IIPLES PASTEURS ET'PEUPLES AGRICULTEURS DE L^ANGIEN MONDE
A l'époque de la république romaine, le monde se
tmvait divisé en deux grandes sociétés : la société
"^i ée et la société barbare, La première était fondée
la propriété individuelle et l'agriculture, sur l'é-
rtissement de villes considérables, de villageâ cons-
"nîts solidement et à demeure fixe : c'était Torgani-
ion des rives de la Méditerranée, de F Asie-Mineure,
de l'Inde, c'est-à-dire de la vaste zone parcourue
Alexandre ou conquise par les Romains. La so-
é barbare avait pour bases la .vie nomade, la
)priété commune et non pas individuelle; elle s'é-
àait sur toutes les contrées qui n'avaient pas été
ilorées par les Romains ou par Alexandre, princi-
aiement dans les immenses régions situées au nord
la mer Noire, du Danube et désignées sous les
3e Scylhie et de Germanie.
Venues du plateau de l'Asie et s'y recrutant sans
;, par l'arrivée de nouvelles tribus, ces popu-
îons étaient dans une ignorance complète de l'état
Ivilisé. Propriétaires de troupeaux innombrables, ne
iquant guère Tart de labourer, elles ne se nourris-
it que de lait et de viande, de cidre et de bière,
v ent sous des tentes de peau de bœuf et dans des
ba s de bois, campaient au milieu des steppes et
s forêts plutôt qu'elles n'y habitaient ^ changeaient
lieu à mesure que leurs troupeaux se trouvaient à
l'étroit ou avaient dévoré les herbages, et se t portaient pacifiquement d'une région dans une au sans ambition de conquête, sans colère contre perse n'obéissant qu'aux lois de l'habitude et de la nécesi
Quand on ne tient pas compte de cet état de chi on est trop porté à considérer tous les mouvem» ces peuplades, tous leurs changenients de l comme des expéditions ayant pour but rexterminal et le pillage.... L'esprit s'égare alors dans la c sion, dans le vagabondage universel de ces ho sans patrie, qui courent au hasard, avec leurs 1 et leurs enfants , à la recherche d'un asile..... voyant, par exemple, dans les temps les plus re les tribus germaniques pénétrer dans les Gaules, Kimris succéder aux Gaëls^ les Belges aux Kim\ voyant les Celtes traverser l'Espagne, les Tecta percer la Germanie d'outre en outre et s'installer i l'Asie-Mineure, les Gallo-Celtes peupler le b Pô et du Rubicon, on frémit en songeant au choc rible, aux guerres ati'oces que devaient provoquer migrations et ces invasions continuelles. .
Qu'on nous permette de le dire I ces craintes \ fondées sur une erreur. Les moindres luttes pren un caractère implacable chez les peuples civilisés, la raison qu'ils ne peuvent pénétrer les uns chex 1 autres qu'en détruisant les villes et les yillag < exterminant les vaincus ou en les réduisant en es vage. On sait de quelles calamités était suivi cbi mouvement des. Perses et des Assyriens, des Égyp et des Mèdes, des Romains et des Carthaginois.
Les déplacements des peuples nomades n'oflrentrici de comparable à ces drames retentissants. D'où vient C0 contraste, qui semble déshonorer la civilisation cl
e regretter Tâge barbare? De la simple constitula propriété. Les peuples pasteurs n'ayant ni 5, ni propriétés individuelles, ni rien de ce qui ;he Thomme à un point limité du sol^ ne sauraient }} ' aux peuples qui les entourent la résistance et désespérée, de ceux qui sont retranchés dans ailles fortifiées, dans des maisons dont la posses- *x)n8titue la richesse et Thonneur....
nomade n'a quune patrie : le monde; qu'une de biens, les troupeaux et les pâturages qui nourrissent. C'est en vain qu'il se fixe pendant [ues années dans une région qui semble lui «ire, il est de la nature de l'oiseau, il ne pose son sur une arbre, qu'avec le projet de le quitter au temps, au plus léger caprice, au premier désir de T d'air et de courir... Le véritable domicile, le r du pasteur ne sont pas ces villages d'un jour, de cabanes de bois ou de tentes ; ce sont les lots traînés par des chevaux ou par des bœufs, r lesquelsil transporte ses meubles, ses denrées, sa iille ; aussi sa première industrie est-elle le travail i bois.. .Tout Barbare est charpentier et charron; son il de prédilection, la hache, est aussi son arme yorite : demandez aux Francs et aux Burgondes. Tout en faisant paître ses troupeaux, le Barbare débien quelques champs pour semer du blé, du e, de Forge; mais il le fait en quantité si petite le produit n'entre pas en ligne de compte dans sa riture ; il n'est guère qu'un moyen de varier la iration de la viande et du lait. Le moment de ilter un cantonnement arrivé, il attelle ses chats, et voilà le peuple entier qui se met en marche ; emporte sa fortune, sa patrie!... Oùva-t-il? lui-
môine Tignore! Sa route sera la ligne de forêt, pâturage, la moins battue par les autres pea( celle où il ne verra pas de cabanes fumer» où il n'c tendra pas de troupeaux mugir, où pas un ne lui révélera la présence de l'homme. Le est loin de rechercher les querelles $ il n'a rien à| gner à la guerre : elle compromet ses animaux, chariots et tout ce qu'il transporte. Il évitera pendant ces longues courses de sept à huit cents lie de se heurter à d'autres tribus; si le passage n'est] libre sur un point, il l'achètera par des conveotic pacifiques ; le droit de continuer sa route lui serad'i tant moins refusé que les voisins auront intérêt à I faciliter le moyen de gagner le large.
