LA FLOTTE FRANÇAISE AUX ILES DE LERINS
D'abord l'Ile Sainte-Marguerite.
On était ù l'aube du '2ï mars 1637. D'une redoute appelée le Fortin, tapie à la pointe orientale de lile Sainte-Marguerite, les Espagnols apercevaient la flotte du Roi mouillée au Golfe Juan, à une demi-jiortée de mousquet. Ils remarquaient, non sans inquiétude, qu'une escadre, « détachée un peu hors du golfe », était j)rête à fondre sur tout secours venant d'Italie. Du fort de Ragoii, qu'ils s'étaient empressés d'appeler le fort de lAragon, et qui, non loin de la tour de Batiguier, défendait la pointe occidentale, ils surveillaient une seconde escadre mouillée au large de Théoule et prête à fermer l'entrée du Frioul à tout secours qui leur fût venu d'Espagne, L'une et l'autre escadre devaient canonner les trois autres forts, tandis que le corps principal de la flotte attaquerait le Fortin.
Dès cinq heures du matin, les vaisseaux ouvrirent le feu, qui ne cessa qu'à six heures du soir. Le Fortin avait alors reçu deux mille boulets et ne présentait plus, du côté de la mer, que « talus de terre éboulée, parapets ruinés, batteries démontées ». Le corps de débarquement n'attendait que l'ordre de descendre dans l'Ile avec son artillerie, « ses ponts, ses échelles, ses tentes, ses pelles, toutes sortes d'outils à travailler, ruiner, miner et saper », avec « ses sacs pleins de terre, ses fascines et ses tonneaux ». Mais la nuit tombait, le ciel était menaçant, et, vers neuf heures, un vent furieux, accomj)agné d'une pluie torrentielle, dispersa les bateaux, jetant à la côte « les plates qui portoient les préparatifs », obUgeant les vaisseaux à « prendre un mouiUage plus assuré ».
L'attaque recommença le 28 mars. Le Fortin, que les Espagnols avaient hâtivement réparé, fut ruiné plus encore que la première s et emporté par les troupes de débarquement, tandis que les troupes d'Espag-ne s'enfuyaient vers le fort de Monterey.
Sur a contrescarpe de ce dernier fort, les ennemis passèrent la nuit à se retrancher eux-mêmes et à mettre en batterie leurs canons qui tirèrent dès l'aube. La canonnade se prolongea jusque