‹ Histoire du Cap-Santé [microforme]Chapitre 85 sur 163 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

sait l'efficacité. Aussi ce bill, dont la première et principale disposition est de statuer et de déclarer que les habitants notables des diverses paroisses en cette province auront droit d'assister, de délibérer et voter aux assemblées de fabriques pour l'élection d'un nouveau marguillier, pour la reddition des comptes etpour tout autre objet des dites assemblées de fabriques ; dont la seconde et dernière est de déterminer les notes et caractères de notabilité qui donneront ce droit d'intervention dans les affaires de fabriques ; ce bill, disons-nous, ne fut que présenté à la chambre d'assemblée et lu pour une première fois ; la discussion en fut remise à La session suivante du Parlement; bien entendu et résolu qu’alors, indépendamment de toutes considérations ultérieures, on le revètirait de toutes les formes et formalités nécessaires pour en faire une loi. C'est ainsi, que par la création de ce bill par la première assemblée, par sa diffusion dans le publie, par des discours de quelquesuns des meubres de la Chambre à sa première lecture, et dont le but était de faire connaitre l’urgente nécessité, comme moyen unique de remédier aux grauds abus qui régnaient dans l’ancien mode de régie des affaires de fabriques; comme moyen unique d'introduire le calme et la tranquillité, disait uu des orateurs dont Le bill en question était la production chérie, comme moyen unique d'assurer au clergé la continuation de êe respect quil méritait à juste titre, disait-il encore, comme si la mesure (le son respect, de ses égards et de sa considération pour le clergé n'eût pas été si parfaitement et tellement connue, qu'on devait regarder ses paroles plutôt comme une nouvelle insulte que comme un témoignage d'égards envers le clergé ; c’est ainsi enfin qu'un orateur, dans la môme circonstance, signalat l'opposition trop générale, disait-il, du clergé aux mesures du bill proposé, traitant d'erreur fatale cette opposition qui ne pouvait avoir, selon lui, que les résultats les plus funestes. On prépara le publie, on disposa les esprits à la passation de ce bill réservé pour la session prochaine.

En lisant sur Les papiers publics les discours qui furent prononcés en cette occasion dans la Chambre d’assemblée,

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surtout ceux de M. Bourdages, dans la séance du samedi 26 mars, et de M. Papineau, à la mème date, on ne peut s'empêcher d’être pénétré d'un sentiment mêlé de pitié en voyant des personnes dont les talents commandent d’ailleurs l'admiration, se laisser conduire et aveugler même par la passion et les préjugés, jusqu'au point de

s'oublier assez eux-mêmes pour insulter et chercher à

attirer l'insulte et le mépris sur un clergé qui jusqu'à ce moment avait paru être l'objet de leurs louanges et de leurs égards, et cela parce qne la majorité de ce clergé ne pense pas comme eux, ne voit pas les choses comme ils les voient eux-mêmes (1).

Mais enfin en quoi, peut-on demander ici, en quoi done le clergé est-il coupable ? en quoi a-til manqué ? On Int demande des réponsés à des questiofis dont l'objet est dé connaître quel a été l'usage observé dans le mode de régie des affaires de fabriques. Il s'empresse de les donner. On les demande ces réponses, dans un temps d’oceupations Les plus fatigantes ; malgré cela, le clergé les donne ces réponses... elles contredisent les vues que l'on a, les projets et les changements que l'on médite ; on s'en fâche... Mais est-ce la faute du clergé si la chose ra pas été conduite par un mode qui présente au moins quelque analogie ave: ce

.q'ie l'on veut établir ?

On demande au clergé de dire son opinion sur laffaire en question et d'an exposer le motif ; il le fait : on se fâche encore plus, on oubhe en un moment l'hommage que Fon a rendu si souvent au clergé, et que la vérité forçait à lui rendre. sur son zèle à coopérer au bien, sur son dévouement aux intérèts du pays, sur la générosité et La libéralité avec lesquelles il fait depuis longtemps les pius grands sacrifices pour promouvoir l'éducation ; on en vient jusqu'à lui faire un reproche du pen d'effets heureux pour l'éducation qu'a eus un bill passé depuis plusieurs années, comme si le manque d'effets heureux de ce bill n'était pas

(1) M. Papineau, père du parti libéral canadien-français, a causé à ses compatriotes un mal irréparable, en brisant l’union qui n'avait cessé de régner eutre eux jusque là, (L'abbé D. G.)

