‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 2)Chapitre 150 sur 219 · IL FUT DE L'ARGENT. LE PARLEMENT · texte numérisé non relu

IL FUT DE L'ARGENT. LE PARLEMENT

impression sur ces « fronts d'airain »; il avait mandé les parlementaires à Fontainebleau le -28 mai, au château de Madrid le 31 juillet et il avait exieé les ratifications pour le 7 août. A cette date, rien n'était prêt (1). Ce lundi 10 août, le premier président eut l'audace de déclarer au Roi : « Il y a de certaines régies par-dessus lesquelles il est impossible de passer. La brièveté du temps est cause que les remontrances n'ont pas été délibérées^ et il faut un mois pour les rédiger. — Messieurs, répliqua Louis XIII, je trouve très mauvais qu'après avoir arrêté vos remontrances il y a si longtemj)s et le temps que je vous ai donné pour me les apporter, vous ne m'ayez point obéi. Allez 1 vous êtes des insolents, retirez-vous! » Puis craignant que les parlementaires ne prissent cet ordre pour un congé, il ajouta aussitôt : « J'aviserai présentement ce que j'aurai à faire; ne vous en allez point. » Quant au cardinal, présent à cette scène orageuse, il témoignait, par son maintien, qu'il fallait éviter la colère du Roi et soufflait aux parlementaires : « Messieurs, Messieurs, retirez- vous ! » Revenus au bout d'un quart d'heure, ces Messieurs essuyèrent les reproches de Mole, puis les menaces de Louis XIÏI. Le Roi déclara qu'il voulait que l'édit fût vérifié le mercredi 12. Tout finit par un compromis. Le Parlement obéit et le Roi diminua le nombre des nouveaux offices (2).

Cependant le cardinal avait pu écrire, dès le 26 juin, à Louis de Béthune, comte de Charost, ce billet que n'eut pas désavoué Henri IV : « Brave Charost, vous aurez su par M. d'Ayguebère ce en quoi il est question que chacun fasse de son mieux, il n'y faudra rien oublier de ce qui sera possible. M. le Cardinal de La Valette est attaché au siège de Landrecies ; il a pris Cateau- Cambrésis en trois jours; il y avoit deux cents Espagnols en garnison, outre celle du pays et des habitants. Il n'y a que cinq cents hommes de g-arnison dans Landrecies outre les habitants, qui sont en petit nombre, et une compagnie de cavalerie. Voilà ce (jui se passe de deçà. Assurez-vous toujours de raffection

(1) Extrait des Registres du Parlement, cité par M. Ghampollion-Figeac, dans les. Mémoires de Mathieu Moté, t. II, p. 379, note.

(2) Voir Mathieu Mole, Mémoires, t. II, p. 380-381.

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de celui qui est et sera toujours le meilleur ami du cadet de Béthune et votre très affectionné à vous servir (1). »

Richelieu n'avait pas tardé à recevoir de La Valette lui-même les meilleures nouvelles 2 1. Le 22, Landrecies, écrasée sous les bombes, dévorée par les incendies, que les habitants ne réussissaient pas à éteindre, avait encore à redouter une mine que La Valette avait fait préparer avec un soin minutieux. Avant de l'allumer, La Valette envoie un tambour sommer la ville d'ouvrir ses portes. Le tambour pénètre dans la place, annonce que la mine va jouer; il offre d'admettre quelqu'un de la part du gouverneur pour en visiter toutes les particularités : « Le gouverneur, lui dit-on, repose; U ne faut pas l'éveiller pour si peu de chose. — Ce n'est pas une affaire de si petite conséquence que vous vous imaginez, reprend le tambour ». Et lorsque le gouverneur a consenti enfin à l'écouter, il reçoit cette réponse : « Je sais bien qu'on prétend de faire jouer la mine; mais j'y ai donné bon ordre, afin qu'il n'en arrivc\t pas de malheur à mes bastions. Au reste, dites au cardinal de La Valette qu'il a affaire à un Espagnol et à un homme de guerre. Je ne rendrai jamais la ville, tant que j'aurai le moyen de résister ». Ce gouverneur était le comte d'Hénin. Sa rodomontade, selon l'expression du Mercure, « fut trouvée gentille», mais elle était impuissante.

La mine fit explosion, entre midi et une heure, avec « un horrible nuage de fumée et de poussière et une si épouvantable grêle de pierres et de briques, que quelques-uns qui étoient éloignés de huit cents pas en furent enveloppés et frappés, et de deux cents mousquetaires, conmiandés pour border la tranchée lorsque la mine auroit produit son effet, et pour faire feu sur la brèche afin d'empêcher les ennemis de la réparer, les uns furent atterrés es autres tués (3) ». A travers le nuage de poussière, on finit par distinguer les ruines d'un bastion « quasi tout emporté », puis, lorsque le nuage se fut dissipé, sur la brèche large de quarante pas, le gouverneur apparut, « l'épée à la main, avec quelques-

(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. V, p. 795. 12) Vicomte de Noailles, Le Cardinal de La Valette, p. 338. (3) Mercure français, t. XXI, p. 389.

1 K ROI VKUT PlîH.NDRI-: UNE PF.ACE -^73

uns de ses soldats ». Ce brave n'eut point à subir lassant; le cardinal do La Valette, ne voulant ni le sac ni la destruction de la ville, se contenta de loger des troupes sur le bastion, « sous une pluie de pierres et de grenades ». Los habitants travaillèrent avec ardeur à élever un retranchement derrière la brèche. Travail inutile que ne manquerait pas de détruire une nouvelle mine à laquelle traraillaient avec non moins d'activité les assiégeants. Le gouverneur le comprit micuv que personne. Le soir même il demandait à parlementer. Le lendemain 23, la capitulation était signée et, le 26, le gouverneur sortait à la tète de sa garnison qui, arec armes et bagages, enseignes déployées, mèche allumée et balle en bouche, fut escortée jusqu'à Valenciennes par les troupes du Roi (1).

La satisfaction que le cardinal duc ressentit de ce succès éclate dans le post-scriptum de la lettre de félicitations qu'il adressa, le -26 juillet, au cardinal de La Valette : « Des avis de Bruxelles nous font connoitre que les Espagnols nous méprisent de telle sorte qu'outre l'ava-ntage que nous apporte la prise de Landrecies, j'en ai une joie particulière pour leur faire voir que nous sommes plus capables de leur faire mal qu'ils ne croient et disent hautement (2). » Louis Xni partagea la joie du cardinal. Cependant il n'était pas satisfait : il brûlait d'acquérir de la gloire à son tour en forçant lui-même une place.

Ce désir était si vif que, le 31 juillet, Richelieu dut écrire au cardinal de La Valette : « Sa Majesté a quelque pensée que, tandis que vous avancerez dans le pays des ennemis selon vos projets, elle pourroit, à l'abri de votre armée, faire une espèce de blocus autour de La Gapelle, par le moyen duquel il y a apparence qu'en peu de temps on la feroit tomber entre ses mains. Devant que de s'embarquer dans ce dessein, Sa Majesté désire que vous fassiez, avec une partie de cavalerie, visiter tous les environs de la place par quelque personne entendue. Si on peut, sans détourner aucune de vos troupes, avec trois mille hommes et mille chevaux, faire tomber ladite place, ce petit progrès, joint

(1) Mercure français, t. XXI, p. 387, 394.

(2) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. V, p. 1046.

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