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se rembarquèrent, après avoir perdu un bon nombre d'hommes, tués ou blessés, et quelques prisonniers. Les Canadiens qui se trouvèrent au Port Royal, pendant ces deux attaques, se distinguèrent, à leur ordinaire, et ne contribuèrent pas peu à la conservation de la place. Pendant que ces choses se passaient en Acadie, les quartiers de l'Ouest étaient un peu troublés par suite d’un démélé entre les Miamis et les Outaouais. Ces derniers s’étant plaints au commandant du Détroit,* et n'en ayant pas obtenu la satisfaction à laquelle ils s’attendaient, complottèrent de l’assassiner, et de faire main-basse sur tous les Français. Ils en tuèrent, en effet, quelques-uns, et ravagèrent les environs du Détroit. M. de Lamotte marcha contre eux, à la tête de quatre cents hommes, les battit, et les força à se soumettre aux conditions qu’il voulut leur imposer. Durant l'hiver, il fut arrêté, dans un grand conseil, tenu à Mont-réal, avec les chefs des Sauvages domiciliés, qu'on ferait, au printems, une nouvelle incursion sur le territoire anglais. Le parti se composa de quatre cents hommes, tant Français que Sauvages, les premiers, commandés par MM. px SaINT-Ours-DESCHAIL- LONS et de Rouville, et les derniers, par M. de La Perrière. On se mit en marche, le 26 juillet (1708 ;)
* C'était un jeune officier du nom de BourGMonT, qui était arrivé au Détroit, pour y commander en l'absence de Lamotte- Cadillac, descendu à Québec. ‘“ Les chefs des Outaouais allèrent trouver Bourgmont, et lui demandèrent s’il n’avait point reçu do nouvelle de Québec ou de Mont-réal, Par une nouvelle imprudence (il en avait déjà commis plus d’une), cet officier ne parut pas seulement faire attention à ce qu'ilsdisaient ; ce qui les choqua beeucoup. Un moment après, le chien de Bourgmont ayant mordu un de ces Sauvages à la jambe, et celui-ci ayant battu le chien, le commandant se jetta sur lui, et lui donna tant de coups, qu’il en mourut, peu de temps après. Cette violence brutale mit les Outaouais au désespoir. Ils partirent le lendemain, ne respirant que la vengeance, et convaincus qu’elle était nécessaire à leur conservation.”—CHARLEVOIX,
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mais bientôt les Hurous se retirèrent, et les Iroquois ne tardèrent pas à suivre leur exemple.
M. de Vaudreuil, à qui les commandans donnèrent avis de cette désertion, leur manda que, quai 1 même les Algonquins et les Abénaquis de Saint-1'rançois les abandonneraient aussi, ils ne laissassent pas de continuer leur route, et qu'ils fissent plutôt une incursion sur quelque endroit écarté, que de s’en revenir, sans avoir rien fait.* Ils se remirent donc en route, au au nombre de deux cents, et après avoir fait environ cent-cinquante lieues, ils arrivèrent près d'un village de la Nouvelle Angleterre, nommé Æaverhill, composé de vingt-cinq à trente maisons bien bâties, et défendu par un fort. Ce fort avait une garnison de trente soldats, ou miliciens, et il y en avait plusieurs dans chaque maison. Ces troupes ne faisaient que d'arriver dans l'endroit, et y avaiens été envoyées par le gouverneur, qui, sur l'avis de la marche des Français, avait fait partir de pareils détachemens pour tous les villages de ce canton.
Les Français, ne pouvant plus compter sur la surprise, crurent pouvoir y suppléer par Îa valeur. Ils reposèrent tranquillement pendant Ja nuit, et le lendemain, une heure après le lever du soleil, ils se mirent en ordre de bataille. Rovville fit alors un petit discours, pour exhorter ceux qui avaient entre eux quelque démèlé, à se reconcilier sincèrement et à s’'embrasser : ils firent ensuite leur prière, et marchèrent contre le fort, Ifs y trouvèrent beaucoup de résistance ; mais enfin, ils y entrèrent, l'épée et la hache à la main, et y mirent le feu. Toutes les maisons du village eurent le même
* Dans plusieurs circonstances, le marquis de Vaudreuil, agissant par lui-même, nous a paru manquer de jugement: ici, nous ne pouvons nous empêcher de voir la sottise jointe à l’inhumanité.
