‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 2)Chapitre 49 sur 219 · WALDSTEIN EST TUE · texte numérisé non relu

WALDSTEIN EST TUE

soutiens du couspiratour sont abattus. Ni Butler ni Gordon ni Leslic n'ont pu supporter la pensée d'être infidèle à Sa Majesté Très Sacrée : leur loyalisme a fait leur trahison.

Dans sa belle maison de la ville, le duc de Friedland n'a rien entendu, pas même les coups de mousquet tirés sur Gordon par le poste du château, qui, le voyant sortir après la tuerie, le prenait pour un évadé. Il est vrai que l'orage grondait alors et (jue la pluie crépitait sur le pavé. Drame romantique en vérité :

Une tempête au ciel, un meurtre sur la terre.

Dix heures, le généralissime vient de prendre son bain; il s'apprête à se coucher. Mais quel est ce vacarme, ces pas précipités dans l'escaUer? Déjà, quelques minutes plus tôt, il aperçu des cris de femmes sur la place : les lamentations de M"" Terzka et de la comtesse Kinski, instruites par un page du meurtre de leurs époux (1). Le quinquagénaire de grande taille, « maigre et décharné (2) », le demi-roux aux cheveux courts, au « teint olivâtre et pourtant toujours enflammé » qui va se mettre au lit, ne sait rien. Il regarde, de ses yeux vifs et brillants, la porte qui s'ébranle. Il court en chemise à la fenêtre, — seul espoir de salut, — pour appeler la garde ou s'élancer dans le vide... Trop haut et trop tard. En fait de garde, il n'y a plus, au bas de sa maison, que la ti'oupe des assassins. Un valet de chambre, . qui a répondu aux questions des soldats que Son Altesse reposait et qu'il ne fallait point troubler son sommeil, est étendu mort d'un coup de pertuisane; les autres sont en fuite. La porte vole en éclats. Les soldats sont dans la chambre. <( Fripon et traître! » crie le capitaine Devereux, qui les commande. Waldstein s'appuie à une table, il essaye de proférer quelques mots; ses mains tentent d'écarter la pertuisane qui menace sa poitrine, il ne réussit qu'à s'enferrer : il est mort.

Dès l'aube, Gallas, général de l'Empereur, pénétrait dans la ville avec ses troupes : les officiers du défunt se déclaraient fidèles à la maison d'Autriche; les autorités de la ville et les

(1) Saint-Léger, Historiographe, Remarques sur VHistoire, p. 690.

(2) Mercure français, t. XX, p. 519.

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