lOlK 1-XTRAORDINAIRE
L'impatience du Hoi na pas diminué, lorsque à huit heures lés viandes sont avancées. Le souper commence, — un souper de fort peu d'apparat sans doute, comme ceux dont Son Eminence s'est indignée dans son Testament politique, parce qu'ils étaient (( servis par de sales marmitons ». Mais voici M. de Longchamp (jui arrive de La Gapello : à la « boime nouvelle » qu'il apporte, Louis Xlll témoigne « une joie extraordinaire ». Il veut envoyer Bouthillier le jeune « avec cinquante mille écus, pour assurer son frère de sa tendre affection » . C'est lui-môme un peu plus tard qui usa de ces expressions dans l'article qu'il fit pour la Gazette et qui parut dans le numéro du 14 octobre 1634.
Pour le moment, sa joie est telle, qu'il veut la faire goûter immédiatement au cardinal et, sur son ordre, M. de Longchanq) se remet en route, arrive bientôt devant les grosses tours de Chilly. Là encore « grande joie », nous dit Louis XIII journaliste, qui ne varie pas beaucoup ses expressions. Nul doute que M. de Longchamp n'ait conté à RicheHeu les moindres détails du voyage, nul doute qu'il ne lui ait dépeint l'état d'àme de Monsieur. Mais que pensa le cardinal, si M. de Longchamp fut assez bien informé pour lui apprendre que, ce même 10 octobre, Monsieur, tout en chargeant M. de Saint-Quentin d'aller à Bruxelles exposer au marquis d'Aytona les raisons de son départ précipité, avait chargé ce gentilhomme du plus tendre message pour Madame : « Monsieur conservoit toujours pour elle l'affection qu'il lui devoit et qu'il lui avoit promise ; il la prioit de le croire et il ne la changeroit jamais, quelque condition qu'on lui put représenter (1). »
Monsieur, traité magnifiquement à La Fère durant six joui's par le duc de Gliaulnes, re(;u triomphalement par Bautru et Ghavigny, parut devoir se conduire comme le sujet le plus soumis. Les cinquante mille écus apportés'par Ghavigny l'avaient mis de si belle humeur, qu'il avait gratifié de six mille pistoles le capitaine d'un jiareil gahon et qu'il restait des dix heures par jour à jouer à prime avec lui et Bautru. Aussi, le 17 octobre,
(1) Mémoires de Montrésor, p. 195.