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tincte; réunis ils se complètent réciproquement, et s'élèvent à leur plus haute puissance.
Le caractère est le principe, le germe primitif; c'est la disposition naturelle qui porte l'homme à faire un certain genred'actions: il constitue à proprement parler, l'existence L'esprit est ce qui donne le mouvement, l'activité à ce principe, ce qui l'anime et régularise son action. Le caractère c'est l'être; V esprit c'est la vie, le mouvement de l'être. Le caractère est le résultat de la nature physique et morale, combinées et prises à leur point de départ : il est généreux ou vindicatif, vertueux ou vicieux, bon ou méchant, noble ou vil, grave ou léger, jovial ou taciturne, résolu ou faible : voilà le fonds humain, la matière première : l'esprit survient, il natt, se développe dans le cerveau, il compose l'a* geot et le modérateur de cette première fermentation de l'être. Il donne à chacune des qualités bonnes ou mauvaises du caractère quelque chose d'actif, de prompt, de souple, de subtil, de vivant qui leur manquait.... Sous l'action de l'esprit, la générosité acquiert le discernement et la délicatesse ; la vertu substitue la grâce et le charme à la raideur ; la bonté devient pleine de ûnesse et de tact ; la noblesse a de l'éloquence, de l'amabilité et de l'abandon ; la résolution ost modérée par la politesse et l'urbanité ; la gaieté s'eml)ellitdes qualités les plus exquises de l'observation et de Tapropos. Les défauts eux-mêmes reçoivent une enveloppe, une harmonie de formes qui émousseot leurs aspérités, et les rendent plus tolérables : la fierté prend de la distinction, fégoîsme, se donne le lustre de l'ambition et de l'honneur; quelquefois il est vrai, mais assez rarement, l'esprit rend plus dangereuses les mauvaises dispositions naturelles.
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Le caractère ^Q développe en Thorarae dès le berceau; dans le peuple, dès Télal sauvage. Vesprit est l'apanage de rhorame devenu raisonnable par Téclucalion; Tapanage du peuple, passant de l'état sauvage à l'étal héroïque et civilisé. Empruntant enfin une irange à la langue de notre époque, nous dirons que le caractère est la machine, que Yesprit en est le combustible et le moteur. Tel est le sujet de notre travail ; voici quelle en sera Téconomie.
De môme que l'historien des événements raconte le choc des peuples divers, les défaites, les victoires successives des races, l'avènement des dynasties, la fusion des familles, les absorptipns de provinces; de môme Vhistorien du caractère et de l'esprit français doit étudier séparément les apliiudes de chacun des peuples qui ont occupé le sol national ; il doit suivre les péripéties des luttes qui ont préparé la fusion des races nouvelles avec les races anciennes; examiner quels éléments religieux et moraux, politiques et littéraires, chaque nouveau venu a fournis pour apport social. La somme de ces éléments réunis, fusionnés, formera cette merveilleuse unité intellectuelle, morale et politique, qu'on appelle aujourd'hui la France; mais qui, avant d'être une fusion, fut une mêlée confuse de Gallois et de Celtes, de Grecs et de Romains, de Francs et de Normands , de Bourguignons et de Visigoths, de Provençaux et de Basques.
On comprend, à la complication de ces agents, tout ce qu'il faut apporter de patience et de soins dans cette étude analytique, pour faire ressortir la vérité de cette immense confusion de faits, ne pas prendre l'apparence pour la réalité, certains miroitements extérieurs pour la forme in-
iriasëqae des objets; combiea ii faut de circoaipeclioa et de prudence pour, obteair des faits les reaseigaemeati qu*ils doivent donner, tout en évitant les conclusions erronées, ainsi que les conséquences excessives.
L'histoire est, de nos jours, bien plus exigeante qu'elle ne
l'était uu dix-septième et au dix-huitième siècle. Bossuet, Montesquieu, Grotius, Gravina prenaient les peuples par grandes masses; ils jugeaient les questions et les tranchaient par des formules a ;>r2on..., ramenant tout aux grandes théories philosophiques élaborées dans leurs cerveaux, ils plaçaient à la base de leur édiûce une sorte de plan géométrique de l'humanité, dans lequel les révolutions politiques, les formes des gouvernements et les codes devaient néoedsairement rentrer, en vertu de la puissance des principes supérieurs. Ils voyaient des généralités et ne voulaient guère voir autre chose. Négligeant les détails et les exceptions, ils considéraient les peuples, les gouvernements, les lois, comme les résultats logiques de Taclion de co/ps simples; ils étudiaient, en un mot, les doctrines et non les faits ; ils faisaient des œuvres de synthèse, el non point d'analyse.
