CHAPITRE 1er
A g a emblée Représentative Provisoire.
Les exilés vaudois. — Bonaparte en Italie, 1796-1797. — République Cisalpine. — La Valtcline réunîe à la Cisalpine. — Passage de Bonaparte dans le Pays de Vaud. — F.-C. Laharpe et des réfugiés de Vaud et de Fribourg invoquent la protection de la France , garante du Traité de Lausanne de 1564. — Cette garantie est acceptée; arrêté du Directoire du 6 nivose an VI- — Comités de pétitions pour la convocation des Etats de Vaud , 4 janvier 1798. — Les patriotes de Vevcy s'emparent de Chillon , 5 janvier. — Volontaires. — Proclamation de Berne , 5 janvier. — Haute-Commission de Berne à Lausanne, 5 janvier. — Serment du 10 janvier. — Cercle des
jeunes négociants à Lausanne, 2- 12 janvier. — Comité de Réunion , 12 janvier. — Commissaires fédéraux à Lausanne , 15 janvier. — Le général de Wciss nommé Haut-Commandant du Pays de Vaud ; sa lettre menaçante au Comité de Réunion, 17 janvier; réponse du Comité. — Départ des Commissaires fédéraux et de la Haute-Commission, 19 janvier. — Troupes bernoises a Avenches , 20 janvier. — Assemblée des députés des villes à Lausanne , 21 janvier. — Troupes bernoises à Aigle. — Les patriotes de Vevey occupent Villeneuve , ceux de Morges s'emparent de l'arsenal ,
22 janvier. — Députation des Conseils de Lausanne et de Morges à Berne pour la convocation des représentants des villes et des communes , 23 janvier. — Une division française de l'armée d'Italie traverse Genève et occupe le Pays de Gex,
23 janvier. — Le général Ménard annonce mie la France prend le Pays de Vaud sous sa protection , 23 janvier. — L'Assemblée des députés des villes et des communes s'empare du pouvoir, 23 janvier. — F -C. Laharpc engage les Vaudois à proclamer leur indépendance et à se constituer en République Lémanique, 23 janvier. — Le Comité de Réunion arbore le drapeau vert , 24 janvier. — L'Assemblée des députés des villes et des communes se constitue en Représentation Nationale Provisoire du Pays de Vaud, 24 janvier. — Organisation des volontaires ; ils marchent contre les Bernois,
25 janvier. — Ménard envoie un parlementaire sommer de Weiss de retirer du Pays de Vaud toutes les troupes bernoises , 25 janvier. — Arrêtés et mesures de l'Assemblée Provisoire ; départ des baillis , 25 janvier. — Deux hussards de l'escorte du parlementaire français sont tués par une patrouille de Thierrens , nuit du 25 au 26. — Le général bernois licencie ses troupes; reddition du château de Lucens,
26 janvier. — Ménard annonce son entrée dans le Pays de Vaud ; ses lettres et ses proclamations s 26 janvier. — Départ de deux députés vaudois pour Paris ; leurs instructions ,
26 janvier. — La brigade Rampon débarque à Ouchy et à Vevey, 28 janvier. — Le général 3fénard entre à Lausanne , 29 janvier; sa réception par l'Assemblée Provisoire. . — Emprunt Ménard. — Les montagnes de Ste Croix se déclarent pour Berne , 29 janvier. — Les villes et les communes de l'ancien Pays de Vaud Fribourgeois et de la Gruyère envoient leurs adhésions et leurs députés à l'Assemblée Provisoire,
27 janvier. — Actes administratifs et législatifs de l'Assemblée. — Difficultés de la situation. — Assemblée Constituante Vaudoise ; elle est rendue inutile par l'arrivée d'un projet de Constitution de la République Helvétique , 8 février..
La chute de Robespierre dans les journées de Thermidor 1794, la clôture du club des Jacobins et des comités révolutionnaires , l'abolition du maximum et des mesures de la Terreur, signalèrent les derniers moments de la Convention. Après trois ans de luttes avec l'Europe, avec les factions, avec elle-même, la Convention sanglante et mutilée se démit , dit l'historien de la Révolution Française, et, le 26 octobre 1795, transmit la France au Directoire.
