‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 2)Chapitre 151 sur 219 · RICHELIEU L'EN DETOURNE · texte numérisé non relu

RICHELIEU L'EN DETOURNE

à ceux que vous ferez, terniineroit assez heureusement cette campague (1). «

Mais en son for intérieur, il n'approuvait pas cette promenade militaire du Roi. Louis XIII, de son cùté, sentait la désapprobation de son ministre, et d'autant plus que celui-ci ne la dissimulait nullement. Le Roi n'oubliait pas qu'en 1635 le cardinal avait voulu le détourner de son v^oyage de Lorraine ; il se demandait si son ministre était jaloux de lui et, comme disait Son Émineucc, « les soupçons étoient en campagne (2) ». Richelieu non réussit pas moins, cette fois encore, à imposer sa volonté à son maiti^c : « J'ai trop de conliancc en vous, écrivit-il de Chaillot le 3 août au cardinal de La Valette, pour vous dissimuler que, depuis quelques jours, j'ai été avec 31 (le Roi) au même état que j'étois à la Victoire (3), et pour pareil sujet, du voyage qu'il vouloit faire à l'armée. Pour le présent, l'affaire a abouti k ce point qu'au lieu d'aller en personne pour travailler au dessein d'incommoder La Capelle, comme je vous l'avois écrit, ce qui n'est pas digne d'un grand roi, il envolera le sieur de Bussy, revenu d'Ehren- J)reitstein (4), avec mille chevaux et ce qu'il pourra ramasser de la nouvelle infanterie qui nous arrive (5). » Richelieu était satisl'ait : w Le cardinal infant, expliquait-il au cardinal de La Valette, tient ses affaires irréparables, si les Français, usant de leur victoire, s'avancent dans le cœur du pays. Il ajoute qu'il n'y a que Dieu qui y puisse remédier (6). »

Bruxelles finissait par croire à quelque conjuration suspecte de la reine Marie de Médicis. On dut faire une enquête qui n'aboutit à rien; la Reine « commanda qu'on menât les enquêteurs partout : ils allèrent jusques aux caves y visiter les ton-

(1) Aubery, Mémoires pour VHistolre du Cardinal Duc de Richelieu, t. III, p. 442-

(2) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. V, p. 830.

(3) Richelieu n'était pas alors (août 1635) à l'abbaye de la Victoire, mais à Royaumont, à Conflans, à Rueil (voir Avenel).

(4) La forteresse d'Ehrenbreitstein sur la rive droite du Rhin, non loin de Cologne. Bussy-Lameth, bloqué, durant quinze mois, par Jean de VVerth, l'avait rendue le 27 juin 1637.

(5) Aubery, Mémoires pour l'Histoire du Cardinal Duc de Richelieu, L III, p. 442.

(6) Lettre du 8 août, ibidem, p. 455.

MECONTENTEMENT DU ROI 27r)

neaiix, les perçant pour voir sil n'y avait point de pondre; mais ils n'y trouvèrent que de quoi boire (1) ».

Le cardinal de La Valette venait de s'emparer de Maubeuge. Quant à Louis Xlll, MM. de Ghavigny et de Noyers lui avaient persuadé, non sans peine, que le cardinal duc « avoit mieux aimé s'exposer à lui déplaire que de ne pas lui témoigner, au risque de perdre ses bonnes grâces, le zèle qu'il avoit pour sa gloire (1) ». Le Roi semblait consolé de sa déception, le succès facile qu'il avait escompté lui paraissait peu glorieux, puisque le cardinal de La Valette avait dédaigné de se le réserver à lui-même. Maintenant il attendait les événements, le siège d'Avesnes, que La Valette devait entreprendre, tandis que Bussy- Lameth resterait en observation près de La Capelle et le duc de Candale dans Maubeuge. Que devint-il, lorsqu'il apprit que tous les ordres concertés en sa présence étaient changés? Ce n'était plus Avesnes c[ue le cardinal de La Valette venait d'investir le 31 août, c'était cette place de La Capelle, contre laquelle le Roi avait tant désiré de marcher en personne. Qui donc avait eu cette audace ?

Richelieu ne put que constater « l'extrême fâcherie de son maître et travailler de son mieux à l'apaiser au plus vite. Il ne la celait point, le 8 septembre, à La Valette : « Le Roi jette tout, déclarait-il, sur M. de La MeiUeraye et, par contre-coup, sur moi, disant que c'est lui qui a fait résoudre cette affaire, directement contre ses ordres. Je vous prie de ne vous fâcher point de cette mauvaise rencontre qui me touche plus qu'à personne. On n'a pas oublié de représenter les difficultés qui se sont rencontrées sur les lieux, au siège d'Avesnes; que vous avez pris la résolution du siège que vous faites avec tous les principaux officiers; mais tout cela est maintenant suspect en ma bouche. C'est ce qui fait que je vous prie d'écrire à M. de Noyers une lettre qui porte nettement et distinctement comme cette résolution s'est prise (2). » Bien plus, craignant que la lettre demandée ne suffit pas à dissiper les

(1) Mémoires du Cardinal de Richelieu, éd. Petitot, t. IX, p. 497-498.