une preuve de son inefficacité, pour ne pas dire de l’impossibilité qu'il y a d'en mettre à effet les dispositions dans le plus grand nombre des paroisses(1). On va plus loin encore. Si on ne lui prodigue pas immédiatement lPinsulte et les menaces, on les lui montre de bien près. Mais encore une fais, en quoi le clergé est-il coupable ici ? On lui demande sa manière de voir et de penser sur l'affaire des fabriques ; il la donne. Que voulait-on de plus? S'il ne l'avait pas donnée, s'il avait refusé de répondre, on aurait crié haute. ment sans doute contre lui. Il l’a donnée cette opinion, il les a exposées ces raisons; et c'est parce qu'il les à trop bien motivées, qu'on l’accuse encore avec plus d’animosité et d'amertume: la passion ne peut plus se cacher. Mais en bonne justice, de quels côtés sont les torts? Voulait-on du clergé qu'il donnât une réponse conforme au projet que l’on entretenait ? Alors, ou l’on présumait qu'il la donnerait telle, ou l’on pensait qu'il la donnerait contraire. Dans le premier cas, il s'en suivait que l’on avait été trompé dans l'attente que l’on aurait formée, et il semble qu'il n’y avait point d'autre parti à prendre alors, que d'examiner avec soin et peser les raisons et les motifs allégués par le clergé; les réfuter, en signaler /1 faiblesse et la nullité, si réellement ils ne montraient rien de solide, rien de vrai; et au contraire se servir de ces raisons et de ces motifs, si le bon sens les avouait. Mais ce n’est pas ainsi qu'on agit ; aussi n'est-ce pas de cette manière que la passion raisonne ; ce n’est pas avec cette balance de justice et d'équité qu'elle se conduit. C'est donc à dire que la mesure de considération et d'égards que l'on aura pour le elergé, que le degré de respect et de louanges qu'il méritera et qu'on ne lui accordera que temporairement, sera mesuré sur le degré de condescendance avec lequel il se prêtera aux vues, aux projets du premier intrigant venu, aux rêves d’'améliorations du premier homme venu, à tête exaltée, sans qu'il lui soit permis de faire la moindre réflexion, car du moment qu’il se montrera en opposition de vues et de pro-

(1) La première loi scolaire était donc à peine en force, qu'on rendait le

clergé responsable de son peu d'efficacité. (L’abbé D. G }

jets avec certaius personnages, on ne verra plus alors dans son Corps que des ennemis, des gens opposés à tout bin, des gens en un mot sur quiil faut par lous les moyens attirer le blâme, le mépris et l’insulte.

Voilà, encore une fois, la mesure de justice, la balance pleine d'équité avce lesquelles on parait vouloir en agir avec le clergé.

Mais pourquoi le clergé a-t-il donc mérité ce traitement nouveau et si étrange jusqu'à ce jour? Qu'a-til fait, que lui reproche-t-on? que craint-on de sa part? Est-ce l’influence dont il jouit? jalouse-t-on cette influence? Comment ne pas le croire, quand on a entendu dire à quelques: uus des promoteurs des mesures que tend à établir le bill des affaires de fabriques, qu'il fallait abattre le clergé, qu'il fallait le réduire, qu'il fallait lui ôter cette influence qu’il a auprès du peuple !

Muis cette influence du clergé que l'on parait craindre, cette influence plutôt à laquelle on porte une basse et vile jalousie, le clergé en a-t-il fait un mauvais usage ? jusqu'à ce jour à quoi l’a-t-il employée, sinon à promouvoir le bien soit général, soit particulier ? On parait vouloir craindre le poids de l'influence du clergé ; eh, que l'on craigne plutôt de lui voir perdre le peu qu'il a encore (l:!

L'expérience, de nos jours même, n’a-t-elle donc pas encore assez appris que c’est en commençant par ôter au clergé l'influence que son caractère, son état et ses rapports avec le peuple lui donnent sur ce même peuple, que les intrigants, les individus à passions ardentes et haineuses des divers temps etdes différents lieux préparent les peuples aux plus effrayantes révolution © Sn veut abattrele clergé, lui faire perdre l'influence dont il jouit auprès du peuple ! Les personnes sages et clairvoyantes peuvent entrevoir déjà quels seront les résultats de cet acte de haute politique ; quant aux autres, elles les verront anssi peut-être, si toutefois la passion leur laisse encore la faculté de voir autre chose que ce qui excite leur animosité et leur basse

(1) L'influence du clergé a toujours été et sera toujours le cauchemar des démagogues ranadiens. {L'abbé D. G.)

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