‹ Histoire du Canada, sous la domination française [microforme]Chapitre 18 sur 19 · EME T · texte numérisé non relu

EME T

La perte des Françaisfut d'environ cinq cents hommes tués ou blessés, et celle des Anglais d'environ 4000: il en fut enterré de 14, à 1,500, dans les retranchemens et dans les bois voisins. Le marquis de Montcalm ne parut jamais plus grand que dans cette journée : il se montrait partout, avec un air gai et assuré, et s'exposait, comme le simple soldat, au plus grand danger, en faisant mouvoir sa réserve, pour fortifier les endroits qui lui paraissaient les plus faibles. MM. de Lévis et de Bourlamaque y donnirent aussi des preuves éclatantes de bravoure et d'hubileté, Ce fut M. de Lévis qui dirigea les mouvemens des Canadiens contre la colonne de gauche des Anglais. M. de Bourlamaque fut blessé grièvement.

L'armée française n’était pas composée de plus de 4,000 hommes, au commencement de l’action, et elle se trouvait diminuée de cinq cents: celle des Anglais était encore de 13 à 14,000 hommes: aussi s’attendait-on à la voir revenir, le lendemain ; mais on apprit que le général Abercrombie avait fait rembarquer ses troupes, à la hâte, et s'était retiré, avec elles, à l'extrémité du lac George.

La victoire de Carillon ne dédommagea pas les Français de la perte de Louisbourg ; mais ele retarda peutêtre d’un an encore l'envahissement du Canada.

Le général Abercrombie renonça au projet de se rendre maître de Carillon et de Saint-Frédéric, mais il accueillit favorablement la proposition que lui fit le colonel BRADSTREET d'attaquer le fort de Frontenac. M. PAyEn DE NoyaN, qui commandait à ce poste, ayant eu avis qu'il allait être attaqué, envoya, en diligence, demander au gouverneur un renfort de troupes. M. de Vaudreuil fit partir 1,500 hommes de milices, sous le commandement de M. DuPLessis-FABERT ; mais à

peine cet officier était-il arrivé à la Chine, qu'il apprit que de Noyan s'était rendu, Bradstreet ayant traversé le Saint-Laurent, le 25 août, à la tête de 3,000 hommes, s'établit d'abord, à cinq cents verges du fort Frontenac, s’en approcha ensuite, en s’emparant d’un retranchement abandonné, et battit la place avec tant d'effet, qu'au bout de trois jours, la garnison, que la maladie ou la désertion avait réduite à cent-vingt hommes, fut contrainte de se rendre prisonnière de guerre. Le fort Frontenac contenait des canons, des petites armes, des munitions et des vivres pour une grosse garnison, Les Anglais y trouvèrent encore une grande quantité de marchandises destinées au commerce avec les Sauvages, et s’'emparèrent d’une huitainc de vaisseaux de 10 à 18 canons, qu’on n'avait pas eu la précaution de faire éloigner, ou qui manquaient d'hommes pour la manœuvre.* Après avoir démantelé la place, brûlé les vaisseaux, et détruit les effets qu’il ne pouvait pas emporter, Bradstreet retraversa le fleuve, et alla rejoindre son général,

Aussitôt que le gouverneur général eut été informé que les Anglais s'étaient éloignés de Catarocouy, il y envoya un détachement de troupes et l'ingénieur Pontle-Roy, avec ordre de rebâtir le fort. Il fit partir, en même temps, un autre détachement, sous le capitaine pE MoxriGNy, pour renforcer la garnison de Niagara, et prêter main-forte, s’il était nécessaire, à M. de Ligneris, successeur de M. Dumas, au fort Duquesne.

* 4 Cet endroit était l'entrepôt général de toutes les fournitures des postes des pays d’en haut : cela seul le rendait de conséquence, et aurait dû mériter l'attention du marquis de Vaudreuil, si les intérêts du roi lui eussent été chers. En vain, lui avait-on représenté l'importance de ce poste, demandé qu’on le fit fortifier, et qu'on y prit garde.”—Mémoires, &r.

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Mais pour ce dernier poste, le renfort ne fut pas envoyé à temps, ou n'était pas assez considérable.

Dès la fin de juillet, le brigadier FORBES était parti de Philadelphie, avec un gros corps de troupes réglées. Il fut joint, en route, par un corps de troupes provinciales, sous le colonel Washington ; continua à s’avancer à l'ouest; fit jonction, à Æaystown, avec le colonel BouquET, qui commandait, en cet endroit, et se trouva à la tête de 7 à 8,000 hommes. Bouquet, envoyé en avant, avec 2,000 hommes, s'arrêta à seize ou dixscpt lieues du fort Duquesne, et détacha le major GRANT, avec huit cents hommes, pour en aller reconnaitre les approches.

