‹ Histoire du Canada, sous la domination française [microforme]Chapitre 19 sur 19 · partie de la colonie · texte numérisé non relu

partie de la colonie

Les Anglais passèrent tout le mois d'août à canonner Québec et le camp de Montmorency, et à faire sur l’eau divers mouvemens propres à inquiéter les Français.*

* Suivant M. Sumiru, les Anglais firent aussi, dans le cours du même mois, des excursions qu’on pourrait appeller déprédatoires et barbares, si elles avaient été telles qu’il les rapporte. ‘“ Le ler août, dit en substance cet historien, un d étachement, commandé par le capitaine GoREHAM, fut envoyé à la Baie Saint-Paul, pour y faire des vivres. Une corvette, qui convoyait le détachement, ayant jetté l'ancre vis-à-vis de l’île aux Coudres, elle fut saluée par une décharge de mousqueterie, qui lui tua un homme, et lui en blessa huit : sur quoi, le capitaine Goreham fit débarquer ses gens, chargea les habitans, et les mit en fuite. Peu content de cette facile victoire, il brüla toutes les maisons, et ne laissa sur pied que l’église, sur la porte de laquelle il mit un écriteau, portant qu’on en avait agi, et qu’on en agirait encore avec cette rigueur envers les Canadiens, en conséquence du peu de cas qu'ils avaient fait de la proclamation du général M oLre, et de l'inhumanité avee laquelle ils avaient traité les Anglais, en plusieurs occasions. Le capitaine Goreham fit ensuite un butin qui consista en vingt bêtes à cornes, quarante moutons, plusieurs cochons, des meubles, des hardes, des livres, etc.

“ Le général Wolfe (dit toujours M. Smith,) ayant appris que le curé du Chateau-Richer s'était fortifié, dans une grande maison, avec quatre-vingts de ses paroissiens, y envoya un détachement, avec une pièce de canon et un obusier. Au premier coup de canon tirée sur la maison fortifiée, les Canadiens en sortirent, pour aller au-devant des assaillans ; mais ils tombèrent dans une ambuscade,

ui leur avait été dressée, à l'entrée du bois: il ÿ en eut trente

e tués, et les Anglais leur enlevèrent la chevelure, en eonséquence (ajoute notre historien,) de ce qu'ils s'étaient déguisés en Sauvages.

Le trait suivant peut servir de pendant au précédent. ‘“ Quelque temps après (le combat de Montmorency), fut tué l’abbé ps PorTNEUr, curé de Saint-Joachim. Ce prêtre avait endossé la cuirasse : il était constamment à harceler l’armée (anglaise), à la tête des habitans de sa paroisse. Un détachement qui s'était trouvé à la portée de cette paroisse, avait été insulté de paroles

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Dans les premiers jours de septembre, le général Wolfe, voyant la saison avancée, et désespérant de pouvoir forcer les Français, dans leurs lignes de Beauport et de Montmorency, résolut, d’après l’avis de son conseil de guerre, de changer de position, et d'essayer de combattre Montcalm, dans une situation moins désavantageuse; une victoire étant à peu près devenue, pour les assaillans, la seule alternative de salut.

Dans la nuit du 12 au 13 septembre (1759), les troupes anglaises traversèrent, en plusieurs divisons, dans des bateaux plats et des chaloupes, de la Pointe Lévy sur la rive du nord, et débarquèrent, successivement, à l’anse du Foulon, appellée aussi, depuis, l’anse de Wolfe (Wolfe's Cove), sans que les Français s’apperçussent de leurs mouvemens, ou s’y opposassent. Un premier détachement, composé de cent-cinquante hommes, réussit d’abord, avec quelque difficulté, à gravir la côte, après avoir délogé la garde française qui défendait, ou devait

défendre le passage, mais qui se laissa surprendre, quoique la nuit ne fût pas obscure.* Ce détachement fut bientôt suivi d’un gros renfort, et enfin de toute l’armée, qui se forma sur les plaines appellées les Hauteurs d'Abraham. Elle se trouva en ordre de bataille, à la pointe du jour, et s’avança alors, pour prendre une

par les habitans, qui avaient à léurtête ce prêtre. Le lendemain, ce détachement revint vers Saint-Joachim : l’abbé Portneuf fut fait prisonnier avec huit habitans. Les Anglais le tuèrent, en lui reprochant d’être sorti de son état, et d’avoir excité ces habitans à les insulter.” —Mémoires, fc.

* Cette garde, ou ce piquet, était commandée par l’inepte et indolent de Vergor, qui ne s'était pas mieux défendu, trois ans auparavant, dans son fort de Beauséjour. D'après les ordres réitérés de la cour, il avait été mis en jugement, pour la reddition de ce fort; mais les démarchés et les niques de l’intendant, auprès du gouverneur et des autres membresdu conseil de guerre, l'avaient fait acquitter.

position plus avantageuse, entre la ville et l’anse du Foulon.

Aussitôt que Montcalm eut été informé du débarque ment des Anglais, qu’il eût été si facile d'empêcher, s’il y eût eu des troupes pour s’y opposer, il se hâta de traverser la rivière Saint-Charles et la ville, pour venir offrir le combat au général Wolfe, laissant le marquis de Vaudreuil et le baron de Sennezergues dans le camp, avec un gros corps de Canadiens. L'armée Française, ou plutôt son général, ne consultant que son ardeur, en cette occasion, ou peut-être étourdi par l'apparition de Wolfe sur les hauteurs d'Abraham, résolut de tout hazarder, malgré la disproportion des forces, et quoiqu'il ne tint qu’à lui de combattre le général anglais, avec des forces supérieures, au moins du côté du nombre, Il ne fallait, pour cela qu’un peu de patience et de temporisation : la garnison de Québec pouvait se renforcer sur-le-champ, et la jonction de l’armée de Montcalm et du gros corps de troupes que commandait le colonel de Bougainville, au-dessus de Jacques-Cartier, pouvait s’effectuer dans l’espace de quelques heures. L'armée anglaise se trouvait alors, si elle eût voulu conserver sa position, entre le feu de la ville et celui de l’armée française ; et l’on avait encore le choix de combattre tout de suite, ou d'attendre l’arrivée d’un nouveau renfort de Mont-réal, en supposant qu’on eût eu le soin d’approvisionner Québec pour quelque temps. La précipitation de Montcalm, jointe à d'autres circonstances malheureuses, commença le désastre des Français, et celle de M. de Ramsay le compléta.*

* Le général Montcalm ‘“ n'avait point encore acquis l’expérience qu’il faut pour commander en chef: ilse faisait lui-même des maximes nouvelles ; c’est ce qu’on voit par sa position pour la

défense de Québec. Il paraissait très naturel que M. Wolfe cherchât à prendre Québec, et à éviter unc bataille ; il fallait donc

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Ayant été joint par M. de Sennezergues, avec la plus grande partie des Canadiens, Montcalm rangea son armée en bataille. Cette armée se composait alors d'environ 2,000 hommes de troupes réglées, de 5,000 miliciens et de quatre à cinq cents Sauvages. Celle de Wolfe n’était pas plus nombreuse, si même elle ne l'était pas un peu moins; mais elle se composait toute de troupes réglées et agguerries.

Le combat commença par un feu de tirailleurs, que firent les milices canadiennes et les Sauvages, placés dans des buissons, sur les aîles. Vers 9 heures, les Français s'avancèrent, en assez bon ordre; mais ils commencèrent à tirer de trop loin, et le firent assez irrégulièrement, comme on le devait attendre d’une armée presque toute composée de miliciens; car, selon l’expression de M. de Lévis, “les bataillons mêmes étaient farcis d’habitans, qu’on avait incorporés avec les soldats,” et les meilleurs d'entre ces derniers avaient été envoyés

à Jacques-Cartier. Le feu des Anglais, au contraire, fut vif et bien dirigé ; aussi leurs adversaires ne tardèrent-ils pas à perdre du terrain. Pour comble de malheur, le marquis de Montcalm, le barou de Sennezergues, son second, et M. de Saint-Ou:, qui faisait les

que M. de Montcalm se portât de façon que le général anglais ne pôt faire l’un sans l’autre. Comme Québec n’a qu'un front d’attaque, M. de Montcalm, en le gardant, ôtait toute espérance à M. Wolfe de réussir, puisqu'il n'aurait pu l’attaquer que de front, étant gardé, d’un côté, par des rochers escarpés, et de l’autre par un rideau assez haut et roide, pouvant à tout besoin secourir la ville, de tel côté qu’on l'attaquât, et l'ennemi ne pouvant l’attaquer qu'avec un grand désavantage.” Il ne faut pourtant pas accuser ce général d’une imprudente précipitation, sans exposer les raisons qui l’en peuvent excuser, “Ne ensant pas avoir affaire à un corps considérable, mais à quelque Sétéshemunt, il s’empressa d'attaquer, afin qu’en les culbutant vers les hauteurs, il ôtat l'espérance aux autres de pouvoir monter. Il fut surpris de voir un corps si considérable. Il jugea qu’il ne devait pas néanmoins reculer.”—ZÆfémoires, ÿc.

fonctions de brigadier, furent blessés mortellement, dans ce moment critique, et il ne se trouva personne en état de les remplacer.

