‹ Histoire du Cap-Santé [microforme]Chapitre 86 sur 163 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

jalousie; mais elles les verront quand il ne sera plus temps de remédier aux maux dont ils seront la cause première.

Rien au reste ne doit surprendre ici. Le comité chargé de faire rapport sur l'affaire des fabriques, la chambre d'assemblée elle-même, le comité surtout, renfermaient des personnes non seulement prévenues contre l’ancien mode de régie des affaires de fabriques, mais des personnes provoquant elles-mêmes et demandant un changement dans l’ancien mode; des personnes dont toutes les démarches et les paroles décelaient la passion, qui s'étaient elles-mêmes pubhquement annoncées comme passionnées pour la liberté, ne réfléchissant pas sans doute que toute passion portée à un certain point, devient irraisonnable, devient une véritable folie ; des personnes enfin si déterminées à effectuer le changement qu’elles méditaient dans la manière de gérer les affaires des fabriques, qu'elles s'étaient d’abord opposées au projet de consulter le clergé ; ne le jugeant pas sans doute digne de cette marque d’un reste au moins apparent de considération.

Aussi, bien loin que l'unanimité desréponses données par le clergé, soit en confirmation de l’usage constamment et universellement observé de n’appeler aux assemblées de fabriques que les seuls marguilliers anciens et nouveaux, soit dans l'exposé des inconvénients graves et sans nombre qu'entraineraient les innovations que l'on projetait, fût prise en considération, on n’en fit pas le moindre cas, comme nous l'avons dit plus haut. Mais est-ce à cela que se termineront ces entreprises, ces innovations d’un mauvais auguré ? Ah! plaise à Dieu qu'il ne soit pas vrai de dire : hæc sunt initia dolorum !

Mais qu'est-ce que le clergé doit faire et que fera-til, à la vue de ces mesures pleines d'injustice que l’on veut prendre contre lui? Que fera-til, que doit-il faire en voyantces passions haïinsuses prètes à se déchaîner contre lui ? Ce qu'il a toujours fait; ce qu'ont fait et ce que feront toujours, dans tous les lieux, ceux qui composent le clergé de l'Eglise romaine, ceux qui, membres de ce clergé, en connaissent les devoirs et y sont véritablement attachés: il

souffrira avec patience ; il s’opposera aut:nt qu’il sera en

son pouvoir, à la diffusion de principes qui ne tendent qu'à égarer ceux en faveur de qui on lesétablit; il exposera les. motifs et les raisons propres à justifier sa conduite quand il aura lieu d'espérer que la passion et les préjugés n'enipècheront point de les écouter et de les apprécier. En un mot, il continuera à faire tout le bien qu'il sera en son pouvoir de faire.

Cette longue digression qui peut paraitre d’abord absolument étrangère aux sujets dont nous nous occupons dans ces mémoires, s'y rattache néanmoins sous un certain rapport, puisqu'elle servira à faire connaître la cause du prochain et très probable changement qui doit avoir lieu dans le mode d'administration des affaires” de La fabrique de cette paroisse, ainsi que dans toutes les autres paroisses de la Province. Elle servira aussi à conserver la mémoire des moyens employés pour parvenir à ce changement, et de ceux mis en usäge pour les empêcher; elle servira enfin à faire connaître, par la suite, et dans un temps où l'on aura peut-être à gémir sur les inconvénients et sur les excès que ne manqueront pas d’entrainer, tôt ou tard, les innovations qui doivent avoir lieu, si le clergé avait raison: ou s’il avaittort de s'opposer aux mesures et aux changements sur lesquels on lui avait demandé son opinion ; nom pour en faire un objet de discussion, mais par forme et pour s'en servir ensuite comme d'une arme contre le - clergé même{(t)

Nous revenons maintenant à notre objet, aux événements particuliers de [a paroisse.

Le cinq avril de cette année 1831, après plusieurs jours de dégel suivis d’autres jours de pluies abondantes, les eaux des deux rivières de Jacques-Cartier et de Portneuf s’élevèrent à une hauteur à laquelle on ne se souvenait pas de les avoir vues auparavant. En conséquence de cette crue subite et extraordinaire des eaux, les glaces dont ces deux rivières étaient couvertes dans toute leur longueur, se soulevèrent, se détachèrent et furent entraînées avec violence

(1) Après cinquante ans d'expérience, l'opinion de M. Gatien sur ce projet de loi n'a rien perdu de sa valeur, (L'abbé D. G.)