sort. Il y eut environ cent Anglais de tués, en combattant: d'autres périrent dans l’embrasement des maisons, et le nombre des prisonniers fut considérable. Il n’y eut point de butin, parce qu’on n'y songea que quand tout eut été consumé par les flammes, et qu'on entendait déjà, de tous les villages voisins, le son des tambours et des trompettes. IL n’y avait pas un moment à perdre pour assurer la retraite. Elle se fit d’abord en bon ordre ; mais à peine avait-on fait une demi-lieue, qu’on tomba dans une ambuscade, dressée par soixante-dix hommes, qui, avant de se découvrir, tirèrent chacun leur coup. Les Français essuyèrent cette décharge sans branler. Cependant tous les derrières étaient déja remplis de gens de pied et de cheval, et il n’y avait pas d'autre parti à prendre que de passer sur le ventre à ceux qu’on avait en tête. On le prit, sans balancer : chacun jetta ce qu’il portait de vivres et presque toutes ses hardes, et sans s'amuser à tirer, on en vint d’abord aux armes blanches, Les Anglais, étonnés d’une attaque si brusque, faite par des gens qu’ils croyaient avoir mis en désordre, s’y trouvèrent eux-mêmes, et ne purent se remettre ; de sorte que la plupart furent tués ou pris.
Les Français n’eurent, dans les deux actions, que huit hommes de tués et dix-huit de blessés: du nombre des premiers furent deux jeunes offlciers, HERTEL DE CHamgLy et VERCHERES. Plusieurs des prisonniers faits à la prise d'Haverhill se sauvèrent, pendant le dernier combat: les autres n’eurent qu’à se louer des bons traitemens qu’ils reçurent de leurs vainqueurs, durant la retraite. La fille du lieutenant de roi d’Haverhill ne pouvant plus marcher, M. Duruys, fils du lieutenant particu}ier de Québec, la porta dans ses bras, ou sur ses épaules, une bonne partie du chemin. ‘ Sin-
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gulier exemple d'humanité et de galanterie, dit un historien, et chose nouvelle dans les forêts du Canad:.” Religieux ou dévots avant le combat ; furieux et souvent barbares, dans le fort de l'action ; humains et généreux, après la victoire, tels se montrent généralement les guerriers français et canadiens de ces temps-là.
Au reste, cette expédition, comme la plupart de celles qui l'avaient précédée, se borna à une tuerie cruelle et une conflagration barbare, non seulement sans résultat utile, mais même sans but ou motif raisonnable. C'est vainement que Charlevoix dit que les Français et les Sauvages n'exerçaient ces cruautés que par représailles ; le massacre de La Chine était déjà trop ancien, et avait été vengé trop de fois, pour qu'on pût se croire autorisé à le venger encore, au temps dont nous parlons: ç’aurait été mettre en principe que, parce que l'ennemi avait été exterminateur une fois, on pouvait l'être toujours: outre que les Iroquois avaient exercé seuls les cruautés dont les Français pouvaient se plaindre, au lieu que ces derniers n’en cédaient guèreaux Sauvages, et étaient presque toujours mélés avec eux, dans les barbaries qu’ils exerçaient contre les Anglais. Aussi ne pouvons-nous nous empêcher de croire dans son droit le souverneur d'Orange, dans ce qu’il écrivait à M. de Vaudreuil, en réponse aux reproches que celui-ci lui avait faits, au sujet d’un collier qu'il avait envoyé aux Iroquois chrétiens, pour les engager à demeurer neutres.*
‘ Il faut que j'avoue, dit M. Schuyler, que j'ai envoyé
* Le marquis de Vaudreuil attribuait à l'envoi de ce collier la défecticn des Hurons et des [roquois chrétiens : mais ces Sauvages ne pouvaient-ils pas se trouver, à la fin, fatigués de ces expéditions sans cesse renouvellées, où ils avaient beaucoup moins à gagner, qu’à perdre ou à risquer ? Et s’ils étaient véritablement chrétiens, ne pouvaient-ils pas, ne devaient-ils pas même se refuser à aller massacrer, ou ruiner, de sang-froid, des gens qui ne leur avaient jamais fait, ni ne pouvaient leur faire aucun mal ?