Le rétablissement de Tordre, Tentrée au pouvoir d'hommes plus modérés, les victoires des armes de la République, la pacification de la Vendée, rassurèrent dans notre patrie ceux qui , après avoir admiré les premiers jours de la révolution , en avaient bientôt maudit les crimes. Nos patriotes conçurent l'espoir que bientôt Berne ferait des concessions à l'esprit du temps. Mais vain espoir, le parti modéré restait en minorité dans les Conseils de Berne , qui non-seulement refusaient toute concession, mais rejetaient avec hauteur le rappel de nos exilés. Ceux-ci étaient nombreux et trouvaient à l'étranger des destinées diverses.
Mr Rosset, qui avec son ami Muller de la Mothe, était parvenu à s'échapper de la forteresse d'Aarbourg, mourait aux Etats-Unis d'Amérique. Le colonel Polier était massacré près d'Avignon , où les parents de sa femme , leur ami Verdeil, et d'autres exilés vaudois avaient cru pouvoir trouver un abri. Beaucoup de nos jeunes compatriotes, compromis par leurs opinions, s'étaient réfugiés dans les rangs de l'armée française, et prenaient part à ses victoires. L'un d'eux, Busigny de Moudon,
était nommé chef d'un bataillon de la Légion des Allobroges, formée de volontaires vaudois, genevois et savoyards.
Boinod d'Aubonne organisait eette légion , et entrait dans l'administration de la guerre. <c Promu au poste d'ordonnateur en chef de l'armée d'Italie, avec le grade de général de brigade, Boinod se faisait remarquer par une intégrité à toute épreuve. Chargé de faire vendre tout ce qui dans l'arsenal de Venise pouvait être utilisé
•pour le service de l'armée, il obtint de cette vente plusieurs millions. La loi en accordait à Boinod le cinq pour cent à titre d'indemnité; il la refuse, mais, forcé enfin de l'accepter, il fait confectionner trente mille paires de souliers qu'il distribue aux soldats, en disant que pour lui il était indemnisé par son traitement ordinaire. Placé à la tête de l'administration militaire de la République, puis de l'Empire, le général Boinod eut à sa disposition, dans sa longue carrière, les richesses de plusieurs pays, et sut rester pauvre. Cet homme respectable, simple, franc, d'un caractère antique, est une de nos meilleures gloires ; il fut estimé par Napoléon , bien qu'il ne se fût pas courbé devant lui. Aussi, par son testament de S* Hélène , il lui destina un legs de cent mille francs *. d L.-E. Reynier de Lausanne , s'enrôla comme simple
. canonnier dans l'armée française. Mais les talents et la science dont il était pourvu, lui valurent une place dans l'état-major, dès l'année suivante, en 1792. Elevé
* J. Olivier. Etudes cTHist. nat. Troisième partie : Révolutions Helvétique 3 58.
au grade d'adjudant-général, il contribua aux succès de Pichegru, en 1793, et devint général de brigade pendant la conquête de la Hollande, en 1794. Reynier avait alors à peine vingt-trois ans. Choisi, lors des préliminaires de la paix avec la Prusse , pour fixer les démarcations des cantonnements des deux armées, il donna une idée très-avantageuse de ses connaissances. Il les fit remarquer ensuite comme chef de l'état-major de Moreau. Il fit partie de l'expédition d'Egypte comme général de division; contribua à la victoire de la bataille des Pyramides, et passa le premier le désert avec sa division, défit vingt mille Turcs, et fixa la victoire à la bataille d'Héliopolis. A son retour en Europe le général Reynier publia un ouvrage intitulé : De l'Egypte après la bataille d Héliopolis , et Considérations générales sur l'organisation physique et politique de ce pays. Cet ouvrage remarquable fut bientôt traduit en anglais.
Louis Reynier, frère ainé du général, fut appelé à l'expédition d'Egypte comme directeur des finances. Joseph Bonaparte, nommé roi de Naples, lui confia la charge difficile de commissaire des Calabres, et Joachim Murât lui confia l'intendance générale des postes du royaume de Naples. Mp Reynier avait publié plusieurs ouvrages avant notre révolution. Entr'autres : Du feu et de quelques-uns de ses principaux effets. Laus. 1787. 2 éditions. — Reynier et Struve, Mémoire pour servir à l'Histoire Naturelle de la Suisse. Laus. 1788. — - Le guide du voyageur en Suisse , 1 781 . — Considérations sur ? agriculture de l'Egypte et sur les améliorations dont elle est susceptible. Il publia ensuite plusieurs ouvrages-
estimés, sur l'Economie politique et rurale des peuples de l'Orient.
