‹ Histoire du canton de Vaud dès les originesChapitre 2 sur 68 · CHAPITRE PR L'âge de la pierre · texte numérisé non relu

CHAPITRE PR L'âge de la pierre

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vrait la surface. Les plantes dont on a trouvé les débris appartiennent en grand nombre aux espèces méridionales, arbustes toujours verts, lauriers, palmiers et tulipiers, fougères gigantesques, lotus, nénuphars. Les débris d^animaux révèlent la présence d'énormes mammifères, aujourd'hui disparus comme le mammouth, ou habitant des contrées lointaines, comme le rhinocéros. Le climat, humide et chaud, rappelait celui des tropiques; la faune et la flore en avaient l'exubérance et la vigueur.

Plus tard, tout change. Le pays est revêtu d'un épais manteau de frimas. Des hautes vallées alpestres, les glaciers descendent jusque sur le plateau, qu'ils recouvrent entièrement. Ce sont, en Suisse, les glaciers du Rhin, de la Limmat, de la Reuss, de l'Aar, et le plus puissant de tous, le glacier du Rhône. De la Furka, l'immense fleuve de glace submerge le Valais, recueille au passage le tribut des vallées latérales, se resserre au défilé de Saint-Maurice, s'épand ensuite en une vaste nappe de Genève à Soleure. Son front touche au Jura : il monte sur les flancs du Chasseron à huit cents mètres au-dessus de la plaine actuelle. Au nord, ses dernières ramifications s'étendent jusque près d'Aarau, tandis qu'au sud, une coulée de glace franchit le défilé de l'Ecluse et se prolonge dans la direction de Lyon.

Les témoins de cette époque, dite glaciaire, sont nombreux. Les blocs erratiques sont des quartiers de roc tombés des Alpes, transportés par le glacier dans sa marche en avant, et déposés par lui au moment de son retrait. On en rencontre aux Pléiades, à une altitude supérieure à 1300 mètres ; on en trouve à 1200 mètres sur le versant oriental du Jura. Le Bloc Monstre près de Bex est un spécimen remarquable du genre; son volume atteint 4000 mètres cubes. — Outre ces restes isolés, le glacier a laissé en se retirant les moraines qui le recouvraient et la boue qu'il renfermait. Les collines de Montbenon, de Saint-François, celle du Bois (le Vaud, les collines de la Cité, le signal de Bougy sont recouvertes de ces dépots. Le fameux jus blanc que connaissent bien les architectes, et (|u'on a rencontré lors de fouilles récentes à Lausanne, n'est autre chose que de la bouc glaciaire. — Ailleurs, le glacier a poli la molasse de son lit, et les pierres qu'il entrai-

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liait ont rayé les couches inférieures ; ainsi près de Saint-Triphoii et sur le roc de Chillon. Les roches moutonnées, comme on les appelle, signalent le passage du glacier, et indiquent en même temps la direction de sa marche. — Enfin des plantes nivales ont été retrouvées à l'état fossile au milieu du plateau suisse, et la présence actuelle de certaines espèces alpines dans les tour-

Dent travaillée.

Pétrification.

FiG. 1. — Pendeloques.

Dent percée.

FiG. 2. — Pendeloques en lignite ou jayet.

bières des contrées basses est une conséquence des barrages et des dépôts glaciaires.

Quelle a été la durée de ces diverses époques géologiques? Les chiffres donnés par les savants dépassent Timagination. Les grandes périodes primaire, secondaire et tertiaire ont duré des millions d'années. La période glaciaire, dans nos contrées, comprendrait au moins cent mille ans : une éternité pour l'homme qui vit un jour; un instant pour la nature éternelle.

Puis la température devient plus clémente. Le glacier se retire peu ii peu, la vie réapparait. Le climat rappelle celui du Spitzberg actuel, du nord de la Suède et de la Sibérie, ou, — ce qui revient à peu près au même, — le climat de notre pays à une altitude de 2000 mètres. La végétation est celle des grandes toun-

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FiG . 3. — Premiers dessins:

Un renne broutant (Thayngen).

dras du nord, avec les saules nains, les dryades, les airelles. Avec la végétation, la vie animale renaît également. Cest la faune des régions froides, le campagnol, la perdrix des neiges, le bouquetin, le chamois, le renne, le mammouth, Turus ou bœuf primitif, le loup, le castor, le lion des cavernes. Enfin Thomme.