(2) Aubery, Mémoires pour l'Histoire du Cardinal Duc de Richelieu, t. III, p. 481.

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soupçons, Richelieu jugeait nécessaire un procès-verbal .*sifiné par M. (le La Meilleraye, le cardinal de La Valette et tous les principaux officiers de l'armée, « afin que le Roi fût confirmé dans la vérité, qu'il ne s'étoit pu mieux faire pour son service (1) ».

Richelieu connaissait « l'humeur du maître (2) » et les remèdes qui lui convenaient. Il constata bientôt avec plaisir que la fâcherie du Roi était passée. Le l'i- septembre, Louis XIII lui parlait sans nulle acrimonie de la ville assiégée, qui, prévoyait-il, « ne tiendroit pas plus do huit jours (3) ». Le 22, en eti'et, La Capelle se rendit; le gouverneur espagnol, qui n'avait pas attendu l'arrivée de l'armée de secours commandée par le cardinal infant eut, sur l'ordre du même cardinal, la tête tranchée à Valenciennes. Richelieu félicitait ainsi le vainqueur : « J'ai d'autant plus de joie de la reddition de La Capelle, dont M. de Cinq-Mars nous vient d'apporter la nouvelle, que ce bon succès vous facilitera sans doute les moyens d'en avoir encore de plus grands, maintenant que vos forces sont plus libres et que vous n'êtes plus attaché à aucun siège (i). »

Le nouveau succès qu'obtint le cardinal do La Valette fut la délivrance de iMaubeuge, contre laquelle s'était tourné le cardinal infant avec des troupes nombreuses et trente pièces de canon. Le cardinal infant n'attendit point La Valette. Un de ses lieutenants qui, demeuré au pont sur laSambre, avait essayé de s'opposer à la jonction de l'armée de Caudale et des vainqueurs de La Capelle, fut contraint de se retirer à son tour. Le cardinal infant n'avait pas été plus heureux, lorsqu'il avait voulu débloquer Breda. Les assiégés, n'espérant plus aucun secours, capitulèrent le 7 octobre.

Le cardinal de La Valette, qui craignait le voisinage des troupes d'Espagne, jugea plus à propos d'évacuer Maubeuge, après en avoir fait raser les fortifications. Il n'entreprit plus rien de considérable en cette fin de campagne, ce ([ui déçut quelque

(1) Aubery, Mémoires pour VHistoire du Cardinal Duc de Richelieu, t. III, p. 477.

(2) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. V, p. 831, note.

(3) Comte de Beauchamp, Louis XIII d'après sa correspondance avec le cardinal de Richelieu, p. 321.

(4) Aubery, Mémoires pour ser\.ir à l'Histoire du Cardinal Duc de Richelieu, t. III, p. 500-501.

gn- SK PASS.VIT-IL EN ALLEMAGNE! 277

peu Louis XIII. Le Roi, désormais au plus tendre avec, son ministre, lui mandait le 12 octobre 1637 : « On faisoit hier courir le bruit que le cardinal de La Valette avoit gagné un grand combat : je me suis bien douté qu'il n'en étoit rien, puisque vous ne me mandiez rien... Je suis plus que jamais résolu à bien vivre et reconnoitre les grâces que le bon Dieu nous fait tous les jours; j'espère qu'il nous donnera bientôt la paix; je ne souhaitois le gain d'un grand combat que pour cet elîet; je crois que nous sommes bien d'accord to us deux en cette pensée et serons toujours en toutes autres (1) ».

En Allemagne.

Le Roi et son ministre avaient une telle communauté de pensée, quand il sagissait de la grandeur du Royaume, que la lettre écrite par le Roi au ministre le 12 octobre 1637 ressemble fort à celle que le ministre avait écrite au Roi le 10 mars de la même année : « Les lettres de Cologne portent aujourd'hui cju'il y a neuf mille morts sur la place et tout le canon et le bagage pris. Je prie Dieu de tout mon cœur que cela puisse faciliter la paix, que je souhaite plus que ma vie (2). » Il s'agissait alors de la victoire remportée par le maréchal Banner sur les Impériaux en Saxe. Comme le disent les Mémoires du cardinal, « toutes les armes de la maison d'Autriche ayant été en 1636 employées contre la France, les Suédois avoient eu plus de facilité non seulement de se maintenir, mais de faire des progrès en Allemagne » . On avait vu Francfort-su r-l" Oder pillée par un autre Suédois illustre, le général Wrangel, la marche de Brandebourg ravagée, les généraux Gnœutz et Hasfeld chassés du landgraviat de Hesse par le landgrave et Banner, au mois de décembre 1636. Banner était allé hiverner dans la Thuringe et s'était emparé de la ville d'Erfurt, qui en est la ca2)itale. Puis, « ménageant le temps, qui est trésor de guerre, et ne voulant pas laisser passer l'hiver

(1) Comte de Beauchamp, Louis XIII diaprés sa correspondance avec le Cardinal de Richelieu, p. 325.

(2) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. V, p. 760,

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