Le général Wolfe, qui se tenait en avant, sur la droite de sa ligne, à l'endroit où l'attaque était la plus vive, fut aussi blessé, d’abord grièvement, et ensuite mortellement, par le feu des tirailleurs canadiens, au moment où les Français commençaient àreculer.* Il fut remplacé parle brigadier Monkton, qui blessé lui-même dangereusement, fut contraint de céder le commandement à Townsend. Ce dernier sut profiter des avantages déjà obtenus, en faisant avancer à propos les troupes tenues jusqu'alors en réserve. Ce fut vainement que les Français continuèrent à faire des efforts, sur leur droite, où se trouvait le plus grand nombre des troupes réglées, pour prendre les Anglais en flanc, suivant le plan de leur général ; n'étant pas, comme leurs adversaires, soutenus par un corps de réserve, ils furent contraints de reculer, et ce mouvement rétrograde entraîna la retraite précipitée de l'aîle gauche et du centre. Le marquis de Vaudreuil, qui se trouvait, en ce moment, à la porte de la ville, voulut rallier les troupes, mais sans succès. Elles le croyaient, suivant l’auteur des Mémoires sur le Canada, incapable de commander.

Le colonel de Bougainville, parti de son poste, avee environ 1,000 hommes, n’arriva pas assez tôt sur les derrières de l'armée anglaise, pour faire changer le sort de la journée. Il attaqua un des postes de l'ennemi; mais n'ayant pas réussi à s’en rendre maître, et appre-

nant que l’armée de Montcalm avait été défaite, il se

* Les forces lui manquant, il s’appuya sur l'épaule d’un lieutenant. Cet officier voyant les Français plier, s’écria : “ Ils fuient. Qui sont ceux qui fuient, dit Wolfe.—Les Français, Rs le lieutenant—Quoi déjà ! répartit le général anglais : je dois donc mourir content.”

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retira vers la Vieille Lorette, pour y attendre les ordres de M. de Vaudreuil.

La perte, en tués et blessés, fut d'environ six cents hommes, dans l’une et dans l’autre armée; mais les Français perdirent, en outre, deux cent-cinquante prisonniers. M. de Sennezergues fut recueilli sur le champ de bataille, et porté sur un des vaisseaux de la flotte anglaise, où il mourut, le lendemain. Le général Montcalm fut porté dans la ville, après sa blessure, et mourut aussi, le 14 au soir, après avoir indiqué les mesures qu’il croyait les plus propres à réparer le revers de la veille.* Son corps fut enterré dans un trou qu’une bombe avait fait dans l’église des ursulines.f

Pour revenir à l’armée française, après avoir traversé la ville, et la rivière de Saint-Charles, au pont de bateaux, elle rentra dans le camp de Beauport. Le premier soin du gouverneur fut d'envoyer cinquante hommes par bataillon, pour renforcer la garnison de Québec. Le soir, il assembla un conseil de guerre, composé des commandans des différents corps, pour décider des mesures à prendre, dans les circonstances où l'on se trouvait. Sur la crainte que l’on avait que les Anglais ne marchassent au poste de Jacques-Cartier, et

* On a écrit que les chirurgiens qui le pensaient lui ayant dit que sa blessure était mortelle, et qu’il ne passerait pas le lendemain, il s’écrin : “J'en rends grâce à la providence ; je ne serai pas témoin de la reddition de Québec.” Outre que ces paroles, toutes belles qu’elles sont, ne s'accordent pas avec les avis encourageants que le marquis de Montcalm donna aux siens, avant sa mort, il est certain, qu'avec des hommes habiles et résolus, la reddition de Québec ne devait pas être la conséquence inévitable d’un combat où les vainqueurs avaient presque autant perdu que les vaincus, et pouvaient être attaqués, dans une mauvaise position, par des forces supérieures à célles qu’ils venaient de combattre. Dans les autres choses que M. Smith fait dire au marquis de Montcalm mourant, cet écrivain ne mérite pas la moindre croyance.

Zn ercavatä humo quam globus bellicus decidens dissiliensque defoderat, dit l’Epitaphe. |

sur l'exposé qu'on allait manquer de vivres, il fut décidé qu'on se retirerait, à l’entrée de la nuit. Afin que l'ennemi ne s'apperçût pas de la retraite, et pour la faire avec moins d'embarras, attendu qu'on manquait de moyens de transport, on laissa le camp tendu, et l'on abandonna le bagage, l'artillerie, les munitions et les vivres.

Ainsi dénuée de tout, par la pusillanimité des chefs, l’armée se mit en marche, dans le plus grand silence, et passa par la Jeune et l’Ancienne Lorette, traversa la rivière du Cap Rouge, et arriva, en partie, à la Pointe aux ‘Trembles, le 14 à midi. Bougainville, chargé de faire l’arrière-garde, eut ordre de rester, ce même jour, à Saint-Augustin. Les miliciens du gouvernement de Québec se dispersèrent, pour s’en retourner chez eux: ‘une partie de ceux des autres gouvernemens en faisaient de même: tandis que d’autres pillaient, dans les campagnes, sans qu’il fût possible d'arrêter ce désordre.

On arriva, le 15, dans le même ordre que la veille, à Jacques-Cartier. Bougainville vint à la Pointe aux Trembles, d’où il écrivit à M. de Vaudreuil, afin de savoir s’il jugeait à propos qu’il y restât, pour observer lesennemis. Le même jour, le chevalier de Lévis reçut, à Mont-réal, une lettre, par laquelie M. de Vaudreuil lui apprenaîit la défaite du 13, et lui mandait de le venir joindre, à Jacques-Cartier, pour prendre le commandement de l’armée.*

*Le chevalier de Levis, revenu des Rapides à Mont-réal, “ apprenant que les Canadiens quittaient l’armée, pour courir à leur récolte, pour la sauver, fit le projet de faire publier contre eux une ordonnance, sous peine de la vie. On lui représenta qu’il ne uvait exécuter cette ordonnance, qu’elle ne parüt être émanée de . de Vaudreuil, mais que ce général n'avait pas le pouvoir de la cour ; que les Canadiens ne pouvaient être regardés que comme des volontaires, qui servaient sans solde ; et qu’en outre, il paraissait criant que tout lemonde en général abandonnant ses biens pour

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Ce général se mit en route, le même jour, après avoir

donné ses ordres, pour la défense des frontières et pour la subsistance des troupes, et arriva à Jacques-Cartier, le 17. Il fit part à M. de Vaudreuil des ordres qu'il avait donnés, et de ceux qu’il convenait de donner, pour empêcher la désertion, qui devenait, de jour en jour, plus considérable. I1 lui représenta que pour arrêter ce désordre, le seul moyen était de marcher en avant ; qu’il fallait faire tout au monde, et tout hazarder, pour empêcher la prise de Québec, et au pis-aller, faire sortir tout le monde de la ville, et la détruire ; de manière que les Anglais n’y pussent point passer l'hiver ; observant qu’ils n'étaient pas assez forts pour garder la circonvallation de cette place, et empêcher les Français d’y communiquer ; qu’il fallait se mettre en mesure de menacer et d'attaquer les ennemis, et s'approcher d’eux, à lafaveur des bois du Cap Rouge et de Sainte-Foy, et que s'ils s’avançaient, de leur côté, il les fallait combattre ; que s’il arrivait que l’armée française fût battue, elle se retirerait vers le haut de la rivière du Cap Rouge, laissant, vers le bas, un gros détachement, de manière à favoriser la sortie de la garnison de Québec, après avoir incendié la ville.

Le gouverneur général approuva le plan de M. de Lévis, et dépècha des couriers au commandant de Québec, pour l'informer des mesures qu’on allait prendre. M. de Lévis écrivit aussi au chevalier de BERNEST, qui y commandait en second, pour l’exhorter à ranimer le courage et à réchauffer le zèle de la garnison.

le service, on voulût punir de mort quelques uns que de pressants besoins faisaient revenir chez eux, et marchaient autre part, presque aussitôt leur arrivée ; le tout sans murmurer. Ces représentations ne produisirent autre chose, que de faire intituler l'o onnance au nom du marquis de Vaudreuil On la lui envoya ; mais ce général ne voulut pas la signer, disant qu’il ne le pouvait sans un ordre précis du roi.”’—Mémoires, ÿc.

Le manque de vivres fut cause qu'on ne put se mettre en marche que le lendemain, 18. Le même jour, le chevalier de Laroche-Beaucourt entra dans la ville, avec cent chevaux portant des sacs de biscuits, et annonça que l’on était en marche pour secourir la place, à quelque prix que ce fût. L'armée arriva, le soir, à la Pointe aux Trembles, et le détachement de Bougainville, qui faisait alors l'avant-garde, à la rivière du Cap Rouge. Le 19, l'avant-garde se porta sur la rivière Saint- Charles, et le corps de l’armée à Lorette. En arrivant sur la rivière Saint-Charles, M. de Bougainville apprit que, par une précipitation inconcevable, pour ne pas dire, par une insigne lâcheté, le commandant de Québec avait capitulé, malgré les espérances certaines d’un secours prochain, qu’on lui avait données, et avant, dit un historien auglais, qu’il y eût une seule batterie de dressée contre Ia place. Eh! qu’obtenait-on, par cette capitulation ? des choses qu'on n’est plus dans l'habitude de perdre par les évènemens de la guerre, telles que l'exercice de sa religion, la conservation de ses biens, la liberté personnelle. .

