‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 2)Chapitre 143 sur 219 · ON ÉCARTE CE NÉGOCIATEUR · texte numérisé non relu

ON ÉCARTE CE NÉGOCIATEUR

agiroit sans affection en ces xDCcasions, puisqu'on en témoignoit si peu envers lui. »

Il lit tant de bruit que Victor-Amédée, à qui furent portées les plaintes de Louis XIII, répondit que « le mécontentement du Père Monod ne faisoit point le sien, qu'il savoit bien que ce n'étoit pas la saison de demander de semblables choses ; que le Roi savoit bien qu'il avoit toujours cela dans l'esprit, que cela seroit capable de Tobliger beaucoup, et que Sa Majesté jugeroit bien quand il seroit temps de lui accorder ces grâces ». Les Mémoires de Richelieu, qui relatent cette réponse, ajoutent : « Ledit Père Monod, sachant qu'on n'avoit pas trouvé bon son procédé, au lieu de le corriger, redoubla ses impertinences, paraissant être allé à la Cour plutôt pour quereller que pour négocier, faisoit tous les jours des conférences avec toutes sortes de personnes qui donnoientlieu de se méfier de lui, pour ce qu'il sembloit avoir intelligence avec des personnes mal affectionnées à Sa Majesté. Il se mêla même dans les intrigues de cour » et « fut si mal avisé de dire au Père Gaussin qu'il devoit bien prendre garde comme il • agiroit » en l'affaire de la vocation de M"" de La Fayette « et qu'il lui importoit d'en prolonger l'exécution tant qu'il pourroit » parce que, « s'il la laissoit longtemps indécise, il seroit longtemps nécessaire. Et, pour ce qu'il voyoit qu'il avoit peine de faire entrer le Duc son maître en créance certaine que le cardinal ne l'affectionnât et ne traitât avec lui en confiance, il supposa qu'un gentilhomme nommé Senantes, qui étoit venu de Savoie avec lui, avoit été soupçonné à la Cour d'avoir dessein d'attenter sur la personne du cardinal, et le renvoya sur ce prétexte, en toute diligence, en Piémont, afin de persuader par ce moyen audit Duc, que ledit cardinal étoit en méfiance de lui jusques à attenter à sa vie, et qu'il ne devoit attendre de lui aucun bon office près de Sa Majesté (1) ».

Il ne faut donc pas s'étonner si, le 3 mai 1637, Richelieu fit un accueil assez aigre au Père Monod qui venait j) rendre congé de lui. Le cardinal était d'autant plus acerbe, que le religieux avait confié

(1) Mémoires du Cardinal de Richelieu, éd. Petitot, t. X, p. 12-18.

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à Chavigny un long- niéiuoirc de ses revendications : « Il prend tout ce qu'on dit, constatait en gémissant à part soi le Père, comme si c'étoit autant de reproches, et, pour délicatement qu'on lui parle, il met soudain le marché à la maiji(l). » Le cardinal acheva son interlocuteur en lui déclarant qu'il venait de dépêcher un courrier au duc de Savoie, pour l'assurer qu'il n'avait jamais demande le renvoi de Senantes. Il eut alors le plaisir de voir le Jésuite fondre en larmes et il prit la précaution de le prier de reprendre ses esprits avant de sortir de la chambre. Son Éminence « ne vouloit pas qu'il parût à ceux qui le verroient sortir en cet état qu'il y eût quelque changement ou ruj)ture entre le Roi et Son Altesse (2) ».

Le 13, le Père Monod déçu reprenait, avec M. d'IIémery, le chemin de Turin, laissant de soi la plus fâcheuse impression à Richelieu. V II a autant d'esprit et de malice, songeait le cardinal, que le Père Caussin avoit de simplicité et d'ignorance (3). »

Au moment où l'ambitieux Jésuite regag-nait les États du duc de Savoie, il y avait plus de trois mois que le duc de Parme avait fait son accommodement avec l'Espagne.

(1) Gabriel de Mun, Richelieu et la Maison de Savoie, p. 187. - (2) Ibidem.

(3) Aubery, Histoire du Cardinal Duc de Richelieu, t. III, p. 8"1.

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