‹ Histoire du Canton de Fribourg, Volume 2Chapitre 50 sur 63 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Procès avec la Savoie. -^ Friboarg demande le partage Préparatifs de gaerre. — BrouUlerie ayec la France, de Henri IV. — Escalade de Genève. — Transaction i quelques bénéfices. — Concordat avec TÉTéque de L

— Intolérance religieuse, — Service étranger. — Heni des deux cultes. — Mésintelligence entre Fribourg et Be " Troubles dans le bailliage d'Ecballens. — Grisons Talliance avec le Valais et les Gantons catholiques. — ]

— Capitalat. — P. Eônig. — Service français. — T

Estaviyer et dans le Canton de Berne. — Réfugiés Franc-Comtois. — Corporations religieuses. — Défense des frontières. — Paix de WestphaUe.

La Savoie devait à Fribourg des sommes considérables, et les villes de Thonon et de Seyssel étaient particolièrement intéressées dans cette dette. MM. Diesbach et Desgranges se rendirent dans la première de ces villes pour faire valoir une demande en liqui^ dation. Ils firent à ce sujet un cadeau de 40 ducats ^ au Juge Dorlje^. « II était généralement d'usage y dit Fontaine , de faire » des cadeaux aux juges pour tenir lieu des raisons qu'on n'était » pas en état de développer ou qu'ils n'étaient pas en état de com*^ » prendre. »

Les instances du Nonce et la crainte de voir la réforme s'introduire dans les bailliages mixtes , sous les auspices des baillis bernois » engagea notre Gouvernement à demander le partage de ces possessions communes. « Les Bernois n'y voulurent point con* » sentir, par la même raison, dit d'Âlt, qui fesait agir les Fri- » bourgeois et qui ne fut avouée franchement ni par les uns , ni » par les autres. » Chacun avait son arriére-pensée et mettait

1 Le ducat valait alors 37 batz 3 cr.

290 SBCOK^lJ PkWtlE.

une égale obatination à la faire triompher. Qu<m qu'il en soit, M. Henri Lamberger fat ebargé de fortnuler la proposilion de partage à la diète qui se tint i Lucerae, à la fin de mars 1600. L'Avoyer Meyer et le Trésorier Python la renouvelèrent, à la fii de cette même année. La diète hésita d'abord dans son interrention; mais Fribourg revint à la charge, résolu de pousser ks choses jusqu'à l'extrémité. A cette question se rattachait celle de la votation confessionnelle , toujours, provoquée par Berne , parce que ce Canton savait la faire tourner au profit de sa croyance. D'un autre côté , Fribourg ne voyait que dans le partage on correctif à la fatale conférence, de la Singine, dont il a été question, et qui avait eu pour nous un si fâcheux résultat. Il se tint , à ce sujet, beaucoup de propos hostiles de part et d'autre, et, conune on était fort susceptible, c'étaient des procès, des querelles et des citations interminables. Le bailli de Granson ayant aussi été cité à cette occasion, notre Chancelier (Rathschryber), qui devait connaître la pensée du Gouvememept, traça ces mots sur le numoal du jour : la paix ne nous saturera pas; nous appelons tous la guerre K Ce fut peut-être dans ce but que les dépuliA d^ sept Cantons catholiques se réunirent à Fribourg cette année.

Le Chancelier avait rédigé, sur cette atlaire , un mémoire trèsbien fait et qui fut généralement approuvé. On avait bien prén que les Bernois voudraient juger cette difficulté d'après les drmli de combouigeoisie et dans une conférence à la Singine , qui serait présidée par un sur-arbitre d'un autre Canton. Mais Fribourg, se rappelant la décision de Kroug dans l'affaire de votation , ne voulut plus s'exposer à un second échec e( en appela à l'autorité suprême.

Quand ce mémoire fut lu a la diète de Baden , Berne demanda du temps pour y répondre.

La diète fit de vains efforts pour accorder les parties. Elle avait proposé l'un des trois moyens suivans : point de partage , mais ga-

A NuUa sains pace, bellum deposcimns omues. A. C.

GHA^ITRB IX. 291

raiilie poor Tune et l'autre confession. Ou bien laisser Schwarzenboofg indivis , donner à Berne Morat » à Fribourg Echallens , à chaciHi une moitié de Granson, toujours avec garantie confession-* oelte. Enfin, diaprés un troisième projet, Fune des deux villes aurai! fait le partage y l'autre aurait choisi. Ces propositions furent coaHiiuiii^uées aux deux Etats , sa&s préjudice de leurs droits et traités , et leurs députés promirent d'en référer ^. Tillier convient que l'équité et l'opportunité de ces propositions étaient évidentes. Aussi Fribourg se montra prête à accepter. Mais Berne n'y trouvait pas son compte. Elle persista dans son refus, et, quand Zurich voulut convoquer une nouvelle diète pour cet objet , elle refusa d'y prendre part «t fit de vifs reproches à ce Vorort, sur le danger auquel il exposait la cause de la réforme par cette condescendance.

En attendant , nos relations particulières avec ce voisin se ressentaient de cet état de choses, et, plus d'une fois, nos ressortissans turent insultés à Berne et sur son territoire ^. Aussi les instructions dofanées en juin , pour la diète de Lueerne , fhrent-elles toutes belliqueuses. Mais, quoique Fribourg r^ouvelfttsa demande à chaque reddition annuelle des comptes, Berne mettait la même obstination dans son refus. L'ambassadeur de France , dont cette querelle contrariait alors les projets 3, proposa aux parties en litige de recourir à la médiation de Zurich et de Soleure. Ce fut en vain. Berne ne voulait pas renoncer au droit de souveraineté qu'elle exerçait sur les quatre bailliages, ni même reconnaître la compétence fédérale. Nous ver^ rons ce différend occuper encore longtemps les diètes , et toujours sans résultat.

Cependant le bruit de la guerre grondait à nos firontières du Snd-

< Tillier. — 9 Od a vuraccoeil hostile fait à Berne auNonceBonhomiiis. En génétàl un prêtre catholique ne pouvait gnères traverser impunément cette Tille , sans s'exposer à des avanies. Quelques prêtres de Solenre, venant de Fribourg, en 1595 , y furent hu^s par la populace et poursuivis Jusqu'au pont du Stalden. Plus tard le capitaine Tillier et un certain Roubli provoquèrent quelques Fribourgeois, touchant le partage des bailliages. A Morat, un Diesbach de Berne insulta également Daniel Meyer, dans la maison même 4e rÀV03rer. Sur quoi Meyer loi proposa un combat à coups de poings. A. G. Man. de 1600. -^ 3 Plus tard il y trouva son compte.

292 SRGOmDB PAATIB.

Ouest et se rapprocbail par fois teUement qu'on fût obligé de se tenir sur ses gardes. C'est encore le service étranger qui i^us plaçait ici dans une position embarrassante. On fournissait des troupes, aux deux parties belligérantes de France et de Savoie, et un prétexte de rupture ne pouvait manquer à Tune ou Taotre de ces puissances » pour peu qu'elles en eussent chercbé. On résolut de se prècautionner contre toute agression éventuelle, et voici les mesures que l'on prit :

L'Avoyer , accompagné du maître des munitions , fit la visite de l'arsenal et de toutes les tours. On ramassa tout ce que Von put trouver de vieilles armes. On renouvela la défense d'exporter dti grain. On pressa la rentrée des céréales dues au Gouvernement et facquittement de l'impôt militaire. Tous les citoyens enrôlés durent se tenir prêts à marcher. On recommanda à ceux de Corbiéres et de Gruyères de se munir de hallebardes» Tous les héb reçurent des ordres analogues. M. Vôguilly alla passer la rené à Gruyères et M. Lamberger à Estavayer. On vendit à cette dernière localité dès armes et des munitions. Ceux de Gruyères /*' curent deux tonneaux de poudre. On fit venir de Bàle des p\fl^ et des mousquets. Le» bourgeois fiirent forcés de monter la gtrde personnellement ou de se faire remplacer. Nul étranger ne fvAf^trer en ville, sans examen prëaldble. On fit hausser les murs de h Poterla et de la porte de Romont. On supprima le sentier du Dorrenbobl» et les échelles de la Mottaz furent retirées. On favorisa de toutes les manières la création des sociétés militaires , en accordant des primes aux meilleurs tireurs. Gomme , par exemple' il y avait à Corbières jusqu'à 60 hommes qui savaient faire usage du mousquet pour tirer au blanc, Messeigneurs leur accordèrent annuellement deux pièces de serge pour prix.

