AUTOUR DE SAINT-OMER
n'ayez pas prévu tous les lieux par où les ennemis pouvoient plus facilement efiectuer tout ce qu'ils pouvoient désirer (1). »
Les deux marécliaux conférèrent dans la vallée de Houle. Ghâtillon pressa La Force d'assiéger Saint-Onicr, mais La Force refusa. Les lettres du Roi, qu'il venait de recevoir étaient formelles : « J'ai toujours désiré, comme je fais à présent, disait celle du 21 juin, que vous demeuriez libre de vous poi'ter partout où il sera besoin pour empècber les ennemis do secourir Saint- Omer une seconde fois (2). »
La Force se tint en observation à Éperlecques, petit village situé « à une lieue de Saint-Omer, sur le chemin d'Ardres, d'où venoient tous les vivres nécessaires pour la subsistance des armées ». Le prince Thomas occupe solidement le château de Ruminghen. La Force se contente de se retrancher lui aussi, le long- d'un ruisseau, près de l'église de Zouafques (3). Grâce à sa vigilance, aucun des convois qu'il fait diriger, deux ou trois fois par semaine, n'est arrêté par l'ennemi.
Cependant le comte Piccolomini a joint son armée à celle du prince Thomas. « Ce grand renfort de cavalerie donne au prince hardiesse de se venir présenter aux retranchements du maréchal de La Force, pensant le braver. » Six mille chevaux très bien armés, commandés par le comte de Nassau et le comte de Colloredo, accourent également. Mais le maréchal ramas- e, avec sa cavalerie, son infanterie et son canon et « marche droit à eux ». L'ennemi fut mis en déroute et « ce fut un furieux carnage, il y eut plus de deux mille homuîes et chevaux de tués ou prisonniers. Colloredo fut tué. Le comte de Nassau se sauva à pied, mais peu de jours après, il eu mourut de déplaisir ». Ce qui ne figure point dans les Mémoires, c'est ce petit détail que rapporte le Mercure français : « La principale gloire de ce combat et de la victoire est due à l'ordre et à la bonne conduite du maréchal de La Force, lequel nonobstant son âge de quatre-vingts ans, fut
(1) Père Griffet, Histoire du Règne de Louis XIII, t. III, p. 126.
(2) Mémoires du Duc de La Force, Maréchal de France, t. III, p. 416.
(3) Aujourd'hui commune du Pas-de-Calais, arrondissement de Saint-Omer (16 kilomètres), canton d'Ardres.
lîELLE VICTOIRE DE L.V FORCE :vn
tout le jour armé de toutes pièces, assisté du marquis de Castelnau, son lils, maréchal de camp, » Le cardinal lui-même avait, dès le 19 juillet 1G38, écrit, de l'abbaye de Royaumont, au vainqueur de Zouafques : « Espérant avoir le bien de vous voir dans peu de jours et de vous témoigner de vive voix la joie que j'ai do l'avantage que vous remportiUes dernièrement sur les enne'mis, au combat que vous eûtes avec eux, et de l'honneur que vous avez acquis en cette occasion, je ne vous dirai maintenant autre chose, sinon que, comme il n'y a personne qui vous estime et affectionne plus que moi, il n'y en a point aussi qui vous souhaite plus de gloire que je fais, vous conjurant de croire que je contribuerai avec un soin extraordinaire tout ce qui dépendra de moi poui' vous donner lieu d'en acquérir une nouvelle (1). »
Le Roi s'était avancé jusqu'à Amiens, et Richelieu vint à Abbeville. C'est là qu'ils apprirent la levée du siège de Saint-Omer. Le combat de Zouafques était à peine achevé, que Chàtillon avait mandé à La Force de très mauvaises nouvelles du siège : « La nuit auparavant, le prince Thomas avoit forcé un des corps de garde au delà du marais de Saint-Omer, et avoit jeté, par le moyen d'un canal, avec des bateaux, du secours dans la ville. » Rentré à son quartier à six heures du soir, Chàtillon en était reparti, avec ses troupes, dès huit heures et, marchant toute la nuit, était arrivé le matin sous les murs de Saint-Omer. Il y avait trouvé les ennemis « maîtres du travail que l'on avoit fait à l'embouchure du canal, d'où il étoit fort difficile de les déloger, à cause que la rivière étoit entre deux et un grand marais. La plus grande part de leur armée y étoit retranchée; il restoit, au delà du marais, sur un haut, un grand fort que le maréchal de Chàtillon y avoit fait faire, gardé par mille ou douze cents mousquetaires, qui est tout ce qu'il tenoit au delà dudit marais, où l'on ne pouvoit passer pour la défense d'icelui, à cause que les ennemis s'étoient saisis de la digue et des ponts que l'on avoit faits sur le marais pour aller et venir audit fort, de sorte que les ennemis, se voyant libres, attaquèrent ledit fort avec dix ou douze canons. Les deux
(1) Mémoires du Duc de La Force, Maréchal de France, t. III, p. 202-206 et 451. niCHEI-IEL'. — T. V. 21
322 LE DEBOIRE DE SAINÏ-OMER
généraux, le prince Thomas et le comte Piccolomini, s'y étoient rendus tous deux avec leurs deux armées, et ayant passage libre pour aller à la ville de Saint-Omer, ils s y en venoicnt tous les jours pour faire trophée de leurs avantages. »
Les maréchaux de La Force et de Cliàtillon avaient vite compris, qu'il était impossible de secourir le tort. Il eût fallu pour cela contourner le marais avec les deux armées. L'entreprise était « périlleuse, car il y avait cinq lieues de tour à faire » et le pays était « couvert de bois, traversé de grandes ravines ». Le tour eût nécessité cinq ou six jours « et l'on n'avoit pas de pain pour deux ». Et, pendant l'absence des troupes du Roi, « les ennemis, qui a voient le champ libre par dedans la ville, oîi ils pou voient faire passer leurs armées », n'eussent pas manqué d'attaquer le camp : dégarnir ce camp, c'était « laisser en proie toute l'artillerie, les munitions et tout le bagage des armées » ; c'était « les faire péril' comme si on avoit perdu une bataille ».
Louis XIII et Richelieu « témoignèrent un grand mécontentement du mauvais succès de ce siège et du désavantage qu'il apportoit aux affaires ». La Force et ChAtillon proposèrent alors d'attaquer Hesdin. Louis XIII leur commanda de prendre la ville de Renty. Les maréchaux s'en emparèrent et, le 6 août, M. de Noyers écrivit à La Force : « Je ne vous dirai point la joie que Son Éminence a eu d'apprendre cette bonne nouvelle de la prise de Renty (1). »
Mais ni le Roi ni le ministre ne pouvaient se consoler de l'écheC essuyé devant Saint-Omer. Le 5 août 1638, Louis XIII mandait La Force et Châtillon pour « conférer de ce que ses armées pourroient entreprendre pendant cette campagne ». D'^'s le 11, il leur adressait ce contre-ordre : « Mes Cousins, jugeant votre présence entièrement nécessaire en mon armée que vous commandez, pour la maintenir, je vous dépêche ce courrier exprès pour vous dire, qu'encore que je vous aie fait mander et fait écrire, par le sieur de Noyers, de ma part, que vous eussiez à me venir trouver, maintenant mon intention est que vous ne bougiez de
(1) Mémoires du Duc de La Force, Maréchal de France, t. III, p. 206-214 et 452-