un collier aux Sauvages, pour les empêcher de prendre parti dans la guerre qui se fait contre le gouvernement de Boston ; mais j’y ai été poussé par la charité chrétienne. Je n’ai pu me dispenser de croire qu'il était de mon devoir envers Dieu et mon prochain, de prévenir, s'il était possible, ces cruautés barbares et payennes, qui n’ont été que trop souvent exercées sur les malheureux habitans de ce gouvernement. Vous me pardonnerez, Monsieur, si je vous dis que je sens mon cœur se soulever, quand je pense qu'une guerre qui se fait entre des princes chrétiens, obligés aux lois les plus strictes de l'honneur et de la générosité, dégénère en une barbarie sauvage et sans bornes. Je ne puis concevoir qu’il soit possible de mettre fin à la guerre par de semblables moyens.”
Dans le cours de l'hiver, il y eut en Terre-Neuve, une nouvelle expédition, où les Français se distinguèrent, à leur ordinaire, par leur bravoure. De l'aveu de M. pe CosTEBELLE, gouverneur de Plaisance, le sieur DE SAINT-OVipE, lieutenant de roi de cette place, forma un parti d'environ cent-soixante hommes, soldats, matelots, habitans et Sauvages, auxquels se joignirent, comme volontaires, plusieurs officiers et gentilshommes, la plupart Canadiens: c’étaient, entre autres, MM. Des- PENSENS, DuPLESssis, Ia Chenaye, d'Argenteuil et D’AILLEBOUT. Cette petite troupe, qui ne se montait pas, en tout, à deux cents hommes, se mit en marche, le 14 décembre, et arriva le 31, à quelques lieues de Saint- Jean, sans avoir été découverte. Dès le lendemain, tout fut prêt pour l'attaque: deux des forts qui défendaient la ville furent emportés de vive force, et le troisième se rendit, par capitulation. Saint-Ovide aurait voulu conserver sa conquête, et ne demandait pour cela que cent hommes; mais M. de Costebelle, qui craignait
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Tandis qu’une poignée de Français et de Canadiens se rendaient maîtres de Saint-Jean de Terre-Neuve, on apprenait à Québec, que les Iroquois avaient enfin cédé aux instances du gouverneur de la Nouvelle-York, et que la guerre avait été chantée, dans tous les cantons, excepté celui de Tsonnonthouan; et de plus, qu'il se faisait, à Boston, un grand armement, qui devait être fortifié d’une escadre d'Angleterre, pour attaquer le Canada ; et qu’on assemblait, dans la Nouvelle York, un corps de 2000 hommes, qui devait d'abord s'emparer de Chambly, et tomber ensuitesur Mont-réal. Les troupes et les milices furent mises en état de marcher, au premier signal, et un parti de deux cent-cinquante hommes, sous la conduite de Rouville, fut envoyé du côté du lac Champlain.
Au mois de mai, M. de Vaudreuil assembla un grand conseil de guerre, où il fut résolu qu’on marcherait incessamment du côté de la Nouvelle-York, pour dissiper l'orage qui s’y formait ; afin que la colonie, rassurée de ce côté-là, pût réunir ses forces contre la flotte anglaise, si elle venait à Québec. Il fut assemblé un corps de 1,500 hommes, et après quelque hésitation, de la part du gouverneur général, le commandement en fut donné à M. de Ramsay. Cette netite armée se mit en marche, le 28 juillet. L'avant- garde, composée de cinquante Français et de deux cents Abénaquis, était commandée par Montigny, et soutenue par KRouville, avec cent Canadiens. Après eux venaientcent soldats, sous M. de La Chassaigne. Le gouverneur de Mont-réal suivait, à la tête de cinq cemts Canadiens, distribués en cinq compagnies commandées par MM. Saint-Martin,
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