‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 2)Chapitre 12 sur 219 · LA RELNE MERE MISE EN CAUSE · texte numérisé non relu

LA RELNE MERE MISE EN CAUSE

la Reine des lettres fort obligeantes qu'elle vient de lui écrire et il ajoute : « Il est impossible qu'il ne reste beaucoup de sujets de méliance qu'il est besoin de dissiper pour établir par après sur un fondement assuré une liaison à jamais indissoluble entre le Uoi et Votre Majesté (1). » Le cardinal ne croyait guère à une pareille liaison, et, dans une lettre ironique, il s'eti'orçait de ((■ désabuser la simplicité du Père Suffren », qui assurait que « le cœur de la Reine mère était dans ses paroles et qu'elle n'avait intention que d'obéir au Roi et bien vivre avec lui (2) » : « Gomme je désire ce changement avec une passion indicible, répondait-il au Révérend Père, je vous confesse ingénument que je n'ose me le promettre (3). » Il ne cachait pas qud était t'Hcheusement impressionné par les attentats, — inspirés de Bruxelles, — qui étaient dirigés contre sa personne. Tout récemment un certain René, valet d'Abraham du Pré, sieur des Bernardières, ancien maître des Requêtes, s'était rendu de Bruxelles à Paris et il avait posé à un Père Jacobin cette question étrange : Etant vrai que le précepteur du fils de mon maître a charmé ledit fils, ne puis-je pas tuer ledit précepteur? « Ce ([ue, remarquait Son 'jÉniinence, il témoignoit ne demander pas par pure curiosité de savoir la résolution de cette question, en tant qu'il avoit une fort longue carabine au col (4). » Le Jacobin avait détourné d'un tel dessein cet homme scrupuleux et le cardinal ne devinait que trop qui étaient le maitre, le fils et le précepteur.

Richelieu ne tenait nullement à voir rentrer Marie de Médicis. Il avait dit au Conseil, le 18 décembre 1G33, que « la vie des serviteurs du Roi » serait en bien plus grands dangers, lorsque les ennemis de Sa Majesté auraient « un pied en France » ; il avait rappelé quelle mauvaise foi la Reine avait montrée toute sa vie : « Étant à Blois elle avoit juré sur les Évangiles qu'elle ne pensoit point à en sortir et, au même temps, elle

(1) Avene), Lettres du Cardinal de Richelieu, t. IV, p. 533.

(2) Mémoires de Richelieu, éd. Petitot, t. VIII, p. 36.

(3) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. IV, p. 535.

(4) Ibidem, p. 538.

Page 1