Amédée Laharpe de Yens, échappé à la peine de mort que Berne venait de prononcer contre lui, offrit son épée à la République française. Nommé chef du quatrième bataillon des volontaires de Seine-et-Oise, à la lin de 1791, Laharpe fit des prodiges de bravoure à l'armée du Nord, et reçut du vieux maréchal Luckner le nom de Brave, qui lui resta. Appelé au siège de Toulon, il fut chargé de l'attaque du fort Pharon, qu'il emporta d'assaut, ce qui força les Anglais à évacuer la place. Cette action lui valut le grade de général de brigade. A l'armée d'Italie , et toujours à l'avant-garde , il participa, sous Kellermann, à tous ses pénibles travaux. Il défît, à la fin de 1794, les Autrichiens à Garizio et à Cairo, ce qui assura les communications de l'armée française avec Gênes. Au commencement de 1795 il reçut le commandement en chef des troupes de débarquement destinées à reconquérir la Corse, mais il était rappelé à l'armée d'Italie. Pendant la retraite de cette armée devant les Austro-Sardes, Laharpe, placé à l'arrière-garde, c'est-à-dire, toujours du côté de l'ennemi, le battit à Vado , et l'arrêta jusqu'au moment où l'armée française put reprendre l'offensive sous Bonaparte. Laharpe venait d'être nommé général de division, il commanda la division d'avant-garde de l'armée d'Italie. 11 prit part aux victoires de Montenotte et de Dégo, et accueillait avec cordialité des Bernois , officiers du régiment piémontais Steltler, faits prisonniers à Mondovi. Loin de leur reprocher d'avoir naguère voté sa pros-
i2i ASSEMBLÉE PROVISOIRE.
cription : & Messieurs, leur dit- il en leur donnant la * main , j'espère que nous nous reverrons un jour en Suisse comme bons amis, j> Peu de jours après , au passage du Pô, à Codogno, le 8 mai 1796, le général autrichien, Beaulieu, informé de ce mouvement de l'armée française , envoyait en toute hâte à Codogno un renfort de cinq mille hommes. Arrivés à deux heures après minuit dans ce bourg, la colonne autrichienne donnait dans les avant-postes de la division Laharpe, qui furent surpris et culbutés. Le trouble, l'alarme, se répandent parmi les Français. Laharpe s'élance à cheval, fait avancer une demi-brigade. Le combat se rétablit, mais au milieu de la mêlée , le général Laharpe, frappé d'une balle, tombe mort sur le coup. On crut que dans l'obscurité ce coup fatal était parti des rangs de ses propres soldats... <r La République, écrivait Bonaparte au Directoire, perd b un honwic qui lui était attaché, l'armée perd un de ses )) vieilleurs généraux, et tous les soldats un camarade » aussi intrépide que sévère* . ...» Grenadier par la taille et par le cœur, dit Napoléon à S1 Hélène, Laharpe semblait devoir fournir à ï histoire une des plus brillantes célébrités militaires.
Cependant, les victoires de Bonaparte en Italie, et la paix de Campo-Formio, conclue le 1 7 octobre 1 797 entre la France et l'Autriche, rendaient à l'espoir les peuples opprimés. Bonaparte signalait ses victoires en affranchissant les peuples, et, de pays gouvernés despoliquement,
* Thibaudcau. Uitt. de la campagne d'Italie. L 154-207.
il formait la République Cisalpine. Lorsque les Valtelins, sujets des Grisons, virent Bonaparte organiser la Lombardie en république, et y instituer l'égalité des droits, ils proclamèrent l'insurrection, plantèrent des arbres de liberté, chassèrent les magistrats grisons, et, le 19 juin 1797, proclamèrent l'indépendance de la Valteline. Les Grisons invoquèrent la médiation de Bonaparte, a II accepta avec la permission du Directoire, dit Mr Thiers; il lit conseiller aux Grisons de reconnaître les droits des Yaltelins, et de se les associer comme une nouvelle Ligue Grise. Uss'y refusèrent, et voulurent plaider la cause de leur tyrannie. Bonaparte leur fixa une époque pour comparaître. Le terme venu , les Grisons , à l'instigation de l'Autriche , refusèrent de se présenter. Bonaparte alors, se fondant sur l'acceptation de l'arbitrage et sur les anciens traités, condamna les Grisons par défaut, déclara les Yaltelins libres, et leur permit de se joindre à la Cisalpine. Cette sentence , fondée en droit et eu équité, fit une vive sensation en Europe. Elle épouvanta l'aristocratie de Berne, réjouit les Yaudois, et ajouta à la Cisalpine une population riche , brave et nombreuse*.» Bonaparte, nommé plénipotentiaire à Rastadt pour y traiter de la paix avec l'Empire, adressa une proclamation aux Italiens, dans laquelle il leur faisait ses adieux , et leur donnait ses derniers conseils :
« Nous vous avons donné la liberté , sachez la con- » server.... pour être dignes de votre destinée ne faites
* Thiers. Hist. de la révolution françaite, tome IV, ch. VU.
