays. Mais, presque indifférents, quant au but ostensible de faire de nouvelles découvertes, ils ne s’avancèrent, dans les pays sauvages, qu’autant qu’il leur fut nécessaire pour amasser une immense quantité de pelleteries, avec lesquelles ils s'en revinrent à Québec, où la vente qui s’en fit rapporta à chacun des associés un énorme profit. Le part du gouverneur se monta, suivant M. Smith, à la somme de 300,000 francs, et le reste fut partagé entre l’intendant, le comptrôleur et les deux voyageurs.

La cour de France ayant approuvé la conduite du comte de La Galissonnière, par rapport aux pays du Sud-Ouest, elle renouvella à M. de La Jonquière l’ordre de mettre fin au commerce des Anglais dans ces contrées, en arrêtant ceux qu’on y rencontrerait, et en saisissant leurs marchandises. En conséquence, le gouverneur général envoya M. DE CoNTRECŒur, gentilhomme canadien, et quelques autres officiers, bien accompagnés, sur les bords de l'Ohio. A peine ces officiers furent-ils arrivés dans le pays, qu’ils arrêtèrent trois traitans anglais, et les envoyèrent prisonniers à Mont-réal, avec leurs pelleteries. Dans l’interrogatoire qu'ils subirent devant le baron de Longueil et le commissaire ordonnateur VARIN, quelques jours après

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leur arrivée, il parut qu'ils tenaient des gouverneurs de

leurs provinces, des permissions écrites pour faire la traite avec les Sauvages, à l’ouest des monts Apalaches, et ils furent renvoyés, quelque temps après. Les détails de l’interrogatoire qu’on leur fit subir furent envoyés en France, et communiqués, par ordre du gouvernement, à l'ambassadeur d'Angleterre.

M. de La Jonquière prévoyait bien que si la guerre avait lieu entre la France et l'Angleterre, l'Amérique en serait le théâtre ; il représenta donc à son gouvernement la nécessité de faire passer au Canada un grand corps de troupes, et d’y envoyer, en même temps, une grande quantité de munitions et de marchandises, afin qu'on en pût toujours fournir suffisamment et à un assez bas prix, aux Iroquois, pour détacher ces Sauvages de l’alliance et de la fréquentation des Anglais de la Nouvelle York. En attendant que ces troupes et ces effets fussent arrivés, M. de La Jonquière crut devoir faire, de son côté, tout ce qui lui paraissait pouvoir faciliter le dessein qu'il avait en vue: il fit partir M. DE LA JONQUIERE-CHABERT, accompagné de M.

PIQUET, du séminaire de Mont-réal,* et d’un parti d’Iroquois domiciliés, pour le canton des Agniers, avec ordre de demander à ces Sauvages la permission de bâtir un fort, sur la frontière de leur pays, en leur promettant qu'ils y trouveraient constamment, ct à bon compte, tous les effects dont ils pourraient avoir besoin, M. Chabert s’acquitta si adroitement de la commission dont le gouverneur l'avait chargé, et fut si bien

* Que les Anglais appellaient le “ Jésuite de l'Ouest,” et à qui M. Hocquart avait donné le titre “d’Apotre des Iroquois.” Quant au capitaine CuABERT, “il avait sa cabane” «hey ces peuples.“ Depuis longtems, il vivait avec eux et comme cu*, en sorte qu'il était adopté parmi eux, et qu'ils le regardaient cumme de leur nation.” —Mémoires, &c.

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secondé par l'abbé Piquet, qu'il obtint sans beaucoup de peine la permission désirée. Le ‘ort fut bâti, à l'entrée de la petite rivière Ossouégatchi dans le Saint- Laurent, et nommé de la Présentation. Les Agmiers et autres Iroquois furent si satisfaits de la chose, que sans l'intervention de M. William JOHNSON, qui avait déjà acquis une grande influence parmi ces peuples, la plupart auraient abandonné les Anglais, pour se joindre aux Français.