Arrivé dans un canton favorable, ce peuple de cherons et de charpentiers prend la hache, abat arbres et se construit en très-peu de jours de noui cabanes, dans lesquelles il traversera la saison ri| reuse.
Cette facilité extrême de voyager, de s'installei vîsoirement et de repartir, nous explique Tarrr cessive de peuples inconnus, partis du centre de W et qui, d'étape en étape, marchant les uns à la des autres, se transportaient des vallées du < et de l'Himalaya jusqu'aux plaines du Rhin, josqi bassin de l'Ébre; puis revenaient saqs façon rives de la Garonne à celles du Danube et des de la Bretagne à celles de la Méditerranée. Les
toriens modernes se sont épuisés en vain re ches pour découvrir les causes de ces m n ils ont cru les trouver dans les révolutions pc ques des grands empires de l'Asie, dans les pe cutions que les Chinois, les Tartares ou les Moi
auraient exercées contre leurs ennemis vaincus. Les Romains et les Grecs, qui ne connaissaient pas ces peuples lointains, s'en étaient pris à l'Océan; ilsTaccusërent de se mettre en fureur, de sortir de son lit, d'envahir les plaines de la Baltique et de contraindre les habitants de ses rivages à prendre la fuite vers la Méditerranée.
C'est aller chercher bien loin l'explication du fait le plus simple du monde, le plus inhérent à la constitution de la société barbare. %.. Les peuples pasteurs se meuvent, courent, parce qu'ils ne sauraient subsister sans se mouvoir et sans courir. Ils ne partent pas, ils continuent à marcher; ils ne quittent pas leur patrie, ils l'emportent avec eux et la promènent.
Cet instinct du Barbare se lie d'ailleurs à un ordre de choses plus élevé que l'habitude et l'intérêt d'une race ; il forme un des plus admirables agents civilisateurs que la Providence ait employés à répandre l'homme sur la surface entière du globe, à peupler les régions les plus inhospitalières, les plus stériles.
Les premiers hommes trouvèrent toutes «ortes de facilités à s'établir dans les contrées heureuses de rinde, de l'Asie -Mineure, des bords de la Méditer <ranée; ils y formèrent de bonne heure les peuples civilisés dont nous avons d'abord constaté l'existence. Tout favorisait leurs migrations : la douceur du climat, l'abondance des arbres à fruits, la fertilité du soU qui récompense le travail le moins pénible par des produits aussi abondants que variés. En quelque contrée du Midi que l'étranger arrive par terre ou par mer, il s'y procure sans fatigue le vivre» le couvert et toutes les nécessités de l'existence.
Dans les pays du Nord, au contraire, i'émîgrant est obligé de s'abriter contre les frimas, de se couvrir de vêtements épais, de contraindre la terre par un travail opiniâtre à lui fournir des subsistances.
Les pays méridionaux purent donc être peuplés par des navigateurs, des commerçants, des aventuriers, des peuplades guerrières qui n'avaient d'autres resources que leur courage et leurs bras ; les pays septentrionaux ne purentrêtre que par despeuples pasteurs, qui emportaient avec eux le vivre et le couvert, c est-à-dire ces nombreux troupeaux qui leur fournissent le vêtement et la nourriture. Mais si les nations civilisées et agricoles sont essentiellement sédentaires, les peuples pasteurs sont nécessairement nomades ; tels ils nous apparaissent dans la Bible, du temps d'Abraham, tels nous les retrouvons dans la Scythie et dans la Germanie, à la fin de la république romaine.... Quand nous en rencontrerons un à cette époque errant à travers le monde, nous pourrons dire avec conviction : il vient de TAsie; son origine remonte aux premiers âges ; il est resté ce qu'il était lors de la première dispersion des hommes ; s'il continue à voyager, ce n'est pas qu'il soit exp\ilsé de son pays par des cataclysmes naturels ou politiques ; il marche parce qu'il a toujours marché; il change de lieu parce qu'il est condamné à voyager sans relâche afin de nourrir les troupeaux, qui forment ses seuls moyens d'existence. 11 ne cessera de courir, d'émigrer, que lorsque la civilisation, l'arrêtant au passage, lui aura révélé la grande loi de la propriété individuelle, l'art de bâtir des villes stables, et qu'elle l'aura attaché au sol par les liens de l'agriculture, de l'architecture et de l'industrie.