Notre façon de procéder sera plus modeste; nous cornmencerons par étudier les faits, beaucoup de faits, et c'est de leur examen, base visible et palpable, que nous ferons descendre les conséquences. Nous nous élèverons des évè nements aux doctrines, au lieu de descendre de la doctrine aux événements.
L'histoire du caractère et de Vesprit français ne saurait faire double emploi avec l'histoire de la littérature, ou l'histoire de la politique et de la civilisation ; elle est destinée tout au plus à servir de complément à ces deux sortes de
travaux, à former le point d'intersection qui doit les réunir.
La critique littéraire s'attache principalement aux progrès, aux modifications de la langue et du style ; elle examine les formes des œuvres, les qualités de récrivain ; elle monte graduellement des rudiments de la grammaire et de la syntaxe jusqu'aux questions de goût, d'éloquence et de poésie.
L'histoire politique étudie les causes et les résultats des révolutions, qu'elles soient dues au hasard ou k l'action de la Providence, aux développements de la nature humaine, ou à l'intervention des grands hommes, à des cataclysmes physiques, ou à d'aveugles fureurs populaires.
V histoire du caractère et de V esprit tient peu de compte de la forme littéraire proprement dite; elle cherche la nature de la pensée, la tournure de l'intelligence sous le vêtement de la langue et de la période ; débarrassant l'essence intellectuelle de l'enveloppe souvent grossière qui l'obscurcit, elle découvre la délicatesse, la subtilité, la grâce, sous les épais haillons d'une langue en ébauche et d'une syntaxe à peine bégayée. Elle fait abstraction de la chose visible, pour s'attacher à la valeur intrinsèque, à la partie
virtuelle et invisible : l'esprit Au point de vue. moral
et politique, elle relègue au second, au troisième rang les causes qui, dans l'histoire des événements, occupent le premier : coups de hasard, révélations providentielles, grands hommes inattendus, cataclysmes naturels et politiques. Elle place le caractère et le génie de la race, de la nation, de l'individu, en tête des agents sociaux. C'est en eux qu'elle met le point de départ de tout événement, de tout progrès ; elle ne dit pas l'Empire romain succomba
sous l'invasion des Barbares; la féodalité remplaça la royauté mérovingienne et carlovingienne, par suite de la faiblesse et des dissensions des fils de Gharlemagne. Elle cherche les causes de rétablissement des Barbares dans les aptitudes du caractère germanique et du génie gaulois ; les causes de la chute des Garlovingiens dans les imperfections de l'esprit sicambre et la supériorité incontestable de l'esprit celtique. Elle trouve les motifs de la grande lutte des Albigeois dans l'antagonisme du caractère franc et de l'esprit provençal.
Bamenant la discussion aux principes élémentaires de la logique, nous trouverons l'origine de tous les événements dans une modification préalable du caractère et de l'esprit des peuples» Presque tous les faits étant des actes de l'homme, il n'est pas un de ces actes qui ne soient conçus dans une âme et dans un cerveau avant de passer dans la réalité. Analyser la nature de l'esprit, marquer les mouvements, les variations dont il est le théâtre, c'est donc remonter à la source nécessaire de tous les événements.
Nous nous trouverons souvent amenés, dans ces explorations, tout en rendant pleinement hommage aux hommes de génie qui passent, à juste titre, pour les phares de la vérité historique, à compléter leur travail en cherchant les causes premières des révolutions ailleurs qu'ils ne l'ont fait, et rétablir l'action du caractère et de l'esprit individuels ou publics dans les parties où ils s'étaient bornés à constater les résultats généraux des grands mouvements sociaux et politiques.
A mesure que nous poursuivrons nos recherches, que nous analyserons les innombrables agents historiques, lit-
téraires, artistiques qui, de tous les points du monde, viendront se réunir, se développer, se mêler sur le sol de la Gaule et de la France, nous serons, k Teiemple de M. Guizot, émerveillé de la variété des éléments qui constituent la civilisation ocidentale; nous j reconnaîtrons que cette variété même nuit au développement de chacun d'eux et qu'elle les empêche d'acquérir chez nous la puissante liomogénéité qu'ils montrèrent eu Orient, dans la Grèce et à Rome.
