CHAPITRE DIXIÈME
tait la Fabrique en possession de dépendances et d'un groupe de terrains presque indispensables et, de plus, contigüs à son domaine trop limité jusqu'alors. La maison, il est vrai, réclamait des réparations, mais elle n'avait presque rien perdu de sa valeur première et pouvait facilement être transformée en couvent. A ce point de vur, en particulier, cette acquisition était une affaire d’or.
Ce projet, qui n'a malheureusement pu être mené à bonne fin, semble bien avoir été l'arrière-pensée de M. Morin. Du moment que la Fabrique fut devenue propriétaire, il s'empressa de faire exécuter les réparations requises et, en 1852, il ouvrit dans cette maison un pensionnat de jeunes filles, dont la direction fut confiée à une dame Marmet, française d'origine et femme distinguée sous tous Les rapports (1). ;
Tout marcha d'abord à souhait. Les élèves se présentèrent en nombre suffisant, et la directrice s'acquittait à merveille de ses fonctions (2) M. Morin du‘ donc envisager l'avenir avec confiance, et croire que les circonstances lui permettraient bientôt de placer ce couvent embryonnaire sous la direction d'une communauté religieuse, qui saurait bien le maintenir et le développer. Il n'avait pas tort de ‘aisouner ainsi, car plusieurs couveris et collèges n’ont pas eu d'autre berceau que celui d'un simple local d'école.
Malheureusement, il y a un demi-siècle, nos communautés religieuses, moins nombreuses et moins peuplées qu'aujonur@'aui, pouvaient rarement accepter ces missions qui ue cessent de se multiplier depuis quelques années. De plus, pour assurer le succès d'une fondation, il faut, en quelque sorte, être né procureur, posséder le don de changer quelquefois les pierres en pain et savoir plutôt demander que donner, Or, nous pouvons dire sans nuire à la mémoire de M. Morin, qu'il n’était pas du tout né pro-
(1) Madame Marmet était la mère de l'abbé Marmet, décédé à Paris où il était allé en 1853, à la demande du Séminaire de Québec, pour étudier les Belles-Lettres,
(2) Le personnel du pensionnat assistait aux offices publics dans la chapelle Saint-Joachim, où M. Morin, avec l'autorisation de la Fabrique, avait fait ériger une estrade,
cureur, et qu'il savait mieux donner que demander. Aussi son pensionnat, après avoir bien fonctionné pendant quelques années, grâce à la bourse du fondateur, commença à chanceler du moment que le nerf de la guerre vint à manquer, et dut enfin fermer ses portes. La paroisse perdit alors une excellente occasion — qui ne devait plus jamais se présenter — d’être dotée d'un couvent.
Ce local était cependant destiné à servir jusqu'à la fin pour fins d'éducation. Le pensiounat fut d'abord remplacé par une école pour garçons et filles, puis, par une école indépendante pour garçons seulement. Cette dernière, qui a toujours été tenue sur un excellent pied, et qui était plutôt une académie qu'une simple école modèle, a rendu de grands services. Les élèves studieux en sortaient suffisamment outillés pour les différentes carrières qu'ils embrassaient, et avec nv somme de connaissances qui leur permettaient d’enteer en quatrième et même en troisième, lorsqu'ils se décidaient à faire un cours classique. On ne saurait trop regretter la disparition de semblables écoles paroissiales, dont le nombre devrait plutôt augmenter que diminuer.
Voulant rehausser la solennité des offices publics, M. Morin décida le Conseil de fabrique à faire, en 1852, l'acquisition d’un harmonium qui coûta soixante-cinq livres courant. On l’installa sur le petit jubé qui se trouve en arrière du maître-autel. C'était une amélioration appréciable, en attendant l'occasion favorable de remplacer par un orgue cet instrument bien “op faible pour une aussi grande église (1).
Le Cap-Santé fut démembré une seconde fois, en 1832. Bien qu'on eût assigné à la paroisse de Saint-Basile, lors de son érection canonique, un territoire assez considérable, il était facile de prévoir qu'il serait nécessairement agrandi plus tard — un peu moins cependant qu’il ne l'a été.
Ce qui était prévu ne tarda pas à arriver. La paroisse
(1) M. Morin s’engagea à contribuer à cet achat pour la somme de vingtcinq livres à la condition que cet harmonium sérait à son usage pendant son séjour au Cap-‘santé.