» que des lois sages et modérées ; faites-les exécuter avec d force et énergie, favorisez la propagation des lumières, » et respectez la religion. Composez vos bataillons, non » pas de gens sans aveu , mais de citoyens qui se nourj> rissent des principes de la république, et soient imméd diatement attachés à sa prospérité. Vous avez en gé-
» néral besoin de vous pénétrer du sentiment de votre d force et de la dignité qui convient à l'homme libre : d divisés et pliés depuis des siècles à la tyrannie, vous s> n'eussiez pas conquis votre liberté, mais sous peu » d'années, fussiez-vous abandonnés à vous-mêmes, » aucune puissance sur la terre ne sera assez forte pour d vous l'oier. Jusqu'alors , la grande nation vous proj> tègcra contre les attaques de vos voisins; son système » politique sera uni au vôtre.... J>
Cette proclamation lit un effet prodigieux en Suisse. L'enthousiasme des pays sujets ne connut plus de bornes. Chacun d'eux voyait dans Bonaparte le protecteur | de la liberté, de l'ordre et de la religion. <r Bonaparte traversa rapidement le Piémont pour se rendre par la Suisse à Rastadt. Des fêtes magnifiques, des présents pour lui et sa femme étaient; préparés sur la route. Les princes et les peuples voulaient voir ce guerrier si célèbre, cet arbitre de tant de destinées. A Turin, le roi avait fait préparer des présents atin de lui témoigner sa reconnaissance pour l'appui qu'il en avait reçu auprès du Directoire. En Suisse, l'enthousiasme des Vaudois fut extrême pour le libérateur de la Valteline. A Lausanne, le 23 novembre, des jeunes filles, habillées aux
trois couleurs, lui présentèrent des couronnes*. Partout était inscrite cette maxime si chère aux Vaudois : Un
PEUPLE NE PEUT ÊTRE SUJET D*UN AUTRE PEUPLE. Bonaparte
voulut voir l'ossuaire de Morat ; il y trouva une foule de curieux empressés de le suivre partout. Le canon tirait dans les villes où il passait**, d Les gouvernements de Berne et de Soleure lui décernèrent des honneurs moins empressés qu'il déclina froidement. Il se montra plus affectueux envers Bâle, où il reçut un brillant accueil. Arrivé à Rastadl, il lit sur le champ prendre aux j négociateurs français l'attitude qui convenait à leur mission et à leur rôle, et après avoir échangé les ratifications du traité de Campo-Formio , il résolut de partir pour Paris, a II ne voyait rien de grand à discuter à ! Rastadt, dit Mr Thiers, et surtout, il prévoyait des longueurs interminables, pour mettre d'accord tous ces petits princes allemands, d On s'étonna qu'il n'y eût aucune stipulation dans ce traité relative à la Suisse, et que le maintien de son existence ne reçût aucune garantie. Ce silence significatif après la réunion de la Vàl-
* M11" Emilie Mourer, Vérène Zimmer et Drine Rolland. Emilie Mourcrdit à Bonaparte:
Poursuis ta brillante carrière , Vainqueur humain , chéri des cieux, Prépare un chemin de lumière Où vont s'élancer nos neveux.
L'ombre de César s'humilie , Ta gloire abaisse sa fierté, César asservit l'Italie, Tu lui rendis la liberté.
** Thiers. Hitt. de la révolution française , IV, ch. VII.
leline à la Cisalpine devint bientôt menaçant par les procédés de l'ambassade française.
