CHAPITRE PREMIER
de sitôt Berne employait toute son influence pour entratner les Co-étate dans celte alliance française , qui rapportait tant d'écos. La Suisse entière était alors aux gages de la France. Après l'avoir démoralisée, cette puissance la traitait avec le dernier mépris, sûre d'une impunité garantie par ses largesses i. Veut-on un spécimen de la déconsidération où nous étions tombés? On ne lâcha les pensions qu'après nous avoir infligé un rôle ignominieux , en nous forçant de mendier notre salaire. Trois députations successives étaient restées sans résultat 2, et quand enfin le Bernois Bartholemé May se fut rendu à la foire de Lyon pour retirer les argens , non-seulement on le paya en billon et monnaie presque hors de cours, mais cet argent fut encore saisi aux portes de la ville et ne put être récupéré qu'après les plus vives instances. Deux Hallwyl qui avaient servi la France avec zèle , ne furent pas mieux traités 3. Après la bataille d'Agnadel , les Français congédièrent les Suisses en les accablant d'outrages , menaçant cle les faire pendre, s'ils ne quittaient pas le pays ^. La cour de France en agissait avec ces soudards comme un grand seigneur avec un robuste valet, qu'il met à la porte, quand il lui plaît, sûr d'être toujours recherché par lui à cause des bons gages. On subissait ces avanies parce qu'il fallait s'enrichir pour fonder une aristocratie à tout prix.
L'alliance avec Charles VIII fut conclue à Lucerne, le 4 Août 1484. Pierre Faucigny, notre Avoyer, y apposa sa signature au nom de Fribourg ^. La Confédération se trouvait alors composée de dix Cantons. Uri , Schwitz , Unterwalden , Zug et Glaris en
1 Und aiso hand die Kfinig von Frankrych bishar allwegen , nach ihrer grêlegenen Nothdurft, mit den Eydgenossen gehandelt. Valère Anshelm. — - * Faucigny fit entre autres une absence de 68 jours à Paris avec quatre cheyaux. Elle coûta 204 francs, depuis le 14 Février jusqu'au 24 Avril. A. C. — « D*Alt. — * Anshelm. — «Il fut 37 jours absent avec trois chevaux. Wattev«7l fait ici une remarque qui serait importante, si elle était exacte ; c'est que ce traité ne fht jamais avoué par les Gantons pour des raisons qu*on nous a laissé ignorer. Tillier par contre parle d*un échange de ratifications, et nous trouvons dans les comptes de notre trésorier que ce traité futsanctiomié par les Soixante, le 14 Août 1484.
6 SECONDE PAHTIB.
formaient le noyau. Aatour de ces cinq petites républiques étaient venus se grouper successivement Lucerne, Zarich, fierne> Fribourg et Soleure.
En venant s'asseoir à la place qu'il occupe aujourd'hui dans la Confédération, l'Etat de Fribourg avait eu de beaux titres à présenter ; d'un côté son affranchissement de tout vàsselage , de l'autre les services rendus à la cause fédérale et sa part des trophées conquis sur un agresseur insolent. Il avait prouvé que placé en sentinelle à la porte occidentale des Alpes , il saurait au besoin en défendre l'entrée contre les ennemis de la liberté i. Mais à travers ces dehors chevaleresques , les petits Cantons démêlèrent avec sagacité tout ce que ces nouvelles alliances avaient de redoutable et la prépondérance que les villes ne manqueraient pas d'usurper. Celles-ci semblaient en effet tenir d'avantage à leurs alliances particulières qu'au lien fédéral. Car déjà six semaines après le Convenant , Berne et Fribourg déclarèrent sans détour que leur ancienne alliance, loin d'être subordonnée au pacte, devait au contraire lui être préférée. . Cette déclaration mécontenta assez les petits Cantons, pour que Berne se crut obligée d'en conférer avec les quatre autres villes dans un congrès tenu à Zofingue. La méfiance des Waldstâtten se trahit bientôt au sujet des conquêtes faites par Berne et Fribourg, dans la première campagne de Bourgogne. Ces deux villes en avaient retiré tout le profit, parce qu'elles en avaient couru seules tous les risques. A la diète de Willisau, où Fribourg fut représenté par Pavillard et Faucigny, les autres Cantons prétendirent pouvoir donner au Convenant une application rétroactive , et revendiquer leur quote-part de ces acquisitions. Sans reconnaître la validité de ce principe, mais uni-
4 La ville de Mulhouse et le Comte de Tbierstein félicitèrent TEtat de Fribourg sur son accession aux lig^ues. Le frère Klaus lui adressa aussi des remercîmens pour le don mentionné plus haut. Sa lettre munie de son sceau et de sa signature , semble pressentir les orages qui s'amoncelaient sur F£glise. Voilà ce que disent quelques auteurs. Il m'a été impossible de retrouyer cette lettre dans nos archives.
