‹ Histoire du canton de VaudChapitre 18 sur 21 · BONAPARTE · texte numérisé non relu

BONAPARTE

Par le Premier Consul, le Secrétaire d'Etat,

H.-B. Marbt.

6ft2 GUERRE CIVILE.

Le Premier Consul, convaincu que l'intérêt de la France exigeait de ne pas laisser triompher le parti aristocratique , toujours prêt a chercher un appui dans les rangs de ses ennemis, venait d'accepter enfin la médiation que le gouvernement helvétique lui proposait avec les plus vives instances. Le Sénat témoignait à Rapp toute sa reconnaissance pour cette preuve de la bienveillance du Premier Consul ; il déclarait qu'il se conformerait, pour ce qui le concernait, aux mesures indiquées, et qu'il ferait connaître sa déclaration à toutes les autorités, ainsi qu'aux commandants des troupes armées contre le Gouvernement, et publiait daus ce but une proclamation qui se terminait ainsi : a Citoyens de D THclvétie, le Sénat vous déclare que, pour ce qui le d concerne, il a accepté la médjation de notre puissant d allié, et qu'il se soumet à tous les conseils du héros, o qui va ajouter un nouveau rayon à sa gloire, en nous » rendant la paix et le bonheur. Que tous les partis se a taisent et écoutent la voix de Bonaparte ! Que les armes a> tombent des mains, que les cœurs se r'ouvrent aux a sentiments de fraternité et d'union ! ... »

Tandis que Rapp se rendait à Berne , Yon der Weid» appelé au commandement en chef des troupes helvétiques, organisait la défense au Chàlet-à-Gobct, où la demi- brigade helvétique Perrier, arrivée de Genève, se rendait. Von der Weid faisait proposer une suspension d'armes aux Confédérés, dont les avant-postes étaient à Monlpreveyres , ajoutant que le ministre de France se chargeait de notifier que toute marche en avant, et tout acte d'hostilité des Confédérés, seraient considérés par

la France comme une déclaration de guerre. Le colonel Herrenscliwand, déjà le 5, concluait pour les Confédérés une armistice , d'après lequel a les hostilités ne pour- © raient être reprises qu'après une dénonciation de trois v jours; que l'ordre de halte serait donné aux troupes, j> et que le village de Montpreveyres ne serait occupé par j) aucun des partis, d Cependant, l'aile droite de l'armée fédérale occupait Yvcrdon et Echallens; le 6, elle poussait des avant-gardes sur Cossonay, lorsqu'elle fut arrêtée par l'armistice, et surtout par les communications tle Rapp, qui, en passant à Payerne, vit Bachmann et le menaça de l'entrée de quarante mille Français en Suisse, si les hostilités ne cessaient sur le champ.

Nous avons laissé le chef de brigade Clavel de Brenles dans Fribourg, d'où il avait repoussé les bandes des Petits Cantons conduites par Auf der Mauer. La municipalité de Fribourg, présidée par Montenach, et mal disposée pour le gouvernement helvétique, avait fait connaître; déjà le 23 septembre, aux chefs des Confédérés , son intention de se rallier à la Diète de Schwyz, et que Fribourg se soulèverait à l'approche des troupes et chercherait aussi à mettre en mouvement les bailliages voisins, en leur fournissant des armes. Mais, nous l'avons vu, l'énergie de la garnison de Fribourg déjoua cette trame. Cette brave garnison tenait donc encore dans cette ville, lorsqu'elle capitula, ajoutant foi à la parole d'honneur d'Auf der Mauer et des officiers bernois, qui lui affirmaient que Lausanne était occupé par Bachmann , et que le gouvernement helvétique s'était enfui à Genève. Voici le rapport officiel du chef de

bataillon Bourgeois sur les circonstances , peu honorables pour Auf der Mauer, qui amenèrent cette capitulation :