Les Français, avaient été instruits, de bonne heure, de tous ces mouvemens, et s'étant placés en ambuscade, ils attaquèrent Grant, à l’improviste, le défirent, et le firent prisonnier, avec trois cents de ses gens, après lui en avoir tué ou blessé un égal nombre.

Cet échec n’affaiblissait pas assez l’armée anglaise, pour donner à Ligneris la confiance de pouvoir lui résister, dans son fort; aussi se hâta-t-il de se retirer, avec sa garnison, dès qu’il sut que Forbesallaitarriver. Le général anglais, en prenant possession du fort Duquesne, en changea le nom en celui de fort Pitt, ou Pittsburg. Il y laissa une forte garnison, et s’en retourna à Philadelphie.

La prise des forts Frontenac et Duquesne ne permit plus au marquis de Vaudreuil de douter que le but du gouvernement anglais ne fût l’anéantissement de la puissance française en Amérique. Iladressa aux capitaines de milice une circulaire, où il leur indiquait la conduite qu'ils devaient tenir, et ordonna que toute la population mâle, depuis l’âge de seize ans jusqu’à celui de soixante, fut enrôlée et prête à marcher, au premier avis. Les

362 HISTOIRE ordres du gouverneur furent exécutés, de point en point; mais il était moins difficile de trouver des soldats que des vivres, pour les nourrir: les devoirs militaires auxquels les cultivateurs étaient soumis, augmentèrent encore la disette, qui se faisait sentir depuis l’automne de 1755, où l’on avait été contraint de réduire la ration de pain et de viande des troupes du roi, et où il y avait eu, à Québec, une espèce d'émeute, surtout parmi les femmes, en conséquence de la rareté du pain et des viandes de boucherie. La récolte de 1758 fut très médiocre, et ïes réquisitions de grains, que faisait le gouvernement, augmentèrent encore la cherté du bled. Quoique l'intendant en eût fixé le prix à douze francs, le minot, les particuliers ne pouvaient s’en procurer à moins de trente six à quarante francs. Ce n’était même qu'avec beaucoup de difficulté que le gouvernement pouvait en obtenir pour les troupes, quelque peu qu’il leur en fallût, après la diminution de la ration ; diminution, à laquelle elles ne s'étaient soumises, ainsi qu'à l'obligation de manger de la chair de cheval, qu'après une mutinerie qui aurait pu avoir des suites fâcheuses, mais qui fut appaisée, dès le principe, par la prudence et la fermeté du chevalier de Lévis. Durant l’hiver de 1758 à 1759, on fut obligé d'augmenter la paie des officiers, et de mettre une partie des soldats en quartiers, chez les habitans des campagnes.

D'après le recensement qui fut fait, au mois de janvier, le nombre des hommes en état de porter les armes était de 7,411, dans le gouvernement de Québec; de 6,405, dans celui de Mont-réal, et de 1,313, dans celui des Trois-Rivières ; faisant un total de 15,229 miliciens.

Pendant le reste de l'hiver, une grande partie des troupes et des milices furent employées à la réparation

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et à l’approvisionnement des différentes garnisons de la colonie.

Le gouverneur reçut, par le colonel DE BoUu&aIN- VILLE, qui arriva à Québec, le 14 mai, la confirmation de l'avis qu’il avait déjà reçu, que le dessein du gouvernement anglais était d'attaquer le Canada, par terre et par mer. Il lui était ordonné de faire les meilleures dispositions possibles, pour la défense de la colonie, à défaut des secours qu’on ne pouvait pas lui envoyer.

M. de Bougainville était porteur des nouvelles promotions pour les principaux officiers de la colonie: le marquis de Vaudreuil était nommé grand-croix de l'ordre de Saint-Louis ; le marquis de Montcalm, commandeur du même ordre et lieutenant-général ; le chevalier de Lévis, maréchal-de-camp ; MM. Bourlamaque et SEN- NEZERGUES, brigadiers, et M. Dumas, major-général et inspecteur-général des troupes de la marine.

