‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 2)Chapitre 155 sur 219 · LES GRISONS ACHETES PAR L'ESPAGNE · texte numérisé non relu

LES GRISONS ACHETES PAR L'ESPAGNE

arrivé. Je m'en vais à Paris pour faire résoudre M. de BuUion pour empêcher qu il n'eu arrive autant en Suisse. Il y a longtemps que je crains de pareils événements pour les places, faute de fonds pour payer leurs garnisons et les fortifier. Je n'oublierai rien de ce que je pourrai pour persuader MM. des Finances de ne mesurer pas toutes les ailaires à une mèuie aune. Jereviendrai ce soir, si je puis(l). » Comble de disgrrâce, en efl'et, M. de Bullion, retenu par une indisposition à Paris, ne peut se rendre à Rueil : « Si son indisposition dure, écrit le cardinal au Roi le 30 mars, il me faudra aller de deux jours l'un à Paris. J'y fus hier dincr pour le voir. Nous finies en trois ou quatre heures avec lui tout ce qu'on peut faire, à l'heure présente, au malheur de l'affaire de la Valteline. Prioleau part ce matin avec deux cent mille francs pour M. de Rohan et deux cent mille pour les Suisses, lesquels nous avons fait fournir comptant à M. Lumagne (banquier italien). Il n'y a pas moyen de les tirer payables que dans la fin delà semaine qui vient (1). »

Que s'était-il passé ? Les Espagnols, ne parvenant pas à déloger de la Valteline le duc de Rohan, avaient conçu l'idée ingénieuse de soulever contre lui ces mêmes Grisons qui l'avaient appelé à leur secours. Us leur avaient remontré que, si le duc de Rohan était venu pour leur rendre la Valteline, leur bien, injustement détenue par l'Espagne, il ne l'avait pas remise entre leurs mains. Rohan avait toléré les réclamations des Grisons, ses coreligionnaires. Une convention s'était ébauchée entre les Grisons, les Vallelins, vassaux des Grisons. Elle rendait la Valteline à ses anciens possesseurs. Le Roi, en ayant examiné les articles, ne les avait pas tous approuvés, ce qui avait fort irrité le peuple. D'autre part, les troupes du pays étaient exaspérées du paiement inexact de leur solde. Et quand le duc de Rohan réclamait l'argent nécessaire, on lui reprochait d'avoir gaspillé celui qu'on lui avait envoyé. A la suite d'une expédition qu'il avait poussée en Italie, il était tombé malade et même il avait passé pour mort. Son absence avait permis à un

(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. V, p. 763-761.

(2) Ibidem, p. 764.

Page 1