‹ Histoire du caractère et de l'esprit français depuis les temp les plus reculés jusqu'á laChapitre 3 sur 31 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Dans un siècle où la criliquo et la philosophie de Thistoire ont acquis une importance qu'elles n'avaient pas eue jusqu'à ce jour, nous avons cru devoir consacrer un examen approfondi à l'élude des éléments qui constituent une des grandes puissances de notre nationalité : le caractère et V esprit français.

Nous ne revendiquons nullement l'honneur d'avoir rois les premiers celte formule à la mode ; nul n'ignore qu'elle jouit d*une faveur exceptionnelle dans le mouvement des idées du dix-neuvième siècle. Rien de plus fréquemment invoqué de nos jours, en effet, que ce grand mot : Vesprit français. La déflnition de ses qualités et de ses défauts, revient avec une persistance inouïe dans tous les livres qui traitent de politique, de morale, de philosophie ou de littérature : mais ce n'est jamais qu'incidemment que cette force intellectuelle, admirée par les uns, contestée par les autres, redoutée par un grand nombre, est l'objet de la controverse : ce n'est qu'après s'être aventurés à travers une infinité d'autres questions considérées comme bien plus importantes, que les écrivains se trouvent

en présence de cet agent civilisateur^ et qu'ils lui prodiguent leur admiration ou leur blâme.

Notre façon de procéder sera plus directe. Au lieu de nous borner à le rencontrer par hasard, à [le mentionner, par occasion, parmi les agents qui provoquent les révolutions ou hâtent le progrès, nous le montrerons en première ligne, exerçant le commandement là où il semblait n'avoir qu'un pouvoir secondaire... On en faisait un incident, il sera pour nous un point de départ... On le prenait pour un fait simple, un produit indigène et primitif, on se bornait à l'envisager dans son ensemble, sous son aspect le plus accusé, sans trop en rechercher la composition ou l'origine : nous allons l'examiner dan§ ses détails, remonter à ses sources, marquer les incidents de sa gestation, le décomposer, en définir chaque partie avec une scrupuleuse attention, en faire en quelque sorte la dissection psychologique.... Nous suivrons chacune de ses fibres; s'il est permis de parler ainsi, à travers les Tévolulirrs, j usque dans leurs ramifications les plus cachées, dévoilant avec impartialité leurs qualités et leurs défauts. Nous les montrerons, se rapprochant entre elles, luttant quelquefois, se juxtaposant enfin et formant l'agrégation qui compose aujourd'hui cet ensemble d'une incalculable force expansive, infiniment varié et cependant harmonieux qu'on appelle le caractère et l'esprit français.

Ce n'est pas sans raison que nous réunissons le moi esprit au mot caractère. Dans un travail aussi complexe que celui-ci, on ne saurait trop soigneusement prévenir l'équivoque : or, ces deux termes ne sont nullement synonymes. Séparés, leur valeur grammaticale est parfaitement dis-

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