Le 20 mai, M. de Vaudreuil émana une proclamation, dans laquelie, après avoir enjoint aux capitaines des milices de tenir leurs compagnies prêtes à marcher, au premier ordre, il disait, entre autres choses, aux habitans :

“Que la prochaine campagne lournirait aux Canadiens l'occasion de se signaler ; que sa majesté connaissait la confiance qu’il avait en eux, et qu’il n’avait pas manqué de l’informer des services qu’ils avaient rendus; que le roi ne doutait pas qu'ils ne fissent tous les efforts qu'on pouvait attendre de sujets fidèles, d'autant plus qu'ils auraient à mettre leur religion, leurs femmes et leurs enfans à l’abri du cruel traitement qu’ils éprouveraient, de la part des Anglais, qui portaient contre eux la haine jusqu'à les rendre responsables des cruautés des Sauvages ; qu'il avait la satisfaction de pouvoir dire qu'il n'appréhendait nullement pour le salut de la colonie ;

mais que cependant il prendrait les mesures les plus efficaces, pour mettre en sûreté les biens et les droits dés habitans.”

Quelques jours après, les milices du gouvernement de Québec eurent ordre de se rendre dans les environs de la capitale. Il fut assigné, dans les bois, des endroits particuliers, où les vicillards, les femmes et les enfans devaient se retirer, avec les bestiaux, à l'approche de la flotte anglaise. Afin que cette approche fût connue aussitôt que possible, il fut établi trois postes à signaux, le premier, sur l'ile du Portage, sous la direction de M. de Léry ; le second, à Kamouraska, sous celle de M. de MoxTesson, et le troisième, sur l'ile d'Orléans, sous celle de M. DE LANAUDIERE.

Dans un grand conseil de guerre, tenu à Mont-réal, pour aviser aux moyens de défendre efficacement la colonie, il fut arrêté qu’un corps de troupes, sous le marquis de Montcalm et deux officiers généraux, MM. de Lévis et de Sennezergues, serait posté à Québec ; que M. de Bourlamaque se rendrait à Carillon, avec ordre de détruire les fortifications et de descendre le lac, dans le cas de l'approche des Anglais, pour s'établir à d'Ile aux Noix, et y faire face à l'ennemi, afin de l’empêcher de pénétrer dans le pays ; que les petits forts de la Présentation et de la Pointe au Baril* seraient abandonnés, comme incapables de défense ; mais qu’un détachement de huit cents hommes, sous M. de La Corne, se rendrait incessament à la tête des rapides, pour y élever de forts retranchemens.f

* Construit en 1758, à trois lieues de celui de la Présentation, mais sur la rive opposée du Saint-Laurent,

+ Arrivé à la tête des rapides La Corne “se porta sur l’Zle aux Galops, qui en est rentrée : c'est un endroit où l'eau, par une pente forte se précipite, et forme en bas de sa chûte, un clapotage qui pourrait faire périr des canots qui ne seraient pas bien gou-

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Ces résolutions furent aussitôt mises à exécution. A son arrivée à Québec, le général Montcalm ordonna que les troupes et les milices fussent employées à élever des retranchemens à Beauport. Il ne négligea rien de ce qui pouvait mettre la capitale dans le meilleur état de défense possible : il sssura la communication de la ville basse à la haute, par une forte palissade, et y fit élever une plate-forme, sur laquelle furent placés des canons, pour enfiler larue. Une batterie érigée derrière l'Evtché fut étendue de chaque côté, et jointe par une forte palissade, qui se prolongeait sur le penchant de la colline.

Il fut érigé plusienrs batteries pour la défense de la basse ville, et toutes les communications avec le fleuve furent barricadées. Saint-Roch et le palais de l’intendant furent entourrés d’une palissade et protégés par de petites batteries. On établit une batterie de gros canons sur deux vaisseaux, qui furent calés dans la rivière Saint-Charles, et l’on érigea une redoute, près du gué où l’on avait construit un pont de bateaux. Ilfut construit une batterie flottante de dix-huit cancnset plusieurs brulôts, pour harrasser et tenter d’incendier la flotte anglaise, et toutes les bouées et autres marques, pour la navigation du fleuve, furent enlevées.

La garde des batteries de la basse ville fut confiée à un détachement de troupes de la colonie, sous les ordres de M. VAUDAIN, lieutenant de marine. Il fut formé un petit corps de cavalerie, dont le commandement fut donné à M. DE LA ROCHE-BEAUCOURT, aide-de-camp du marquis de Montcalm. Enfin, la milice de Québec

vernés. Il fit faire des retranchemens sur l’île, entre laquelle et

la grande terre est cette chûte. Il est surprenant qu'on ne se füt

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fut formée en compagnies, et eut ordre de se tenir prête à agir, au premier avis.