Il est vrai que les habitans de Québec, dont plusieurs avaient déjà cruellement souffert du bombardement de la ville, aveient bien sujet d'appréhender les suites d’un siège ; aussi l'auteur des Mémoires sur le Canada prétend-il que ce furent eux, qui, par leurs instances et leurs représentations, forcèrent, en quelque sorte, M. de Ramsay à se tant hâter de capituler. Il est vrai aussi, qu'en retraitant précipitamment, jusqu’à Jacques- Cartier, M. de Vaudreuil n'avait pas agi de manière à inspirer beaucoup de courage et de fermeté à la garnison et au commandant de Québec ; mais ce commandant ne paraît plus excusable, lorsqu'il se rend, après avoir appris que le secours arrive.

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Cet évènement rendait inexécutable le dessein qu’on avait formé d’attaquer les Anglais, et il fallut rebrousser chemin. Bougainville sauva une partie des effets et des munitions laissés d'abord dans le camp de Beauport, dont les Anglais ne s'étaient pas approchés. Le gros de l'armée fut, le 21, à la Pointe aux Trembles, et le 24, à Jacques-Cartier, où l'on commença à travailler à la construction d'un fort.

“ L'Europe entière, dit Raynal, crut que la prise de Québec firissait la grande querelle de l'Amérique Septentrionale. Personne n’imagina qu’une poignée de Français, qui manquaient de tout, à qui la fortune même semblait interdire jusqu'à l'espérance, ôsassent songer à retarder une destinée inévitable. On les connaissait mal, On perfectionna, à la hâte, des retranchemens, qui avaient été commencés. à dix licues au-dessus de Québec. On y laissa des troupes suffisantes pour arrêter les progrès de la conquête, et l'on alla s'occuper, à Mont-réal, des moyens d’en effacer la honte et la disgrâce.”

Le Canada eût probablement passé sous la domination anglaise, dès l’automne de 1759, si l'armée du général Ambherst eût pu pénétrer dans le pays. Ce général fit embarquer ses troupes, dans des bateaux, sur le lac Champlain, le 11 octobre; mais une tempête furieuse le contraignit de relâcher dans une baie, ct d’y faire débarquer ses troupes. Dans l’intervalle, le capitaine LoRiN&, qui commandait une flotille de brigantins, donna la chasse à une corvette et à deux xebecs, que M. de Bourlamaque avait fait lancer sur le lac, au commencement de l'été. La goëlette se sauva ; les xebecs, à la veille d’être pris, s’échouèrent sur des bas-fonds, et les équipages s’échappèrent à travers les bois. Amherst fit rembarquer ses troupes, au bout de quelques jours ;

mais assailli, de nouveau, par une tempête, et voyant la saison trop avancée pour commencer une campagne, il prit le parti de reconduire ses troupes à la Pointe à la Chevelure. Il laissa de grosses garnisons aux forts de Crown-l'oint et de Ticonderoga, (ci-devant Carillon, ) et alla passer l'hiver à New-York.

Le général Townsend était parti pour l’Angleterre, avec la flotte, presque aussitôt après la capitulation de Québec. Le général Murray fut laissé dans cette ville, avec une garnison de 5 à 6,000 hommes.

Aussitôt que la nouvelle officielle de la reddition de Québec fut parvenue en Angleterre, la ville de Londres et plusieurs autres corporations du royaume, présentèrent au roi (Georges IT) des adresses de congratulation ; et dès que le parlement fut assemblé, il résolut, unanimoment, qu'il serait présenté au roi une adresse pour le prier d'ordonner qu'il fût érigé un monument à la mémoire du général Wolfe, dans l’abbaye de Westminster. Il fut voté, en même temps, des remercimens aux généraux et aux amiraux employés dans l'expédition contre Québec. Enfin, il fut ordonné, par une proclamation royale, qu’il serait célébré un jour d’actions de grâces généraies, dans tous les domaines de la Grande- Bretagne.

Le mois de novembre fut principalement employé, du côté des Français, à mettre les troupes en quartiers d'hiver. Une partie des soldats de la colonie fut envoyée à Mont-réal; le reste demeura dans les environs de Québec. Le régiment de Languedoc fut cantonné dans le gouvernement des Trois-Rivières, et les autres, dans celui de Mont-réal, de la manière suivante: le régiment de Béarn, dans l’ile de Mont-réal: celui de la Sarre, dans l'Ile Jésus ; celui de Guienne, à Sorel et à Varennes ; le royal Roussillon, à Boucherville et à Laprairie ;

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et les deux bataillons de Berry, à Terrebonne et à Berthier. Deux frégates ct autres vaisseaux furent envoyés à Sorel, pour y passer l'hiver.

Avant la clôture de la navigation, le gouverneur et l'intendant préparèrent leurs dépêches pour le ministre des colonies. Le munitionnaire, M. CANNoN, qui en fut chargé, partit de Mont-réal, le 22 novembre, avec un nombre de corvettes et de navires, et descendit jusqu’à trois lieues au-dessus de Québec, pour être à la portée de tenter le passage, devant la ville. Un coup de vent accompagné d’un épais brouillard y assaillit la flotille française: quatre vaisseaux s’échouèrent, et furent perdus; les autres, sur l’un desquels était le sieur Cannon, passèrent devant la ville, sans être apperçus, et arrivèrent en France, sans accident.

Deux jours après le naufrage, les Anglais envoyèrent une quarantaine d'hommes, sous le commandement d’un capitaine et d’un lieutenant, dans une goëlette armée, pour piller les bâtimens échoués. Le capitaine ayant fait allumer une bougie, sur l’un des navires, pour en examiner l’intérieur, quelques étincelles tombèrent sur de la poudre, qui y avait été laissée par hasard, ou à dessein ; le navire sauta, et le capitaine (MILLER), son lieutenant, et une trentaine d'hommes y périrent.

Dans le cours de décembre, les Acadiens de Miramichi, de Richibouctou, et autres lieux, le long du golfe de Saint-Laurent, envoyèrent des députés au colonel FRYE, qui commandait au fort Cumberland, pour lui annoncer qu’ils se mettaient sous la protection de l’Angleterre.

Au mois de janvier, le capitaine SAINT-MARTIN, de la marine, fut envoyé, avec quatre cents hommes, dans les paroisses situées au sud du fleuve, au-dessus de Québec, afin d’en faire passer dans les gouvernemens supérieurs li 2

le plus qu'il pourrait de bêtes à cornes. Cet officier s'avança jusqu'à la Pointe Lévy, afin d'empêcher les Anglais de traverser, en bateaux, sur la rive du sud, et de le troubler dans ses opérations. Ils ne le troublèrent pas, en effet, tant qu’il ne fut pas possible de traverser le fleuve autrement qu’en bateaux, et il eut le temps d’assembler et d'envoyer sur la rive du nord, une grande quantité de gros et de menu bétail. Mais au commencement de février, la glace ayant pris devant Québec, le général Murray fit marcher un gros détachement à la Pointe Lévy, afin d’en déloger les Français. Après quelques escarmouches, Saint-Martin se retira à travers les bois, et passa la rivière de la Chaudière. M. Dumas qui commandait, sur cette frontière, lui envoya un renfort, avec l’ordre de demeurer sur les bords de cette rivière, pour en défendre le passage. Quelques jours après, un parti de cinquante Anglais s'étant avancé, pour reconnaître la position de Saint-Martin, cet officier traversa la rivière, les attaqua, en ambuscade, fit quelques prisonniers, et tua ou dispersa le reste.

Les Anglais n’ayant laissé qu’un détachement peu considérable à la Pointe Lévy, on crut qu’il serait possible de les en chasser. Afin de rendre plus facile l'exécution de ce dessein, M. de Bourlamaque, qui arrivait de Mont-réal, devait exécuter divers mouvemens autour de Québec. Mais au lieu de marcher lui-même sur-lechamp, ou de faire marcher le capitaine Saint-Martin, droit au poste anglais, Dumas envoya d’abord cet officier avec un gros détachement, se poster à la Pointe des Pères, vis-à-vis de la ville, afin de couper la communication entre la garnison et le poste de la Pointe Lévy. Les Anglais firent une sortie considérable, et Saint- Martin fut contraint de se retirer à son poste, sur la rivière de la Chaudière. Bourlamaque voyant qu’il

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était impossible de rien tenter avec succès contre les postes anglais, s’en retourna à Mont-réal.

Vers le milieu de mars, les Anglais envoyèrent des partis vers la rivière du Cap Rouge, et jusqu’à Saint- Augustin, où ils brulèrent des moulins, et enlevèrent la garde-avancée des Français, forte de soixante hommes. Ces derniers, craignant que leurs postes de la Pointe aux Trembles et de Jacques-Cartier ne fussent attaqués, y firent descendre un corps de miliciens des Trois- Rivières et deux cent-vingt-cinq hommes du régiment de Languedoc. Vers la fin du même mois, Bougainville partit, accompagné de M. DE LOTBINIERE, ingénieur, pour aller prendre le commandement, à l’Ile-aux-Noix.

