CHAPITRE IX
n'avait ea lieu , et déclara on méoie temps que sob inteiitioii n'avait jamais été d'user de violence » mais de respecter les traités, ce qu elle avait toujours fait.
Fribourg consentit à l'enquête proposée y^ toutefois seulement pour ce qui concernait l'intrigue et non pour connaître les adbé-^ rens et les adversaires du plus. Elle veut bien accepter aussi l'intervention des députés ; mais si Berne s'y refuse » elle insiste sur le partage des bailliages. Nous demandâmes en conséquence que Berne fût tenue de donner à ce sujet des instructions à ses représentons à la prochaine diète.
On sait combien , en présence de telles dispositions i de part et d'auire , toute tentative de conciliation devait échouer. Berne surtout se raidit avec une indomptable arrogance et qne ténacité qui devaient lui assurer un triomphe définitif* Elle fit plus : elle arma avec fracas. Il y eut des revues militaires à Thoune et à Chàteaud'OEx. Des mouvemens inquiétans se firent sentir dans le Simmentbal. Le bailli de Bellegarde sollicita, avec instance, un secours d'hommes , d'armes et de munitions.
En attendant, l'exercice du culte catholique était proscrit dans le bailliage d'Echalleps, et» n^lgré que nous y eussions envoyé un Jésuite , Fribourg dut presque regarder ce fait comme accompli, lorsque Luceme lui écrivit, sous date du 4 avril 1620, qu'il avait peu d'espoir de lui donner gain de cause , et que la France parut vouloir borner son intervention à de stériles conseils.
<x Accommodez-vous , disait son ambassadeur. L'amitié seule, » me porte à vous donner ce conseil. Gardez-vous d'aller vous p mettre en guerre. Messieurs de Fribourg^ bien que vous vous x> reposiez sur la multitude de vos alliances , vous feriez mieux de x> voas en passer et de ne cultiver que celle du Roi. Messieurs de I» Berne, renoncez à votre plus^ en religion, xhose si étrange, que K> jamais elle n'a été faite que parmi vous. Considérez que nemo » tenetur stare communiter. »
3^ 8EC0NDB PARTIE.
La gaefre n'eut pas lieu , mais Berne 6a\t par exiler les catho* liques des deux parobses de Panthéréa el de Polliez-Grand.
Des troubles bien plus graves encore agitaient les régions orientales de la Suisse. Là, aux horreurs de la guerre civile, se joignait l'invasion étrangère. Le sang coulait à grands flots, et l'incendie ne s'éteignait sur un point que pour reparaître plus dévorant sur un autre. On devine qu'il s'agit des troubles des Grisons, assez orageux pour que Fribourg en ressentit le contre-coup. L'Espagne, la France et Venise se disputaient avec acharnement une influence désastreuse dans ce beau pays. Les quatre Cantons évangéliques prenaient le parti de Venise et de la France , les Cantons catholiques celui de l'Espagne. La crainte de voir les dangers de la religion s'augmenter faisait taire chez ceux-ci les inspirations d'une saine politique , et ib virent , sans s'émouvoir , un fort menaçant s'élever à l'entrée i& défilés qui débouchaient dans le Milanais. Peut-être même espéraient-ils en tirer quelque avantage aux jours du combat, cxtH empêcherait les Grisons réformés de venir au secours de leots coreligionnaires. Les auxiliaires , envoyés par Berne et Zurich poûT soutenir le parti réformé, durent faire un long détour, les Gantons catholiques leur ayant refusé le passage. Friboarg , alors aoi prises avec Berne pour Echallens , n'apprit pas sans une secrète satisfaction le sanglant désa^re des Bernois à Tirano , où tons les leurs périrent , hormis un seul K Pour comble de calamités , TAutriche intervint aussi , dans les Grisons , à main armée. La cruauté de ses généraux poussa la population du Prettigaa au dernier désespoir. Elle réussit à chasser les Autrichiens. Mais cei^x-ci ayant repris le dessus , ce malheureux pays fut presque anéanti ^.
Dans cet état de choses , les Cantons catholiques demeurèreit
1 Le 26 septembre 1620, Reiff et d'Àffiry , alors dëpatës en diète « s'étaient efl pressés de communi<iuer cette grande nouvelle. — > Voir les détails de cette go^^ épooyantable dans le Gonscnrateor suisse , tome VI , édition de 1814.
CHAPiTAS n:« ' 323
sourds MX pressantes sollfcitâtions de la France qui tenait à la conservation do la Yakdine. Le Pape et le Nonce s'opposaient à ce qu'ils la secourussent. Us crurent cependant faire une immense concession en consentant, en cas de besoin» au passage des troupes bernoises. Mais lorsque Berne eut recruté dans les bailliages mixtes, Fribourg en témoigna un yif ressentiment, sans cependant s'opposer au retour de ces troupes par son territoire.
Ce fut à cette occasion que Bassompierre s'emporta contre les Jésuites, quHl accusa de s'ingérer dans les affaires politique, d'intriguer contre le passage. des soldats français, d'avoir entravé l'adhésion de Fribourg et de Lucerne à la déclaration touchaiit la Valteline , d'avoir cabale contre la France , etc. Mais les RR. PP. obtinrent de Messeigneors un témoignage du contraire ^ ; ce qui rappelle assez l'histoire de Lamberger.