par la force du courant. Il se forma en divers endroits des digues qui firent encore augmenter la hauteur des eaux. Pendant deux ou trois jours, le pont de Jérôme Fiset, sur la rivière Jacqués- Cartier, fut dans le plus grand danger l'être emporté et culbuté. Les eaux montèrent assez haut Alans le moulin à farine, au-dessous du pont, pour s’y élever à la hauteur de deux ou trois pieds. Cependant elles ne causèrent aucun autre dommage à ce Monsieur, que d'y séjourner quelque temps. Un moulin à papier, bâti auprès du moulin à farine, mais un peu plus bas, souffrit beaucoup plus; leseaux l’inondèrent en partie, et causèrent un dommage considérable an propriétaire-locataire -de ce moulin.

A Portneuf, les glaces emportées avec violence par la force du courant, ayant défoncé la porte de la maison de M. Nell, les eaux s’y introduisirent subitement et en inondèrententièrement Le rez-de-chaussée. Les livres et les papiers ne furent sauvés de cette inondation qu'avec peine et danger même. Les meubles et le reste de ce qui était dans cet étage furent sauvés par le moyen des canots avec les- «quels seuls on pouvait parvenir à la maison. Les eaux néanmoins ne causèrent aucun dommage au moulin à farine, ni à la scierie qui est tout auprès. Seulement les billots qui étaient accumulés auprès de ce moulin, furent alors entrainés et dispersés en différents endroits. Les glaces accumulées contre le pont, ayant formé en cetendroit une digue énorme, les eaux s'y élevèrnt de huit à neuf pieds {le haut, et se répandirent de là dans les environs et dans les maisons voisines.

Bientôt, le pont ne pouvant plus résister anx forces réuaies des eaux et des glaces, fut enlevé et emporté tout d'une pièce de dessus ses quais et transporté à quelques arpents «le 1. I fut possible de le défaire immédiatement et d'en sauver les bois qui, heureusement, ne se trouvèrent pas trop brisés ponr poavoir servir au rétablissement du pont.

Où fut cêpeñdant près d'un mois ct demi privé de ia commodité que ce pont donnait pour lepassage dela rivière; et jusqu’ qu'il fût rétabli, on ne put communiquer que dlifficilemer.. et par lemoyen de chaloupes d'un bout à

l’autre de cette paroisse. Ceux qui se trouvèrent dans la nécessité de passer la rivière avec des voitures, furent obligés d'aller La passer sur le pont du village de Saint Charles, qui henreusement n'avait point été emporté par cette crue subite des eaux, En rétablissant le pont de Portneuf, on exit soin d'élever les quais de deux pieds plus haut qu'ils n'étaient auparavant, afin de donner un cours plus facile toux eauxdans les circonstances semblablesà cellesoùce manque de hauteur danslesquais avait été la cause de sa destruction.

L'hiver de 1330 à 1831 fut assez doux. Les pluies peudant cet hiver furent fréquentes et abondantes. Les vents de nord et de nord-est dominèrent pendant la plus grande partie de cet hiver. Quoique le froid n'ait été ni si grand ni d’une aussi longue durée que dans plusieurs des années précédentes, cependant la glace s'arrêta sur le fleuve dans une très grande étendue, depuis Québec jusqu'aux Trois- Rivières, dans le cours du mes de mars, et ne repartit que dans celui d'avril déjà bien avancé.

Le printemps, qui paraissait devoir être hâtif, à raison du peu de froid de l'hiver, fut au contraire très tardif, et les semailles de blé se firent avec peine, et avec bien des retardements causés par les pluies et par le mauvas état des terres à ensemencer. Onétait déjà au 10 de mai, et les semailles de blé n'étaient encoré qu'en partie commencées. . Quelles seront les conséquences de ce retardement ? Dieu seul le sait ; mais ilest d'expérience que les semences, quänd elles sont faites La terre n'étant pas bien préparée par le retour des chaleurs, ne sont que d’un rapport bien médiocre, à moins que la continuité du beau temps et la rencontre des autres circonstances favorables à la végétationne réparent les inconvénients quiont accompagné les semailles.

: Nous terminons ici ls présents mémoires sur la paroisse ‘du Cap-Santé. Leur longueur, la grosseur du volume qu'ils forment déjà, nous obligent à ne point passer outre. D'ailleurs, il nous reste encore assez à ajouter au présent volume, dans l'exposé des choses qui ont rapport à cette poroisse, il est bien vrai, mais qui n’ont pas jusqu'ici trouvé leur place, parce qu’elles forment comme autant de

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