Nos relations avec la France se compliquèrent encore , lorsqix nous vendîmes des armes à un colonel d'Unterwalden , au servi(i de Savoie. M. de Morfontaine nous en fit de sanglans reproches*

CBAPlTRfi IX. 293

disant qu'il regardati cette Tefite comme uH acte foitnel d'hostffité 1-

Ce fut bien pis, lorsque le foaiili Zwey< bassadeur d'Espagne, réclamer notre s< duché de Milan et le territoire du Duc d Roi d'Espagne. On trouva cette demande

liance ; mais on n'y accéda que sous la réserve que les Fribourgeois formeraient une compagnie distincte, et que le traité de paix garantirait le remboursement, par le Roi de France, de tout ce qu'il nous devait. On décida, en même temps, le rappel des troupes au service de ce souverain, entre autres la compagnie Heid. Quand on prit cet arrêté , tons les pareps de ce colonel sortirent de la salle du Conseil. On eut beau rappeler ceux qui étaient au-dessus du deuxième degré, personne ne voulut rentrer. On alla même jusqu'à vouloir arrêter tout soldat français qui passerait sur notre territoire. L'ambassadeur de France nous ayant éerit une lettre menaçante et injurieuse. c< Voyez, dit le manual, > l'arrogance française d'iin ambassadeur inepte et indiscret, » athée , n'ayant pas la moindre idée de l'usage et des mœurs des » nations, et dévorant déjà la Suisse dans sa présomption^. » Nos députés en diète furent chargés de faire sentir à M. de Vie Tinconvenance de sa lettre 3.

Cet ambassadeur avait eu l'intention d'envoyer son fils , un jeune abbé, étudier au Collège de Fribourg. Il dit à M. Jost Féguely^ qui se trouvait alors à Soleure : Vous prenez, en Suisse, de l'ar- » gent de tous côtés. Ceux d'Uri se sont laissés gagner par des du- » catons. Vous dégénérez : que deviendrez-vous? Je crains bien » que vous et les vôtres n'en pâtissiez avec ceux qui soûl cause

^ Le moment f\it bien mal choisi pour se brouiller avec la France ; car 33 mulets chargés d*argent venaient d'arriver de France à Soleure. — 2 F/V/eo , dit le manual, arrogantiam gallicam inepUel ifidiscreti ambassadoris ^ at]}eisiœ% nalionum consuetadinis , morumque imperitissimi^ imperlum hehe(iorum prœsumptione gal- Hciî dworantis, — & M. de Morfontaine venait de mourir.

£AtSË£F^»fl

394 SECONDS PAETIE.

» du m^. Le Boi aora la Bourgogae , quand il loi plaira; alors » que |erez-vous? Je me garderai bien d'envoyer mon fils à Fri- » bourg. D Le Chancelier , après *ayoir rapporté ces paroles dans le manual, ajoute : «c Voilà la perfide récon^ense accordée à cette » ville. Non-seulement on ne lui rend point de services , od cherche » plutôt à lui nuire ^. ^ Le pamphlet qui parut.en 1599, contre Lamberger , ne peut être attribué qu'au parti français , excité par de Vie.

Sur ces entrefaites , plusieurs officiers français vinrent un jour à Fribourg. Dans le nombre , se trouvait le lieutenant du Duc de Lesdiguiéres , qui fut créé, plus tard, Maréchal et Connctabla de France. Ils demandèrent à voir l'arsenal ; mms , comme on les soupçonnait d'espionnage , on les congédia poliment , et le maître des munitions fut même chargé de s'absenter exprès , pour qu'on pût trouver un prétexte plausible de refus.

En attendant, Berne ne voulut pas consentir au passage des troupes que nous envoyions au secours du Milanais, sou^ les ordres des capitaines Werly et Meyer. Ce refus faillit amener oof rupture ouverte entre les deux républiques , déjà brouillées i^ sujet des bailliages.

Le 9 décembre 1600 , on fit lecture, en Deux-cent, d'une lettre du Roi de France ^, par laquelle il se plaignait du secours accordé à ses ennemis , nous sommant de nous déclarer franchement pour ou contre lui. Le lendemain les Bernois nous commaniquèrent une lettre du même souverain , ainsi conçue :

« Henri, par la grâce de Dieu , etc. Ayant sçu que la ville et » Canton de Fribourg contre ce que nous nous promettions de » leur amitié ne se contentant d'avoir par le passé , assisté ceux » qui nous ont fait la guerre, ont naguères envoyé du secours

* Siù huic cwilati rependilur merces anguina , nec tantum sœpe mdla graiiC' redditur , sed plerumque mata, -^ ^ C'est sans doute celle que le Chancelier appeUe insolitas litteras. Elle fut apportée^par un trompeUe « à qui on fit tenir compagnie. Cette politesse coûtai 22 liy. 16 sous.

COâPlTllB IX. ^5

»^au Ihie> de Savoie «t ses adhéras»! nos ennettis» de f eis de » gaerré et é» soldats levés en leor Canton ponr lesemplojrer )> eon^pe nons. Et désirant y poBrvoîr , nous vous prions de don- » ner passage ]^r yotre vtUe et Canton à 500 chevaux que nous^ » awns d^ibéré d^envoyer incontinent pour empâcher le dit se- >> cours et passage de geiis de f u^re vers nos dits ennemis. » Chose que nous étendons de votre amitié^ ete.D

En nôDs transmettant le contenu de ce message » les Bernois disaient combien ils avaient eu raison de s^opposer au passage demandé; qu'ils nous priaieïit instamment de ne pas exposer eux et toute la Suisse aux plus grands malheurs; qu'en attendant, ils' avaient écrit au Roi pour l'apaiser et empêcher Tenvoi des 500 chevaux.

Nous remerciâmes les Bernois pour cette communication oiBcieuse, les assurant encore une fois que l'envoi de 2 compagnies au Duc de Savoie n'avait rien de contraire aux traités ^ , et que ies officiers avaient reçu l'ordre exprès de ne pas agir offensivement contre la France. On fit part à Lucerne de la lettre royale , et cette affaire li'eut pas de suite, grâce au traité de Lyon, qui fat concla outre la France et la Savoie , au commencement de Tannée suivante. Le bruit avait déjà couru que le Boi de France, après avoir pris Saluces , devait venii^ assiégçr Fribourg.

Je me suis étendu avec plus de détails sur ce démêlé , parce que ni d'Âlt , ni Tillier n'en font la moindre mention.

L'an 1601 s'ouvrit par la fameuse escalade de Genève, trahison monarchique qui faillit compromettre sérieusement notre tranquillité. Mais notre Gouvernement n'intervint en aucune marnière dans ce démêlé. Une saine politique lui commandait de protéger Genève : d'un autre c6té, le triomphe de la cause catholi-

^ Ce fut dan» ces circonstances que Nicolas Diesbach , ne pouvant obtenir le remboursement d'une somme qui lui était due paK le Duc de Savoie, fut autorisé k attaquer M. de Cballant et autres cautions , sous là réserve des droits fiscaux.

296 SECONM PAMIB.

que se rattachait aasBccès du Dqc^ et Ton a vu que cette îdée^oâûnait alors tontes les autres. Aussi les relations entre les deux GoaTomendens ëtaîent^elles iutiaiM. C'étaiedt des offres de service mutuelles. Mais la joie de nos gouyernans ne conoût plus de bornes y lorsque, le Duc s'offrit k venir se mettre lui-même à la tète de nos troupes , si jamais nous citions attaqirës* Notre Gouvernement s'exprimait ainsi dans sa réponse : -

Sêrénissime, hauit et très-illustre Seigneur et Prince,

«Ayant receu celles de Votre Altesse du 10 d'apvril, pleines de toute amitié et suavité , non seulement déclaratives de Fenf> tière observation de noslre mutuelle ligue , mais par signale dé- » monstration d'un intérieur zèle ardent au bien et accroissement » de nostre ancienne foy , contenant l'offre de sa propre personne » avec laquelle nous ne pouvons doubter que par une conséquence f) infaillible ne soient accompagnés tous bons offices que Ton » peult et doibt espérer d'une assistance de si grand Seigneur et p allié , etc *. »

Cette même année la France ei la Suisse renouvelèrent le trailfe de 1444. On en peut voir le texte dans l'histoire du Baron dfÂ^ Les sept Gantons catholiqpes signèrent un traité séparé. Nic<^ Praroman, Avoyer, et Jean Python i trésorier^ firent partie de la grande députation fédérale, qui se rendit à Paris, pour y jurer l'alliance (1602) 2.

Mais, dans cet i^oble trafic , la France recevait plus exactement sa marchandise que nos pensionnaires ne recevaient leur argent. Force leur était de faire réclamations sur réclamations. De

^ ^ A. C. Missiv. Lettre du 29 mai 1604. — > Noble Pierre d'Erlaoh, de Berne, se présenta, yers cette même époque, an Conseil y pour prêter serment de fidéUlé au Gouvernement et à la religion catholique. ^ Je n*ai pas pu découvrir à quelle occasion des malyeillans, sans doute partisans de la France, brisèrent les Titres de la sidle où Tambassadeur de Savoie soupait à la Groix-blanebe. Cette année (1603) fiit encore remarquable par le grand incendie qui consuma une partie de la Tour-de- Tréme.