Snr ces entrefaites , les députés des Cantons catholiques et du Valais vinrent à Fribourg pour y renouveler l'alliance dé 1533, au sujet du maintien de l'ancien culte. Cette solennité s'accomplit, avec une pompe inusitée , dans nos murs ^» Les députés des Cantons furent reçus à la Singine , ceux du Valais à Schwarzenbourg. Les deux députations se réunirent à Marly. On avait mis sur pied 2OO0 hommes, sous les ordres de François d'Affry, capitaine. Cette troupe, s'étant réunie sur les Grand-Places , se rendit au Srouch et s'y échelonna en parade. L'Avoyer Nicolas Diesbach , avec sa suite, les y suivit de près pour complimenter la députation. a II faisoit beau voir , dit la relation citée , ces soldats en leurs ar-
' A. €. Mao. du 8 octobre 1626. — ^ On en trouve la description à la fin da manual de 1623. Plusieurs copies en circulèrent dans le public , et , pour donner plus de relief à «ette puMication, l'auteur fribourgeois lui donna le titre : Court d succint , mais très'-véritahle discours , comme la république de Fribourg en Suisse reçut, le 22 octobre 1623, tes Seigneurs députés des Cantons catholiques et Seigneurs Valaisans, pour le rafraîchissement de l'alliance ^ le suiet d'icdle d la solennité tenue pour la jurer , par Etienne de la Grange, Lyon % 1623 , aTCC vue dédicace à Messeignenrs. — La chronique Gady lui donne cet autre titre : JCHscourset récit d*un Fribourgeois ^ sous lé nom d'un étranger passant t de la réception i etc.
394 SEQOIIINB PARTIE.
]» mes , les piquiers habîUéa de corselets laîsaiits comme miroir, 1^ belles espées, la plupart dorées, ai^ntées ou garnies à la Se^e, D d'argent ^ , leurs chausses découpées à la moderne et à l'antique x> façon , les morions garnis de beaux panaches de toutes coolears, i> qui les faisoit représenter son soldat. Les mousquetaires foomiâ x> de tout ce qu'est requis et nécessaire à un braye et valenreai ï> soldat, belles bandolières, mousquets bien polis , les bois riche- ]» ment avec ossemens élaborés , panaches , cordons de chapeaux, i> forchettes ornées de la couleur de la ville ou de la préfecture de ]» laquelle chaque soldat était ressortissant. »
Après plusieurs salves et mancsuvres, le cortège se mil en mooyement vers la ville , au bruit de l'artillerie qui tonnait de toutes les tours. On avait tiré de l'arsenal 36 canons dont le moindre avait un calibre de 8 , le plus gros de 35 livres de fer.
Les troupes se rangèrent des deux côtés de la Grand'me, depuis l'auberge des Chasseurs jusqu'au tilleul, en deux hâtes ^aa milieu desquelles la députation défila avec 300 chevaux.
A l'audience du lendemain , on rappela entre autres les semces rendus par les Jésuites , partout où ils avaient été reçus.
Tout le monde se rendit à l'église collégiale, dont le chœor était couvert de tapisseries conquises dans le camp bourgaignoD, à la bataille de Granson. On en voyait une , entre autres , composée de divers feuillages, avec les armes du Duc. Une autre, qui avait été donnée par l'Avoyer Heid, représentait, en plasieors pièces , l'histoire de Joseph. Le mattre-autel , richement décoré, resplendissait des feux de dix candélabres de bronze. La trame el le filet du devant d'autel étaient d'or , la broderie fort relevée à bosses, ornée de perles et pierres précieuses, aux armes d'En* glisberg. On remarquait encore le tableau de la Ste Trinité , une
i Les anciens Soisses ne connaissaient que le fer. Par contre, ils ne Tendaiest pas lenr liberté, ils la défendaient.
CHAPITBB nt. 325
madone d'argent, nne statae de St Nicolas, do même métal, une croix de jaspe et quantité de relique».
Ce fut le Jésuite Gollanrath, qui prêcha, et le Nonce officia, au son d'un brillant orchestre. Après l'office , il octroya à tous les assistans 7 ans d'indulgences.
Pierre Montagne (Montenach?) lut ensuite à haute yoix Taçte d'alliance, puis l'on prêta serment. On chanta le Te Deum, au son de toutes les cloches , « qui bondirent de joie , dit la relation, ï> 22 canons , outre les campagnardes et mousquets à croc , faisant » d'aultre côté paraître que la solennité ne pouvait estre hono* » rable sans qu'ils fuissent de la partie. »
On dîna à la Maison-de-ville. La grande saUe était tendue de tapisseries des Gobelins , représentant « animaux , chasses , jardins, » palais , estangs , rivières et maisons de plaisance. » Â droite en entrant, on yoyait les écussons des Gantons catholiques , à gauche, teux dé l'Evéque , chapitre et dixains du Valais.
On avait étalé sur les bufiets toute l'argenterie de la ville , au nombre de 1500 pièces, c< subtilement travaillées, d'une incroyable beauté et valeur. »
Après dîné , on joua sur la place Notre-Dame , la comédie du Hoi SaiiL Le «prologue représentait le Roi des Scytes démontrant à ses enfans les bienfaits de la concorde, sous l'image d'un faisceau de flèches. Pour la clôture , le frère Nicolas de Flûe vint prêcher l'union , et le tout se termina par la distribution ordinaire des pr^ aux écoliers.
Tout ceci était fort beau : une seule chose manquait à ces brillantes images : la vérité. On prêchait la concorde, tout en couvant des pensées de guerre , et faire intervenir Nicolas de Flue , à la veille de jeter le gant aux réformés , c'était ajouter la dérision au mensonge.
On eut à regretter la mort du portier de Bourguillon , qui, par
336 SBCONM PARTIE.
imprudence , mit le fra & une masse de poudre. L'explosion fit sauter sa demeure : présage sinistre des maux que le fanatisme allait attirer sur la patrie i.