Mais cet examen n'en sera pas moins rempli de compensation et d'espérance, car nous dirons : les -agents sociaux des peuples de l'antiquité, durent leurs développement à leurs qualités exclusives, intolérantes, absolues; les races occidentales, au contraire, fondent leur action sur la souplesse de leurs principes, sur la variété de leurs aptitudes, ressources qui faisaient complètement défaut aux nations qui les précédèrent. Chacune d'elles possédait un levier social incontestablement plus énergique, plus puissant que les nôtres ; mais ce levier, réduit à un seule branche, constamment soumise k sa plus grande tension, finissait par s'user, par se rompre, et la nation, n'en ayant pas de rechange, tombait, ne pouvait plus se relever et disparaissait de la scène du monde.
L'humanilé n'a plus k craindre le renouvellement de ces cataclysmes, depuis que les sociétés sont en possession de ressorts plus variés et plus nombreux. Les races occidentales ont recueilli, durant la longue formation de leur nationalité^ tous les éléments intellectuels départis aux autres peuples du monde, et la race gallo-franque marche k leur tête; elle possède dans le vaste arsenal de ses traditions,
de son expérience, de son esprit, d'inépuisables provisions de leviers. Quand les uns s'usent et se brisent, il lui en reste toujours de nouveaux, à mettre en place pour redonner le mouvement à la machine sociale et remonter les rouages de la civilisation. Grâce à cette élasticité, à ces réserves abondantes, tous les principes politiques, toutes les écoles littéraires, artistiques, peuvent, sans trop de danger, se développer successivement ; quelques-uns seulement ne brillent que d'un éclat passager, et remettent la direction déûnitive du balancier à ceux qui sont plus particulièrement en possession de la raison pratique et du bon sens. Mais dans ces variations brusques, souvent violentes, il n'y a pas brisement, rupture fatale, comme dans les révolutions du monde ancien ; il y di évolution, changement de front. La société peut éprouver des secousses, des temps d'arrêt dans ces substitutions de levier, mais le mécanisme lui-même ne se brise pas complètement : on peujt, après quelques réparations, lui assurer la durée la plus longue qu*une société puisse atteindre ; celte durée, le monde occidental la devra principalement aux merveilleuses qualités du caractère et de l'esprit dont nous entreprenons l'histoire.
Pour établir solidement les bases de notre travail, il est indispensable de sonder tout d'abord les profondeurs de la société gauloise. Bien des historiens ont déjà traité ce sujet avec une grande autorité, depuis notre compatriote et trop peu connu Scipion Dupleix, jusqu'à MM. de la Villemarqué, Laferrière, Belloguet, Amédée Thierry surtout. Nous estimons néanmoins que le sujet n'est pas complètement
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épuisé, qu'il reste des lacunes importantes à combler, des points obscurs à mettre en lumière, principalement à l'égard de la division des races. En constatant la différence qui séparait les Belges des Aquitains, les Celtes des Kimris, les Ligures des Bretons, on n'a pas suffisamment appuyé sur un point capital, la question des langues, la question des religions. Nous allons examiner ici ces deux parties d'un grand problème national, et nous espérons établir que, dès l'origine la plus reculée, la Gaule renferma deux familles principales occupant, l'une le sud-est, l'autre le nord-ouest ; familles très-différentes de caractère, d'esprit, d'aptitudes, et dont l'antagonisme occupe l'bistoire de la Gaule, toute entière et une bonne partie de l'histoire de France.
Cette distinction est tellement importante, elle doit avoir une action si directe sur les conclusions de cet ouvrage, qu'on nous permettra d'en bien établir l'exactitude, par une série de preuves qui ne laisseront survivre, nous eu avons l'espérance, aucun doute.
Ce premier volume, consacré à l'examen des origines les plus reculées, paraîtra peut-être hérissé de recherches et de documents ; mais si l'on considère combien il est utile de bien fixer le point de départ et de répandre la lu- . mière sur les époques les plus obscures, on nous pardonnera, facilement, des longueurs qui ne se représenteront pas dans les volumes suivants.