Le conseil de guerre dont nous venons de parler, fit rapport d’un plan de campagne, dont les principales dispositions étaient comme suit:

‘ La brigade de Québec, composée de 3,500 hommes, et commandée par M. DE SAINT-OURS, campera sur la droite: la brigade des Trois-Rivières, forte de neuf cent-vingt hommes, sous le commandemant de M. De- LORME, Campera aussi sur la droite, à la gauche de la brigade de Québec: la milice de Mont-réal, consistant en 1,500 hommes, sous les ordres de M. PRruD’- HOMME, campera à la gauche des forces précédentes, et la brigade de la ville et de l’île de Mont-real, forte de 2,300 hommes, sous le commandement de M. Herin, formera la gauche de la ligne. La réserve se composera de la cavalerie, (au nombre de trois cent-cinquante hommes), des troupes légères, composées d’un choix des troupes de la colonie et de quelques volontaires acadiens, (formant 1,400 hommes), et des Sauvages, au nombre de quatre cent-cinquante; formant un total de 2,200 hommes, sous les ordres de M. de Boishébert,.

“ L'artillerie, les effets et provisions, sous la direction de M. MERCIER, seront placés, ainsi que la réserve, dans les endroits qui paraîtront les plus convenables, selon qu’ils leur seront assignés. La milice de Québec, composée de six cent-cinquante hommes, sera laissée en garnison dans la ville, sous le commandement de M. DE Ramsay, lieutenant de roi. Les équipages des autres vaisseaux qui seront désarmés et deviendront inutiles, entreront dans la ville, pour y être employés aux batteries. Tous les vaisseaux, bateaux, etc., seront aux ordres de M. VAuCLaiN, commodore de la baie, qui les emploiera de la manière qui lui paraitra la plus avantageuse, d’après l'exigeance des cas.

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‘ Les dispositions pour s'opposer à la descente seront celles-ci: l’armée passera la rivière de Saint-Charles : la droite, composée des brigades de Québec et des Trois-Rivières, campera dans la plaine, depuis la redoute de la Canardière jusqu’à celle de l'embouchure de la petite rivière de Beauport. Les deux brigades retrancheront le front de leur camp, pour le mettre à l'abri du canon de l'ennemi. Les troupes de ligne, formant le centre de l’armée, camperont sur les hauteurs de Beauport, et le long du chemin qui suit la petite rivière de ce nom. La gauche, composée des brigades de la ville et du gouvernement de Mont-réal, campera à la gauche de l’église de Beauport, et s’étendra le long du sommet de la grande escarpe, ou côte élevée, qui règne sur les derrières de cette paroisse. La réserve se postera sur le niveau de la chûte de Montmorency, et étendra sa droite le long de la hauteur dont on vient de parler, afin de joindre la gauche de la ligne. Dans cette position, l’armée retranchera la totalité de son front, pour se mettre à couvert de l'artillerie de l’assaillant. On fortifiera aussi les endroits qui paraîtront propres à servir de communication avec le corps principal.”

Dans le cas où la retraite deviendrait nécessaire, après une défaite, l’armée principale devait traverser la rivière Saint-Charles, au pont de bateaux, et la réserve suivre le chemin de Charlesbourg, et même se retirer jusqu'à Lorette, si elle était trop pressée par les ennemis, en tenant ferme, à chaque défilé, afin de retarder leurs progrès. ‘Tout ce qu’il y avait à faire, dans ce cas extrôme, est également détaillé, dans le rapport du conseil de guerre, où l’on parait avoir prévu tout ce qui se pouvait faire de mieux, avec le peu de forces que l’on avait, soit pour l’attaque, soit pour la défense, ou enfin pour la retraite. Le but principal était d’em-

pêcher que Québec ne tombât au pouvoir des Anglais ; car on était bien convaincu que du sort de la capitale dépendait celui de toute la colonie.

Ce n’était pas assez d’avoir fait, ou ordonné les meilleures dispositions, et assemblé le plus de soldats et de miliciens qu’il avait été possible, il fallait encore trouver le moyen de nourrir ces troupes: c'était principalemet l'affaire de l’intendant, et il favt convenir qu'il y mit un zèle plus qu'ordinaire. Pour rencontrer moins de difficultés, dans l'achat du bled, il emprunta, sur sa garantie personnelle, afin de le pouvoir payer en argent, et au prix courant, au lieu de le payer en ordonnances, et à un prix déterminé par lui, comme il avait fait précédemment. Il écrivit une circulaire aux curés de la campagne, pour les induire à vendre eux-mêmes le bled qu’ils avaient reçu pour dimes, et à exhorter leurs paroissiens à vendre au gouvernement ce qu'ils en avaient de reste. Plusieurs citoyens se firent un devoir de seconder l’intendant dans ses efforts, et particulièrement M. D’EsCHAMBAULT, agent de la compagnie des Indes, qui offrit généreusement tout l'argent qu’il possédait, et alla même, en personne, dans différentes paroisses, afin d’y acheter du bled et de la farine pour les troupes.