Le mardi 5 octobre , à 9 heures du matin , il parut sur la hauteur devant Fribourg, vers la porte de Berne, une colonne estimée , à vue d'œil , de 3 à 4000 hommes ; la garnison avait reçu , pendant la nuit du 4 au 5, la proclamation du Premier Consul. Le chef de brigade Clavel, commandant la place, se décida, à la vue de cette troupe, à envoyer un parlementaire pour faire part à l'ennemi de cette proclamation ; au moment où le dit parlementaire allait sortir, il s'en présenta un à la même porte, qui fut introduit, et qui remit au commandant une sommation par écrit, signée Wurstcmberger, colonel, qui sommait la ville de se rendre ; que la garnison sortirait après avoir mis bas les armes , et donnait une heure pour faire réponse. Il lui fut répondu par écrit qu'on défendrait la ville jusqu'à la dernière extrémité; mais qu'on était surpris qu'il se présentât devant la ville après la proclamation du Premier Consul , dont on lui envoyait un exemplaire , s'il n'en avait pas connaissance , et qu'après cela on le sommait de faire retirer sa troupe, vu qu'en cas qu'il méconnût la dite proclamation et qu'il commît quelque hostilité , une terrible responsabilité pèserait sur sa tête. Le parlementaire fut reconduit hors de la ville , et environ une heure après-midi la colonne assiégeante commença les hostilités, avec du canon seulement ; mais au bout d'une heure et demi ou deux heures, ses pièces furent réduites au silence par le canon de la place. — Environ les trois heures après-midi, il se présenta un parlementaire à la porte de Payerne , c'était Mr Effinger, de Wildegg , qui fut conduit chez le commandant Clavel ; là il s'annonça comme adjudant-général du général Auf-der-Mauer, général de la colonne d'observation ; qu'il venait pour sommer la garnison de la place ; que son général occupait les trois portes supérieures de la ville avec 2,200 hommes ; qu'il n'était pas possible de résister avec la force de la garnison, qui leur était connue ; qu'il s'était chargé volontiers de cette commission auprès de nous, puisqu'il nous connaissait et que nous le connaissions aussi ; que de plus , nous ne devions pas faire de difficultés à capituler, puisque nous n'ignorions pas la déroute de l'armée

Helvétique, commandée par le général Andermatt ; qu'à la suite de cette victoire le Gouvernement avait pris le parti de s'embarquer à Ouchy et s'était réfugié à Genève ; que le général de Walteville était entré à Lausanne dans la matinée du jour où il nous parlait, avec la colonne d'avant-garde, et que ce soir même l'armée serait à Nyon : il dit de plus au chef Clavel qu'il devait assez le connaître pour homme d'honneur pour croire qu'il ne lui en imposait pas, et qu'il ne se serait pas chargé de cette commission auprès de lui si toutes ces circonstances n'étaient pas dans la plus exacte vérité ; et il ajouta que les municipalités de Lausanne et Yverdon avaient envoyé chacune deux députés à Moud on au général Bachmann pour lui demander quartier pour leur ^ille et lui assurer qu'il serait bien reçu et que les vivres étaient préparés; il nous nomma même deux députés dTverdon, le banneret Christin, et Vullicmin, receveur. Sur des allégations aussi précises, le chef Clavel lui répondit qu'il allait faire assembler un conseil d'officiers pour lui communiquer le tout et prendre son avis. Le conseil d'officiers réuni décida à l'unanimité de demander au général Auf-dcr-Mauer qu'il consentit à accorder vingt-quatre heures au moins pour envoyer un officier de la garnison à Lausanne , sous sauve-garde , pour s'informer si le Gouvernement était parti, que dans ce cas alors on verrait ce qu'on aurait à faire. Mr Effinger sortit, accompagné du capitaine Sncll, pour faire cette demande au général Auf-dcr-Mauer; sur les huit heures du soir le capitaine Sncll rentra en ville , accompagné de Mr Effinger. Il rapporta la capitulation par écrit d'Auf-der-Mauer, en donnant deux heures pour se décider, et qu'il refusait absolument la demande de l'officier pour aller prendre des informations à Lausanne. Ce refus donna des doutes sur la vérité qu'on affirmait, que le Gouvernement était parti pour Genève ; on se réunit de rechef en conseil de guerre , et il fut décidé qu'on ne pouvait pas se défendre avec 400 hommes et garder la ville efficacement, vu son étendue et sa circonférence ; qu'il fallait donc subir cette capitulation ; mais on pria le chef Clavel de se transporter lui-même au camp de Mr Auf-dcr-Mauer pour tacher d'obtenir quelque adoucissement aux conditions de cette capitulation. Le chef Clavel sortit donc, et ne put obtenir, sinon que les officiers et sous-officiers conserveraient leurs sabres et épées, et il rentra environ et près de minuit, dans la nuit du 5 au 6 octobre , avec la capitulation telle qu'elle a été

