DE QUELQUES ASSASSINS
transporté du bonheur d'avoir recouvré son Kichcliou : « Mon Cousin, comme le Jeune (le fils de Bouthillier) est arrivé, j'allois vous écrire pour vous témoigner encore la joie que je reçus hier en vous voyant et le contentement qui m'en est demeuré, lequel m'a redonné la santé parfaite. Je vous puis assurer que le feu de Versailles est plus enflammé que celui de Rueil et qu'il durera à jamais (1) ».
Comment, avec une si ardente passion, vivre sans angoisse? La maladie peut accorder quelque trêve, mais les poignards et les balles des assassins? « Je vous recommande d'avoir toujours soin de votre personne, principalement à Paris (2) )>, supplie le Roi le 23 mars 1634, — à Paris où Son Éminence est « plus en danger encore que dans les provinces ». Ce qui n'empêche pas « qu'un nommé Alfeston », fds du lieutenant criminel de Vitryle-François, ait projeté de s'installer dans une hôtellerie de Chc\lons-sur-Marne en face du logis royal et de <( giboyer » à l'Eminence, dès que celle-ci paraîtrait sur le seuil.
Louis XIII estime que c'est le Père de Chanteloube qui est l'instigateur du crime : comment la Reine mère peut-elle le garder dans son entourage? Lorsque le Conseil se réunit le 18 décembre 1633 pour discuter s'il y a lieu de permettre à la Reine mère de rentrer en France, la conclusion suivante est adoptée : « Si la Reine veut témoigner être innocente des attentats qu'on a entrepris depuis peu », en livrant à la justice du Roi ceux qui en ont été les instigateurs, « Sa Majesté doit la recevoir en son Royaume, lui donner la jouissance de son bien et de toutes ses pensions, pour en vivre librement en quelqu'une de ses maisons éloignée de la Cour jusqu'à ce qu'on ait des preuves nettes de sa conduite (3) ». Conditions inacceptables, que Richelieu se liAtc de rendre plus inacceptables encore : le 25 février 1631-, Louis XIII, stylé par son ministre, prie sa mère de lui livrer non seulement le Père de Chanteloube, mais Mathieu de Morgues, le hardi sagittaire de Bruxelles. Richelieu, de son côté, remercie
(1) Marius Topin, Louis XIII et Richelieu, p. 182.
(2) Ibidem, p. 183.
(S) Mémoires de Richelieu, éd. Petitot, t. VII, p. i65.