Il secouait ses torches incendiaires sur tous les points da sol fédéral, agitait toutes les consciences, et telle contestation, qui eftt été facilement aplanie en temps ordinaire , puisait dans les antipathies confessionnelles un caractère de haute granté. Les querelles se multipliaient, surtout entre Fnbourg et Berne, et entretenaient une irritation qui allait toujours croisant Il faut hien le dire : c'était Berne qui prenait presque tonjours l'initiative des taquineries les plus ignobles. Aii^i, les vins que nous achetions en Savoie, ne pouvaient pas traverser le pays de Vaud, sans payer un droit de transit Nos ressortissaas, qui passaient par le territoire bernois , étaient exposés à tontes sortes d'avanies. Deux prédicans ayant été arrêtés à Soleure (1629), les Bernois osèrent de représailles sur deux capucins friboorgeois. Un jour , le bailli d'Oron fondit, à la tète de 100 hommes ano^^' sur le bois de Sévaz 3, que revendiquaient les Bernois, et) abattit une quarantaine d'arbres. Je passe sous silence une foà d'autres tracasseries. On se croyait chaque jour à la veille d'une rupture ouverte.
Les affaires de la Valteline occupèrent encore la Suisse pendant l'année 1626, jusqu'à Tacceptation du traité de Monçon p^^ les députés des sept Cantons catholiques assemblés à Soleure, le 4 janvier 1627. Berne déploya, dans ces circonstances, beaucoup d'énergie , tandis que Fribourg conserva une attitude passive. C'est qu'il s'opérait depuis longtemps y au sein de notre République, un travail d'incubation, lent et progressif, qui finit paf enfanter le patriciat. Ce fut en 1 627 que la délivrance eut lieu
* La dépende fhite, en ville et à la campagne , à l'occasion de cette fête, s'élevi à 465 Uy. 18 sous, presque entièrement pour les divers repas qui eurent Uea dans d'autres auberges que le Chasseur, ^ ^ Entre Attalens el Gliâtel.
Hais noas avons cru devoir coasacrer qaek|tteci pages apéeiaies aa dévelappemeat de cette grande institutioa. Avant de Taborder » Dous cloFons la série des événaoïeDS qui se succédèrent josqa'à la paix d'Osnabruck.
L'odieuse et violente occupation des Grisons par les Impériaux^ en 1629, mit toute la Suisse en émoi. Dans ces tristes circonstances» l'arrivée du Maréchal Bassompierre » que le Roi de France nous envoya pour ta seconde fois, fut accueillie avec transport. 11 passa par Payerne et y fut complimenté de la part de fEtat de Fribourg, le 21 avril 1630, par Jean Lènzbourg, bailli deMontagny. Les Gantons de Zurich, Berne, Glaris, Bâie, Fribourg, Soleure et Âppenzell accordèrent une levée de 6000 hommes, dont on forma deux régimens, composé chacun de 10 compagnies de 300 hommes t. L'un de ces régimens fut confié à François d'Affry, Gonseiller de Fribourg, tout dévoué à la France. Quatre compagnies étaient en outre commandées par les capitaines Diesbach , Montenach , Python et Week ^. Cette troupe servit, sous les ordres du Maréchal de Marcillac, sur les frontières de la Lorraine. Mais l'ennemi s'étant tourné d'un autre côté , le régiment fribourgeois fut licencié au mois de septembre ^.
Un simple chasse- gueux , comme on les appelait alors , nommé Périllet, mit Berne, Soleure et Fribourg en émoi, en répandant de faux bruits sur les intentions hostiles des Bernois contre les deux autres Gantons. On mit à ce bavardage assez d'importance pour que trois députés bernois vinssent à Fribourg donner et demander des explications dont le verbal fut de suite transmis à Soleure. Le calomniateur fut traîné au gibet sur la claie , roué vif, son corps jeté au feu et la tête placée sur une pique tournée vers la ville *. Les secrètes négociations des Gantons réformés avec les Suédois avaient peut-être donné lieu à ces bruits.
4 Chronique Lenzbourg. — 2 ibid. — » IWd. — * A. C.
3S8 SECMIIB MATfB.
L'Aotriche a?ait atteiat Tapogée de sa pvîiiaaee etabunit de sa position pour opprimer TAUraiagDe et inquiéter ses yotsins. La Providence fit sorgir do Nofd et de TOoest denx grands génies qui l'écrasèrent, RicheUee et Gustave- Adolphe. La Suisse se résigna à garder une prudente neutralité et à rester simple spectatrice de la grande lutte qui allait s'engager , mais résolue de repousser, avec énergie, toute agression, de quelque part qu'elle vtnt. Cette attitude , digne de la Suisse antique , lui mérita l'estime de l'Europe.
Mais il loi fut plus facile d'imposer aux armées belligérantes que de comprimer , dans son sein , les troubles suscités par la question religieuse, toujours prête à rallumer la guerre civile. Une querelle de ce genre fut appaisée, entre Zurich et St.-Gall, par les Cantons de Berne, Bâle, Fribourg et Soleore, soasles au^ices du Duc de Rohan. Une autre, bien plus sérieuse, entre Berne et Soleure, provoquée par quelques patriciens de ce dernier Canton, occupa trois diètes successives, et l'harmonie ne fut réUblie qu'avec la plus grande difficulté (1633).
Le capitulât de Milan, qui avait été conclu en 1587, entie Philippe II et les Cantons catholiques , moins Soleure , et auquel accédèrent par la suite Appenzell-Intérieur et l'Abbé de St.-Gall, fut renouvelé avec Philippe IV, le 30 mars 1634, tel qu'il avait déjà été confirmé à Lucerne, 30 ans auparavant ^. Les parties contractantes y stipulèrent quelques articles additionnels en faveur de l'Espagne, sans égard pour la France. Ces concessions, faites évidemment contre l'intérêt des Cantons réformés , devaient affiûblir encore davantage la confiance réciproque ^. Trente ans plus tard l'Infant Don Carlos accéda formellement à ce traité s.
