‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 2)Chapitre 184 sur 219 · MAZARIN CARDINAL · texte numérisé non relu

MAZARIN CARDINAL

Richelieu, pour tirer le Père Joseph de son assoupissement, lui criait dans les oreilles : « Courage, mon Père, Brisach est à nous ! » Il faut observer que si Brisach tomba le 17 décembre, la nourelle de sa chute ne parvint à la cour de France que vers le 2i. L'anecdote peut, toutefois, n'être point fausse, puisque, le 8 novembre, Louis XIII avait mandé au cardinal : « Je suis très aise de la no4ivelle que vous m'avez mandée; je crois à cette heure la prise de Brisach comme infaillible (1). »

L'Eminence grue mourait au moment où Richelieu s'efforçait de muer sa bure en pourpre : car le Père Joseph était, depuis deux ans, « nommé » au cardinalat. Richelieu lui destinait le siège de Reims, dont le titulaire, un archevêque laïc, le prince Henri de Lorraine, fils du duc de Guise, voulait se démettre pour épouser Anne de Gonzagiie. Mais le Pape n'avait pas accepté la « nomination » du Père Joseph, que la Couronne avait faite en passant par-dessus la règle qu'il s'était prescrite d'exclure les reUgieux des dignités de l'Église. RicheUeu avait observé que le Saint-Père ne s'était pas inquiété de cette règle, quand il ayait nommé son propre frère Alphonse de Richelieu, le cardinal de Lyon, qui était Chartreux. La promotion fut ainsi retardée. Richelieu espérait avoir, pour la France, deux chapeaux, dont l'un serait donné à Mazarin. Dans les derniers mois de 1637, Chavigny avait expliqué au maréchal d'Estrées, ambassadeur du Roi, que « la nomination du sieur Mazarin n'étoit que pour la seconde place et que l'intention de Sa Majesté étoit toujours que celle qu'elle avoit faite du Père Joseph la précédât ». Le 15 décendjre 1638, Richelieu parut avoir changé d'avis; il dépêchait à Rome un courrier extraordinaire pour avertir le Pape qu'il retirait la nomination du Capucin. En fait, il redoutait que « le cardinal Barberin, qui n'ignorait pas l'état de sanié du Père Joseph », ne le fît malicieusement cardinal pour faire perdre cette place à la France ». Ce fut Mazarin qui obtint, le 18 décembre, le chapeau rouge réservé à V Éminence grise (2).

Le Père Griffet observe judicieusement : « Le cardinal lit

(i) Bibliothèque Victor Cousin.

(2) Père Griffet, Histoire du Régne de Louis XIIJ, i. III, p. 146-150.

:544 SERVICES QUE LE PÈRE JOSEPH RENDIT A LOUrS XIII

voii-, dans toute la suite de son nùnistèrc, que, si les conseils de ce confiaient lui furent souvent utiles, ils ne lui étaient pas nécessaires et qu'après s'en être servi pendant sa vie, il pouvait s'en passer après sa mort (1). »

(1) Père Griffet, Histoire du règne de Louis XIII, t. III, p. 154. — An moment où le Père Joseph disparaît de l'histoire de Richelieu, il n'est pas inutile de citer in extenso une lettre qu'il écrivit à Bouthillier, son collègue dans le travail des Affaires étrangères. Elle montre les rapports qu'avaient entre eux les serviteurs du cardinal et les services que lé Capucin rendait au Roi et au ministre, en particulier dans la délicate afTaire de Gaston de France : « A M. B. Monsieur, je vous remercie très humblement de vos deux lettres, qui sont parfaitement bien, comme l'est toujours tout ce qui vient de vous. Au moins j'accompagnerai en esprit et envierai les plaisirs do votre solitude, entre lesquels je n'aurois rien de si cher que votre présence. Je vous supplie de ne nous en priver longtemps. M. des Roches part ce matin pour Gand. M. d'Elbène, frère de M. de Villarceaux, lui a écrit, depuis peu de jours, que le sieur de Puylaurens lui a fait savoir de l'armée des Espagnols, où il est, qu'ils seront bientôt de retour à Bruxelles, avec dessein de s'entendre à ce que la réponse de ces Messieurs lui dira, duquel nous n'avons point encore de nouvelles. Je me recommande à vos bonnes grâces et suis plus que personne du monde, Monsieur, votre très humble et très afTectionné serviteur. F. J. C. De Fontainebleau, ce 3 juin. »

(Pièce autographe. Archives de M. Gabriel Hanotaux, Règne de Louis XIII.)

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