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Vie ne se lassait pas de promettre, et comme les belles paroles tardaient à se traduire en faits ^ le Chancelier s'en irrita et ëcriyit dans le Manvat : mendacia palpabilia et digna tnachiapel^ Ustâ.

L'année snivante » an miliea des inquiétudes que nous inspiraient les dispositions hostiles des Bernois, une transaction fut conclue et passée à Taoberge du Cerf, entre les plémpotentiaires du Gouvernement de Fribourg et ceux du Valais , pour le chapitre de Fribourg et celui du grand St. Bernard , au sujet des bénéfices que celui-ci possédait autrefois dans le Pays de Vaud devenu fribourgeois et qui avaient été cédés au chapitre de notre collégiale^. Le chapitre de Montjoux renonça à toutes ses prétentions antérieures sur le prieuré de Semsales , ainsi que sur les cures d'Ayry, de Sales , de Faryagny, de Vuisternens-en-Ogoz et sur la chapelle de St. Pierre , dans l'enceinte des murs de la ville de Fribourg; le tout, moyennant un dédommagement de 1,600 ducâtons qui furent payés, le 6 mai, aux plénipotentiaires valaisans»

On conclut aussi un concordat avec TEvéque de Lausanne , qui voulait définitivement s'installer à Fribourg 3. On n'y atah consenti»

^ Gelai-ci avait été condamné par l'Evéque de Tarentaise» et , en yerta de cet arrêt, lePréyôt da St. Bernard avait fkit séqttei^trcfr SOOiO écu» dus par la ville de Xhonoa au Goayernemeiit de Fribourg. CeUe affaire fut même portée devant le parlement de Savoie et soumise à une commission spéciale. Ce fut Tavocat Ducrest qui plaida pour Fribourg. On lui fit cadtau d*un honnête gobelet. — ^ On fit, à cette occasion, des panégyriques latins, en vers, où Ton disait entre autres de Lausanne :

Pontifîcem repetens super aurea sydera tollet

Qus modo Calvino cantfl* Osanna suum.

Quod Losanna negat tibi nos largimur Osanna.

Les Bernois répondirent à ces démonstrations en expulsant tous les catholiques de leur territoire, comme nouf avions chassé du nôtre tous les réformés. Ils se vengèrent encore par Tenlèvement du jeune Vallier, qui fit beaucoup de sensation à Fribourg, en 1604. U parait que les parens cause de religion. La mère vivait à Bienne, le ] dans la religion catholique. Une vfeiUe femme disparut avec le jeune garçon qui acheva dep principes de la réforme. Notre imprimeur, Gi Bffeyer fVirent au nombre des prévenus implic pour se disculper, cita le proverbe : Wo àer oft ein ait Wyb. A. C.

398 SBQONHB PAttTIE.

siiff les instaMes du Nooee al dn PrévM Werro , q^ik la condHioo qœ FEvéque reaoticerait à tonte prétention sv BMb ot la Boohe et qa'il ne tîendrmt pas nne grande eonr. Le Lègflâ arait répondu que FEvèque ne se considérait pas comme Prince» qne frétait seulement ein gtwalt^er Dokàor und erfahrner mann. Cette réponse pouvait peut-être s'appKquer à l'Evéque Dorothée, mais n'engageait pas ses successeurs* Quelques membres du Conseil avaient exigé une quittance préalable t touchant Bulle. La majorité se contenta d'une simple promesse ^.

Il avait été d'abord que$tion de céder à TEvéque les revenus de la Part-Dieu qui venait d'être incendiée , compie on avait doDoé ceux de Harseos aux Jésuites. Mais Sa Sainteté n'ayant pas voda sanctionner cet arrangement 3, ce fut la Val-Sainte qui fat sacrifiée en faveur du Collège , de la chaire de St. Nicolas et de la mense épiscopale 3. M. le Yicatre-général , Antoine a Pascaar(Dupaquier), fat envoyé à Rome, avec le secrétaire de l'Evoque, poor solliciter la confirmation de ce concordat ^. Elle n'eut cepeWaof lieu que dix ans plus tard. Quand, quelques années après, il fat question de fiiire payer aux héritiers de l'Evéqlie la traite-toraine, la décision fut négative, en considération : 1^ de ce qu'A avait acquis le droit de bourgeoisie ; 2^ que ce qui lui appartenaH avait été imputé dn dehors ; 3^ qu'en qualité de premier pasteur du pays , c'était un personnage privilégié.

En 1606 un complot affreux, enfanté sans doute par le fanatisme , fut heureusement découvert , avant qu'il pût recevoir un commencement d'exécution. Il ne s'agissait de rien moins que de brûler les trois villes de Fribourg, Bienne et Soleure. Les incen-

^ A. C. Mui, Sëanee da 17 février 1000. — ^Un aju^el ne doit pas couvrir l'aur tre, ayaiC dit on tiiéologien consulté tor ce point. A. G. — s Fontaine. C'est peutêtre à cette occasion que parut, cette année, un pi^nphlet en vers latins ,,8|gn6 • M. T. G., contre le général Vonderweid, son gendre Werly et Henri Lamberger. Cette même année le quartier des Places fut retranché de la paroisse de ViUan» — ^ On lui remit, à son départ de Fribourg, 50 éctts d*or au soleil, et 220 seqaiBS pour frais de yoyage et cadeaux. A. C.

CHàPlTRB IX. 299^

diair^ , doDt tcois de ikurgdôrf et deox de Bàle , a^aiefit eoiicentré leurs faesares dans un champ , entre Berne et Burgdorf, et avaient même menacé Gruyères* Ils forent arrêtés. Un sixième, Bernard Hahn , fut jugé à Fribanrg même. Il deviit être rané vif, mais ayant abjuré le luthéranisme, il obtint une commutation de peine et n'eut que la tète tranchée i.

L'intolérance religieuse se manifestait toujours avec beaucoup d'animosité. On fit un crime à M. d'Arbalet , curé de Praz , de ce qu'il avait acheté des graines d'un protestant , malgré leur rareté. Antoine de Vevey fut condamné à une amende de 1 500 livres » pour avoir laissé marier sa fille dans le Canton de Berne, avec un protestant. A Morat, lors de l'installation de l'Avoyer bernois, les habîtans avaient prié M. Humbert Tschachtly de leur prêter Tancien drapeau de sa compagnie , sur lequel était peint un crucifix. Au moment où on le déployait , l'image fut brûlée d'un coup de ftsil.

Le bailli bernois d'Ëchallens, Jean de Werdt, et le prédicant,

Jean Févot , tentèrent d'introduire la réforme dans ce bailliage.

Cités , pour ce fait » à comparaître en Deux-cent , pour y rendre

compte de leur conduit^, ils arrivèrent à Fribourg, accompagnés

de deux Conseillers bernois, David Tscharner et Alexandre Hou^er.

Févot fut immédiatement conduit en prison , au milieu des buées

de la populace , et soumis à une enquête sévère. Mais la puissante

intervention de Berne lui rendit bientôt la liberté, à condition

toutefois qu'il ne remettrait plus les pieds sur le territoire fribour-

g^eois.

Souvent le fanatisme était poussé jusqu'aux dernières extrémités, de part et d'autre. A Lucerne on trancha la tête à un père de famille, qui s'était moqué d'un pèlerinage. Quelques années plus tard; les réformés brûlèrent un capucin à Nyon.

300 SSCONbB MMIB.

La dîéte ayant accordé au Roi de France deux règimena pour réduire le dac de Bbaillon , Nicolas Praroman » Avoyer de FrilKNirg, fat nommé colonel de Too. Mais ces troopes, dit d'AU, «nrentà peine le temps de faire parade et s'en revinrent très-iftéconteiiles de n'avoir pas été employées. Les soldats donnèrent à leur courte campagne le nom à^ guerre des œufs de Pâques *. Par contre, notre contingent d'Italie manœuvrait toujours en faveur de TEspagne. Le messager Simon Kroum fut nommé courrier de ce contingent, à la solde des capitaines , pour porter , tous les trois mois , des noovelles à Messeigneurs (1607).

L'Ëvéque de Bâle était convenu avec Berne qu'il lui remettrait la ville de Bienne avec ses dépendances, contre certaines dîmes sar le Tessemberg. Cet échange fut vivement combattu par les Cantons de Fribourg et de Soleure, et cela à la sollicitation deceax de Bienne même , qui craignaient de perdre leur suffrage en dféle. En échéant au nouvel acquéreur, ce suffrage donnait la prépondérance au parti protestant. Notre député à la diète deLucenre/bl en conséquence chargé de s'opposer à cet échange, et, pour le cas oâ il ne réussirait pas à l'empêcher , de renoncer à Fâlliance de Bie^e, pour lui faire perdre son droit de séance. On crut devoir adjoindre Henri Lamberger au trésorier Python, notre député, tant le cas nous parut sérieux. En attendant, on pria les Bernois de s'abstemt de toute voie de fait au sujet de cette affaire qui ne se termina qu'en 1610.