L’escadre qui devait remonter le Saint-Laurent, avec les troupes destinées à mettre le siège devant Québec, avait fait voile d'Angleterre, vers la fin de février, sous les ordres des amiraux SA:'NDERS et HoLmEs. Cette escadre arriva devant Louisbourg, le 21 avril; mais le port était encore tellement embarrassé de glaces, qu’elle fut obligée de relâcher à Halifax. Le contre-amiral DureLcc en fut détaché, avec quelques frégates, pour le Saint-Laurent, qu’il avait ordre de remonter jusqu’à l'Ile aux Coudres, afin d’intercepter tous les secours ou

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approvisionnemens qui auraient pu être envoyés de France pour Québec; mais lorsqu'il arriva à l’endroit qui lui avait été assigné, une flotte de dix-sept navires, portant des effets militaires, des provisions de bouche, et quelques recrues, était déjà entrée dans le port de Québec, sous convoi de trois frégates.

L’amiral Saunders étant revenu à Louisbourg, afin d’y embarquer les troupes qui n'étaient pas nécessaires pour la garnison de cette place, mit à la voile, pour le Saint-Laurent, et remonta ce fleuve, sans accident, jusqu’à l’île d’Orléans.* Les troupes de terre, commandées par le major-général Wolfe, ayant sous lui les brigadiers Monkton, TowWNSsEND et MURRAY, débarquèrent sur cette île, le 27 juin, et aussitôt, le commandant anglais fit répandre, parmi les Canadiens, un manifeste, portant, en substance: “ Que le roi, son maître, justement irrité de la conduite du monarque français, avait fait un armement considérable, pour humilier son orgueil, en lui enlevant les principales de ses possessions en Amérique; que ce n’était point aux industrieux paysans, non plus qu’à leurs femmes, à leurs enfans et à leur religion, qu'il prétendait faire la guerre; qu’au contraire, il leur offrait sa protection, et leur promettait de les maintenir dans la possession de leurs biens, et le libre exercice de leur culte religieux, pourvu qu'ils se tinssent tranquilles, et ne prissent point part au différent qui s'était élevé entre les deux couronnes ; que la neutralité était pour eux le parti le plus sage et le plus sûr, vu que les Anglais étaient maîtres du

* En arrivant à l'Ile aux Coudres, l'amiral y avait débarqué des troupes, et avait envoyé scnder la baie Saint-Paul. ‘“ Le sieur DESRIVIERES, Canadien, à la tête de quelques milices et Sauvages abénaquis, se glissa, sans être apperçu, dans l’île, où il

se mit en ambuscade, Trois officiers anglais étamt venus à cheval, sans se défier de rien, furent faits prisonnsers.”

Saint-Laurent, et pouvaient empêcher qu’il ne leur arrivât aucun secours de France, et qu'une autre armée anglaise, sous le général Ambherst, attaquerait bientôt le pays, du côté de terre; que les cruautés exercées par les Sauvages alliés des Français sur les sujets de sa majesté britannique, l’autoriseraient à user de représailles sur les habitans du Canada; mais qu'il espérait qu'ils ne l'obligeraient pas à en venir à des mesures violentes, en rejettant les avantages qu'il leur offrait.”

Ce manifeste ne produisit p:s, pour lors, le moindre effet, sur l'esprit des Canadiens; ils n'en furent ni moins disposés à affronter les périls, les fatigues et tous les inconvéniens de la guerre, ni moins attachés à leur gouvernement, quelles que vexations qu'ils eussent éprouvées, depuis peu, de la part de quelques uns de ses employés. Il faut convenir aussi, que le point de vue sous lequel ils pouvaient envisager le traitement fait aux colons français de l'Acadie et à ceux de l'ile Saint-Jean, n'était pas propre à leur inspirer beaucoup de confiance dans les promesses du général anglais; et l'on ne doit pas être surpris, comme le parait être M. Smith, qu'ils aient mieux aimé abandonner leurs habitations et exposer leurs familles à la ruine, que d'adopter un plan qui devait leur paraître bien moins prudent que pusillanime, et indigne de toute leur conduite passée.