Barthélémy, cet ambassadeur de la Convention, qui dans les plus mauvais temps de la Terreur, avait protégé * les Cantons , et ne les avait pas oubliés lorsqu'il fut appelé au Directoire, fut remplacé dans son ambassade par Bâcher, qui déjà , dans l'été de 1 797 , demandait impé- . rativement aux Cantons le rappel de tous leurs exilés. Bientôt après, en septembre, le chargé d'affaires, Mengaud, arrive à Baie, affecte la meilleure intelligence avec les mécontents, se rend à Berne, et remet à l'avoyer Steiguer une note, dans laquelle le Directoire exigeait impérativement Téloignement de l'envoyé anglais, Mr Wickham, attendu que la mission de ce ministre n'avait d'autre but que de favoriser les menées des émigrés contre la France. Mr Wickham , sentant sa fausse position, quitte la Suisse sous le prétexte d'un voyage. Cependant le gouvernement bernois voit l'orage qui le me- 1 naçait ; il veut le conjurer avec de l'or, et envoie MM. Tillier et Moutach à Paris. Mais ces députés, longtemps éconduits, reçoivent leurs passeports et sont brusquement renvoyés. Enfin, pour combler la mesure, les troupes françaises entrent inopinément dans l'Erguel , et, en vertu d'un article du traité de Campo - Formio , prennent possession de cette partie de TEvèché de Bàle.
Cependant, les exilés Vaudois à Paris, voyant que Berne répondait par des menaces et des violences aux demandes les plus légitimes de leurs sujets, qu'elle niait les droits et les privilèges dont le Pays de Vaud avait joui
naguère, ces exilés crurent que leur patrie n'avait d'autre ressource que dans l'appui du gouvernement français. Alors, à la fin de novembre 1797, de concert avec des réfugiés fribourgeois , ils se réunissent , au nombre de vingt-deux, à Fréderic-César Laharpe,et présentent une pétition au Directoire pour réclamer la garantie de la France, telle qu'elle avait été fixée par le Traité de Lausanne de 4564*. Cette garantie de la France, alléguaient les pétitionnaires, comprend la garantie des privilèges des Vaudois, et comme celle-ci avait été renouvelée par le traité de Soleure, conclu en 1 777 entre la France et la Sqisse, le gouvernement français peut exiger de Berne et de Fribourg qu'ils rendent au Pays de Vaiid ses privilèges, dont le plus important consiste à être régi et protégé par une Assemblée Nationale Représentative , appelée Les Etats.
Cette démarche fut accueillie avec empressement ; car il entrait dans la politique du Directoire de s'entourer de pays dévoués aux principes de la révolution française , et de renverser les aristocrates de la Suisse , dont les sympathies étaient pour l'ancien régime , et la haine pour les institutions de la France républicaine. Déjà au nord , la Hollande , transformée en République Batave , avait adopté la constitution française ; Gênes, désormais République Ligurienne, et les autres états du nord de. l'Italie, aujourd'hui République Cisalpine, couvraient l'est de la France, et les petits états frontières du Rhin traitaient avec la France à Rastadt. Mais ces brillants
* Voyez I/itt. du Canton de Vaud, H , page 130.
résultats de la campagne de Bonaparte en Italie restaient compromis, si la France continuait à voir cinquante lieues de ses frontières exposées aux intrigues des émigrés, des royalistes, des prêtres, et d'une foule d'adversaires de toutes nuances, accueillis et protégés par les aristocraties de la Suisse. Le Directoire accueillit donc la demande des Yaudois exilés, et chargea le ministre Tallcvrand d'examiner le traité de 1564, entre le duc de Savoie et Berne, ainsi que la garantie donnée à ce traité par le roi Charles IX , le 26 avril 1 565 , enfin , le traité de 1 777 , entre la France et la Suisse. Mr de Talleyrand trouva que la garantie de la France subsistait, non-seulement par l'acte signé par Charles IX, mais encore, par la considération que la France, entrée en possession des droits du duc de Savoie , avait le droit de maintenir les Vaudois dans leurs droits et privilèges. En conséquence, le Directoire, le 8 nivose an VI (18 décembre 1 797), prenait l'arrêté suivant :
Le Directoire Exécutif , ouï le rapport du Ministre des Relations Extérieures :
Arrête , qu'il sera déclaré par le Ministre de la République Française près les cantons Helvétiques , aux gouvernements de Berne et de Fribourg , que les membres de ces gouvernements répondront personnellement de la sûreté individuelle et des propriétés des habitants du Pays de Vaud qui se seraient adressés , et pourraient s'adresser encore à la République Française pour réclamer en exécution des anciens Traités , sa médiation , à Tenet d'être maintenus ou réintégrés dans leurs droits.
Le Ministre des Relations Extérieures est chargé de l'exécution du présent arrêté , qui ne sera pas imprimé.
8 nivose an VI.
Barras , président.