‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 2)Chapitre 148 sur 219 · MAINTENANT SAINT-HONORAT · texte numérisé non relu

MAINTENANT SAINT-HONORAT

apportait de la part de Sourdis. Contre-temps inattendu, car, ainsi que don Dièguc l'observe dans le Cid,

Toujours quelques soucis, en ces événements. Troublent la pureté de nos contentements.

Impossible do rien comprendre au cryptogramme envoyé par Sourdis. Le 15 mai, tout en témoignant à l'arche vôque de bordeaux « la joie qu'il avoit de l'entreprise de Sainte-Marguerite », le cardinal, revenu à Paris, en fut réduit à lui avouer qu'il n'avait pas lu sa lettre : « Nous n'avons pu trouver le chiffre pour la déchiffrer, le Père Joseph ne l'ayant pas. Mandez-moi, avec celui que je vous ai donné, ce qui est dans ladite lettre, afin que je puisse vous faire savoir les intentions du Roi sur ce sujet (1). »

Si le Père avait eu entre les mains le chiffre qu'avait cherché en vain le cardinal, Son Eminence eût eu la joie de se convaincre que Saint-Honorat capitulerait également.

Un traité secret.

Elle était un fait accompli, cette capitulation, à l'heure où M. d'Oyenville se remettait en route. Le 14, il avait été convenu, entre d'Harcourt, Sourdis et don Juan de Tamayo, gouverneur de Saint-Honorat, que « les retranchements, tours, redoutes et forts de l'ile ayant été battus par les armées du Roi avec grande perte des assiégés, la descente faite et la place investie de toutes parts et réduite à telle extrémité qu'elle ne pouvoit tenir durant six heures, néanmoins de grâce, il leur étoit accordé qu'ils sortiroieut présentement, la vie sauve, avec leurs armes et bagages ». La garnison espagnole recevrait des bateaux et des barques et les vivres nécessaires pour gagner Porto-Hercules.

Ce n'était pas sans peine que d'Harcourt et Sourdis avaient obtenu ce succès. Dès le 13 mai, l'escadre du commandeur de Gouttes s'était portée à la pointe occidentale de Saint-Honorat, l'escadre de M. de Mantin à la pointe orientale, tandis que

(1) Eugène Sue, Correspondance de Sourdis, t. I, p. 385-386.

REDDITION DI-: SAIXT-HONORAÏ 269

précédé d'un trompette, le commandeur de Guitaut venait offrir à don Juan de Tamayo, gouverneur de File, une capitulation non moins honorable que celle qu'avait acceptée, le 6 mai, le iîouverneur de Sainte-Marguerite. Don Juan avait alors dépêché, en parlementaire, au comte d'Harcourt un Milanais, don Bartholomeo Martez, qui avait déclaré qu'il ne pouvait rien décider <avant d'en avoir averti le gouverneur de Milan ou le représentant de l'Espagne à Monaco.

Les pourparlers en étaient restés là. Forts et retranchements ayant été longuement battus par le canon des navires, le gouverneur les avait évacués et s'était réfugié dans la tour qui défendait File au midi. Il refusait toujours de se rendre, mais lorsque les troupes coururent vers la contrescarpe de son dernier refue:e, les cris de Pare! Pacel sortirent des retranchements : don Juan de Tamayo renonçait à la lutte (1).

Le 25 mai, Sourdis, en une lettre, qui suivit celle que le Père Joseph n'avait pu déchiffrer, s'exphqua enfin : un don immédiat de deux mille pistoles, un don, — différé, — de mille autres avaient convaincu le gouverneur qu'il ne pouvait plus utilement se défendre.

(1) H. Mons, L'Abbaye de Lérins, p. 279.

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