L'AFFAIRE DES ILES DE LERIXS
qui vient de terre, Sourdis monte dans la galère La Cardinale et, la nuit même, va reconnaître les lies. Il débarque bientôt à Cannes et, tandis qu'il gravit la montagne qui fait face aux lies, les premiers feux du soleil éclairent la mer. De la hauteur (notre Californie) où il est parvenu, il distingue, comnie sur un plan en relief, les deux îles. La plus proche, Sainte-Marguerite, « est défendue par un grand fort de trois bastions et deux demi-lunes, où il y a vingt-huit pièces de canon qui la voient presque tout entière ». Une « tour terrassée», munie de dehors en terre, la protège du côté de Cannes. C'est de ce côté que Ton peut tenter une attaque. Sourdis, après avoir promené ses regards sur les lies, aperçoit à ses pieds la presqu'île de la Croi:iette, qui s'avance au ras de l'eau, vers Sainte-Marguerite, portant à sa pointe extrême son fort inexpugnable. Il se rend au fort de la Croisette et il y reçoit confirmation des renseignements qu'il a pu recueillir de son poste aérien.
M. de Nantes, avec onze vaisseaux et une galère, rejoint, le 22 août, la flotte « mouillée » à la rade du Golfe Juan, près Sainte- Marguerite. Mais toute entreprise est rendue diflicile par le désaccord qui se manifeste entre « M. le Général (le marquis de Pontcourlay, général des galères) et les capitaines ». Richelieu fait gronder son tonnerre contre son neveu, car il ne peut admettre que celui-ci ait enlevé auxdits capitaines l'autorité que le Roi leur avait donnée sur les officiers du régiment des galères (1).
Autres dissentiments entre Sourdis et Vitry (2) : M. de Bordeaux serait heureux de conquérir Monaco et son port, refuge assuré des galères espagnoles qui viennent du grand-duché de Florence (3). M. de Vitry attaquerait du côté de Villefranche, M. d'Harcourt pousserait son attaque du côté de Menton. Mais d'Harcourt ne veut souffrir Vitry que si Vitry lui obéit, et V.try ne consent à sortir de son gouvernement de Provence que s'il a le coniman-
(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. V, p. 560-572. Voir aussi note, t. IV, p. 521.
(2) Eugène Sue, Correspondance de Sourdis, t. I, p. 55.
(3) Une garnison espagnole occupait la Principauté et opprimait le Prince lié à la France par le traité du 24 février 1635. Léon-Honoré Labande, La Principauté de Monaco, p. 147-149.