Le bruit d'une invasion bernoise prit , en 1 607 , plus de consistance que jamais. Tous les ressortissans du Canton furent avertis de se tenir sur leurs gardes. Les Bannerets firent la visite des arnw9 ; on ne fit monter la garde qu'aux bourgeois ; on surveilla spécialement le clocher de St. Nicolas. On confectionna dix quintaux de poudre et l'exportation du salpêtre fut défendue.

Henri Lamberger était alors le plus habile de nos diplomates * Voiyemia. Stettler.

GOAPITBB IX. 8Q1

et le Dégocialeor le plus adroH. Ce fqt encore lui qu'on choisit pour surveiller le Valais , où TaDcien eaUe seml^lait péricliter. Les Cafitoiis catholiques étaient convenus d'empêcher, par tous leç moyens possibles, Falliance de cette république avec les Grisons, laquelle avait pour but la suppression des évécfaés de Goire et de SioD. Fidèle représentant de cette politique , Lamberger négociait tantôt ouvertement , selon ses instructions patentes , tantôt sous maia , contre leur teneur , selon que l'exigeaient les alliances alors si mobiles des puissauces voisines , sûr de n' son souverain , s'il ne perdait jamais de vi religion catholique. II parait toutefois que 1 l'emportaient , chez nos gouveruans , sur le gienses ^ ; car M. de Vie , ambassadeur de 1 vert les intrigues de Lamberger en Valais France , en avertit notre Gouvernement en d le châtiment de notre député. Le Sénat voulut en vain tergiverser. M. de Gaumartin , qui avait succédé à de Vie , haussa le ton et menaça de suspendre là distribution des argens. Cette menace fit son effet. Lamberger fut rappelé, destitué et même banni. Jean Pèriard , lieutenant du Grand-Sautier , fut envoyé par deux fois à cheval à liions, pour y notifier à M. Lamberger sa destitution et son bannissement â.

Réélu en 1606, Lamberger subit une seconde destitution non moins honorable. Deux grands pouvoirs de l'Etat en vinrent aux mains à cette occasion ; d'un côté la Chambre secrète et les Ban-^ ' nerets, de l'autre les Deux-cent. La première soutenait Lamberger et voulait le maintenir en place , le Grand Conseil lui disputa ce droit et eut le dessus. Il est curieux de lire cette polémique dans les livres manuscrits qui furent remis, en 1623, à

i Die huldrych Peasionmit irem vil ze willigen knecht Sold, war ze gewaltig. jinshelm. — ^ Les quatre plus jeunes sauliers reçurent* chacun 5 batz pour Fallcr chercher.

^02 SBCONDB PA»1B.

cbaqire Baimeret ^. L'ambai^adeor d'Espag^ne protesta en van contre la destitotion de Lamberger , qu'il qualifia ridicub^aenl de crime d^ lèze-maj es té. Mats, après la mort de Henri IV, ce ami* gistrat entra au Conseil d'£tat (1611), et deux années après, il fut nommé maître des munitions. Il se distingua, plus tard, ao service d'Espagne et fiit créé C|ievalier sur le champ de bataille. Il mourut en 1625 ^. Ainsi, en moins d'un siècle, un BMigistrat fribourgeois fut décapité pour a?oir protégé les intérêts de la France , et un autre fut destitué pour avoir agi en sens contraire.

Cet événement, qui fit alors grande sensation, mérite qu'on s'y arrête , malgré la rougeur dont il couvre notre front. Jamais notre servilisme , à l'égard de la France , ne se déploya avec moins de pudeur que dans cette circonstance , jamais la soif des pensions ne fit commettre plus de lâchetés, pas même lorsqu'Ârsent fat immolé à la politique ultramontaine , car alors la communauté se laissa entraîner par ses propres sympathies. Mais la chute de Lamberger dévoile , dans toute leur hideuse nudité , et les vices du ré^me olygarchique et les turpitudes attachées à ce service étranger, où quelques personnes croient , encore aujourd'hui , avoir trouvé des titres de noblesse et un sujet de glorification. Nos descendans comprendront mieux que nous , il faut l'espérer , tout ce qu'âne pareille domesticité a de dégradant.

Henri Lamberger avait été nommé dip«té à la diète de fiaden, avec M. Pancrace Wild. Au lieu de se rendre à ce poste , il partit piour le Valais, oili, selon le bruil^ui courait , 6000 réformés devaient aller renforcer une minorité dissidente, qui voulait s'allier aux Grisons contre l'Espagne 3. JLà il intrigua , avec assez de succès,

^ |i*auteor possède celai qai fut donné au Banneret KSmmerlin et écrit par le Landschreiber Nicolas Montenach. — ^h^ maaual Tannonee avec ceUe iidté t C^ jus animœ œterna sit requies , dignus longioris vitas , nom ei cordi erant Patrûs commoda, Ob hoc Pater Patriœ defietur, — 8 Wyl mt etlichen Goiyectaren ond Warnungea zu sorgen , die Berner wetden W^allis balb Vf9& thëtliches unterslaho, ermabnend sie (les députés catboliques) mine Herrerf car Wacbtbarkeit mit meldung dass die 7 Gatoliscben Orte ibr best oucb (bon werden. Desswegen soU man ibnen

CBA^ITftB IXé ^63

poar que la France »'6n èÉiût ; ce qui provoqua les énergiques ré*clamatioDS'de M. de Vie.

Mais comment expliquer cette conduite?

1er à Baden, où l'envoyait un mandat souve prendre une autre route? Il est impossible se permettre une transgression si éclatante torisé. Mais cette autorisation, qui la lui a' on croire qu^elle émanait du Gouvernement poussé la duplicité jusqu'à ce degré de cyni l'ambassadeur irrité parla en maître , et comment n'eut-il pas pris ce ton ? Nos gouvernans ne s'étaîent-ils pas mis à sa solde ? Ne recevaient-ils pas de lui des places d'officiers , de l'argent , des décorations ? N'avaient-ils p^s promis de ne pas faire d'autre politique que la sienne? Et pourtant, ils avaient manifesté une velléité d'indépendance , ils avaient voulu sauver la religiqn catholique en Valais , ils avaient osé y envoyer le plus habile de leurs diplomates pour y contrecarrer les intrigues françaises! Tant d'émancipation appelait un châtiment. Aussi le retrait des pensions oscilla-t-il sur les têtes des coupables comme Pépée de Damoclès.

Pour pfflrer ce terrible coup , on préféra sacrifier l'émissaire et jusqu'au dernier sentiment de dignité nationale. On nia toute connivmice avec lui, et» sur la demande de Caumarttn, on rappela Lamberger et on le deatitOja. Mais.le mépe pouvoir occulte, qui l'avait fait agir , le fit réintégrer dans ses places, et , qui pis est , le dépècka uae seconde fois en Valais, avec les mômes i^truc tiens.

danken, ouch erstatten was hiezu dienstlich und nothig es sy mit uberschickung der uertrauten persan ins Wallis. A. C. Man. du 29 mars 1604. — Et plus lard : Hierauf hat H. Lamberger die négociation in VVaÙis , die uflanhallen der Gesandten CathoUscher Orten so zu Mafland wegen des pûndtscnwures versamlet gsyn^ wie oach iiff Ihr Eu. Comte de Fnentés be^éhren ergangen , dana sei den H. Luûr berger gebnicht , snbstanzlich und allern zu einem Bericbt erzeblt und darprc^ban ouch etiiche artikel zwiachen dem Hus Mayland und WalH^em die betdersèiu iài fall sie sich mit yorhabenden punt verbunden, angemeldt, iedoch syn entschuidigung ufgçsctioben. Séance du âl juillets A la marge du manual.oa a, dessiné une main , dont Tindex appeUe l'attention sur les passage» soulignés.

