‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 2)Chapitre 100 sur 219 · LE DANEMARK. LA POLOGNE, LE PAPE · texte numérisé non relu

LE DANEMARK. LA POLOGNE, LE PAPE

SIM sanitate quant tamdiu ci morbi oppressam dolebam. Gratissimun hahet Rex meus quod tant propensitm erga se aninnmi prœsertim in transitu per Germaniam Excellentia Vectra profit eatur (I). »

Compliments cicéroniens qui ne laissaient pas que d'être fort sensibles au destinataire, puisque, le lendemain 16 octobre, le Père Joseph écrivait au cardinal : « J'ai vu M. l'Ambassadeur de Polog-ne; il t^^moig-ne grande affection pour la France. »

Les nouvelles de Borne étaient moins satisfaisantes. « Le Pape et Messieui's les Neveux » étaient, sauf le cardinal Antoine Barbelini, fort aigris contre la cour de France. Sa Sainteté refusait le chapeau que Louis XIII réclamait pour le Père Joseph. Et même elle tentait de faire conclure une paix favorable à l'Espagne. Les deux envoyés du Roi, le maréchal d'Estrées et le comte de Noailles, ne parvenaient point à fléchir son obstination. Là encore, il fallait louvoyer; malgré le désir du Pape, on maintenait à Rome ces deux ambassadeurs.

On tenait compte cependant de certains avis d'Urbain VIII qui semblaient utiles : l'on adoptait l'idée de réunir une conférence qui se tiendrait à Cologne quelques semaines plus tard: Mais le cardinal avait à se soucier, maintenant, de la diète convoquée à Rati>bonne par l'Empereur. Dans un mémoire daté du 7 octobre, Richelieu s'en expliquait ainsi avec Mazarin : « Il est évident que la diète de Ratisbonne n'est convoquée par la maison d'Auti-iche qu'à deux fins, l'une pour faire élire le roi de Hongrie roi des Romains, l'autre pour faire jurer la Lig-ue à toute l'Allemagne contre la France et ses alliés. »

En effet. l'Empereur voulait faire élire son fils Ferdinand roi des Romains. Celui qui devait être l'empereur Ferdinand III fut élu, le 22 décembre 1636, à la dignité qui le désignait pour recevoir la couronne et le globe. Richelieu se montra fort scandalisé. Il avait étudié en juriste et en théologien la bulle d'or qui réglait l'élection des Empereurs. Il y découvrait quatre raisons de tenir pour nulle la décision de la diète : les Électeurs avaient été convoqués afin de délibérer de la paix et

(1 Avenel, heures du Cardinal deRichelieu. t. V, p. 62.

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non de la succession impériale; ils s'étaient assemblés à Ratisbonne et non à Fi ancfort, comme le prescrivait la bulle; le vote du duc de Bavière, qui avait usurpé la dignité électorale, était illicite; le prince évoque de Trêves, l'un des trois Électeurs ecclésiastiques, était retenu en prison par les Espagnols, qui le jugeaient trop favorable à la France. Et Son Émi nonce concluait ainsi : <( Il est certain que les Electeurs ont été gagnés par serments ou promesses. » Il est certain aussi qu'en d'autres circonstances, le cardinal eût prêté peu d'attention à ces détails. Ferdinand II mourut le 15 février 1637. Ferdinand III monta sur le trône impérial et Louis XIII ne le reconnut que [)our roi de Hongrie. Le roi de France nen était pas moins disposé à honorer la mémoire de l'Empereur défunt et il écrivait à Richelieu : » J'ai averti la Reine du deuil de l'Empereur ; je vous prie de me mander comme il faut que je le porte (1). » En attendant, les nouvelles de Cologne n'étaient guère meilleures que celles de Ratisbonne. Le légat du Pape était arrivé, le 24 octobre, dans cette ville, que Sa Sainteté avait proposée comme lieu de la conférence, accepté par le Roi et ses alliés ; mais les Espagnols faisaient mille difficultés : « ils cherchoient, de jour à autre, racontent les Mémoires, des prétextes d'amuser et tenoient les es;irits en balance entr-e la paix et la guerre pour essayer de prendre leurs avantages et faire pencher les affaires du c6té qu'il leur seroit plus utile (2) ».

Entre temps le cardinal parcourait la Picardie et se rendait à Abbeville pour mettre ordre aux affaires de cette province. Le 3 novembre, il narrait à Chavigny la réception et le repas ridicule dont le duc d'Angoulême, gouverneur de Picardie, l'avait régalé. Il avait demandé à « faire abstinence de harangues » : « Jamais, disait le cardinal, M. d'Angoulême ne fut meilleur; au lieu que d'ordinaire on n'a que deux ou trois harangues, le nombre en fut multiplié jusqu'à tel point que le jour de mon

(1) Voir l'étude si intéressante de M. l'abbé Leraan, Le Sain^-Siège et VÉleeiion Impériale du 2& décembre 1636.

(3) Mémoires du Cardinal de Richelieu, éd. Petitot, t. IX, p. 87.

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arrirée n'y suftit pas, il en resta pour le lendemain. » Son Éniinencc ne fut guère plus satisfaite de la chère que lui fit son hùte : « Pour témoigner qu'il étoit seigneur du domaine, il ne s'est pas vu une seule écuelle lavée! et autant il a été copieux en harangues, il a été resserré en festins (1). » Désagréments qui divertirent fort Louis XIII. Ghavigny s'empressa de répondre au -cardinal « que le Roi contait à tout venant le « repas ridicule » dont avait été régalé son ministre (2) ».

L'armée navale contre les Iles de Lérins.

(« A présent que Dieu a remis Corbie dans l'obéissance du Roi et que M. le Cardi.ial de La Valette a mis en déroute une bonne partie de l'armée de Gallas, le contraignant de repasser toutes les rivières, avec grande perte d'hommes, de munitions et de canons, et de se sauver dans la Franche-Comté, il n'y a plus rien tant à désirer, pour le bien des affaires du Roi, que la prise des îles Sainte-Marguerite et de Saint-Honorat (3). »

C'est de Corbie même que Richelieu écrivait ainsi, le 19 novembre 1636, à M. de Sourdis, archevêque de Bordeaux, qui commandait en chef « l'armée navale de Levant ». Composée des escadri'S do Bretagne, de Guyenne et de Normandie, « forte de trente-neuf vaisseaux, six brûlots et douze flûtes », cette armée navale avait fait voile vei's la Méditerranée le 23 juin 1636. Sourdis avait sous ses ordres Henri de Lorraine, comte d'Harcourt, lieutenant général de l'armée navale. Il devait être secondé par le maréchal de Vitry, qui avait sous les siens les troupes postées sur la côte de son gouvernement de Provence. Par malheur Vitry (le meurtrier du maréchal d'Ancre), était emporté et brutnl, d'Harcoui't peu disposé à lui céder et Sourdis « incompatible ».

Le 18 août, rejointe par deux galères, la flotte ariive par le travers des lies de Lérins. Ne pouvant mouiller à cause du vent

(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. V, p. 655.

(2) Ibidem, p. 656.

(3) Eug. Sue, Correspondance de Sourdis, I, p. 185; et voir ci-dessus, t. IV, p. 515.

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