COAPlTfiB PaBMIER. 7
qoement dans Tintérét de la paix, Berne et Fribourg se prêtèrent à Qo dédommagement pécuniaire. Un tribunal d'arbitres s'assembla à cet effet à Munster i, en Argovie. Il était composé du chevalier Gôldlin de Zurich, Louis Kramer de Lucerne, Pierre Kôch d'Uri, Rod. de Vuippens, chevalier, et Nicolas Perottet de Fribourg. Pavillard, Faucigny et le chevalier Gumel s'y trouvèrent aussi. Toute cette députalion, y compris Tabscheid et les frais extraordinaires, coûta 111 liv. 3 sous. Il paraît que Berne n'y fat pas représentée. Après de longues discussions , on reconnut : 1^ que lorsque les troupes des Gantons orientaux se furent aventaréQS jusqu'à Pontarlier et y furent cernées par les ennemis , elles furent dégagées par les villes seules de Berne et de Fribourg; %^ que la plupart des conquêtes avaient été faites par celles-ci sans le secours des autres cantons; 3^ que les Fribourgeois avaient coopéré à leurs frais à la prise deWaldshut et à celle de Diessenbofeiïj sabs avoir reçu aucun dédommagement; 4^ qu'en conséquence les pays conquis sur le Duc de Bourgogne «t le Comte de Romoot devaient rester en perpétuité aux deux villes, moyennant une somme de vingt mille florins, qu'elles payeraient aux huit Gantons pour les secours qu'elles en avaient reçus. Jusqu'à l'acquittement de cette somme, elles devaient payer un intérêt annuel de mille florins^; mais les deux Etats s'arrangèrent si bien, dit d'Alt, qu'ils payèrent en peu de temps et en deux termes l'indemnité requise. Fribourg, par délibéré du 23 Octobre, haussa le taux du forage et frappa tout le pays d'une imposition pour payer les dix mille florins qui lui compétaient 3. Ge fut alors que les Bernois nous firent Fabandon d'Illens. Pavillard se rendit à Berne pour les en
< Tîllier commet ici une erreur : il indique Morat au lieu de Munster. Pavillard s'y rendit avec cinq compagnons et quatorze chevaux. Son absence fut de douze jours. Ënglisberg s'était rendu à Zurich pour proposer à Henri Gôldlin le rôle de sous-arbilre. Son absence fut de neuf jours. Gôldlin fut aussi à Fribourg. On lui fit un cadeau de la valear de 204 livres. — 2 a. C. -- 3 Montagny paya 300 livres , Pont 400, Ëverdes 200, Chenaux 100, Grasbourg 400, Hauterive 200. Ce dernier obtint une remise de la moitié. La somme entière fut transportée à Baden^ dans un coffre coavert de drap bleu.
8 SECONDE PAETIB*
remercier ^* Les deux villes eurent presque à la même ëpoqae à repousser les prétentions du Comte de Romont et du Seigneur de Chàteau-Guyon. Le premier, alors Gouverneur en Flandres pour Malimiiien, appuyé par le Duc de Savoie^ demandait la restitution de son comté ; le second revendiquait la baronie de Granson. La réponse qu'ils reçurent leur ôta Tenvie de renouveler ces demandes.
Dans les premiers jours de Tannée suivante (1485) une députation du Conseil de Soleure parut devant le petit Conseil de Berne se plaignant de ce qu'un bourgeois de Soleure , nommé Henri Graswyly exilé de son Canton et domicilié à Berne, s'était transporté tout-à-coup à Soleure et après avoir demandé la convocation extraordinaire du Conseil, avait déclaré que Berne et Fribourg tramaient un complot hostile contre l'Etat de Soleure. En récompense de cette révélation , il avait sollicité son rappel. Dés que Fribourg fut informé de cette délation calomnieuse , Englisberg se rendit à Berne pour en prouver la fausseté. La chose ne fut pas difficile, et Graswyl fut condamné à 200 florins d'amende^.
Dès le printemps de cette même année , les députés de Fribourg et de Zug 3 eurent enfin la satisfaction de transporter à grands frais de Lyon à Lausanne une somme de 15000 florins sur les pensions à distribuer, et d'annoncer la remise prochaine d'un second dividende. Cet argent forma d'abord à Fribourg une bourse spéciale, destinée à l'extinction des dettes de la ville 4. Cet emploi eut pu en quelque sorte légitimer le trafic. Malheureusement il fut bientôt détourné de sa destination première.
Deux expéditions militaires eurent lieu en 1487, à trois mois d'intervalle, conjointement avec Berne pour secourir la Savoie , notre commune alliée* Le Duc ayant, à teneur des traités, ré^ clamé le secours des deux Etats contre le Marquis de Saluces, qui réfusait de lui rendre hommage, un détachement de 250 Fribourgeois s, sous les ordres d'Englisberg, se joignit à 300 Bernois pour
« A. C. — 2 TilUer. DAlt. — a Tillier. — 4 A. C. - « Tillier dit 200.