304 8B€a?f0B PARTIE^

Nouvelle et plus granide colère de l'amb^sadeiir , et MesamgneuTs de protester encore une fois que Lamberger avait agi ^ans congé et açec mépris (de leurs ordres) , laissant Messeigneurs en suspens , qu'il s'était , à leur insu , départi derechef de cette cille 1. Gaumartin demeurant inexorable » on lui adressa une seconde lettre » où les mêmes assurances sont reproduites avec un préambule entortillé, qui prouve l'embarras de Messeigneors. a La qualité des hommes» disaient-ils, estant diverse, leurs opi- D nions et dépourtement sont aussy dressés à contraires intentions » et en une république voire la mieux policée, à grand peine que » jamais y «oit veue une conformité des volontés telle que soit en- » tièrement semblable. Mais pourtant cbascun répond de ce qu'est » de sa manianbe et le général n'a que faire d'excuser le partica- » lier. Âinsy nostre Conseiller le Sieur Lamberger ne saisons à » quelle instigation entreprenant de son propre mouvement » sans nous en faire savoir ung seul mot ou participer de ùostre s> advis a pris à sa charge la négociation pour la Majesté catho- » lique en Valais et après la première remonstrance que Injfli » avons faite au lieu de s'excuser, pour la seconde fois poiftvt » la même vie (voie?) que ses domestiquea et plus intimes pareos » et alliés maintiennent ti^ès tous en bonne conscieaee qu'ils ne ^ savaient aucunes nouvelles de telles entreprises qu'il a teooes 7> secrètes que nul de nous s'en est apperceu. Et ne savions Térix> tablement qu'il fn$t retourné en Valais , sinon quand le second » plaintif nous fost envoyé de vostre part ^^ Or par te messager qoe » lui dépeschàmes le mèwm jour , il nous respond par termes ex- » près qu'il n'est subject ny aucunement obligé en son particulier 2> à Sa Majesté de France , ains homme libre , luy estant permis » faire service à tel Seigneur qu'il luy plaira , à l'exemple d'autres » du païs des ligues pour semblables commissions, soy présentant » d'en répondre publiquement à Baden en pleine assemblée oQ

1 A. G. Missiy. de 1604. Lettre da 7 sl&ùU -^ * Ainsi l'ambassadeur était mîeoi instmit que nous de ce que faisait Lumberger.

GHAPITRB IX. 305

» devatif nous » où il s'offre de sonstenir sa cause coBtre tons ceux » <iui l'en voudraient biftmer , etc. ^ »

On sent bien que Tambassadeur ne se laissa pas toucher par d'aussi pitoyables excuses , et il fallut , comme nous l'avons déjà dit , destituer Lamberger une seconde fois ^. On voit , par la lettre citée » qu'il prétepdait avoir agi de sou chef et cependant on trouve, dans les comptes du trésorier, les dépenses faites par lui et par ordre supérieur en Valais ^. Bien plus : on lui associa une fois le secrétaire de ville, une autre fois le trésorier. D'un autre côté , le Gouvernement le désavoue formellement et va jusqu'à le destituer. Cette énigme serait encore impénétrable aujourd'hui, si l'on n'étudiait pas le ténébreux mécanisme de nos institutions d'alors , si Ton ne se rappelle qu'à côté du Gouvernement patent , il y avait un pouvoir occulte , agissant arbitrairement , sans contrôle et souvent dans un sens opposé. Ce pouvoir, c'est la Chambre secrète, qui prit ensuite ouvertement le parti de Lamberger contre /'ambassadeur et contre le Gouvernement \

Veut-on un nouvel exemple du honteux abaissement dans lequel notre Gouvernement était tombé devant la diplomatie française? Le voici: Un gentilhomme Piccard, nommé Nicolas Pasquet, avait produit des certificats, vrais ou faux , prouvant qu'il avait

^ À. C. Lettre da 22 août. — 2 Dans Tinstraction donnée an Sieur de Ganmartin , successeur de Vie , il est dit : qu'il continuera envers ceux du Canton de Fribourf Tinstance et poursuite eommencée par le dit Sieus de Vie conjtre im nommé Lambert , du dit Canton , pour les raisons qui ont meu le Sieur de Vie de Tentreprèndre, et fera le semblable contre Baldy, du Canton de Grïaris , afin d^enconrag^er les bons en leur det^oir et y ramener les autres. 31 décembre 1604. — On roit le même drame se Jouer à Berne , dix ans plus tard , presque avec les mômes péri- ^Ues. Jean-Rodolphe d'Eriacb, ayant déplu i la France» fût forcé de s'expatrier et d'aUer chercher on asile en Angleterre. TLllier ad annwn 1615. — ^ AUs H. Lamberger ond der Çtattscbryber von der WaUfser unruw wegen uss hevelch myner h^ren ga« Vocdvry enet dem See gereiset, uss bewelch miner herren^etwas za verrichten , synd uffgangen mit begriff des Stattschrybers 6 tagen 90 liv. ii sous. Ailleurs : Hem Lamberger ufT dem WaUlsertag 135 Ut^ Plus loin r Und wie H. Seckelmeister mit ihm verordnet was » der aber nur bis Châtel-St. Denis geritten, hat er insunderheit darnmb verichtet 32 liv. Compte de 1604. ^- 4 Peu s^en faUut qu'en 1614 Lamberger ne fut nommé Avoyer. Nul Fribourgeois n'obtint de l'Etat plus de concessions de bois. C'était cadeaux sur cadeaux.

3<M SEiCONaS PARTIE.

été captif cbez les Turcs. On lui donna deux écas Uanes. Bfàis s'étant rendu suspect, pendant son séjaor à Friboorg (baser âachen verdachtig) » le Gouvernement crut avoir trouvé une bonne occasion de faire sa cour à Tambassiadeiir , en arrêtant cet individu d en le lui signalant. Mais S. £. se fâcha tout de bon de cet affront fait à tin Français. On fut obligé , non-seulement de le relâcher et de l'absoudre , mais de lui accorder en outre que gratification de jl â liv. 1& sols. Il y eut , de plus , pour 42 liv^ 2 sous de frais i. « C'est ainsi , dit VuUiemin , que l'étranger régnait sur les Suisses )) dégénérés. La soif de l'or leur rendait supportables des affronts » auxquels leurs ancêtres eussent répondu par \hûe déclaration de » guerre* »

M. Jacques Vallier , Gouverneur de Neuchàiel« Chambellan da Boi de France et Conseiller d'Ëtat de Soleure» se présenta ayec une suite ncHQbreuse à Fribourg , pour prêter hommage à Messeigneur^, à raison de la seigneurie de St. Aubin, dont il a?aà fait l'acquisition. Il fut dispensé de formuler le sefio^irt i'obéisr sance à genoux. U put aussi se réserver le droit de ne pas çresi^ dre part aux guerres éventuelles avec la Savoie. Sur quois'éUnt profondément incliné devant FAvoyer Meyer , celui-ci lai donaa sur les reins un coup de son épée nue. La mise en possession eut lieu avec beaucoup de solennité (1607).

En attendant, les affaires prenaient une tournure si inquiétante, qu'il fallait, pour ainsi dire, rester en perm^anenee sons les armes. On demanda des munitions à Berne qui les refusa. On croyait pouvoir masquer cette inquiétude à nos voisins et l'on faisait ses préparatifs aussi secrètement que possible. « Ayant cy-devant pki*- D sieurs fois adverty nos subiets, disait une circulaire aux bailÛ^ » destre fournys darmes chascon selon son estât , nous troavens ï> expédient d'expérimenter si tels nos comandeniens ont été exè- 2> cutês. Partant toi comandons qu'ayi^z à la première comodité

CHAPfTHfi IX. âOT

)> faire là visite des «rioies, à moins de bruict que faire soy ^ptult à tous :ceiik ^e ta liàarge pour cognoistre sils sont poor- » f^ens de picpies et ballekii'des et si les harqiiebasiei^s et mous^ » ^ttetaires soât gâf oys de mescbe , poaMre et bâtes , etc. i. »

Alalgrë les anathèmes lancés du haut de la cl Werroy les recrutemens pour les puissances leur train. On renforça de 100 hommes la g elle fut même portée plus tard à 600 hommes, obtenu de la Suisse une levée de 10,000 homme nit aussi son contingent. Là mort de Henri IV fit fonde en Suisse, sans cependant rien change Jacques Féguely alla se mettre à la tête d'un régiment qui se distingua aux dîfféi?ens sièges entrepris p^r Louis XIIL II n'y eut , à Vègard de la France, qu'un moment d'hésitation en 1613, lorsqu'elle iK>us dein^nda des auxiliaires contre la Savoie. Mais on se ravisa bientôt qu^oid l'aiïibassadeur eut pris le haut ton. On s'empressa d'obtempérer, et S. E. vint elle-même à Fribourg remercier r£|tot Elle fit des largesses aux Jésuites, aux Gapueîns, aux tireurs,- même à l'ermite. Plus tard Messeigneurs forent au comble de la joie , quand ils apprirent que Jacques Féguely avait obtenu une lieutenance dans les Gent-Suisses. Ils en remercièrent le l^oi j>lxis quhumblement 2, en lui recommandant cestuy nostre Canton. En 1611, Ulric d'Englisberg prît part à l'expédition du dauphiné, et, en 1621 , la France obtint la formation d'une compagnie fribourgeôise , qui fut placée sous les oi^dres d'Oulman Heid , fils illégitime de l'Avoyer. Depuis lors le service de France prit an caractère de stabilité qu'il conserva jusqu'à la révolution. Du reste, quiconque payait, était le bienvenu.

