‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 2)Chapitre 185 sur 219 · QUE DEVIENT LA REINE MÈRE · texte numérisé non relu

QUE DEVIENT LA REINE MÈRE

« Je vous prie me mander, si la Reine ma mère m'envoyoit quelqu'un sur les couches de la Reine, ce que j'ai à faire (1). » Le 24 août 1638, le Roi avait sollicité ainsi l'avis du cardinal et le cardinal avait répondu de Péronne, cinq jours plus tard : « Si elle envoie un gentilhomme sur le sujet de la naissance de Monsieur le Dauphin, je crois que Votre Majesté le doit recevoir, la rçmercier de cet envoi; et s'il parle à Votre Majesté d'autre chose, lui répondre selon la connaissance qu'elle a de ce qui s'est passé et sa prudence accoutumée, qui est plus g-rande que celle de tous ses serviteurs (2). » Richelieu ne manqua pas, d'ailleurs, d'envoyer à Chavig-ny, par le même courrier, les instructions les plus précises : « Le Roi doit recevoir le compliment, se gouvernant cependant fort froidement avec ledit gentilhomme, qui ne doit être, à mon avis, gardé qu'un jour, tant parce que létat général des affaires le requiert ainsi, qu'afîn qu'il voie qu'on n'aura pas le temps d'envoyer chercher sa réponse de deçà. » Le cardinal prévoyait le cas où le gentilhomme parlerait du retour de la Reine mère et voici les paroles qu'il conseillait à Chavigny d'insinuer au Roi : « Les dernières pratiques que la Reine ma mère a encore depuis peu voulu faire vers Sedan, où elle n'a pas trouvé son compte, par la bonne disposition de ceux à qui elle s'est adressée, montrent bien la bonne volonté qu'elle a pour moi fi). »

Richelieu sut par Chavigny que « le Roi avoit entièrement.

(1) Archivés des Affaires étrangères, Lettres de Louis XIII à Richelieu.

(2) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. VI, p. 118.

(3) Ibidem, p. 123.

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approuvé ce (ju'il lui iiiandoit touchant l'envoi du i^entilhoiunie (lo la part de la Heine sa mère, et, si Sa Majesté avoit suivi son inouvenient, elle ne l'auroit point voulu voir (1). » Le ministre ne chani;ea point d'avis : « Je crois, dit-il à Chavigny, que le Roi a meilleure raison que moi au fait de la Reine. Cependant pour ôter tout lieu aux méchants d'imputer à quelque rigueur ce que Sa Majesté feroit avec prudence et justice, bien qu'elle ait entièrement raison, je pense que ce sera chose sans péril de voir ce gentilhomme une seule fois comme je vous l'ai mandé (2). »

Marie de Médicis, en cette fin d'août, venait de quitter les Pays-Bas espagnols pour les Provinces-Unies. Elle comptait gagner l'Angleterre et se réfugier à la cour de son gendre Charles I"", espérant sans doute que l'on ne lui reprocherait plus d'accepter l'hospitalité d'un prince en guerre avec le Roi.

Richelieu, qui voyait s'évanouir ainsi l'un des griefs qu'il alléguait pour justifier la conduite de Louis XIII envers la Reine mère, se montrait inquiet et irrité de ce dessein : « Cette pratique, disait-il à Chavigny, a été apparemment faite par les femmes... Ces animaux que le Roi sait sont étranges; ou croit quelquefois qu'ils ne sont pas capables d'un grand mal, parce qu'ils ne le sont d'aucun bien; mais, je proteste en ma conscience qu'il n'y a rien qui soit si capable de perdre un État que de mauvais esprits couverts de la faiblesse de leur sexe. » Ce qui exaspérait le cardinal, c'était l'accueil triomphal reçu 2>ar Marie de Médicis, qui se trouvait considérée, dans les Provinces-Unies, non comme une reine errante, mais comme la veuve d'un grand roi, protecteur de MM. les États et la mère d'un prince allié : « Je vous avoue, continu ait-t-il, que j'ai peine à digérer que le prince d'Orange ait favorisé le passage de la Reine sans en donner avis au Roi ni savoir si Sa Majesté l'agréeroit: l'état où sont les affaires requéroit bien, ce me semble, qu'il en usât autrement (3). »

Le cardinal eut plus de peine encore à « digérer » la lettre fort naïve que lui adressèrent, le 13 septembre, MM. les États

(1) Bibliothèque Victor Cousin.

(2) Avénel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. VI, p. 132.

(3) Ibidem, p. 122.

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