OKf)

Gl ERRE CIVILE.

exécutée et signée de part et d'autre , en annonçant au conseil de guerre que le général Auf-der-Mauer lui avait donné sa parole d'honneur la plus sacrée que le Gouvernement Helvétique n'était plus au canton de Vaud et qu'il avait fui de Lausanne; qu'il ne pouvait pas croire qu'un officier-général pût compromettre sa parole d'honneur à ce point, si le fait n'était pas vrai. — Je déclare ce que dessus conforme à la vérité. Lausanne , le 8 octobre 4802.

Bourgeois, chef de bataillon.

Rapp, arrivé à Berne, remit au gouvernement établi dans cette ville la proclamation du Premier Consul. Mais ce gouvernement ne voulut rien prendre sur lui, et en référa à la Diète de Schwyz. Les membres de cette assemblée, après mure délibération, voulaient se sauver par un dernier acte de vigueur : ils décidèrent que Bachmann recevrait Tordre de pousser jusqu'à Lausanne; qu'un commissaire fédéral irait à son camp pour imprimer à ses opérations le sceau de la volonté nationale ; qu'une députation de deux membres irait porter à Rapp la réponse de la Diète ; que le comte d'Affry, de Fribourg, envoyé à Paris, essaierait de ramener la bienveillance du Premier Consul en faveur des Confédérés; enfin, qu'à l'aide de ces délais, l'envoyé Suisse à Vienne recevrait l'ordre de réclamer l'intervention du cabinet autrichien , pour la garantie du traité de Lunéville, touchant le libre arbitre de l'Helvétie sur le choix de ses institutions.

<t Tous ces actes , inspirés par un esprit de vigueur et de dignité, observe le général Jomini*, ne méritent

* Jomini , flist. crit. et milit. des guerres de la Révolution, XV, 131.

qu'un reproche, celui de présenter comme l'opinion de la nation Suisse ce qui n'était évidemment que le vœu d'une faction et les intérêts privés de ses meneurs. L'ordre donné à Bachmann de pousser jusqu'à Lausanne, prouva que les Bernois s'inquiétaient moins de la restauration du système fédéral que du rétablissement des patriciens , et de la soumission des Cantons de Vaud et d'Argovie. Ils espéraient, après avoir frappé ces deux coups décisifs , et s'être reconstitués dans toute leur ancienne souveraineté , fléchir le Premier Consul , en lui proposant de renouer les liens d'amitié qui existaient depuis si longtemps entre les deux peuples. Mais c'était Gnir par où on aurait dû commencer , et après avoir mis le Premier Consul dans l'impossibilité d'y consentir. L'armistice conclu par Bachmann dérangea d'ailleurs ce projet, et dès lors la Diète dut borner sa résistance à des protestations et à des démarches diplomatiques près des gouvernements qu'elle jugeait disposés à prendre part à son sort. »

Cependant, les démarches de Rapp n'ayant pu obtenir Ja dissolution de la Diète et celle des gouvernements provisoires des Cantons, le général Ney, qui commandait un corps de vingt mille hommes eu Alsace, entra rapidement en Suisse, et occupa Berne, Arau, Soleure et Zurich. La Diète, hors d'état d'engager une lutte, ordonna à Bachmann de se replier sur la Reuss et de recevoir les Français en amis. Le 18 octobre, le landammann Dolder et le gouvernement helvétique rentraient à Berne. Quelques jours après , le député de Zurich à la Diète de Schwyz était envoyé par cette assemblée au

général Ney pour lui notifier qu'elle se séparait, mais qu'en se soumettant ainsi à la nécessité, elle sacrifiait au salut de l'Helvétie les sentiments personnels de ses membres.

La guerre civile était donc terminée; ses principaux promoteurs étaient arrêtés et envoyés à Arbourg , pour garantir le maintien de la tranquillité ; mais il s'agissait de procéder au but de la Médiation. Aussi, on s'occupa dans tous les Cantons de la nomination des députés que Bonaparte appelait à Paris.

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