L'Eçpagne et la Savoie étant alors en guerre , on laissait le passage libre aux Savoyards tou$ comme aux lansquenets et aux Bourguignons , d'où une foule de réclamations contradictoires.

< A. G. Man. de 1609. — ^ Propres ternies de la lettre du 2 août 1619^ A. G*

308 8BC0NM PAttTlB.

PavUlârd, à la tête d'one eotnpagaie fribourgeaise» s'était mis, dés 1602, à la solde da Duc dtJrbin. D'aotres allëreùt en Hongrie combattre les Tares. Noos avions précédeaRnent accordé à l'Espagne 50 arqoebusiers et 2 capitaines pour le service des Pays-Bas. On enrôla aussi pour le Prince d'Orange , qui demandait 15 hommes pour garder son château d'Orange, et 25 pour sa personne. Enfin on trouve plus tard un capitaine Lenzbourger dans le camp de Tilly , dont let troupes mens^çaient alors les frontières septentrionales de la Suisse. Seulement il fallait bien se garder d'entrer au service des réformés. Claude Dopaquier lot puni pour avoir servi sous le Prince Maurice de Saxe. D'aatm Gruyériens furent cités pour le même objet.

La rivalité des deux cultes compromettait chaque jour, nonseulement le repos de chaque Canton en particulier , mais la p»i de toute la Confédération. L'imprudence du Sire de BeroldiDg«D provoqua 9 en Thurgovie, des excès déplorables ^ qui mirent te deux partis en émoi. Déjà on se préparait à tirer Tëpée; les Ostons médiateurs et l'ambassadeur de France parvinrent à et^ tes esprits (1010).

Il faut s'étonner qu'au milieu de ces susceptibilités religieuse l'affaire de Chapelle , dans notre Canton , n'ait pas eu des soites fâcheuses. Quelques soldats bernois traversant cette localité , Tod d'eux s'arrêta devant le crucifix, demandant quel était ce gibet el exprimant le désir que tous les Fribourgeois passent un jour y être attachés. Il déchargea en même temps son fusil sur le Christ^. L'enquête ordonnée à ce sujet n'amena heureusement aocoBe complication grave (1611). Déjà, l'année précédente, on avait été dans le cas de demander des explications à Berne, au sujet de quelques propos offensans contre Messeigneurs ^. Toutes ces petites tracasseries ne laissaient pas de relâcher les liens qo'

< La balle fut retrouvée. Le bailli fat séyéremeiit réprimandé pour n'avoir p'^ fait 80D rapport sut ce fait. — ^ A. €.

CSAPITIIB IX. 309

eussent dû miir Berne et Frii>oarg, dans an intérêt commun. On s'en aperçut bientôt, lorsque Vincorrigible Duc de Savoie renouvella ses tentatives contre Qenève et le Pays de Vaud. Elles furent si sérieuses, que Berne mit toutes ses troupes sur pied, en réclamant notre assistance. On se borna à en promettre en cas de danger pressant (1612). L'année suivante P. Freudenreicb et Har^ quard Zebnder , députés bernois , vinrent une seconde fois réclamer la surveillance fédérale , Berne se trouvant menacée d'un autre côté par rjSvéqoe de Bâle, qui s'opposait au renouvellement de comboui^eoiaie mtre Berne et le Porrentray. Toutefois les hostilité n'éclatèrent nulle part. L'Evéque se désista de son opposition et le Duc , voyant enfin que toutes ses tentatives de conquête échouaient , non-seuleoftent renonça h ses prétentions , mais se lia même avec Berne et en obtint un régiment contre l'Espagne. H n'en fit pas autant pour nous , car il prit encore longtemps le titre ^ de Comte de Romont.

L'Allemagne et la Suisse étaient alors décimées par uiie épidémie meurtrière , qui y sévit pendant plusieurs années consécutives. A peine Friboilrg s'était'-elle relevée de celle qui l'avait dépeuplée 50 ans auparavant, qu'une nouvelle y éclata tout-à-coop, en 1611 , dans deux maisons de la capitale, puis successivement à Romont, Gruyères, Avry-sur-Matran , Planfayon, etc. L'année suivante, ce fut la rue de Lausanne qui se trouva la plus compromise» De là le mal se promena sur tous les quartiers de la ville et sembla vouloir y siéger en permanence. Depuis la fin de 1618 jusqu'en 1616, il enleva 650 personnes, entre autres Tobie Gottrow, Bourgmattre et capitaine ^. Il y eut encore une forte recrudescence en 1639, pendant laquelle le chapelain Jeckelman se distingua par son zèle.

^ L'Avoyer Jean Wild mourot en 1614. rifl^aore s'il fut yictime de ce -flëaa et 8*U nérltait Félogre pompeux que nous en a laissé sou parent, le vice-Chancelier Daniel Monienach. On peut le lire en tête du mannal de cette année. Il comiqence ainsi : Jaces Friburgi decui cotuscum^ nobisprœcoci fato mbrepîtim^ etc.

.^^^se^vinNi

310 ^ SECONDS FARTIE.

Oq appelait cette épidémie la mort nofW. 0& 4a ;ceil6mèMt aussi avec la£èvre dite piémontaise y importée par leslroi^ bernoises au service de Savoie.. Il est à regretter que les auteun jQ^ uous aient pas transmis une monographie de ee^le maladie qui devait appartenir à la clause des fièvres typhaïdes. Quoi qufil a soit, ^e moissonna des paroissesentiéffes<fepins lès Alpes jmqo'aii Rhin» Dans cette horrible no^arche de la Suisse vers ittuTort, Zurich perdit 5Q0O âmes, Scbwyz 2200, Berne 3000, entr'autr^s pendant la seule année 1028, TAvoyer Gcafenpied v plusieurs membres du Piçtit Conseil et environ 40 memfares^ du 4ifMd Conseil. L'Avoyer d'Ërlach enterra neuf enfans. Dans la Thnrgo- Tie, la moitié de la population, c'est-tà^^ire piua de 30,000 pdfsonnes furent enlevées dans; le court es|Mi^ de 8 mois.

Notre Gouvernement prit toutes les mesures que nécessitaient ces tristes circonstances. Pour écarter datant que possible fo eootagion , on relégua les malades sur la Planche ; dans la fatale année 1628 on construisit des baraques hors des portes. Des femp^ nommées marones , furent mises au service des malades , sortKit de ceux qui gisaient dans leurs maisons^ On ferniia lea écoles^^ plusieurs élèves avaient succombé, et il importait sortpot deft^ venir les grandes agglomérations d'hommes. On prohiba. le pil^ rinage des Ermites, si cher aux Fribourgeois. On mei^aça de tiret sur quelques membres de la famille Praroman , qui , malgré la défense, continuaient à circuler partout, quoique Tuii d'éu^ ^'^^ atteint du mal. On suspendit I^ ireddition de$ compt/es des.coAyeoSi l'envoi d'un député à la diète, On renonça même au graiçKl dîper de dédicace aux Capucins *.

Les Jésuites et les Augtistins, tinrent, dans ce temps de calamiti publique , une conduite tout opposée. Les premiers s'offirirest spontanément au service des malades , les seconds s'y refusèrent, lorsqu'ils en furent requis. Pierre Haas, notre curé de ville» se

1 Cet usage ne parait avoir cewé que vers le milieu du siédle passé.

CllAPITIIB IX. ' 311

dfStmgfiia ëgateniait par son dévotiement* Par reccmnfamanee» on loi fit cadeau d'un cbar de vin et Ton fit apprendre an ntôer an jenne Prançe» M aoron , qui avait consfamment porté la lanterne aa service des moarans. L'épidémie ne cessa lout-è-^it à Fribonrg qu'en J640.

En 1614 nne dépota tton bernoise vint à Fribourg proposer on renouvellement d'aitiance et en même temps se plaindre de ce qoe noos tolérions dans nos murs un Seigneur boorgoignon, nommé Watteville^ qot prenait, sans y être autorisé, le titre d'Evéque et Comte de Laosanne. Ce Prélat descendait en effiBt de la branche des Watteville de Berne , qui , à Tépoque de la réformation , s'étaient retirés en Franche*Goâité. Il était Marqois de Verdoix et avait été promo à Tépiscopat par Faol V, sûr la recommandation de M« de Vitelle, ambassadeor de Savoie. Fidèle serviteur de eette puissance , il s'était caisse la jimbe à l'escalade de 4jenève, et ce fut peut-être^ cet accident qui l'engagea à se faire prêtre. Il fit ion entrée à Friboorg en 1613. On sonna neuf fois en son honneur , dit le manuaL

La dépoli^on bernoise fut aiscoeillie avec convenance et on loi promit que la réponse ne se ferait pas. attendre. On laissa pourtant s'écouler quelques semaines. Alors FAvoyer Diesbaeb, le Bourgmattre Gottrow, le Banneret Buman et Pancrace Python se rendirent à Berne t où il ne leur fut pas difficile de justifier le se* jour de l'Evêque. Mais ils éludèrent le renouvellement d'alliance^ aoua jirétexte qu'ils regardaient celle-ci comme perpétuelle et que Fribonrg n'y avait jamais contrevenu. Quand les Bernois nous écrivirent une seconde fois à ce sujet, leur lettre resta sans répcw»e t.