Un Fribourgeois offrit , vers ce temps , un exemple remarquable de fortune militaire. Pierre Kônig, plus tard Baron de Billenset
* Chronique Lenzbojirg. — « Burgrechte ond Pântnisse der Sladt Freyborg. — » ttid.
OBAFITRB n. 329
à^of&tf avait moi^ré dé boûne heure im goût pronéncè pour la vie aventureuse des camps et la cairidre déjà suivie par son pérè et son. aïeul. Tout-4-ceup ou apprend quil sert en Autriche, en qualité de lieutenant-colonel dans le régiment de Lodrdn. Ses relations avec sa patrie devinrent i dés ce moment , plus fréquentes. Il s'était ev ichi à la prise de Hantoue. Ce fot lui qui força les Suédms de lever le siège de Gonstmce. Il nous avisait secrètement de tons les mouvemens de leur armée campée aux frontières de la Saisse. En 1630 il|fit une espèce d'entrée triomphale à Fribourg, accompagné de plusieurs bourgeois récemment anoblis. On le reçut, comme Heid, aux salves de l'artillerie et presque avec le^ mêmes honneurs qu'on eût rendu à un Prince suzerain , tant le prestige de la gloire militaire fascinait alors les peuples^ P. Kônig sut en tirer profit pour conquérir une espèce d'indépendance personnelle et braver des usages religieux , alors généralement respectés. Sa maison était desservie par des réformés , il faisait gras en carême et souffrait que ses fermiers de Grangettes en fissent autant t au grand scandale de la ville. L'autorité diit intervenir , sans toutefois trop gêner l'orgueilleux homme de guerre. On ne permit l'infraction de l'abstinence qu'à lui seul et en secret , à l'exclusion de toutes les autres personnes de sa maison , sous peine de 30 écus d'amende. Kônig s'était justifié du soupçon d'hérésie , en prouvant qu'il avait constamment servi des Princes catholiques , pendant 23 ans.
Nommé plus tard Gouverneur de Lindau » il défendit longtemps cette place ; mais s'étant brouillé avec le général Ossa » et celui-ci l'ayant accusé d'avoir voulu attenter à ses jours, il fut arrêté, avec son secrétaire Antoine Python , puis enfermé seul dans le fort d'£hremberg en Tyrol, sous la garde des paysans. L'Etat de Fribourg se donna beaucoup de peine pour obtenir son élargisse*menty par l'entremise de l'Archiduchesse Claudia et celle de tous les Cantons catholiques. Le Chevalier Monfenach fut envoyé à ce
âSO SBCOHBB PAftTU.
Sujet en Allemagne ^ le médecin Gottran et Jean Boccard à Inspraek» Jean-Jacqoes Buman à Vienne. Celni-^ci aanonça te prochain élargissement de Kônig, par ordre de TEmperenr» Mais il parait que le grand crédit d'Osaa parirint à le Caire ajourner, car Kôoig fut transféré à Ratisbone » pour y être jugé par un Conseil de guerre. Il s'échappa » ne mît que trois jours pour lËtteindre la frontière suisse et parut inopinément, ^i octobre 1635, à la diète de Baden , qu'il remercia pour son intervention bienveillante.
Il s'était vanté que la France lui avait offert le bâton de Maréchal^de-camp. En 1640 l'Empereur l'appela encore une fois à Ratisbone. En 1646 il refusa une place de colonel au service de Milan. Il mourut , criblé de dettes , à Fribourg , où il fut deux ans Avoyer. Son frère Albert, mort en 1637, occupait aussi un grade militaire supérieur, sans doute au service d'Autriche, car il figura parmi les troupes impériales à la journée de Dessao, où Mansfeld fut défait.
Dans ces temps calamiteux , il ne se passait guères une ano^^ sans une alarme de guerre. L'armée suédoise avait déjà pénétti jusqu'au Porrentruy et même jusques dans le Canton de SoIear<^i traitant en ennemi tous les pays qu'elle envahissait ^. Les fuyatè afQuaient de tous côtés. Le 'chapitre de Bàle mit en dépôt chez nous ses archives et ses effets les plus précieux. Notre Gouvernement fit mettre sur pied un piquet de 1 00 hommes , sous les ordres de l'ancien bailli Schrôder. Déjà, l'année précédente (1633), les trois colonels Python , Week et Diesbach avaient reçu l'ordre de tenir leurs régimens prêts à être mobilisés au besoin. Oa\it venir à Fribourg l'Abbessé de Remiremont, tante du Duc de Lorraine, fuyant l'invasion. L'Ëvéque de Lausanne et la Prieuse de Nazareth ayant également sollicité un refuge , cette demande fut écartée. Le Gouverneur espagnol de la Franche-Comté obtint
^ Deux Fribourgeois , Nicolas Week et Pierre Kronmenstoll , arrêtés à Colffl>f par les Suédois , ne purent être rachetés que pour une forte somme. A. C.
. CBAPITIB UC. 331
le passage pour 1600 hommes qni allaient renbioer les Impériaux , laissant ainsi leur propre pays ouvert à Tarmée du Prince de Gondé.
Quand Biaise Melian vint remplacer , en Saisse , Bassompierre, en 1635, quelques membres du Conseil allèrent le complimenter à Domdtdier. Ce nouvel ambassadeur obtint des Gantons une le* vée de 3500 hommes , pour pacifier les ligues grises. On en forma deux règimens , chacun de huit compagnies de 200 hommes. Une conapagnie était commandée par Jean-Louis d'Âffiry. Ces deux règimens joignirent l'armée du Duc de Bofaan dans la Valteline, contribuèrent beaucoup à ses succès et reyinrent en Suisse^ après Vaccprd que le. Duc fit Avec les Grisons ^.