Le dessein de reprendre Québec, au moyen d'un siège, avait été formé, dans le camp des Français, dès le mois de novembre, et une partie du mois suivant avait été employée à en faire les préparatifs. Ces préparatifs, discontinués, pendant quelque temps, à cause des grands froids qu'il fit, et de la difficulté des communications, qui ne permit pas d’amasser les provisions de bouche nécessaires, avaient été recommencés, dans le mois de janvier. On avait compté pouvoir mettre le siège devant Québec, à la fin de ce mois, ou au commencement du suivant; mais de nouveaux obstacles, dont le principal était toujours le manque de vivres pour la subsistance des troupes, firent qu’il ne fut pas possible de tenter l'expédition avant le départ des glaces; ce qui conduisit jusque vers le milieu d'avril.

Avant que les troupes se missent en marche, M. de Vaudreuil adressa aux capitaines des milices du gouvernement de Québec, une circulaire, dans laquelle il leur disait :

‘ Que depuis le commencement de la dernière campagne, il avait toujours déploré la situation où les mal-

heurs de la guerre avaient mis les habitans du gouvernement de Québec: que le mauvais traitement qu'ils avaient éprouvé, de la part des commandans anglais, et en particulier, du général Murray, joint à leur zèle pour Je service du roi, et à leur attachement pour leur pays natal, avait augmenté le désir qu’il avait toujours eu de reprendre Québec ; que c'était dans cette vue, qu’il avait préparé toutes les choses nécessaires à un siège, et assemblé une puissante armée, composée de troupes réglées, de miliciens et de Sauvages, dont le zèle et l’ardeur lui promettaient un succès presque certain; que pour le bien du service, qui exigeait sa présence à Mont-réal, il avait remis le commandement en chef au général Lévis, dont le zèle et l'habileté leur étaient bien connus; qu’enfin il avait reçu l'assurance d’un prompt et puissant secours de France.”

Cette puissante armée, dont parlait le gouverneur, ne se composait que d'environ 7,000 hommes, moitié troupes reglées, et moitié Canadiens et Sauvages, et elle était très peu munie d'artillerie de siège. Malgré cela, l’entreprise contre Québec était peut-être pour les Français ce qu’il y avait de mieux à faire dans les conjonctures où ils se trouvaient. En reprenant la capitale, ilsredevenaient maîtres de tout le gouvernement de Qnébec, et mettaient les Anglais dans la nécessité d’assiéger, de nouveau, cette place, en supposant qu'ils fussent entrés, les premiers, dans le Saint-Laurent; dans le cas contraire, les renforts de France trouvaient, à leur arrivée, où se loger etse poster avantageusement, ou des troupes prêtes à les aider à se rendre maîtres de Québec, supposé que le siège eût traîné en longueur, ou eût été converti en blocus.

Vers le milieu d'avril (1760), le fleuve s'étant débarrassé des glaces, dans les environs de Mont-réal, on

du gouverement qu’ils is anglais, et eur zèle pour ur leur pays ujours eu de 1e, qu’il avait ‘ge, et assemipes réglées, t l’ardeur lui que pour le Mont-réal, il énéral Lévis, nnus; qu’ent et puissant

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» s'étant débar- Mont -ré al, on

fit venir les frégates, les navires et les autres Lâtimens, qui avaient hiverné à Sorel et ailleurs, £fin d’y embarquer les troupes, l'artillerie, les munitions et les vivres. Le 17, M. de Lévis fit partir M. DE LA PAUSE, aidemuréchal des logis, pour aller reconnaître les endroits propres au débarquement des troupes, et faire préparer à Jacques-Cartier, et aux environs, tout ce qui était nécessaire pour que l’armée fût en état de marcher sans délai en avant, Les bateaux qui portaient ces troupes furent mis à l'eau, le 20 et le 21: les frégates et les bâtimens de transport les suivirent de près. Les bateaux arrivèrent à la Pointe aux ‘Trembles, le 24, et les plus gros vaisseaux, le lendemain,

En arrivant à l’entrée du gouvernement de Québec, on trouva le fleuve encore plein de glaces; ce qui, joint au grand froid qu’il faisait, semblait devoir arrêter l’armée ; mais sentant combien il était important d’arriver devant Québec, avant que les Anglais fussent instruits de sa marche, le général fit surmonter tous ces obstacles. La Pause fut encore envoyé en avant, pour voir jusqu'où l’on pourrait aller en bateaux, et reconnaître la position des Anglais, qu’on savait avoir établi des postes, depuis la ville jusqu’à la rivière du Cap Rouge, dont ils gardaient le passage. Ilne parut pas possible de tenter de traverser, au bas de cette rivière, ni de faire un débarquement entre le Cap Rouge et Québec. Il fut donc résolu qu'on gagnerait l’intérieur des terres, et qu’on traverscrait la rivière du Cap Rouge, à deux lieues de son embouchure, pour, après avoir passé par la Vieille Lorette, retomber dans le grand chemin, et s'emparer des hauteurs de Sainte-Foy.

On descendit, le 26, jusque vis-à-vis de Saint-Augustin, dans les bateaux, qu’on traîna sur la glace, et qu’on laissa dans l’endroit, avec une garde; et les troupes

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s’acheminèrent, avec une partie des vivres et des munitions, et trois pièces de canon. M. de Bourlamaque fut envoyé en avant, avec un détachement de l’artillerie, les grenadiers et les Sauvages, pour construire des ponts sur la rivière du Cap Rouge, et avertir quand il serait temps que l’armée se mît en mouvement.

Vers deux heures de l’après-midi, sur l'avis que reçut le général, qu’il y avait deux ponts de jettés sur la rivière du Cap Rouge, l’armée avança, et Bourlamaque eut ordre de traverser la rivière, et de s'emparer de toutes les maisons qui couvraient le passage. La partie de l’armée qui arriva la dernière, ne put traverser la rivière que durant la nuit, et elle le fit, à la lueur des éclairs, qui se succédaient, à courts intervalles.

Ayant appris que les Anglais s'étaient retirés de l'Ancienne Lorette à Sainte-Foy, M. de Lévis envoya au général Bourlamaque l'ordre de se porter en avant, autant qu’il le pourrait faire, sans se compromettre, et fit avancer les brigades, à mesure qu’elles avaient traversé ; mais l'artillerie n’ayant pu passer, durant la nuit, il fut forcé d'attendre jusqu’à 10 heures du matin, pour la faire marcher, en même temps, aux Anglais, qu’il se proposait d'attaquer incessamment. Ayant reconnu leur position, il ordonna à M. de La Pause de faire avancer l’armée, pour qu’elle pût se former; mais voyant les Anglais se renforcer, et occuper tous les endroits accessibles, et ne pouvant faire déboucher son armée qu'à travers des bois marécageux, ni la former ensuite que sous le feu de leur artillerie et de leur mousqueterie, il résolut d'attendre la nuit, pour avancer, et les tourner, par leur gauche.

Le détachement anglais de Sainte. Foy eût été tourné, en effet, et très probablement taillé en pièces, sans un incident des plus singuliers. Un canonnier Français

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vis-à-vis de Saint- Augustin, un glaçon se rencontra sous sa main: il y grimpa, et se laissa aller au gré du flot, Il fut porté ainsi jusqu'auprès de l’ile d'Orléans, et ramené devant Québec par le reflux. La sentinelle ayant apperçu un homme sur un glaçon, cria au secours. On court au malheureux, et on le trouve sans mouvement. Son uniforme l'ayant fait reconnaître pour un soldat français, on se détermine à le porter chez le gouverneur, où la force des liqueurs spiritueuses le rappelle, un moment, à la vie; et il recouvre assez de voix pour dire que l’armée du chevalier de Lévis est aux portes de la ville. Le général Murray expédia à la garde avancée l’ordre de rentrer dans la place, en toute diligence; ce qu'elle fit, après avoir brûlé l’église de Sainte-Foy, où il y avait un dépôt d'armes.

Dès que le feu fut apperçu, les gardes avancées, les grenadiers et la cavalerie eurent ordre de marcher en avant. Le corps d'armée suivit les avant-gardes, mais ne les rejoignit, qu’à l'entrée de la nuit, près d’une maison fortifiée, d’où les Anglais tirèrent quelques coups de canon, avant de l’abandonner.

Le général français se proposait d’aller prendre position sans délai à l’anse du Foulon ; mais, le 28 au matin, ayant vu les Anglais, sortis de la place, s'avancer en force, pour reprendre les redoutes qu’ils avaient abandonnées, pendant la nuit, et n'ayant pas de troupes à portée de soutenir les piquets qu’il y avait placés, il leur fit donner l’ordre de la retraite. Il avait précédemment, donné à l'armée l'ordre de se reserrer, en avançant. Les ordres pour les positions sur le champ de bataille, furent donnés avec une promptitude et une présence d’esprit remarquables,

La troisième des brigades, qui devait former la droite,

étant tombé à l’eau, en voulant sortir de sa chaloupe, .

débouchait encore, lorsque les Anglais, qui étaient formés, se mirent en mouvement, pour charger les Français, avec vingt-quatre pièces d'artillerie. M. de Lévis fit aussitôt reculer les deux premières brigades, à l'entrée du bois qui était derrière, pour attendre que les autres fussent formées, et pussent les soutenir; ce qui s’'exécuta, dans le plus grand ordre, quoique sous le feu du canon et de la mousqueterie des Anglais.