Montcalm avait posté un détachement de troupes, avec du canon, à la Pointe Lévy, dans l'intention de harasser la flotte anglaise, lorsqu'elle arriverait à la hauteur de cette place. Le commandant anglais n'eut pas plutôt été informé du fait, qu’il détacha le brigadier Monkton, avec quatre bataillons, pour déloger les Français. Monkton traversa la rivière, de nuit, et fit son aîtaque, dès la pointe du jour. Les Français furent

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| a la basse ville ne fut plus qu’un monceau de , Les troupes anglaises étaient à peine débarquées su l'ile d'Orléans, qu’il s'éleva une tempête furieuse : & 4 ques uns des plus gros vaisseaux chassèrent un ancres; plusieurs bâtimens de transport perdirent agrès, et un nombre de vaisseaux plus petits coin à fond, ou se brisèrent, l’un contre l’autre. Profi . de l'obscurité de la nuit, et du désordre de la f À ennemie, le général français fit partir huit rite : à la réduire en cendres. Hommes et vaisseaux be. we infailliblement péri, si l'opération avait été pe dog le courage, le sang-froid et l'intelligence qu’elle sue. mais ceux qui en avaient été chargés ne possédaient aucune de ces qualités, ou du moins, ne les réun'ssaier pas toutes. Impatients d'assurer leur retour à pen, : mirent beaucoup trop tôt le feu aux bâtimens dont is avaient la direction. Aussi les Anglais, avertis à ni « du danger qui les menaçait, vinrent-ils à bout de . garantir, par leur audace et leur activi les int sur le ro oo. + ge, s brûlèrent à fleur d’eau et il ne leur en coûta que deux faibles navires On essaya quelques cageux d'artifice, commandés jee te

sieur DE COURVAL, Canadien, qui ne réussirent pas mieux.

Le général Wolfe traversa, le 9 juillet, de l'ile d’Orléans sur la côte du nord, et campa à la gauche des Français, sur la rive gauche de la rivière de Montmorency. Ilespérait qu’en montant le long de cette rivière, il pourrait la traverser à gué, et attaquer Montcalm, avec plus d'avantage que dans ses retranchemens. Mais le général français, qui avait reconnu la rivière Montmorency, avait eu la précaution d'élever des retranchemens, à l'endroit du gué, le seul qui offrit un passage praticable. Le détachement que Wolfe y envoya fut attaqué, deux fois, dans sa route, et contraint de s’en retourner, après avoir perdu une cinquantaine d’hommes.

Le général anglais, voyant peu d'apparence de succès, de ce côté, passa devant Québec, le 18 juillet, avec quelques vaisseaux portant des troupes, afin de reconnait:e les bords du fleuve, du côté de cette ville, et voir s’il n’y trouverait pas un endroit favorable à la descente. Ayant trouvé partout la côte inaccessible, entre Québec. et le Cap Rouge, il se contenta d'envoyer le colonel CARLETON à la Pointe aux Trembles, où on lui avait dit qu’il y avait des magasins d'armes ei de munitions, et s’en retourna découragé, et désespérant presque du succès de l’entreprise contre la capitale du Canada.

Cependant, les généraux PRIDEAUX et Johnson e’étaient mis en marche, pour aller assiéger Niagara. En passant à l'embouchure de la rivière d'Ochouégo, ils y laissèrent un détachement de 2,000 hommes, avec l’ordre de rebâtir le fort détruit d'Ontario. Le chevalier de La Corne s’avança, du même côté, dans le dessein de harceler les Anglais, et de les empêcher, s’il était possible, d'avancer vers Niagara. Les Français et les Anglais se trouvèrent en présence, les uns des autres;

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mais, comme le combat allait s'engager, la terreur s’empara du détachement de La Corne, qui fut contraint de s'éloigner. Quoique bien inférieur, ( ° du nombre, il croyait pouvoir renouveller la le lendemain ; mais il trouva les Anglais sur

et trop bien retranchés, pour qu'il fût pru

attaquer.