Pendant cette expédition, défense sévère fut faite aux troupes suisses 9 au service de France , de commettre la moindre hostilité contre les Impériaux. Le capitaine Roodella écrivait de Vaugirard, près Paris , que Tordre avait été donné dans le camp de Saarbruck, sous date du 27 juillet 1635, de s'en tenir à la défense du pays et de ne pas mettre le pied sur le sol de l'empire , sous peine d*étre traités comme déserteurs du seri^ice du Moi et re^ belles y d'être pris et appréhendés pour être leur procès fait et parfait et eux et leurs compagnies être traitées comms ennemis et infracteurs des ordres de S. M.
Une seconde levée de 12,000 hommes ayant été accordée à la France, on en forma quatre règimens divisés en dix compagnies de 300 hommes. A la tête de l'un d'eux fut placé François d'Affry, qui, déjà en 1630, avait levé un régiment au service du Roi 2, Sept compagnies de ce régiment étaient commandées par des capitaines fribourgeois. Ces troupes , bien que mal payées , servirent très-bien en Picardie, et, après leur licenciement en 1637,1e
^ GhronHine Lenzbonrg^. — ^ Ce soldat ne pourait s6 dépouiller de ses habitudes militaires , même eo plein Sénat , et il se permit un jour une sortie trés-inconvenante contre Jacques Buman et le Lanschryber Antoine Montenach. A. G.
332 sBGOKiffi vAxta.
rfigimènt Mohn^in ayant ëié conservé , on y incorpora qaelqves ^mipagnieft des rëgimens lieendéSt entre antres eeUes de Philippe d'Estarayer, Seigneur d'Âumont; d'Urs d'Estavayer, Seigneur de Lntty, et de Nicoli» Itlaillard, tons trois de Fribourg. Ce règi^ ment se distingua ans «iéges de St. Orner et de Renti K An reste, ce lieenciement s'opéra. noa^seolement sans Tavea, mais an grand méeofi^ntemeiit de la diète 3.
Ce fnt vers la fin de 1635 qne Tan des bailliages groyériens, en s'insnrgeant ouvertement contre le Gouvernement , faillit amener une grande conflagration » à l'occasion du droit de lods et de ventes , dévolu à Bfesseignears par la cession de la seigneurie de Bellegarde. Les ressortissans de ce bailliage , gens agrestes et peu instruits , interprétant erronément un de leurs anciens titres , par lequel le Sire de Gorbières les avait affranchis» en 1367, delà main-morte , refusèrent d'acquitter le droit de lods. Un Valaisao, espèce de boute-feu , les encouragea dans cette opposition , et 56 voix sur 58 décrétèrent , en assemblée communale , le ref05 de cet imp6t. Us avaient consulté quelques personnes de llJnterwald et même TAvoyer de Berne, à Spietz, et, bien qu'on leux eût conseillé la soumission , ils persistèrent dans leur refus , menaçant au besoin de recourir à la diète de Baden.
L'autorité, ayant tenté en vain les voies de la persuasion , tecourut à celles de la force et fit marcher des troupes contre les rebelles. Les détails des mesures qui furent prises à cette occasion se trouvaient consignés dans les manuaux de la guerre , et malheureusement ceux de cette époque manquent aux Archives. Les Jognois intimidés se soumirent. Le Gouvernement avait d'abord demandé communication des titres originaux s\ir lesquels ils fondaient leur opposition. Mais, craignant que roriginal, une fois qu'ils s'en seraient dessaisis , ne leur fût plus rendu , ils le firent transcrire par un scribe demeurait à Bœsiqgen , lequel s'en ac-
< Chronique Lenzbourgf. —^Tillier.
CHAPiTRB IX. 9S8
qaUta tant bim qoe mal Getle copie » informe et presque iÙisible» 9oiût toutefois poar éclairer le GouTernement sur le peu de fon^ dément d^ leurs prétentions. Bellegardeiat occupé militairement» une trentaine de conjurés forent amenés à Fribourg et incarcérés. Le procès ne fut pas long» et la sentence fut rendue dès le 12 mars 1636. On les divisa en trois catégories dont la dernière comprenait les coupables de lèse-majesté in summo gradu. Parmi ceux-ci on remarquait Pierre , Hans et Christi Bucbs et Benoît Thurler. Ghristi dut payer 400 écus » puis quitter le pays. Plus tard on Tagracia » à la demande des parens. Vingt prisonniers durent faire amende honorable , à genoux^ devant le Grand Conseil , au nom de la commune. Us furent tous punis d'amendes plus ou moins fortes, quelques-uns de Texil. La commune fut privée du droit exceptionnel de recevoir des communiers, sans autorisation préalable, et d'élire les assesseurs de son tribunal. On lui ôta provisoirement la jouissance de ses almendes qui furent déclarées propriétés de l'Etat. Le sceau du bailli remplaça, dans les actes, celui de la commune, et , au lieu de 25 écus qu'elle avait payés jusqu'alors à ce fonctionnaire , elle fut condamnée à lui en payer annuellement 60. Tous les employés communaux furent destitués.