Pendant que la dernière brigade se formait, les Anglais marchèrent à la droite des Français, où les grenadiers occupaient une des redoutes dont il vient d'être parlé. Ces derniers furent forcés d'abandonner leur position: la brigade se retira un peu, pour achever de se former, et remarcha aussitôt en avant, pour soutenir les grenadiers, qui se remparèrent de la redoute.

En arrivant à l’aile gauche, où il devait commander, le brigadier Bourlamaque fut blessé et eut un cheval tué sous lui. Le général en chef passa à cette aîle, pour y donner ses ordres, et repassa ensuite à l'aile droite, entre les deux armées. Il s'était proposé de charger les Anglais en flanc, avec les brigades de la Reine et de Roussillon, qui débordaient les hauteurs dont ils s'étaient emparés; mais en conséquence d'un ordre mal rendu par un officier, la brigade de la Reine alla se poster derrière la gauche, où elle devenait inactive. Il prit sur-le-champ, la résolution d'exécuter son mouvement avec le seul régiment de Roussillon; et il le fit si à propos, et si vigoureusement, que l’aîle gauche des Anglais fut enfoncée, en un instant. Le désordre se communiqua promptement à l'aile droite, qui avait devant elle le colonel DARQUIER, à la tête du régiment de Béarn ;* et toute l'armée de Murray fut forcée de

* Ayant remarqué quelque désordre vers le centre de l’armée, pendant le mouvement retrograde de l’aîle droite, “le brave

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retraiter précipitamment, laissant sur le champ de bataille, ses morts, ses blessés et toute son artillerie. La bataille de Sainte-Foy, ou de Sylleri, dura environ deux heures. Les Français et les Anglais y montrèrent une bravoure et une ardeur à peu près égales: la perte des premiers, en tués et blessés, fut d'environ huit cents hommes, et celle des Anglais de 12 à 1,500,* sans compter un nombre assez considérable de prisonniers. Cette perte aurait sans doute été plus grande encore, si les troupes françaises n’eussent pas été excédées de fatigues, au point de ne pouvoir suivre les fuyards. Le nombre des combattans était d'environ 4,000, du côté des Anglais, et d'environ 6,000, de celui des Français;f mais environ 1,400 de ces derniers n'eurent point de part à l’action, entre autres, le régiment de la Reine et la cavalerie. Quant aux Sauvages, ils s'étaient retirés, avant le combat.f Les blessés des

DarQuUIER s'adresse vivement à ses soldats : “ Mes enfans, leur dit-il, ce n’est pas le moment de se retirer: nous sommes à vingt pas de l'ennemi; jettons-nous sur lui, tête baissée et la bayonnette en avant ; c’est le meilleur parti.” Ses troupes s’élancent aussitôt sur l'ennemi, le culbutent, et s'emparent comme l'éclair d'une ee de ses canons. Darquier reçoit au travers du corps une

lessure ; mais il se fait soutenir par ses soldats, et il continue à donner des ordres.” —M. Roux DE ROCHELLE.

* Raynal exagère, sans doute, en disant que les Anglais laissèrent 1,800 des leurs sur le champ de bataille; mais M. Smith exagère encore plus, et d'une manière bien plus improbable, lorsqu’en portant la perte du général Murray à 1,000 hommes, il dit que les Français avouaient en avoir perdu 1,800 !

? Pour une raison, ou pour une autre, M. Smith diminue d’un quart l’armée de M. Murray, et augmente du double celle du chevalier de Lévis.

1 Ce fait prouve la fausseté de l’assertion de M. Smith, qui ôse dire que la plupart des blessés anglais laissés sur le champ de bataille, furent abandonnés par les Français, comme des victimes, pour assouvir la rage de leurs barbares alliés. Les Sauvages n’eurent, en cette occasion, ni rage ni vengeance à assouvir, puisque, par leur lâcheté, leur défiance, ou leur prudence, ils s'étaient mis dans le cas de ne pas perdre un seul homme,

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deux armées furent portés à l'hôpital-général. Les Canadiens eurent à regretter, entre autres officiers, les apitaines DE LA RONDE et RÉAUME.

La défaite de Murray fut le dernier triche des Français en Canada. Rentré dans Quéhec, le général anglais n’eut rien de plus pre::4 que d'uuymenter ses moyens de défense, en garnissuit de canons les remparts, en élevant des cavaliers et autres ouvrages extérieurs. Dans le cours de l’hiver, il avait ouvert des embrasures, érigé des batteries de canons, barrieadé les avenues des fauxbourgs, formé un amas de 4,000 fascines, et fait emmagasiner pour onze mois de provisions de bouche, Le soir du même jour (28 avril), il émana un ordre général, pour ranimer la confiance de ses troupes, et les exhorter à supporter patiemment les fatigues d’un siège, et à en affronter bravement les périls.

Après que les Anglais furent rentrés dans Québec, les Français s'emparèrent de la crète des hauteurs, à environ trois cents toises de la place, et y passèrent la nuit. Le côté de Québec terminé par la côte d’Abraham et l’escarpement du fleuve, le seul qui fût accessible, était défendu par une enceinte de six bastions revêtus, et presque sur une ligne droite: un fossé peu profond, quelque: crres rapportées sur la contreescarpe, et 1 ::: st redoutes de bois, construites par les Anglais, couvraient cette enceinte. Le terrain est partout pierreux, sur les hauteurs, et devient presque un roc vif, en approchant de la ville. Après avoir reconnu la place, le général français décida qu’on commencerait par une parallèle aux hauteurs, au front des bastions de Saint-Louis, de {a Glacière et du Cap aux Diamans, et qu’on y établirait des batteries; le mauvais état du revêtement, dans cette partie; faisant espérer

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qu'on pourrait de là faire brèche, malgré l'éloignement, et 1à faiblesse du calibre des pièces.

Les travaux préparatoires ,durèrent depuis le 29 avril jusqu'au 9 mai; le 10, les batteries de canons et de mortiers commencèrent à jouer sur la place, et le firent avec assez d'activité, mais sans beaucoup de succès, jusqu'au 15. Ce même jour, le général français fut averti que deux gros vaisseaux, qui paraissaient être anglais, venaient d'arriver entre l'ile d'Orléans et la Pointe Lévy. Une frégate anglaise était entrée, dès le 9, dans le port de Québec. Bur cet avis, le général envoya ordre aux bLâtimens de transport, où étaient les vivres, les munitions et une partie de l'artillerie, de se retirer, et aux frégates celui de se tenir sur leurs gardes. Mais, soit que ces ordres eussent été reçus trop tard, ou qu’on n’y eût pas obéi assez promptement, les vaisseaux Anglais s'étant avancés, le lendemain, 16, sous les ordres du commodore Swanron, les frégates françaises n’eurent que le temps de s'échouer, l’une, un peu au-dessus du Cap aux Diamans, et l'autre, vis-à-vis de la Pointe aux Trembles, où on Les brûla, pour empècher que les Anglais ne s'en rendissent maîtres.* Quelques uns des bâtimens de transport furent aussi détruits.

Le 21, le chevalier de Lévis, désespérant de voir

*M. pe VAUCLAIN qui commandait une des frégates, avait combattu, en retraitant, afin de protéger l’embarquement de quelques effets, qui se faisait, et lorsqu'il voulut se jetter à la eôte, les Anglais l'avaient prévenu. Il lui fallut combattre de nouveau, et il le fit jusqu’à ce qu'il ne lui restât ni boulet ni poudre, Alors il envoie à terre les hommes de son équipage qui pouvaient encore servir, puis reste à bord, avec les blessés, et continue, sans demander à se rendre, d’essuyer tout le feu de l'ennemi. Les Anglais s’approchent, dans des canots armés, du vaisseau qui ne leur répond plus : ils y trouvent Vauclain couvert de blessures, mais debout, au milieu d'hommes mourants. Le général Murray sut honorer sa valeur, en le traitant avec distinction.

arriver prochainement des secours de France, et voyant son armée presque réduite aux seules troupes réglées, par la désertion du plus grand nombre des miliciens, et sur le point de manquer de vivres, se détermina à la reconduire dans le gouvernement de Montréal, à l’exception d’un corps d'environ 1,800 hommes, qu'il laissa aux ordres de M. Dumas, pour occuper la Pointe aux Trembles, le fort de Jacques-Cartier et l'église de Déchambault.*

Aussitôt après le départ des Français, le général Murray envoya un détachement, pour abattre les ouvrages qu'ils avaient élevés. Il sortit ensuite de la ville, avec ses troupes, dans l'espoir de joindre leur arrière-garde ; mais elle avait déjà passé la rivière du Cap Rouge. Le lendemuin, il émana une proclaumation peu différente, quant au fond, de celle du général Wolfe, mais d’ailleurs remplies d'expressions assez inconvenantes.f

Dans le même temps qu’on lisait cette proclamation, qui promettait conditionnellement aux Canadiens l’exercice de leur culte, la conservation de leurs lois et de leurs usages, on recevait de France des nouvelles bien capables de porter le découragement dans tous les esprits: on apprenait, non seulement que les secours attendus n’arriveraient point, parce que le peu de vaisseaux qui restaient à la France étaient bloqués dans ses

*4 M, le chevalier de Lévis fit d'abord défiler ses troupes, et laissa dans les batteries quelques habitans, commandés par le sieur DECOIGXE, capitaine de milice de Mont-réal qui eut l'honneur de faire le dernier sa retraite, et en bon ordre.” —WMæémorres, etc.

