‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 2)Chapitre 32 sur 219 · SATISFACTION DE MONSIEUR · texte numérisé non relu

SATISFACTION DE MONSIEUR

Chavigny se luUait-il de faire part des excellentes dispositions du prince à Bouthillier, son père. La lettre, à peine arrivée à Paris, est envoyée par le secrétaire d'État au Palais Cardinal, où Richelieu se trouve depuis le 14 ou le 15, et voici ce que lit Son Éniinence : « Monsieur sera très aise de voir des relisieux et docteurs en théologie, pour l'éclaircir sur le fait de son mariage; entre lesquels j'ai proposé, suivant vos ordres, le Père Rabarteau et les sieurs Lescot et Isambert. Le Père Gondren (confesseur de Gaston) y sera si vous l'avez agréable et je crois que, si vous êtes assuré que M. de Nantes prenne les bons sentiments, Monsieur auroit satisfaction particulière qu'il fût du nombre. M. de Puylaurens, avec l'aide de ces doctes et savants personnages, se promet de donner la dernière main à ce que vous désirez; il m'a protesté vouloir être votre serviteur et dépendre absolument de vous; il m'a fait connaître pa»' diverses fois que tous les biens que vous lui avez procures auprès du Roi ne le touchent pas à l'égal de votre alliance, en laquelle vous avez eu agréable qu'il entrât. Monsieur m a protesté qu'il désiroit votre amitié et qu'il suivroit les bons conseils que vous lui donneriez en tout et partout. Ce que j'ai reconnu en lui, c'est qu'il a beaucoup de bonté et point du tout de malice. Il part demain pour aller coucher à Nanteuil, où il m'a commandé de l'accompagner. Il est résolu d'aller voir le Roi et vous aussi, en la plus 2)etite compagnie que sa qualité lui pourra permettre, pour vous donner sujet de croire qu'il a entièrement confiance en vous et que vous la devez aussi avoir en lui (1). »

Dans son cabinet, château de Saint-Germain, le samedi 21 octobre 1634, vers une heure de l'après-midi, Louis XIII attend Monsieur, qui vient d'Écouen. Saint-Simon, gouverneur du château, est sur pied dans lapremière cour, ce qui n'est pas agréable, car le vent souffle en tempête. Sa Majesté est tellement persuadée que son frère n'a pu se mettre en route par un temps aussi afi'reux, qu'elle a diné sans lui. Mais le voilà; il descend de car-

(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. IV, p. 633, note.

5G Li:s Di:UX FRÈRES S'EMBRASSENT

rosse. Le Roi aussitôt passe dans la chambre à coucher, uelle ruée de tous ceux qu'entraînent à sa suite leufs charges ou la curiosité! Le comte de Soissons, les ducs de Longueville, de Montbazon et de Cliaulnes, les maréchaux de Chàtillon, d'Estrées et de lirézé, le garde des Sceaux, le grand maitre de l'artillerie, le surintendant des finances, le capitaine des gardes, et des officiers et des seigneurs et des gentilshonmies. Toute la Cour prétend assister à l'entrevue des deux frères, au retour de l'enfant prodigue. Jamais la chambre, « toute spacieuse qu'elle est », ne pourra contenir tant de monde. Les huissiers n'y veulent admettre que ceux qu'ils ne peuvent refuser. Dans l'escalier, c'est une marée de spectateurs. Gaston est porté par elle plutôt qu'il ne la traverse. Il lui faut un quart d'iieure pour parvenir jusquà la chambre du Roi. Il entre, s'incline fort bas et dit : « Monsieur, je ne sais si c'est la crainte ou la joie qui m'interdit la parole ; mais il ne m'en reste à présent que pour vous demander pardon de tout le passé. » Le Roi l'embrasse avec force : « Mon Frère, lui dit-il, je vous ai pardonné, ne parlons plus du passé, mais de la joie que je ressens très grande de vous revoir ici. »

Joie si grande et si universelle, que les embrassades redoublent et que les assistants en pleurent. Puylaurens lui même est embrassé par le Roi, qui le remercie de la dextérité dont il s'est servi jiour ramener Monsieur. Toujours entouré de la foule, que ce spectacle passionne, Louis XIII retourne dans sou caliinet.

Et le cardinal? Le voici, qui arrive à l'instant, venant de Rueil. Admis près du Roi, il salue Monsieur, qui le serre dans ses bras, tandis que Louis XIII a l'air de bénir ces tendres effusions : « Mon Frère, dit-il, je vous prie d'aimer M. le Cardinal. — Monsieur, je l'aimerai comme moi-même, répond le léger Gaston, et suis résolu de suivre ses conseils. » Puis il fait appeler par l'huissier tous les seigneurs de sa suite. Les révérences succèdent aux révérences. Monsieur en oul)lie de dîner. Et lorsqu'on lui rappelle qu'il est temps de se mettre à table. Son Altesse a cette répartie heureuse : « — Il y a quatre ans que je dine tous les jours sans voir le Roi, je ne puis moins faire que de préférer ce bien à

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