M. Pouchot ne fut averti qu'il allait être assiégé que par la vue des Anglais, qui parurent devant son fort, le 5 juillet. Dès le soir, il reçut du général Prideaux la sommation de se rendre. Il lui fit réponse que sa garnison était brave, que sa place était forte, et qu'il se flattait de mériter l'estime des Anglais, par la défense qu'il y ferait. Il dépêcha aussitôt des couriers à M. p'Augry et à M. de Ligneris, qui commandaient à l'Ouest, pour leur mander de le venir joindre, avec autant d'hommes qu'ils pourraient

Sur la réponse du commandant de Niagara, les Anglais mirent le siège devant cette forteresse, et le poussèrent avec vigueur ct habileté ; mais la défense ne fut ni moins vigoureuse, ni moins habile. Le 21, Prideaux fut tué, et remplacé, dans le commandement, par sir William Johnson. Le lendemain, M. Pouchot reçut une lettre de M. d’Aubry, lui annonçant qu’il arrivait, avec 1,600 hommes, Français et Sauvages, et qu’il se proposait d'attaquer les Anglais, dans l’espoir de leur faire lever le siège de son fort.

Le combat se donna, en effet, le 23; les Français commencèrent l'attaque, à leur ordinaire, avec beaucoup d’impétuosité ; mais soit que leur commandant se fût laisssé envelopper par des forces supérieures, comme il est dit, dans les mémoires du chevalier de Lévis; soit qu’il eût été abandonné de ses Sauvages, comme le porte une autre relation, au bout d’une heure, ils se uh

trouvèrent hors d'état de résister. Tous les officiers, au nombre de dix-sept, y compris MM. d’Aubry, de Ligneris, de Montigny, et Marin, et presque tous les Français, ou Canadiens, qui n’avaient pas été tués, furent faits prisonniers.

Le lendemain, Johnson envoya un trompette au commandant français, avec une liste des dix-sept officiers faits prisonniers, pour le convaincre de l'inutilité d’une défense prolongée. Pouchot se montra persuadé de cette vérité, et il fut signé une capitulation, en vertu de laquelle la garnison de Niagara, forte de six cents hommes, sortit avec les honneurs de la guerre, pour être ensuite embarquée sur le lac Ontario, et conduite à New-York. Les femmes et les enfans furent envoyés à Mont-réal.

La défaite du corps d'Aubry, et la reddition du fort de Niagara firent une vive sensation dans la colonie, d'autant plus que la communication avec le Détroit se trouvait coupée, et qu'il devenait nécessaire d'évacuer plusieurs autres postes. On fut persuadé que les Anglais se présenteraient incessamment aux Rapides, d’où La Corne avait écrit qu'il était hors d'état de résister, et qu'il serait contraint de se retirer, à l'approche de l'ennemi.

Le général Amherst arriva en effet, au commencement d'août, à Carillon, qu’il trouva abandonné etdétruit, en conséquence de l’ordre qu'avait reçu M. D’HEBE- COURT, qui y commandait, de se retirer, à l’approche de forces supérieures. D’Hébecourt se retira d'abord au fort Saint-Frédéric, qu'il fit sauter, et ensuite à l’Ileaux-Noix, où Bourlamaque avait élevé des retranchemens, et commandait une garnison de 3,260 hommes. Ce général était parvenu à mettre cette place en état de soutenir un coup de main; il inspirait du courage

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à ses troupes, il les animait par son exemple; mais la proximité d’une armée trois fois plus forte que la sienne, commandée par un général de réputation, le tenait dans une anxiété perpétuelle ; à peine Osait-il prendre un moment de repos.* Il fit représenter au gouverneur général, par son frère Rigaud, la situation critique où il se trouvait. Le général Montcalm ne croyant pas pouvoir diminuer les forces qu’il commandait à Québec, on adressa aux ‘officiers de milice des lettres circulaires, par lesquelles on les invitait à se rendre à l’Ile-aux-Noix, avec les vieillards, et même les infirmes ‘“ qui se sentiraient de la disposition à écouter ce que leur courage leur dictait en faveur de la patrie.” On adressa la même invitation, ou le même ordre, aux seigneurs, ou nobles, qui n'étaient pas à l’armée, et tous ‘“allèrent avec plaisir ” joindre le général Bourlamaque. Mais le secours n’était-pas assez considérable, pour le mettre hors de danger et d’inquiétude.

Ayant appris que Saint-Frédéric avait aussi été abandonné, Amherst s’y rendit, avec son armée, forte d'environ 10,000 hommes, et y construisit un nouveau fort, qui prit le nom anglais de Crown-Point.