+“ Le chevalier de Lévis ayant su que quelques uns l'avaient, à Mont-réal, menaça de les faire pendre, êt il Peût fait, s'il l'eut pu : il s'en plaignit au marquis de Vaudreuil, qui lui répondit (très sensément), que le meilleur remède était de sembler n'y faire aucune attention, et même d'én badiner, lorsque l'occasion s'en présenterait.”—Zbid,

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ports, mais encore que les lettres de change tirées, l’année précédente, sur la trésorerie, n'avaient pas été payées, et que le pouvoir de l’intendant d'en tirer de nouvelles était suspendu. Le système financier de M. Bigot était devenu, depuis longtems, l’objet de l'animadversion publique, et la cour de France avait fait passer M. pe TREMES en Canada, pour prendre des informations sur le su et. Ce commissaire, homme de talent et de pénétration, découvrit bientôt les frauduleuses manœuvres d’une partie des officiers civils, et la coupable connivence de l’intendant. D’après le compte qu'il rendit, il fut décidé qu'il ne serait plus fait de paiemens avant la plus mûre considération. : Mais comme il était nécessaire que le crédit du papiermonnaie se soutint en Canada, tant que les troupes du roi y demeureraient, le gouverneur et l’intendant eurent ordre de faire connaître aux habitans les arrangemens qui avaient été pris concernant les lettres de change et les ordonnances. (Conformément à leurs instructions, ils adressèrent, conjointement, aux habitans du Canada une circulaire, portant,

“ Qu'ils venaient de recevoir une lettre du ministre des colonies, par laquelle il leur était ordonné de faire connaître que les évènemens qui avaient eu lieu mettaiént sa majesté dans la nécessité de suspendre le paiement des lettres de change tirées sur la trésorerie ; que celles qui avaient été tirées en 1757 et 1758 seraient payées, trois mois après que la paix aurait été conclue; celles de 1759, dix-huit mois après; et les ordonnances, aussitôt que les circonstances le permettraient ; qu'ils avaient ordre d’assurer les habitans du Canada que rien qu’un manque total de fonds dans la trésorerie n'avait pu contraindre le roi à adopter ce plan de conduite envers des sujets qui lui avaient donné

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tant de preuves de fidélité et d'attachement, et que sa majesté était persuadée qu'ils attendraient, avec patience et résignation, le moment où tout ce qui leur était dû leur serait payé.”

Le dérangement des finances de la France était réel, et il n’y a guère à douter que le péculat qui avait eu lieu, dans ce pays, n’y eût contribué jusqu'à un certain point.

Pour revenir aux mouvemens militaires, M. Dumas laissa quatre cents hommes à la Pointe aux Trembles, sous le commandement de M. de Laroche-Beaucourt, et quatre cents à Jacques-Cartier, sous M. DE REPEN- TIGNY, et se porta lui-même à Déchambault, avec environ 1,009 hommes. M. de Lévis donna ses ordres, en passant, aux Trois-Rivières et ailleurs, et arriva à Mont-réal, le 29 mai. Le premier resultat d’une conférence qu’il eut avec le gouverneur, sur les mesures à prendre pour la défense du pays, fut une circulaire adressée aux capitaines de milice, dans la vue de contreearrer l'effet de la proclamation du général Murray, et de rassurer les habitans, par l'espoir, non pas tant de prompts secours de France, que d'une paix prochaine et avantageuse.

La paix était bien, en effet, ce que les Canadiens devaient désirer le plus ardemment, dans les conjonctures fâcheuses et embarrassantes où ils étaient, depuis quelque temps; pressés, contraints même, d’un côté, d’être constamment armés pour la défense de leur pays natal, liée à la cause de leur, souverain ; menacés, de l’autre, de tous les maux que peuvent infliger des enne-

mis armés et triomphants, s’ils ne mettaient bas les armes, et ne demeuraient tranquilles chez eux, leur anxiété et leur malaise devaient être extrêmes, et presque sans exemple, dans les annales de la guerre. Ceux

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qui durent se trouver dans le plus grand embarras, au printems de 1760, furent, sans contredit, les habitans des paroisses situées entre Québec et les Trois-Rivières, ou même plus haut: en suivant les Français dans le gouvernement de Mont-réal, ils laissaient leurs fermes, leurs enfans et leurs biens à la merci d’un ennemi dont ils avaient tout lieu de redouter le ressentiment et la vengeance ; en ne le faisant pas, ils s’exposaient à être punis sevèrement, dans le cas où le roi de France demeurerait éventuellement maître du pays. Le danger présent, joint à l'intérêt privé, l’emporta néanmoins sur la crainte d'un mal éloigné ; et presque tous ceux qui avaient été enrôlés se retirèrent chez eux, à mesure qu’ils trouvèrent, pour le faire, une occasion favorable, ou un prétexte plausible.

Après la levée du siège de Québec, Mont-réal devint le quartier-général, et à peu près le seul point de défense des Français. On y érigea de nouvelles fortifications; on y forma des magasins de vivres et de munitions, et l'on arma en guerre quelques uns des vaisseaux, grands et petits, qu’on y avait. On érigea aussi des batteries dans l'ile Sainte-Hélène, et l’on envoya un ingénieur dans les îles qui se trouvent à l'entrée du lac Saint-Pierre, pour y faire faire les ouvrages qu'il croirait propres à arrêter la flotte anglaise qui devait remonter le fleuve.

Le 15 juin, trois cents Anglais surprirent le poste de Sainte-Thérèse, entre Saint-Jean et Chambly ; enlevèrent les effets militaires qu'il y avait, brûlèrent quelques maisons, et emmènerent prisonniers une vingtaine d'habitans. Dans le cours du même mois, le colonel Fraser fut envoyé de Québec, avec environ neuf cents hommes, pour réduire le fort de Jacques-Cartier. Le marquis d'ALBERGOTTI, qui y commandait alors, répon-

dit à la sommation qui lui fut faite de se rendre, qu'il défendrait son fort jusqu’à la dernière extrémité. Sur quoi, le colonel Fraser fit avancer deux pièces de campagne et deux obusiers, pour battre la place, forma ses troupes en trois divisions, et leur ordonna de marcher pour donner l'assaut. Le commandant français, qui s'en apperçut, battit la chamade, et se rendit à discrétion. La garnison ne consistait plus qu’en

‘ cinquante hommes de troupes réglées et cent-cinquante

miliciens. Les troupes laissées précédemment, à la Pointe aux Trembles, en avaient été retirées.

Le général Murray s'embarqua, au commencement de juillet, avec la plus grande partie des troupes qu’il commandait, sur une escadre accompagnée de batteries flottantes, afin de se trouver près de Mont-réal, en même temps que l’armée du lac Champlain, sous le colonel Havizann, et celle du général Amherst, qui devait descendre le Saint-Laurent. Dès qu’on eut eu avis, à Mont-réal, du départ de la flotte anglaise de Québec, on envoya à M. Dumas l’ordre de la suivre, sur la rive du nord, avec toutes les troupes qu’il avait gous son commandement, afin de s’opposer aux débarquemens qu'elle pourrait tenter d’y faire, et de la harceler, quand la chose serait possible.

M. Murray fut environ deux mois sur le fleuve, et eut tout le temps de faire des excursions, et quelquefois des exécutions militaires, dans les campagnes, particulièrement du côté du sud, où l’on n'avait presque point de troupes à lui opposer. Ayant appris qu'il y avait un parti de soldats français, ou de miliciens, sous un lieutenant, dans la paroisse de Sainte-Croix, il y envoya un détachement de troupes. Les habitans sans armes s’enfuirent dans les bois, à l'approche des Anglais; mais les hommes armés furent attaqués, et, suivant M.

se rendre, qu'il trémité. Sur eux pièces de la place, forma donna de marndant français, et se rendit à it plus qu'en cent-cinquante demment, à la tirées.

commencement es troupes qu'il née de batteries , Mont-réal, en mplain, sous le al Ambherst, qui ès qu’on eut eu otte anglaise de lre de la suivre, upes qu'il avait oser aux débarfaire, et de la e.

sur le fleuve, et ns, et quelquefois npagnes, particurait presque point is qu'il y avait un niliciens, sous un Croix, il y envoya bitans sans armes che des Anglais; és, et, suivant M.

Smith, presque tous tués, blessés, ou faits prisonniers, y compris leur commandant.

Les vents contraires ne permettant pas à la flotte anglaise d'avancer, M. Murray fit débarquer ses troupes à Sainte-Croix, à Saint-Antoine de Tilly et à Lotbinière. Les habitans ne s’enfuirent pas, cette fois, mais mirent bas les armes, et prêtèrent serment de neutralité, après avoir entendu une harangue que leur fit le général anglais, dans un language qui aurait fait peu d'honneur à l'éducation et à la politesse de ce militaire, s’il eût été celui que M. Smith lui met ingénûment à la bouche.