Une échauffourée pareille eut lieu la même année à Estavayer, qui, accoutumée à n'avoir pour lieutenant baillival qu'un de ses ressortissans , n'accueillit qu'avec le plus vif mécontentement M. de Forel, en cette qualité. On lui refusa obstinément le droit de séance dans le Conseil administratif, et, quand pour s'appuyer sur la bourgeoisie, le bailli voulut convoquer le Conseil des adjoints, au son de la* cloche , le battant de celle-ci se trouva enlevé ; de sorte , dit naïvement le rapport, qu'on ne put pas même sonner contre V orage. On entendit un M. Devevey dire : Messeîgneurs n'ont que faire de mettre le nez dans notre Conseil, he Gouvernement sévit avec sévérité contre les mutins. François Chaney fat condamné à 48 heures de prison et 400 livres d'à-
334 SBCOHN FAftTtB.
m^ide, poor avoir sigoé la protes tati on; François Derevey k 48 heores de prison et 20 éeos d'tfoende. U dot en sus se rendre à Friboorg poor faire amende honondble en plein Conseil. Le Banneret Delapierre fut pwri de la n^me manière, et il dat reconnaître poUiqaement qiie Hesseigneurs étaient sonveraîns à Estavayer aussi bien qu'à Friboorg. Tous les autres signataires de la pétition furrat condamnés i 34 bemres de prison et aux frais. Le Chevalier de Montenach, son père, IIM. Fryod et Thombé, qui avaient des parens parmi les coupables, intercédèrent en vain pour eux*
On peut juger de l'esprit de nos paysans par ce que dit un jour un certain Schmoutz , de Bôsingen : que m'importe la magistrature de Fribourg , nous avons ici la nôtre (Jiaben sie ihre Obrigkeit zu Fryhurg ^ so haben mr die unsere hier). Schmoate fut condamné) pour ces paroles imprudentes, à 100 livres d'amende K Mais cela ne changea pas les dispositions des sujets.
Neutre jusqu'alors , la Franche^Comté se vit bientôt menacée par les Français , et le Prince de Condé se trouva sous les mss% de Dôle, à la tète de 30,000 hommes, avant que la Suisse, iiiti' ressée à défendre la neutralité de cette province , eût été en mesure de prévenir l'agression. Plusieurs habitans de la Franche- Comté se réfugièrent à Fribourg , entre autres , Claude Foumier, gentilhomme de Lorraine , Conseiller d'Etat et secrétaire K On remarquait encore H™* Yatterille. Son mari , Comte de Bussolin, adressa des remercimens à l'Etat de Fribourg , pour le bon accueil fait à sa femme. Berne , Fribourg et Soleure furent chargés par la diète de Baden d'envoyer une députation au Prince. Fribourg voulut faire plus, en faisant marcher des troupes; mais Berne leur barra le passage 3. Quand l'ambassadeur de France re-
^ lUmial da GoMeil» année iiSM, — ^n dèmemm il ans à Friboorg, et , quand U en repartit, on loi octroya la bourgeoisie » le 22 Juin 1547. Son firérelificolas obflnt la même ûtrenr. — > Tillier.
CUAI^ITftB \té 335
procha à notre Etat cette mesare hostile , eelui-ci s'exeosa sur riiQportance de Salins^ pour Fimporiation de ses sels (1636).
Les corporations religieuses , expulsées de leurs établissemens par lai guerre qui sévissait dans les pays voisins , trouvèrent un asile chez nous. Aussi, quatre nouveaux couvons furent fondés à Fribourgt dans le court espace de 27 ans. Les Capucins y furent reçus en 1609 et annexés provisoirement à la province d'Allemagne 1, les Capucines de Montorge en 1628, les Visitandines et les Ursulines en 1635 ^. Celles-ci furent chargées de l'école des filles, qu'elles dirigent encore aujourd'hui. Elles eurent, dès le principe, beaucoup à souffrir de l'épidémie dont U a été fait mention. On ne permit pas aux Visitandines de recruter leurs novices parmi les bourgeoises, et elles ne devaient être tolérées qu'aussi longtemps que durerait la guerre en Franche-Comté. Quand, en 1641, TEvéque se disposa à partir pour l'Italie, il leur céda la maison qu'il possédait , rue de Morat , tout en protestant qu'il le faisait sans arrière-pensée 3. Par contre , ce fut en vain que les PP. de l'Oratoire sollicitèrent, à plusieurs reprises, la permission de venir s'établir à Bulle. Les Conventuels de Bellelay furent reçus provisoirement au prieuré de St. Pierre. Toutes ces corporations, reçues définitivement, avaient des avoués (Pfleger) au Conseil d'Etat
Dans les circonstances critiques où se trouvait l'Europe, on jugea à propos de prendre certaines mesures extraordinaires. On fit dresser un nouveau plan des fortifications pour la ville. Les six paroisses allemandes reçurent Pordre de tenir des charriots prêts pour transporter l'artillerie , en cas de besoin. Il fut défendu d'héberger un étranger quelconque, sans la permission de l'Avoyer ou du Banneret du quartier (1638).
A peine quelques annéeg se furent^elles écoulées , que les Gàpucios intentèrent «es procès à leurs voisins : en 1639, à M. Griset de Forel; en 1664, à M. Bu- "*an, etc., à cause de leurs bâtisses. A. C. — ^ Voy. dans le dictionnaire historl- ^« de Kuenlin Thistorique de ces fondations. — « A. C.
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L'aimée soÎTante , Dom Oiègo de Soredra, ambaKadeur d'Es** pagne, et le Nonce Ranatim Seotns ^ passèrent soecessiTement par Friboorg. Os forent tons deox reçus en audience soleimelk par le Grand Conseil, devant lequel ils s'exprimèrent en italien. On fit cadeau au premier d'un tonneau de bon vin, de six firomages et de quatre muids d'avoine.
La Suisse sacrifia une nouvelle masse d'hommes an déanm de la guerre étrangère. L'ambassadeur de France obtint une levée, dans laquelle entrèrent, pour Fribourg seul, deux rëgimens commandés par Reynold et Praroman. Us se distinguèrent à la bataille de Casale.
Cependant les négociations , pour obtenir la neutralité de h Bourgogne» demeuraient sans résultat. Estavayer fourmillait de réfugiés bourguignons , car Pontarlier venait d'être occupé par les troupes du Duc de Saxen-Weymar. La Suisse elle-même iéfeadait et observait mal sa neutralité , accordant altematiTeiDeol le passage aux Françak et aux Espagnols.