Cest au pied du Salève, à Veyrier, que Ton a découvert les premiers vestiges de Thomme primitif habitant la Suisse et les pays limitrophes, puis dans les grottes du Scex près de Villeneuve, ensuite dans plusieurs localités du Jura bernois, enfin dans les importantes stations schafFhousoises de Thayngen et du Schweizersbild. Du pied des Alpes de Savoie jusqu'au delà du Rhin, ce premier homme a reçu le nom de troglodyte ou habitant des cavernes. Incapable de construire une maison solide, il s'abritait au pied des collines, dans les excavations et les anfractuosités du rocher. Quoique placé sur un des échelons inférieurs de la civilisation, l'homme n'était cependant pas absolument livré aux forces de la nature. Il connaissait le feu : de nombreux restes de foyers, établis avec grand soin, ont été retrouvés dans les stations principales. Des pierres rondes placées tout près peuvent avoir servi à chauffer l'eau, comme il arrive encore chez quelques peuplades. Il avait, en guise d'armes ou d'outils, des objets en silex grossièrement ébauchés. C'est pourquoi cette époque primitive a été nommée l'âge de la pierre taillée.

A l'aide d'un silex qui lui servait de

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marteau, Thomme en brisait ou façonnait un autre, et donnait aux éclats ainsi obtenus les formes les plus diverses. On a retrouvé des haches, des couteaux ou poignards, des perçoirs, des scies, des pointes acérées. D'autres objets sont en corne ou en os, ainsi des aiguilles, des pointes de lances, des hameçons, à la fois produits et instruments d'une industrie naissante. L'habitation était, nous l'avons vu, fournie par la nature. Le vêtement consistait en peaux de bêtes grossièrement assemblées. La nourriture se composait de baies sauvages, de racines, et du produit de la chasse.

Mais déjà alors le besoin de parure était inné à l'homme. Les bijoux rudimentaires abondent parmi les objets retrouvés. Ce sont les dents de Tours ou du loup terrassé par le chasseur, des ossements façonnés, des fossiles du Jura, des objets en lignite, tous percés d'un trou et qui se portaient en pendeloques (Fig. 1 et 2). Bien plus, chez cet homme, tout grossier et sauvage qu'il fût, l'on constate un certain goiit artistique. Sur un bois de renne on a reconnu, gravée avec la pointe d'un silex, l'image parfaitement ressemblante d'un renne broutant l'herbe (Fig. 3), ailleurs celle d'un cheval * (Fig. 4). Une pierre du Schweizersbild porte sur deux faces plusieurs dessins d'animaux très res-

» On a donné jusqu'ici, faute de mieux, le nom de bâtons de commandement à ces objets. Il faut y voir plutôt des fii)ules ou agrafes grossières.

Fig. 4. — Premiers des.sins :

Un cheval (Thayngen).

semblants. Enfin, un sculpteur préhistorique a façonné un os en forme de tête de bison, et la ressemblance est assez bonne.

L'homme de Tàge de la pierre taillée vivait de chasse et peutêtre de pêche. La majeure partie des débris ramassés dans les cavernes sont les ossements des animaux qui composaient sa nourriture. Les os à moelle ont été refendus en long. Ceux du renne prédominent; viennent ensuite ceux du cheval puis du lièvre alpestre.

Il n'est pas possible de savoir d*où viennent ces habitants primitifs de notre pays. Ils devaient ressembler aux peuplades troglodytiques vivant à la même époque dans TEurope centrale et dont on a trouvé les restes en France — race de Laugerie- Clancelade -— et en Belgique. Ces hommes devaient avoir une taille moyenne de 1 m. 60, le corps large et trapu, le crâne allongé ou dolichocéphale, la face large, le menton très accusé et très proéminent. Ces caractères les rapprochent des Esquimaux actuels, habitant le Groenland et le Labrador. Leur genre de vie ne différait guère de celui de ces peuplades.

On aimerait en connaître davantage, mais la certitude manque. L'homme ne devait pas vivre isolé. La famille fut la première organisation sociale. Quant à la religion elle devait être rudimentaire ou presque nulle, comme celle des races tout à fail sauvages de notre époque.

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