En passant vis-à-vis de Déchambault, des Grondines et de Batiscan, la flotte anglaise essuya le feu des batteries qui y avaient été érigées, ou de corps de miliciens assemblés pour la harceler, et perdit quelques hommes. En arrivant aux Trois-Rivières, elle trouva la ville défehdue par plusieurs redoutes, et par un corps d'environ 2,000 hommes, et le fleuve obstrué par une espèce de barre, formée par un cable de seize pouces passé dans de forts anneaux de ier, couverts de pièces de bois attachées avec des cordes, et allant d’un bout à l’autre du chenal. Il fallut quelques heures aux matelots anglais pour lever cet obstacle; après quoi, la flotte continua sa route, et entra dans le lac Saint- Pierre.

M. de Bourlamaque, qui commandait, au sud du fleuve, voyant qu’on n'aurait pas le temps d'achever les ouvrages commencés dans les iles, en rappela les troupes qui y étaient, de peur qu’elles ne fussent coupées, et les fit passer à Sorel. La flotte anglaise arriva vis-à-vis de cette place, le 13 août. Quelques jours

après, le lord RozLo débarqua, à la tête d'un détachement, au-dessous du fort, brûla un grand nombre de

maisons, et dévasta toute la partie du nord de cette paroisse. Il s'avança ensuite, à la vue du fort, en ordre de bataille, ct s'efforça, par diverses manœuvres, d’attirer les Français hors de leurs retranchemens; mais voyant qu'ils s’obstinaient à y demeurer enfermés, il se rembarqua.

Le chevalier de Lévis se porta à Berthier, où le corps de M. Dumas était arrivé ; mais ayant appris que l’armée anglaise du lac Champlain avait fait sa descente, une demi-lieue au-dessus de l’Ile aux Noix, ilrevint, en hâte, à Mont-réal, et envoya à Saint-Jean les régimens de la Reine et de Roussillon, aux @rdres de M. DE RaAvQuEMAURE, et la plus grande partie des milices du gouvernement de Mont-réal. Le chevalier de La Corne fut envoyé, en même temps, aux rapides du fleuve, à la tête de quatre cents hommes,

Les Anglais, débarqués à l'embouchure de la rivière du Sud, commencèrent à tirer sur les retranchemens de l'Ile-aux-Noix, le 23 août. Bougainville, craignant d’être coupé, laissa une cinquantaine d'hommes dans le fort, avec ordre de capituler, puis se retira, avec le reste de sa garnison, par la rive gauche de la rivière de Richelieu, et joignit Rauquemaure, à Saint-Jean, le 28. Quelques barges anglaises ayant paru, à la vue de ce fort, les troupes françaises se retirèrent derrière la petite rivière de Mont-réal,

Cependant, la flotte de M. Murray était arrivée, le 25, à quatre lieues au-dessous de Mont-réal: le corps de troupes de M. Dumas, qui la suivait par le nord, et celui de Bourlamaque, par le sud, étaient aussi arrivés, le premier, dans l'ile de Mont-réal, et le second, à Boucherville et à Longueil. M. de Lévis voyant le corps de Bourlamaque à portée de se joindre à celui de Rauquemaure, alla reconnaître la position de ce dernier,

nord de cette fort, en ordre euvres, d'attihemens; mais enfermés, il se

erthier, où le ant appris que ait sa descente, ix, ilrevint, en in les régimens lres de M. DE , des milices du revalier de La aux rapides du 3, re de la rivière retranchemens nville, craignant ‘hommes dans le retira, avec le 1e de la rivière à Saint-Jean, le paru, à la vue de rent derrière la

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dans la vue de tenter un combat contre l’armée anglai de Saint-Jean ; et revint conférer avec M. de sr maque ; mais ayant appris que M. Murray avait fait débarquer un détachement à Varennes, il envoya à Rauquemaure l'ordre de se replier à Laprairie. Trois cents miliciens attaquèrent le détachement anglais ; mais ils furent repoussés, avec perte de quek des hommes blessés, et d’une vingtaine de prisonniers | Le général Amherst s'était embarqué, le 10 non sur le Saint-Laurent, avec une armée de 10,000 hommes Il rencontra, sur sa route, le fort Lévis, dans l’Zle Roy Me: ou d'Oraconenton, où commandait M. Pouchot 1 érigea des batteries dans les îles voisines, investit le fort et commença à le canonner. La canonade n’a ant pas un effet aussi prompt qu’il l'aurait désiré, il pars posait à faire donner l'assaut, lorsque Pouckotne doi Le 2 septembre, comme M. de Lévis haranguait té Sauvages du Sault Saint-Louis, qu'il avait tft vents F Laprairie, pour les engager à le seconder, dans son dessein d’attaquer l'armée du colonel Haviland député de leur village vint leur annoncer que le in r +. Né aux Cèdres, et ils se retirèrent iué Q CSN JC DES Q ?

isant qu’ils allaient faire la paix avec les Anglais.*

*C’étaient-là les alliés sur lesquels quel neurs du Canada avaient cru DOUSOHE Comptét HA res Hp UNE de 1 À ssi sûre

en Le des Canadiens. Ceux des ces ui

ue Ava der es environs du Détroit et de Michillimakin, L ( 759, étaient remontés, l'automne, chargés d nd ass dan n eussent été que spectateurs, ue it . ui s'était passé.” M. pe Saint-Luc, le C: i ï alors avait sur eux le plus dti, Mons sn nn à ils déféraient volontiers,” avait été chargé, à Mont-réal qu engager “6 ce. pas se rebuter, et à attendre ia , 1 nt e Là Jlaprès l'ordre qu'il en avait reçu, il avait der 6 quelques uns de chaque nation à rester, sous le spécieux prétne

œ6 Ce k peuple, qui ignorait la façon des Européens de fairé la ps (77

ennuyait d'être si lonÿtems à attendre l’ennemi,ou à l’attaquer."—

Cette nouvelle fut confirmée par La Corne, qui s'était retiré, à l'approche de l’armée anglaise, et qui ajouta qu’elle pourrait être, le lendemain, à La Chine.

Le général français ne vit d'autre parti à prendre que de faire replier dans l'ile de Mont-réal les corps de troupes qui étaient au sud du fleuve. Le corps que commandait le général Bourlamaque se porta au-dessus de la ville, et celui de Rauquemaure, au-dessous. Le général Murray ayant débarqué dans l'ile, avec environ 3,000 hommes, M. Dumas se rapprocha de la ville.

L'armée du général Amherst, qui avait séjourné, quelques jours, dans l'Ile Perrot, débarqua à La Chine, le 6, vers 11 heures du matin. Les volontaires à cheval, qui étaient dans cette partie, se retirèrent devant elle, pied à pied; car elle se mit en marche vers la ville, aussitôt après avoir débarqué. Toutes les troupes françaises entrèrent dans la ville. Tous les miliciens s'étant retirés, ainsi qu’un nombre de soldats mariés, elles ne se montaient pas à beaucoup plus de 3,000 hommes, non compris cinq cents hommes, qu'il y avait sur l’ile Sainte-Héléne, et la petite garnison de Chambly. Elles n'avaient presque plus de munitions, et les vivres ne pouvaient pas durer plus de quinze à vingt jours.

L'armée d’Amherst campa dans les plaines de Saint- Gabriel, à un quart de lieue de la ville: celle d'Haviland était arrivée à Laprairie. Pendant la nuit du 6 au 7, il fut tenu une assemblée chez le gouverneur: M. Bigot y lut un mémoire sur l’état de la colonie, et un projet de capitulation. Tout le monde fut d'avis qu'il

du besoin qu’en avait leur père ONONTHIO, maïs au fond, pour servir d’ôtages et répondre des Français qui restaient encore dis-

rsés parmi eux,” et il leur avait fait “ promettre de revenir ’année d’ensuite.” Ils laissèrent des ôtages ; maïs il ne remplirent pas, il paraît, la promesse de revenir ; probablement en conséquence de la “ funeste nouvelle de Québec.”

rne, qui s'était , et qui ajouta , Chine.

ti à prendre que al les corps de Le corps que porta au-dessus au-dessous. Le ile, avec environ \ de la ville, avait séjourné, qua à La Chine, ntaires à cheval, ent devant elle, he vers la ville, tes les troupes jus les miliciens > soldats mariés, p plus de 3,000 res, qu'il y avait ison de Chambly.

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convenait de préférer une capitulation avantageuse gux peuples et honorable aux troupes, à une défense qui ne pouvait retarder que de quelques jours la perte du pays.

Le 7 au matin, le colonel Bougainville fut envoyé proposer au général Amherst une suspension d'armes pour un mois. Ce général s’y étant refusé, on lui envoya proposer, par le même officier, la capitulation dont on avait lu le projet, dans l'assemblée de la veille. Il minuta, à la marge, ce qu’il voulait accorder, refuser, ou modifier: il accorda presque tout, excepté les honneurs demandés pour les troupes françaises, voulant qu’elles missent bas les armes, livrassent leurs drapeaux, et ne servissent pas, durant la guerre. Cet article paraissant humiliant, on envoya d'abord le colonel de Bougainville, et ensuite M. de La Pause faire des représentations ; mais elles furent inutiles, M. Amherst ne voulant se départir en rien ‘de sa première détermination.

Le chevalier de Lévis, au nom des troupes" qu'il commandait, présenta un mémoire au gouverneur, le priant de rompre toute négociation avec le général anglais, et de prendre la résolution de faire la défense la plus vigoureuse, quelque peu d’apparence qu’il y eût de réussir ; ou de permettre aux troupes de se retirer dans l’île Sainte-Hélène, pour y soutenir, jusqu’à la dernière extrémité, l’honneur des armes de France.