C'était trabir des dispositions malveillantes qui empêchaient les Bernois dé désarmer et qu'ils attribuaient, ainsi que la demande dti partage, aux Jésuites et au Notice. La conduite des prènfnters,

< Tillier ad annom 1614.

8 iS SECONBiB PÂSkTïB.

iam ka «ffinres du V«laîfi i, poiivail josiifi^ een soBj^ns* Quant 9M N<)a€0^fil «st certain qm'U nous avait écrit ,iK>iir:noi9s «docu* n^^ dans la rédaBAatîan du partage, fieroe. contimiaU dans ses anoamaos Qt hwmWt ^'^f^ iocpiiétant» noua demanda la fidèle suryeillaoce (1618).

C^ re^liiBiitimeiia mal contenue éc^lAtérent entre )<ea^eoi GaatoBS^ aa sujet des troubles d'EetialleBs» en 1619. Gette gfaveafflaire faillit allomer une guerre fédérale et fiia à on. haut degré l'attention desp^is^apoes- Nous^b parLeroi^s avec <pielques détaib, parce qœ Tillier n'en donne point II place même etrooémeot ces faits en 1618. . , .

E<^allens est, comme on aait, le chef-lieu d'un grand district dans le Canton de Vaud» situé au centre du pays, et 4lù, aujeur** d'hni encore , le tiers des faabttans professe la religion cdtholiqiie> C'était autrefois un des qaatre bailliages mixtes , gouven^ptf Berne et Fribourg» jaloux l'un et l'aolre d'y faire triompher kitr culte respectif A

L'agitation remontait à Tannée 1 602. Un impôt extraordinairefoe voplut lever Fiibooi^ pour L'achat de cierges > méconiéttla la popiii^ tion» surtout les réformés 3, etla disposa à demanditr a TEtattleBme que la votation confessbnnelle eût Ben :^cequ'on appelait élf^rs passer

^ L^Espa^e, alors en possession da Milanais , travaillait à détacher le Valais de la Frmco et à s'en faire im allié. « Elle se promK A'en Tenir é bout par le moyea » des Jésuites que le feu Ëyesque de Sion favorisant l'Espagnol introduisit aux ^' 9 xaîns de Sierre et Couches et les eust mesme recen dans Sîon , si les habitaûs ea p eussent es^ d'aoeord. Ck)s P^es , ayant passé i^el^iies années «m dit fConcjM» » avalent, dés Tan 1612 , moyenne cette alliance tant recherchée , laquelle fatjnyt rée en 1615, Et lors les dits Jésuites , après avoir fait leur coup ; se retirèrent do B dit pays de Gonches. » Voy. dans le premier volume de rArçhive de THistoire Suisse la relation de Fambassade de M. de Castille en Suisse , en Tannée 1616. — > Le cas suivant montre comment ces malheureux pays étaient administrés. Deox communes italiennes , qui avaient plaidé en première instance , s'étaient arrangées à Famiable, par le moyen d'un arbttrage, en évitation de firais^ Le syndiicatles eondamna à 2000 livres d'amende, parce qu'en ne suivant pas leur appel , elles avaient frustré leurs jugées naturels de leurs droits. -« ^ Dass die gewesenen Amplfit zo Tscjliârlitz die Beligionsverwandte Unterthannen daselbsten zu ungebruchlichen uad ungewohnten Steuweru und Aufflagen habend halten und vermogea woUen. Leltie de Berne à Fribourg du 22 novembre 1602.

^OltlTBB IX. SIS

le plus. MesftdgoeQraA'altribiiérent cette démarebe qu'aux maelii* nations des préâV^ans et ordonndreiit ape enquête à ce SQJet. Les commissaires forent accusés d'avoir toqIo provoqua la eony^* sion des réforoaés, par des promesses et des menaces, de ienr avoir même fait prêter serment qu'ils ne réclameraient pins ta votation.

Berne prit en main la cause de ses coreligionnaires et écrivit à Fribonrg une lettre très-acerbe, où tous ces griefs étaient formulés. Elle finissait ainsi : «t Nous voyons bien où tendent toutes » ces. taquineries : vous croyez par là nous forcer la main et ob- D tenir le partage des bailliages, Mais désabusez-vous et croyea » bien que jamais nous ne céderons sur ce point i. »

Fribourg invoqua , pour sa justification , la clause des traités» qui défendait les intrigues. <x Nos commissaires , dit-elle , n'ont eu x> recours ni aux promesses, ni aux pienaces. Ils ont fait Taumône, » il est vrai , à un prêtre nécessiteux et ^ quatre orphelins. Ce ne x> sont point là des largesses corruptrices.

x> Nous avons recommandé la paix à la population , qui , nous )» le savons; n'eut jamais songé à demander le plus, sans Tinstiga- » tion des prédicans. Ce serait plutôt à nous à vous reprocher » d'avoir appelé à EchaUens des gens qui n'appartiennent pas à ce » bailliage; d'avoir, à Yvonand, exclu de la votation ceux de » Cheiry; d'avoir cherché à imposer à nos sujets par l'appareil » d'une nombreuse légation. Nous pourrions relever les paroles » adressées par votre bailK à ceux de Panthéréa » quand il leur y> dit : allez à tous les diables , parce qu'ils protestaient contre » le plus.

h Quant aux croix, qu'on nous reproche d'avoir plantées, vous y> le savez vous-mêmes , elles devaient servir de limites , et voua )) ne vous êtes jamais opposés à ce mode de démarcation.

1 Da sy aber woM wttssen nud far sicher halten soUend dass wir dieselbig (Tbeylong) jnimmermehr ^estatten, sandeni mit sl^ifen gemiith uad torhaben bey derselbigen und dem durcb gemeine Ëydgenossen darOber gegebeiien Aussprucb st^tig verharren , leben uod sterbea werdcn.

314 SBCONDB PABTIB.

» Noas protestons contre les dénominations injurieuses àUdo^ » latrie et de superstition; car notre coite est la véritable aiif> eienne ?eKgion catlioliqne i. ^

Le9 choses en restèrent là et la votation demeura suspendue. Mais les Bernois « plus influens , y faisaient depuis longtemps une propagande sourde et poussaient surtout la population à réclamer celte votation confessionnelle qui, jusqu^alors, avait toujours tourné à leur avantage. Leurs agens les plus dévoués étaient, à Panthêréa, le curial Panchaod, d'Echallens , Jean Bourdet, rëgeot, et Jean Dumont, domicilié à Lausanne ; à Polliez, Benoit Pauchard , son fils Jean et trois prédicans ; dans la paroisse d'Assens* P. Cuendo , le Sieur d'IUens , le juge Copin , Jean Udry (tons de Lausanne), le prédicant Page de Goumoëns, Etienne MarcfaaBd, greffier d'Assens , Paul Léonard de Chavannes , etc.

Dès que ces meneurs purent préjuger un résultat favorable, ib demandèrent formellement la votation au Sénat de Berne , qui s^eiDpressa de la décréter (1619)^. Ce fut un coup de foudre pourFribourg. Le bailli reçut incontinent l'ordre d'aller aux informa(ioB9 et de signaler les agitateurs. On le fit assister par les généraos Gerwer et Python. Notre député en diète , Lamberger , fut chatp d'informer les Etats catholiques et l'ambassadeur de France de ce qui se passait.

Les délégués i Echalleng mandèrent bientôt que l'affaire était encore, plus sérieuse qu'on ne l'avs^it cru, que les députés beraois étaient attendus d'un jour à l'autre , et qu'à moins d'une énergique et éclatante opposition , le culte catholique courait le plus grand risque* Ils priaient en même temps qu'on leur a(yôignît quelques hommes qui pussent les seconder et qu'on leur donnât des instroctions par écrit. On délégua à Berne, sans perdre un instant i TA-

^Lettre du 9 décembre 1602. — 'Dans la pétition présentée par PattchaHd,U était dit que ce qui la motiyait surtout , c'était la vie scandaleuse des prêtres d'£chaUens.

voyer Dtesbaeh^t Jacques ^ttttaa. Ib aéraient fèetamér contre la TOtation, en: âpp^er au Moès de Solenre^ qui Tava^ abrogée, et, au Besoin, déclarer ijiie FriJ^rarg était décidé à Diainlemrsee sujets dafts la vraie foi. lis devaient en outre demaiider le cbÂti* ment de ce Paûchaud , qui , par ses intrigues , compt^omettait ht bonne înteHigence entre tes deux villes*

Ces députés se présentèrent le mercredi 7 août devant le Grand Conseil de Berne et y formulèrent leurs plaintes. Pour toute réponse on leur dit /après la séance, que la votation avait été décidée et fixée au lundi suivant. Les députés! friboiirgeois protéstèreffitavec beaueoiq» d'énergie, .parce que la demande du plus aviaitété^ provoquée par intrigue, contrairement aux traités^. Cette protestation fut communiquée h Tambassadeur de France , Miron, et à la diète, par l'organe de. Henri Lamberger.