Un autre petit fort fut bâti, à peu près dans le même temps, sur la baie de Toronto, à l'extrémité nordouest du lac Ontario. On l’appella fort Æouillé, du nom du ministre de la marine. (

Jusqu’à 1750, les Canadiens n'avaient pas eu sujet d’accuser leurs gouverneurs, ou leurs intendans, de péculat, de concussion, ni même d’une conduite sentant l'injustice ou la partialité, dans l’administration des affaires générales, et particulièrement des finances: mais au temps dont nous parlons, la corruption commença à se montrer à découvert chez la plupart des fonctionnaires publics de la colonie. Le marquis de la Jonquière, qui ne touchait pas moins de soixante mille livres, par an, d’apointemens et de pension, était d’une avarice sordide ; l'intendant BicoT ne se trouvait pas assez riche, ou pas assez payé, pour soutenir dignement le rang qu’il occupait; et ils avaient l’un et l’autre des parens et des favoris à enrichir. Pour suppléer à ce qui leur manquait, ou à ce qu’ils croyaient leur manquer, du côté de la fortune, ils eurent recours, comme on l’a déjà vu plus haut, à la traite avec les Sauvages, et ils la firent au moyen de sociétés, qu'ils formèrent, et où ils firent entrer leurs parens et leurs amis, et quelquefois, ils mirent en œuvre des moyens plüs odieux encore.

Par l'édit de 1716, il étuit expressément défendu à

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tout habitant du Canada de commercer avec les Sauvages, sans une permission écrite du gouverneur général: M. de la Jonquière sut faire tourrer cet édit à son avantage ; ou plutôt, il en abusa d'une manière tout-àfait odieuse. Outre qu’il se faisait payer une forte somme d'argent pour les permissions, ou congés, qu'il donnait à des particuliers, pour aller vendre des marchandises aux Sauvages, ilaccorda à M. SAINT-SAUVEUR, son secrétaire, la vente exclusive des eaux-de-vie à ces peuples, moyennant une part considérable dansles profits. Il fit aussi venir de France plusieurs de ses neveux, dans le but de les enrichir par le commerce, ou autrement, et entre autres, M. TAFFANEL, curé de campagne en France, et le capitaine DE BONNE DE MiIsELLE. N'ayant pu obtenir pour ce dernier le grade d'adjudant général, il résolut de l’avancer d’une autre manière : il lui concéda une seigneurie, et lui accorda le privilège exclusif du commerce avec les Sauvages, au Sault Sainte-Marie.

Ce Népotisme mit le comble au mécontentement qui régnait déja, depuis longtems, dans la colonie, contre M. de la Jonquière: on fit parvenir en France des plaintes nombreuses contre son administration ; et prévoyant, sans doute, qu'il ne tarderait pas à être rappelé, il demanda lui-même son rappel; mais il mourut, à Québec, le 17 mai 1752, âgé de 67 ans. Il n'avait pas amassé, en Canada, moins d’un million de livres tournois, qui se trouvèrent, à sa mort, entre les mains de M. pe VERDUC, greffier du conseil supérieur ; ce qui ne l'empêcha pas de se refuser le nécessaire, ‘“ jusqu’à sa mort,” et même dans sa dernière maladie.*

* On … ‘apporté, comme exemple de l’excès auquel il portait la mesquinerie, que ses domestiques ayant allumé des bougies près de son lit, il les fit ôter, et remplacer par des chandelles de suif, en disant qu’elles coûtaient moins cher, et éclaireraient aussi bien.

Charles LEMOYNE, baron de LONGuEIL,* alors gouverneur de Mont-réal, étant le plus ancien officier de la colonie, prit les rênes de l'administration, en attendant l'arrivée du successeur du marquis de La Jonquière.

*4Ce gouverneur (ou administrateur du gouvernement,) était d'une maison anoblie en Canada, fort chéri des cinq Nations, et dont les ancêtres s'étaient distingués par leur valeur.”— Mémoires,

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