Le marquis de Vaudreuil répondit que l’état des affaires ne permettait pas de rejetter les conditions du général anglais ; qu’il devait les accepter, pour l'avantage du pays dont le gouvernement lui avait été confié ; et qu’il ordonnait à M. le chevalier de Lévis de s’y conformer. Ce dernier, pour épargner aux troupes une

partie de l’humiliation qu’elles allaient subir, leur ordonna de brûler leurs drapeaux; ce qu’elles firent, sur-lechamp. Ll

Par la capitulation, la ville de Mont-réal, et toutes les places occupées par les Français devaient être évacuées sans délai, et livrées aux troupes de sa majesté britannique ; les troupes françaises devaient mettre bas les armes et être transportées en France, pour ne pas servir durant la guerre ; le gouverneur, l’intendant et les employés du gouvernement devaient parcillement être transportés en France, aux frais de l’ Angleterre: quelques uns de ces employés, qui avaient des affaires à régler, dans la colonie, y pouvaient demeurer, jusqu’à ce que ces affaires fussent terminées; les Canadiens devaient avoir le libre exercice de leur culte; les communautés de religieuses étaient maintenues dans la possession de leurs biens, privilèges et immunités ; les séminaires et les communautés de religieux continuaient à jouir de leurs revenus, ct pouvaient vendre leurs scigneuries et autres propriétés foncières, s'ils le jugeaient à propos, et en transmettrele produit en France. Si par le traité de paix, le Canada restait à l’Angicterre, ceux des Français, ou des Canadiens, qui voudraient passer en France, le pourraient faire, en toute liberté.

IL avait été demandé des choses qui ne furent point accordées, et qui ne pouvaient l'être convenablement ; en telles que la neutralité perpétuelle des Canadiens,* et HE la nomination de l’évêque de Québec par le roi de + France.

Aussitôt que la capitulation eut été signée, de part et d'autre, le général Amherst fit occuper une des portes de la ville par un détachement de troupes, sous le colonel | HazpimanD. Le chevalier de Lévis partit pour Québec, |

le 16; le gouverneur, l’intendant et leurs suites partirent, quelques jours après.

*'A la demande de la neutralité perpétuelle des Canadiens le général anglais fit cette réponse laconique et presque sublime : “ Us deviennent sujets du roi.”

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Le marquis de Montcalm s'était fait estimer et chérir de ses soldats et des Canadiens, surtout de ceux qui avaient combattu sous ses ordres: le chevalier de Lévis, d'une sévérité extraordinaire, d’un zèle quelquefois outré, dut emporter au moins l'estime des derniers; car il la méritait, par son activité, son courage, et son habileté. Le marquis de Vaudreuil, au contraire, partit chargé de plus de haine qu’il n’en aurait dà porter, si l’on eût voulu être rigoureusement juste à son égard. Pour porter sur cet illustre Canadienf un jugement équitable et impartial, c’est l’ensemble de sa conduite, comme gouverneur du Canada, dans les circonstances extraordinaires où il s’est trouvé, qu’il convient d’examiner ; et nous avons le plaisir de voir, dans cet ensemble, beaucoup plus à louer qu’à blâmer. Quand on le voit déférer volontiers à l'avis des genéraux Montcalm et Lévis, pour les opérations militaires, on doit être moins étonné de la confiance qu'il mettait dans les talens et l'expérience de l’intendant Bigot, pour les affaires civiles et financières. Il eut évidemment l’idée fixe de demeurer dans les bornes du devoir, ou du pouvoir légitime, comme il était permis de l'exercer alors; il posséda, à un haut degré, le bon-sens politique ; il sut résister à toutes propositions impolitiques ou inconvenantes ; il montra, dans ce que nous nous permettrons d’appeller ses procédés diplomatiques, de l’énergie et de la dignité; enfin, personne ne pourra lui refuser ce degré de prudence, et cet empire sur soi-même, qui permettent à l’homme de choisir le meilleur parti, dans les cas à peu près désespérés. Les Canadiens, particulièment, durent le remercier de n’avoir pas voulu accéder à la proposition que lui fit le chevalier de Lévis, de rompre toute négociation avec le général Ambherst ; proposition peut-être pardonnable à un patriote zélé et

ITISTOIRE

à un militaire épris de la gloire des armes, tel qu'était le général français, mais on ne peut plus téméraire, dans les conjonctures où se trouvait le Canada. Qui pourrait dire, en effet, quel aurait été le sort des habitans de ce pays et de leur postérité, si Mont-réal eût été pris d'assaut, ou obligé de se rendre à discrétion ? Ils lui durent encore quelque reconnaissance d’avoir, dans son projet de capitulation, songé à leur assurer tout ce qui pouvait contribuer à leur avantage et à leur bien-être futur.* S'il demanda pour nos pères, ses compatriotes, plus que le vainqueur ne pouvait convenablement accorder, ce n’est pas à nous de nous en plaindre, ou de l'en blâmer. Son frère, Rigaud,} devenu gouverneur de Mont-réal, après la mort du baron de Longueil, se comporta, dans son gouvernement, de manière à se faire estimer et chérir de toutes les classes de la société.

Peu de jours après son entrée à Mont-réal, le général Amherst fit partir le major RoGErs, pour aller prendre possession des postes que les Français avaient sur les lacs, et au de-là, et particulièrement, du Détroit et de Michillimakinac.

Assez tard, dans l'automne, l’Aigle, vaisseau français de 50 canons, ayant pris la voie du détroit de Bellisle, pour entrer dans le Saint-Laurent, donna sur un écueil, et se brisa Le Zéopard, autre vaisseau de guerre français, de 60 canons, entra dans le Saint-Laurent, et vint jusque devant Québec, où il fut pris et brûlé, de peur qu’une fièvre putride, qui régnait à son bord, ne

* The articles of capitulation under which Montreal surrendered were highly honourable to M. de Vaudreuil, who exacted to the utmost that he could possibly expect to obtain, every udvantage for the people he had previously governed.—M. M'‘GrecoR, British America.

+ Né à Québec, en 1698. {Né à Mont-réal, en 1704. ,

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se communiquât aux habitans. Dès le printems, la cour de France avait tenté de faire parvenir un secours de vivres et de munitions dans la colonie. Mais la flotille française, qui consistait en une frégate et une vingtaine de navires de charge, étant entrée dans le Saint-Laurent, après que l’escadre anglaise fut arrivée au port de Québec, elle avait été forcée de rebrousser chemin. Elle alla relâcher dans la baie des Chaleurs, où elle fut attaquée et détruite par le capitaine Byron, venu de Louisbourg, avec une escadre.

Quand même ce secours aurait réussi à remonter le Saint-Laurent, il n'aurait probablement pas retardé de beaucoup la reddition du Canada; et peut-être le retard n’était-il pas à désirer: la possession de ce pays était devenue pour la France un fardeau qui s'appesantissait de jour en jour; la misère et le malaise y croissaient dans la même proportion, et cela, principalement en conséquence du gaspillage des deniers publics. “ Les dépenses annuelles du gouvernement pour le Canada, dit Raynal, qui avant 1749, ne s'étaient jamais élevées au-dessus de dix-sept-cent mille livres, n’eurent plus de bornes, après cette époque.” Le même auteur ne compte pas moins de cent vint-trois millions trois cent mille livres, déboursés par le gouvernement, depuis le commencement de 1750 jusqu’à l'automne de 1760. L'année 1758 coûta seule vingt-sept millions trois cent mille livres, et la suivante, vingt-six millions.

Les négociations pour la paix entre l'Angleterre et la France, furent entammées en 1762, et le traité définitif de paix fut signé, le 10 février 1763. Par le treizième article de ce traité, la France cède à l'Angleterre le Canada et ses d'nendances, telles que les îles du Cap-Breton et de S :nt-Jean, et les autres îles et côtes situées dans le golfe et le fleuve Saint-Laurent, avec

tous les droits que le roi Très-Chrétien avait possédés et exercés dans ces pays. De l’autre côté, sa Majesté Britannique confirme et assure aux habitans du Canada le libre exercice du culte catholique, et à peu près tout ce qui avait été accordé par la capitulation de Montréal.

Ainsi passa sous la domination de l'Angleterre une région aussi vaste que l’Europe, découverte et reconnue par des Français ;* une colonie française d'un siècle et demi d’existence, où la France avait élevé des forteresses, fondé des villes florissantes, formé une population nouvelle, et où elle croyait avoir établi, à perpétuité et exclusivement, sa langue, ses lois et sa religion. Les contrariétés des élémens, les fautes, ou les erreurs des hommes, ou plutôt les décrêts de la providence, en décidèrent autrement.

* Toutes ces immenses contrées qui s'étendent depuis le Labrador et la baie d'Hudson jusqu’au golfe du Mexique, furent jadis reconnues, visitées, parcourues dans tous les sens, par ces infatigables Canadiens, que la tradition nous peint audacieux, conquérants sans généraux et sans armée, navigateurs intrépides sans marine, commerçants sans richesses, et savants géographes sans compas.”*—M. Mizperr, Jtin. pittor, fe.

“En 1743, Louis Fourxez découvrit la Baie des Esquimaux, dite de Kenessakion.’—M G. T. Poussin,

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