L'agression dont elle était menacée , depuis 20 ans , ayml vkr cessité , à Berne surtout , des mesures de précaution dispendieosesi auxquelles il fallut subvenir en imposant la propriété d'un poar milieu Cet impôt excita parmi les paysans bernois, surtout à Thoune , une émeute d'autant plus sérieuse , qu'on n'était nullement rassuré sur les dispositions des paysans de Lnceme et à» Soleure. Notre district allemand s'opposait également à un impôt semblable. Berne réclama de ses voisins la surveillance fédérale.
^ Voici la note qui concerne ce dernier, dans le mannal da jour : Illastrissimw et Rererendissimos D. Nontins Apostolicus a Summo Pontifîce ad promoyendaa pacem inter Christianos principes nanc tantopere dissidentes legatns. Postqna* aliqaot annos in Helyetia somma cam lande fuit, bac transiens hnmili animo yo1id& et desiderayit videre hune senatnm augustnm , coi et italtco idiomate eleg^anter yaledixit et benedictionem impartitus est» cniqne irMni"» dans et tanins, çratesqœ adjungens ob snmmam in se demonstratam benerolentiam , prestita officia et collâtes snmptos id se memori mente reconditom affîrmayit , omniqne occasione data relatorom. Faostum sit ejns iter et ot finem soie legaMopis conseqnatur, optamns.
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Les députés des Gantons réformés paryînrent heureusement à conjurer cet orage» sans violence. Ce succès fut aussi dû en partie à Tattitude menaçante que prit le Bernois ^ H. d'Erldch de Castèien^ général des troupes françaises stationnées aux frontières (1641) ^.
On se traînait toujours dans la boue pour la France qui se gênait peu avec les valets qu'elle soudoyait. £lle violait les traités , haussait le tarif des péages , employait nos auxiliaires hors du royaume, défaisait et réformait arbitrairement les compagnies, ne payait ni les pensions publiques , ni les particulières , ni les bourses stipulées pour les étudians et ne répondait à toutes les réclamations que par des promesses évasives , qu'elle n'était nullement disposée à accomplir^. Son Ambassadeur traitait les magistrats suisses d'autant plus cavalièrement que ceux-ci se montraient plus lâches» plus obséquieux. Jamais nation ne s'était encore avilie si bas» Les treize Cantons consentirent même à servir de parrains au fils de Caumartin , tant ce canal des faveurs pécuniaires leur inspirait de vénération !
Qui l'eût cru toutefois? La guerre européenne en dépeuplant le pays 3 et la légation française en le démoralisant, quelque désastreux que fussent ces deux fléaux, avaient encore un côté utile. Le péril commun faisait taire les dissensions intestines, et, plus d'une fois, l'Ambassadeur s'entremit avec succès pour maintenir la paix. On en vit un exemple frappant dans les rivalités religieuses, qui surgirent en Thurgovie en 1645, et à l'occaâion desquelles le Jésuite Henscber, de Fribourg, publia un libelle contre Berne ^.
1 Xillier. -* ' La Diète ayant décidé qu'une députation irait représenter directement au roi les nombreuses contrayentions qu'on se permettait^ aux traités existans , M. Caumartin chercha à dissuader notre Gouverne M • le chevalier Montenach n'en fut pas moins désig[né pou dans cette circonstance. L'Avoyer Kônig^ délégué à Bru: sels , devait aussi passer par Paris et tâcher d'obtenir une a à l'insu de Caumartin qui en fut très-piqué. 7- 8 On fut f décroissement de la population. Ce fut cette même année q ni ers de Yuippens, séduits par des promesses fallacieuses, éi D'autres eussent suivi cet exemple, si le Gouvernement n'éts à qui attiserait l'incendie. Un ministre réformé , nommé de B
fiWM
33S sbcoubb paetib.
De grands mouTemens militaires eorent lieu en Suisse an commencement de 1647 pour la défense des frontières menacées plas qne jamais par les armées belligérantes. Le danger apparat à tonst, dans des proportions si formidables, que tontes les forées de la Confédération furent mises en 'mouvement pour repousser une attaque éventuelle. Elles pouvaient s'élever i 100,000 hommes, y compris la réserve et les alliés. Fribourg fut appelé à fournir un contingent de 1 000 homme», avec 4 pièces de canon. La première levée de 600 hommes l^ut mobilisée 1^ 25 Janvier 1647, sous les ordres du Capitaine Reynold ^. Tous les contingens s'étaient donné rmdez-vons à Bischofszell ; on avait aussi rappelé les troupes cantonnées à Barrault.
Cette attitude imposante écarta Tagression, etla Suisse put se féliciter d'être restée en dehors du cercle des opérations militaires pendant toute la durée de cette longue guerre. Par contre, l'Allemagne était complètement ravagée et démoralisée. Elle ne présentait plus qu'une surface désolée, couverte de ruines îamisteSf de champs en friche, de villes épuisées, d'une population écrasée d'impôts et réduite à un tel désespoir, que, voyant tant d'horn^ impunies, les habitâns en étaient venus à douter de l'existence d'un Dieu ^.