Pour prévenir l'attentât , on députa en même temps à Ecbaltens deux Conseillers , deux Soixante et deux membres des Deux-cent. Le choix tomba sur le colonel Féguely, M. Buman, le capitaine Heid, P. Reiflf, cadet, Rodolphe de Foreî et sur le bailli tout récemment nommé, Daniel de Montenach. Ils furent munis de pleins^ouvoirs pour agir de concert avec les deux généraux, comme l'exigeaient rkonneur de HieUy la conservation de la %>raiefoi et la réputation de Mes seigneur s. Ils devaient surtout encourager 1^ catholiques, les engager à ne pfendre aucune part au plus , protester contre , si nonobstant il devait avoir lieu , et faire comprendre aux fauteurs des troubles qu'on saurait un jour ^ les atteindre.

On écrivit aussi à Berne pour protester une seconde fois, se plaindre de tels procédés et menacer d'un appel à l'intervention étrangère.

Berne répondit avec cette orgueilleuse assurance que lui.donnatt le sentiment de sa force plutôt que celui du droit, que la demande du plus avait été formulée spontanément, proprio motu^ spiri^

316 SKCON0S PAETIB.

iuali ei interno » et non proroqnée par des intrigues qndcdnques. « Vous emsiez pa , ajoutait la réponse ^ nous épargner des repro- » ches et des soupçons inconvenans. Tout ce qui s'est fait» nous a Favons fait i teneur des traités. Il n'y a U ni innovation, niin- » justice. Vous invoquez en vain le recés de Soleure et le décret » de partage. Nous ne Tavons pas accepté et ne Taccepterons ja- » mais. Notre décision, quant au plus, est irrévocable, et, avec » Taide de Dieu , nous saurons la faire exécuter. Vous répondre! » seuls de tous les maux qu'entraînerait une ré^i9tance irréfléchie. »

On résolut d'attendre le rapport de Lamberger et des nouvelles ultérieures d'Echallens. En attendjutt, on se mit en pneition de purer à une attaque éventuelle , car des rapports menaçans arrivaient de tous côtés. L'Avoyer d'Estavayer mandait que le bailli d'Yverdon et autres du voisinage s'étaient rendus à Echallens, avec tous leors vassaux , en déclarant qu'il n'y aurait ni paix ni trêve que les croix et les autels n'y fussent abattus. A minuit , un courrier s'était fait ouvrir les portes d'Yverdon , pour annoncer que 700 LausaDOoi^ se portaient sur Payerne et qu'à Bfoudon il y avait 300 horsa^ sous les armes.

Vrais ou faux , ces bruits révélaient assez la gravité des circonstances et commandaient des mesures de précaution.. Les Bannereis * firent Tinspectien des remparts , le capitaine d'Affry et Jean Heifiricher celle des portes. On inventoria les munitions.

Au jour fixé , les députés des deux Cantons se trouvèrent es présence , dans ce bailliage où ^ambition allait remuer si violemment les consciences. Les Bernois déployèrent l'appareil le plus imposant. Leur cortège se composait de plus de 100 chevaux ^. On se rendit à Panthéréa, les Fribôurgeois par Echallens, les Bernois par un autre chemin. Un grand nombre d'étudians de Lausanne s'étaient joints aux premiers^

*■ Die mit ihren Vasallen und Machl za Fuss und Ross gepranget, gestoizirt od^ gctniUt. A. G. MaQ. da SOaoAU

CHAPITRB IX. 317

La YotatioD eut lieu le 12 août, en faveur de la réforme. Vingtquatre méhaged, eonâre six, décidèrent que la messe serait abolie, les images abattues , ainsi que les croix , cet antique et touchant symbole du plus sublime dévouement. A Polliez , la majorité fut plus granda encore : l'opposition ne compta que quatre catholiques et un luthérien. La profanation de Téglise suivit de près. On proposa au curé une place de prédicant, et , sur son refus , son traitement fut supprimé.

A Assens, par contre, la votation ne présentait pas de chances aussi favorables à la réforme. Aussi les Bernois n'insistèrent-ils pas pour qu'elle eut lieu, dans l'espoir qu'il se présenterait une occa- ^n plus opportune. D'ailleurs, ce village ne demandait pas le plus, bien qu'on y eût appelé des Lausannois qui y possédaient des ^opriétés.

Liés par des traités dont le texte les frappait d'impuissance , nos députés , pendant ce triste drame « durent se borner à de vaines {)rotestations. Les Bernois répondirent en s'appuyant sur ce texte et sur ce qui s'était passé précédemment à Orbe , Granson et Morat. Fribourg porta la peine de la faute commise en 1538 et de sa trop généreuse confiance dans le sur-arbitre réformé, qui avait prononcé en faveur de Berne en 1554. Aussi, dit le manual, en répondra-t'il dei^ant Dieu au jugement dernier.

Les députés bernois, joignant la dérision à l'ivresse d'un triomphe facile, ne voulurent point quitter le champ de bataille sans porter un toast à ces rivaux, avec lesquels ils venaient d'échanger tout-à-l'heure des paroles si amères. Nos députés durent encore subir l'humiliation de boire un coup ^ avec eux.

Telle fut l'issue de cette fatale journée qui aliéna deux beaux villages au catholicisme et donna un dangereux exemple aux autres localités do ce bailliage. Cette nouvelle déchéance de Van^

* Termes da maniial.

318 SEGOUM PARTIE.

cieo ealte est sans 4oQte bien fake pour navrer an wiS toot ccèor catholique 9 et nous 6(»ttmes Uén éloig^s d» vouloir justifier la eondnile des Bernois ^ns cette affaire. Mms en ne^ni dîseonvenir que k lettre du récés èlait poor eux : ce eruél aveu fat arr^hé à nos défailles mêmes , et cette conviction dot néçeasakement paralyser leur résistanee ^.

Fribourg n'accepta cependant que provisoirement le fait accompli et se berça du chimérique espoir que la diète et même l'étranger viendraient loi aider à reecmqnérir, par la force des armes, ce ^'il avait perdu par son imprudence. On voafait ao moins prévenir le retour de pareils attentats ^ conserver encore ce qui restait de catholique dans les bailliages mixtes. Le graad cheval de bataille était toujours le partage de ces possessions communes ^. Depuis vingt ans , Messeigneurs poursuivaient ce projet, et ils crurent, après les événemens d'Echallens, devoir redoubler leurs efforts. Lamberger fut chargé de s'adresser encore une fois à la diète et d'animçir, en particulier, les Etats catboU' ques et l'ambassadeur de FrancQ. Il devait assurer les pT^Q^ic^ que les 4000 bommep qu'on ferait alors passer par la Suisse, ie l'Italie en Allemagne, au secours de Tempereiir, ferment une diversion en leur foveur. Une diète extraordinaire fut. en effet çenvoquée à ce sujet En attendant , les Gantons catholiques écrivirent à Berne avec menaces , pour que le statu quo fût rétabli à Echallens, et, quand la diète s^ouvrit, Mîron prit ouvertement notre parti , pour se venger de ce que Berne avait retiré ses troupes da service royal K

^ Les termes de cet aveu sont clairs : Die Herren deputirteo haben sich in deA Vertrâgen nnd Abscheiden eiteben, nndbeftnden, das^nnsefess Mitbturgrerdb/» K«rtrœgen zuwider nit gehandelt. Man. dn 19 août 1619. — ^ Messeigneurs l'appelaàeAt ttn ^xtisige 4(fuitable 9 diuin^ fraternel Mine biUige» goMli^be , 1>riidei^cbe Theilung. Man. du 24 octobre. — 8 Ce différend a bien échauffé ceux de Fribourg et rendu grandement Espagnols pour la -liaine des Bernois auxquels, à ce maijetet de M. de Lonjg^ueville , j*ai dénié les distributions et pensions aecofitumées. Mais ceux de Fribourg ont cette obligation à S. M. que leurs droits ont toujours été soutenus et défendus par ses ministres et les raisons portées jusqu'à Rome , dont ils se tiennent grandement obligés i S. M. Relaiian de M. de Miron.

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