LA FOIJCK ET CHATILLO^ DANS LE NORD
marcher au secours de la place. Louis XIII, à Saint-Germain, venait de lire, dans deux lettres d'Espagne interceptées, que le ]»rinco Thomas allait hasarder nn erand efibrt pour délivrer Saint-Omer. « Pourvu que M. de La Korcc arrive à temps, avait-il écrit aussitôt à Richelieu, je ne crains rien (1). »
Malgré toute sa diligence, le maréchal de La Force ne put atteindre les environs de la ville qu'en six jours. Six jours passés à « prendre, chemin faisant, plusieurs églises fortifiées et château qui incommodoient fort les frontières de France (2). » Le 17 juin il n'était plus qu'à une lieue de Saint-Omer. Mais le prince Thomas, qui s'avançait à la tête de quatre mille hommes de pied, deux mille chevaux et quatre pièces de canon, avait déjà réussi à pénétrer dans la place. Le bruit de ce coup de main se répandit sur les frontières du Luxembourg, d'où le maréchal de Brézé, qui était à la tête d'une troisième armée, écrivit à M. de Noyers le 19 juin : « Nous eûmes hier deux avis différents, l'un que le siège de Saint- Omer étoit levé, l'autre qu'il y étoit seulement entré un secours de bon nombre d'hommes. Les Espagnols disoient... que Piccolomini allumeroit de beaux feux à Guise, quoiqu'on ne soit pas en saison d'en avoir beaucoup de besoin, et de là marcheroit en France avec tant de progrès qu'il feroit ])ientôt sortir nos armées de leurs postes (3), »
Richelieu, fort mécontent, mandait au maréchal de Châtillon le 12 juin : « Je n'eusse jamais cru qu'ayant eu plusieurs jours à reconnoitre la place que vous avez assiégée, sans que les ennemis vous aient empêché, vous ayez laissé un canal ouvert, par où le secours est rentré sans combat. J'avoue qu'en sachant cette affaire j'ai eu peine à la croire, ne pouvant m'imaginer que vous
(1) Comte de Beauchamp, Louis XIII d'après sa correspondance avec le Cardinal de Richelieu, p. 339. — Voir une lettre de Louis XI H, contre-signée de Phélipeaux, adressée à MM. de Salenques, de Verdun et de Caumont, les félicitant du soin qu'ils ont pris d'arrêter les courriers espagnols et leur ordonnant de « continuer à y apporter toute vigilance ». La lettre est datée du !<='■ juin 1625. (Archives de M. Gabriel Hanotaux, Régne de Louis XIII.)
(2) Mémoires du Duc de La Force, Maréchal de France, t. IH, p. 199-200. Pour le rôle des églises fortifiées sur cette frontière, voir Gabriel Hanotaux, dans Annales de la Société historique de Vervins, 1938.
(3) Abbés Ledru et Denis, La Maison de Maillé, t. II, p. 497-498.