Cet épuisement d'hommes, d'argent et de vivres fut seul capable
ao catholicisme , publia plus tard on ouvrage de controverse , qu'il dédia à Messeigneurs, sous le titre : Abominatkfn du caltnnisme* Il fut imprhné à FribomS en même temps que le traité de Lessius, sur les caractères de la t^raîe foi catholique. Cet ouvrage fut réimprimé à Paris en 1650. Un seul passage suffira pour en donner une idée. On y lit, pag. 250 : «Ne seroit-U pas plus à propos de coorre » au baston qu'à la raison pour faire confesser aux huguenots par la continue d'oo » rude traitement , qu'il est en la puissance du catholique de redoubla les coups » sur leurs épaules ou de quitter le baston pour ne les caresser davantage par ^^ » charitable traitement de serviettes de bois. » Tout le reste de Touvrage est dan» ce goût, et semble avoir servi de modèle à quelques productions da même genre, qui ont été publiées tout récemment. 11 n'en fut pas moins bien accneilli à Fribourg' A Hauterive , la Yalsainte et la Part-Dieu fournirent chacun un cheval. — ^ lUUet. Dans le Wurtemberg seul, 8 villes» 45 villages, 158 presbytères et écoles, 65 églises, en tout 26,000 bâtimens avaient été réduits en cendres, ^n Bayière , les Francs avaient incendié plus de 100 villages. Qui pounrait oublier le sac de Magdeboorg* qui coûta la vie à plus de trente mille personnes de tout âge et de tout sexe? D<d^ ces temps affreux, pour n'être pas pillé , on avait été réduit A se faire pillard.
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de déwmer ces ms furieux, ^uidéTi»taïefit la terre; armant les peuple^ les.QB^ oQ&tre.les autres et provoquant leur ruine mutuelle* La guerre devait finir, faute de moyens, et l'Europe ballante , ex^ ténuée, s'acheminait péniblement vers Tannée 1648 gui devait enfin lui rendre un repos momentané.
Je dis péniblement, car la pensée de la paix s'était déjà formulée treize, ans auparavant, et notamment en 1640 à la diète de Ratisbonne. L'année suivante on avait désigné Munster et Osnabruck pour y réunir un congrès. Mais cette proposition ne fut accçeitlie par toutes les partes intéressées qu'en 1643, et cinq autres années s'écoulèrent encore avant qu'on pût s'entendre sur tous les points.
Le Pape Urba,in VIII avait conseillé une apunistie préalable, comm^ initiative des négociations. Cette pensée, toute de raison, de bon sens et de justice , si digne d'émaner du Chef de la catholicité, non-seulement ne surgit point spontanément dans ces têtes couronnées, qui se disaient par la grâce de Dieu les maîtres du
mopde, mais, chose incroyable, elle ne fut pas même accueillie i.
Les hostilités se continuèrent, et il fallut encore d'interminables
pourparlers pour régler l'étiquette et formuler les pleins-pouvoirs
des députés*
Dès 1646, Berné avait appelé l'attention des Cantons médiateurs, Bàle, Fribourg, Sdeure, Schaffhouse etÂpl)enzell, sur les prétentions des tribunaux d'empire et les citations en diète germanique^, ainsi que sur l'opportunité de s'associer aux représentans des autres puissances au futur congrès , pour surveiller au moins yimmunitè des intérêts fédéraux ^. A défaut d'ambassade directe , le Duc de Longueville, plénipotentiaire français, se fût volontiers
A C'était jaslifier le mot énergique d'Oxenstiera , quand son fils, qu'il dépota depuis au congrès, s*excu8ait sur sa jeunesse et son incapacité : Allez toujours , tnon fils , dit le grand Chancelier, vous y verrez de près quels piètres personnages gouvernent V Europe. Qu'eût dit Oxenstiern du fameux congrès de Yienlie? — 2 Bâle était encore comprise dans les matricules de l'empire. Toutes les missives de l'Empereur lui étaient adressées en ces termes : A nos chers et féaux, — 8 Tillier.
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chargé de cette mission qui eût placé le sort de la Suisse eatre les mains de la France. Mais les efforts de M. Ganmartin pour Tobtenir furent infructueux^. La France n*en intervint pas moins activement en faveur de la Suisse dans les négociations qae le plénipotentiaire fédéral , f illustre bonrgmattre Wettstein de Bàle, entama au congrès avec la députation de Tempire ^.
Le 6'"'' article da traité d'Osoabruck non-seulement affranebit Bâle et les Gantons des obligations que voulait leur imposer la chambre impéciale ; il proclama explicitement rindépendance de la Suisse , dont les villes avaient encore pris , durant la guerre de trente ans, le titre de villes d'empire , et arboré Taigle germanique^.
La Suisse se sentit heureuse d'échapper à la menace toujours suspendue sur sa tète et salua avec une naïve allégresse ses noavelles destinées 9 sans se douter encore de tout ce qu'elles pouvaient cacher de tempêtes. Peuplée de races fortes et intrépides» placée aux sommités culminantes de l'Europe, arrosée parJ^ grands fleuves , défendue par des montagnes et des abimes, elle avait reçu de la nature une position inexpugnable, qui l'appelait ù non à dominer ses voisins , du moins à les tenir en respect. Aussi fut-ellê longtemps l'arbitre des monarchies européennes, et, dans leurs luttes sanglantes, la victoire s'était toujours déclarée pour celle qui avait su mettre dans le plateau âa pesante épée. Si, dans ses jours de gloire et de conquête, elle avait su agrandir son territoire, si elle s'était agrégé au nord la Souabe inférieure, à l'ouest laFranche^Gomté, qui, toutes les deux, lui tendaient des bras supplians; si, au lieu de les restituer à la Savoie, Berne avait su garder les districts qu'elle avait conquis , la Suisse qui touchait déjà aux portes de la Lombardie eût traité de pair avec les
* Tillier. — « On aura peine à croire que cet habile diplomate ne fat pas même entièrement déOrayé par les Cantons de la Suisse ponr cette mission importante, et que Fribonrg entr*autres refusa positiyement d*y contribuer. Le Fribonrgeois Zurtannen, alias Dupré, paraît s*étre trouvé alors à Miinster au service de BaTiêre» mais sans caractère officiel. — s Tillier.