Pour nous rapprocher de Québec, le général Wolfe, désespérant de pouvoir effectuer un débarquement, audessus de cette ville, résolut d'attaquer Montcalm, dans ses retranchemens. Dans ce dessein, il fit échouer deux

* « Afin d’être toujours prêt, à la première alerte, il se couchait de travers sur son lit, pour qu’une blessure, dont il se sentait encore, ne le laissât pas dormir longtems. Il faisait, toutes les nuits, quatre ou cinq rondes, et tous les jours il était aux travaux. Hi fit punir sévèrement ceux qui manquèrent, et il n'eut jamais rien de commun avec les intéressés dans les affaires du roi; aussi fut-il cher à tous les honnêtes gens. Sa dignité le sauva de la re de ceux à qui sa conduite reprochait la leur.” —Mémoires,

pingues, ou navires à varangues plates, vis-à-vis de la principale redoute, à l'entrée de la rivière Montmorency, et fit placer un vaisseau de 60 canons entre ces deux bâtimens, Pendant que ces vaisseaux canonnaient la redoute, les brigades de Townsend et de Murray furent mises en bataille, pour tenter le passage du gué, quand l'ordre leur en serait donné ; et celle de Monkton eut ordre de traverser de la Pointe Lévy, pour soutenir les deux premières, s’il était nécessaire.

A une heure de l'après-midi, Lévis fut informé que 2,000 hommes de troupes anglaises étaient en mouvement, du côté du gué: il fit aussitôt partir cinq cents hommes et les Sauvages, pour renforcer ce poste, et donna ordre au capitaine Duprat de suivre le’mouvement des ennemis, et de l’informer de ce qui se passerait. S'étant apperçu que les troupes anglaises embarquées dans des barges et, des chaloupes paraissaient se diriger vers la partie du camp retranché qui était vis-à-vis de la pointe de l’île d'Orlé: ! y fit marcher le régiment de Roussillon, avec ort., .u commandant de ce corps de communiquer, par sa droite, avec les troupes qui s’avançaient du centre de l'armée vers les redoutes du Sault. Le géniral Montcalm joignit M. de Lévis, vers deux heures, et approuva les dispositions qu'il avait faites.

Cependant, les barges anglaises faisaient divers mouvemens propres à inquiéter les Français, en les mettant dans l'impossibilité de deviner en quel endroit se ferait l'attaque principale, ou plutôt, en leur donnant à croire qu’ils seraient attaqués, en même temps, à différents endroits. Ces mouvemens divers venaient, en grande partie, de ce ‘que la plupart des barges s'échouèrent sur des bas-fonds ; ce qui fit que les troupes ne purent débarquer aussitôt que le général l'aurait désiré.

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du Sault, avant qu’elle fût à portée d’être soutenue par les deux autres, et fut reçue par un feu si vif d'artillerie et de mousqueterie que, dès l’abord, les grenadiers, qui s'étaient avancés presque en désordre, à la tête des autres troupes, perdirent un grand nombre d'hommes, et surtout d'officiers. Lévis, voyant que les Anglais s'étaient déterminés à ne faire qu'une seule attaque, fit renforcer le point attaqué des régimens de Guienne et de Roussillon, Les Anglais redoublèrent d'efforts, soutenus par le feu de leurs vaisseaux échoués, mais toujours sans succès, et perdirent beaucoup de monde. Vers cinq heures, la confusion se mit dans leurs rangs ; ils commencèrent à plier et à se retirer, et il survint une espèce de tempête, qui les déroba, pour quelque temps, à la vue de leurs ennemis.

Lorsque les Français les revirent, ils s’embarquaient dans leurs barges et leurs chaloupes, derrière leurs navires échoués.

La perte des Anglais, dans ce combat, qui se livra le 31 juillet, fut de cinq à six cents hommes, en tués, blessés et prisonniers. Celle des Français ne fut que d’une trentaine de soldats tués, et de quelques officiers blessés. La victoire que ces derniers remportèrent fut principalement dûe aux judicieuses dispositions et à l’activité du chevalier de Lévis.

Aussitôt après sa défaite, Wolfe détacha le brigadier Murray, avec 1,200 hommes, afin de secondet l'amiral Holmes, qui était passé au-dessus de Québec, avec quatre

vaisseaux, pour tenter de détruire les frégates françaises. Murray tenta deux fois de descendre à la Pointe aux Trembles, et fut repoussé, chaque fois, par Bougainville, qui y commandait, avec environ 1,000 lommes. Le général anglais réussit néanmoins à effectuer une descente à Déchambault, «à il brûla quelque xh 2

bagage appartenant aux officiers de l'armée française ; après quoi, il se rembarqua.

Quelques jours après le combat de Montmorency, le général Lévis fut envoyé dans le gouvernement de Mont-réal, pour y ordonner les travaux et les dispositions qu'il croirait les plus utiles pour la défense de cette

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